Baio, t(f., p
LES FACULTES DE REFLEXION
grande place dans l'enseignement. Sans elle en effet il n'y aurait dans l'esprit que des images et point d'idées. Abstraire est donc aussi indispensable que naturel. S'il y a quelque préjugé contre l'abstraction et en particulier contre Tabstraction dans l'enseignement, c'est qu'il est des abstractions qui en effet dépassent certains esprits, et qu'on n'a pas toujours eu soin de graduer l'abstraction et de la faire précéder de l'intuition d'objets réels et concrets. Mais la méthode que nous avons indiquée nous met en garde contre cette double négligence.
Dirons-nous même que, en l'appliquantavec trop de scrupule on risquerait de ralentir Tetfort spontané de Tesprit i? L'abstrait exerce en effet sur Tenfant un véritable attrait, quoique cet attrait ne soit pas du même genre que celui d'une couleur vive et d'un être vivant. Un philosophe du commencement de ce siècle distinguait avec raison la clarté des sens et la clarté de l'esprit. Les idées abstraites, étant les plus simples, sont les plus claires pour l'esprit. Et c'est ainsi que l'entendait un penseur, dont nous tous Fram^ais sommes plus ou moins les disciples. Descartes, pour qui les idées d'étendue et de pensée étaient les idées claires par excellence. Toute idée abstraite exprime une ressemblance entre plusieurs objets. Elle permet alors à l'esprit de les embrasser d'un même coup d'oeil, et de mieux sentir sa puissance. La découverte des ressemblances est en ce sens un commencement de simplification et de synthèse. xMais, que ce soit pour cette raison ou pour une autre, elle procure à l'homme, comme à l'enfant, une de ses joies intellectuelles les plus vives. — ■ En nous habituant à isoler d'un objet ses quaUtés, l'abstraction nous initie en outre, comme le remarque Bain, à la recherche des causes qui est une autre joie de l'esprit. Car ce n'est pas partout lui-même, c'est par une des quaUtés qui le composent qu'un objet produit tel oiv tel effet. — Mais c'est peut-être démontrer trop longuement qu'il n'y a guère de différence au fond entre abstraire et penser.
Du jug-ement. — Pour suivre l'ordre des célèbres logiciens de Port-Royal, après la formation des idées vient le jugement. Ce mot se prend en différents sens dont il serait facile d'ailleurs de