‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 7 sur 115 · Yoy. plus loin» Perception extérieure · texte numérisé non relu

Yoy. plus loin» Perception extérieure

convergents, et leur convergence augmente encore quand ils ont traversé le cristallin, dont le pouvoir réfringent est supérieur à ceux des milieux qui l'entourent. Ces rayons, partis tous du même point et qui se rapprochent après s'être séparés, vont se réunir sur la rétine et forment par leur croisement un foyer conjugué qui représente le point lumineux initial. Il en est de même pour tous les points de l'objet; et l'ensemble de tous ces foyers conjugués constitue l'image de l'objet, mais renversé : car les rayons émanés de la partie supérieure de l'objet arrivent à la partie inférieure de la rétine, et réciproquement. » (D'Almeida, Physique, liv. Vï, ch. vi.)

Sensations delà vue. -La sensation propre au sens de la vue est la sensation de lumière, d'où dérive la sensation de couleur. Aucun autre sens et aucun autre appareil nerveux ne peuvent nous donner la sensation lumineuse».

Lumière. - On distinguera donc d'abord la sensation de limière tlaZe C'est celle que^nous envoient les rayons du soif «orsqu ' ne sont pas réfractés ni divisés par aucune surface : c est la lumière nui Apiflirp les obiets et qui les rend visibles. . , ,'

^iS lumière blanche s'oppose la nuit, ou sensation deno.r absolu. C'it une auesSon de savoir si c'est là, à proprement parler une «enVatron ou si ce n'est pas plutôt l'absence de toute sensation :S"H'erh:itz, le noir Lt Le sensation rentable ^^i^^^^^^^^^ .xrnrinit nar l'absence de lumière. En effet, s il y a aans le cnamp vuïpTune Dlace quTn'envoie pas de lumière à notre œil, elle nous InnarrennoTr, tondis que les objets situés derrière nous ne nous jEent pas noirs , mais ne nous donnent aucune sensaUon. {Optique physiolog,, trad. fr., p. 370.)

Couleurs. -On sait que lorsque la lumière traverse certains milieux eUe peut être diversement réfractée, et qu à chacun de ces degrés de réfrangibilité correspondent des sensations distinctes et nouvelles qu'on appelle les couleurs.

Les couleurs forment une espèce de gamme semblable à la gamme musicale, composée comme celle-ci de sept éléments dis

tZ.t Sa^dt^tr it/rCen- d'autre. o?ga„es ,«e ,^ les yeux, par exemple, par l'epigastre.

PSYCHOLOGIE THÉORIQUE

LES SENS

II'

tincts, qui sont le violet, Vindigo, le bleu, le vert, le jaune, Vorangé, le rouge, se fondant les unes dans les autres par des nuances intermédiaires. (Ibid., p. 319.) Au delà des deux limites extrêmes du violet et du rouge, il n'y a plus de sensation. On a proposé la réduction des sept couleurs du spectre à trois couleurs appelées fondamentales (rouge, jaune et bleu), dont les autres ne seraient que des résultantes et des composées. Mais cette théorie est contestée. (Ibid,, p. 380.)

L'effet des couleurs se modifie par leur action réciproque. Ainsi une couleur, à la suite ou à côté d'une autre, ne sera pas la même que si onla considère isolée. C'est ce qu'on appelle le contraste des couleurs; et on en distingue deux sortes : le contraste successif et le contraste simultané.

Dans la sensation lumineuse proprement dite, on peut distinguer deux choses : l'intensité et la durée.

Intensité, — Tout le monde sait la différence qu'il y a entre une lumière vive et une lumière faible. La première peut aller jusqu'à blesser les yeux, comme lorsqu'on regarde en face les rayons du soleil: la seconde peut décroître graduellementjusqu'à se confondre aVec la nuit. Les différentes parties du jour se rapportent à la dégradation de la lumière. L'aube, le matin, le plein midi, le soir, le crépuscule, la nuit sont des subdivisions de l'intensité de la lumière. C'est par les différents degrés de lumière que Ton a classé les étoiles. Les étoiles de première grandeur sont celles qui présentent le plus grand éclat. Les étoiles de septième grandeur sont celles qui ne sont visibles qu'au télescope. Entre les deux limites se classent les intermédiaires, selon le degré de l'intensité de la lumière.

Durée. — La sensation lumineuse dure encore aprè? que l'action de la lumière extérieure a cessé : par exemple, lorsqud, après avoir regardé le soleil ou une flamme brillante, on ferme brusquement les yeux en les couvrant de la main, ou qu'on porte le regard sur un fond entièrement noir, on voit encore pendant un court espace de temps rimage brillante des corps lumineux qu'on vient de regarder (Helmholtz). Il résulte de ce fait que « des impressions lumineuses répétées avec une rapidité suffisante produisent le même effet sur l'œil qu'un éclairage continu. » Par exemple, si sur un cercle noir il y a un point blanc brillant, et que ce disque tourne avec une rapidité suffisante, au lieu d'un point tournant on verra un cercle gris, semblable à lui-même en tous res points et où l'on ne découvre aucun signe de mouvement. On peut vérifier le fait soi-même en faisant tourner rapidement une allumette enflammée : au lieu d'un point lumineux, on verra un cercle de feu. Ce fait vient de ce quo

la sensation de chaque point persiste à mesure qu'un nouveau pomt lumineux apparaît. Nous voyons donc la lumière à la fois sur tous les points du cercle: en d'autres termes, nous voyons un cercle K

Le tact. Mécanisme. — On ne sait rien de particulier sur le mécanisme du tact, si ce n'est que l'objet doit être mis en contact avec Textrémité des nerfs tactiles et y produire une certame excitation qui se transmet au cerveau. Les autres sens sont localisés dans des organes spéciaux, le toucher est répandu sur toute la superficie du corps.

Sensations du tact. — Parmi les sensations du tact on distinguera les sensations de température, de chatouillement, de contact^ de pression, de traction, de poli et de rude, de poids, et enfin de résistance. Cette dernière est la sensation, fondamentale du toucher.

Sensations subjectives. — Toutes les impressionsdes sens externes, quoique ordinairement produites parl'action des objets extérieurs, peuvent se produire ou se reproduire en J l'absence de ces objets. On les appelle alors sensations subjectives. On peut avoir, par exemple, un mauvais goût dans la bouche, ou sentir une odeur désagréable, sans aucun objet ni sapide ni odorant. Les bourdonnements d'oreilles, les phosphènes des yeux, les picotements de la peau, etc., sont des phé-^ nomènes de ce genre. 11 faut se garder de les confondre avec ^ette autre classe de phénomènes que Ton appelle hallucinations et qui nous font voir ou entendre en dehors de nous des objets-

qui n'existent pas.

Les perceptions. —Les sensations, lorsque nous les-

rapportons au dehors, et que nous nous en servons pour reconnaître et distinguer les qualités descorps, deviennent ce que l'on, appelle des perceptions; mais il faut pour cela l'usage de l'attention et de plusieurs autres opérations intellectueUes. Nous passonsalors du domaine de la sensibilité dans le domaine derintelhgence.

1 On a distingué dans cette persistance des sensations quatre points de^ vue différents : !<> continuité dans le temps ; 2» continuité dans l espace ;^^ con- Hnuité dans la forme; 4o continuité dans l'intensité lumineuse, (Gariel, JoumaT de Phvsioue, de d*Almeida, t. VI, p. 97.)

. vÔy les expériences curieuses de Weber sur les cercles de semahon JBemstein. Les sens, p. 24-26): deux pointes de compas, avec une ou*ert.u:» moindr» d« trois centimètres, «ont senties comme une seule.

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Problèmes et exercices pratiques.

Sensations obscures et confuses. Influence des petites sensations accumulées. (Leibnitz, Nouveaux essais. kremi-i^TO^os,)

Tous les sens ne sont-ils que les modifications du toucher? (Lecat, Traité des sens, n42, p. 204; voir aussi Herb. Spencer, Psychologie, trad. fr., p. 208.)

Que faut-il penser d'un sixième sens récemment proposé, le sens É;;usculaîre ? (Bain, Les sens et V entendement. — Renouvier, Essais de critique générale, 2* édition, t. I, p. 327.)

niusions des sens. Les distinguer de ce que Ton appelle les erreurs des sens (voir leçon vu). Celles-ci sont communes à tous les hommes ; celles-là sont accidentelles et individuelles. Les distinguer de Yhallucination. L'illusion a pour cause une sensation réelle mal interprétée (tintement d'oreilles, oppression, etc.) ; l'hallucination se produit sans qu'aucune sensation en soit l'origine (Michéa, Du délire des sensations, ch. vn). Ce sont des sensations subjectives exagérées et transformées par l'imagination.

Histoire des sens dans Tanimalité (Chatin, Les orgarm des sens, 1880}.

Lois de la sensation. (Voir notre Traité élémentaire de philosophie^ Psychologie, sect. I, ch. m, § 75.)

LEÇON V

WAGINATION SENSITIVK. — LOI d'ASSOCIATIO»,

SOMMAIRE

La mémoire et rimagînaUo.! se confondent à rorigine: Tune et rautre sont des reproductions d'objets antérieurement perçus : mais la mémoire y ajoute la notion du temps passé; l imagination

n'a pas besoin de cette notion. ^^/in„r.îmi»

Imaginatîou de» différents sens. - Tous les sens onfleurima-

gination ; mais c'est la vue qui est le mieux douée sous ce rapport.

L'ima-ination du tact est prouvée par l'exemple des aveugles-née. Formes averses de l'imaffînatlon. - Rêverie, rêve, aliénaUon

L^ÏÏ'^d'association, - Toutes nos sensations en se reproduisant tendent à se rappeler les unes les autres et se lier par une associat^^^^ plus ou moins constante, qui peut aller jusqu'à de- S indissoluble : c'est ce qu'on appelle Vassoc^at^on destdées

Les deux lois de rassocîatlon. - On a ramené a deux les xois de Sciation: io toutes les idées qui ont été immédiatemen unies dans la conscience tendent à se reproduire ensemble ; 2- toutes^es idées qui ont des caractères semblables tendent aussi à se reproduire l'une l'autre. La première est la loi de contiguïté ; la seconde, la loi de ressemblance.

Lorsque les objets perçus par nos différents sens ont cessé d'être présents devant nous, ils demeurent encore présents à noire esprit, qui continue à les voir, à les entendre, quoiqu ils ne soient plus là, et qui peut même les revoir de temps à autre bien longtemps après la première perception. C est ce qu on appelle conserver Yimage des objets. Ce fait est la base de deux

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facultés intimement unies à leur origine : la mémoire et Yimagination.

Mémoire et imagination. — En effet, ou bien je me représente purement et simplement Tobjet, et je le contemple sans avoir conscience que je Tai déjà perçu auparavant, et sans y penser ; ou bien je le rapporte au passé, et à tel moment du passé ; je dis alors que je m'en souviens. Dans le premier cas, c'est V imagination proprement dite ; dans le second cas, c'est la mémoire.

La mémoire et imagination diffèrent donc très peu à leur origine, elles ne sont lune et l'autre que la continuation et la répétition de la sensation ; les images sont les copies des sensations. Sous cette forme, la mémoire s'appellera sensitive, et l'imagination reproductrice, car il ne s'agit encore que de la mémoire des sens et d'une imagination toute passive, sans puissance créatrice. Les images se reproduisent alors fatalement en vertu de lois toutes mécaniques, et sans être contrôlées par le gouvernement de l'esprit.

imagination des différents sens. — Le terme d'imagination est emprunté au sens de la vue, parce que ce sont surtout les sensations de la vue qui se reproduisent le plus facilement. En effet, tous les psychologues ont remarqué que, de tous les objets de nos sens, les objets visibles sont ceux qui renaissent avec le plus de netteté et de vivacité. Un édifice, par exemple, est conçu plus aisément qu'un son, qu'une sa* veur, qu'une douleur.

Cependant, s'il est vrai que le sens de la vue est le plus Imaginatif de tous, il ne s'ensuit pas qu'il le soit seul. Il y a une imagination des sons et de l'ouïe, comme des couleurs et de la vue. On se rappelle mentalement les airs qu on a entendus. Un musicien compose de tête, sans avoir besoin d'instrument ni de voix humaine. 11 en est de même pour la parole : chacun sait et sent en lui-même qu'il ne peut pas penser sans mots et que ces mots il les entend intérieurement en les pensant.

De même il doit y avoir une imagination du tact ; on le prouve par l'exemple des aveugles-nés qui, sans l'aide de la vue, se représentent les choses aussi nettement que nous, puisqu'ils savent se diriger. La lecture des rehefs, chez les aveugles^

IMAGINATION SENSITIVE

vient encore à l'appui du même fait. Nous ne nous faisons pas l'idée de la différence de l'a et du 5 en relief, et l'aveugle lafait cependant. Les ouvriers typographes arrivent aussi à reconnaître les lettres au toucher. Enfin les aveugles de naissance sont géomètres. Ils ont une géométrie tangible, comme nous une géométrie visible. Leur imagination se représente donc des figures tangibles , comme la nôtre des figures visibles. (Diderot, Lettre sur les aveugles.)

On peut donc affirmer que la vue, l'ouïe et le tact ont leur imagination. Il en est certainement de même des autres sens> quoique les données en soient beaucoup plus obscures. On se représente difficilement une saveur, une odeur, une douleur: mais cependant on se la représente dans une certaine mesure; Le gourmand jouit d'avance de son dîner, le voluptueux des parfums de son jardin ou de ses salons, et le blessé souffre d'avance de l'amputation qu'il doit subir. Ce sont là incontestablement des faits d'imagination.

Formes diverses de l'imagination. — On distm* gue deux espèces d'imagination : Vimaginati^n reproductrice ou sensitive, qui ne fait que reproduire les sensations passées et Yimagination créatrice ou productnce, qui crée des objets nouveaux. Cette seconde faculté appartient au domame de l'intelligence. Nous l'étudierons plus loin (leçon vin).

Mais entre ces deux formes il y a place pour une forme intermédiaire qui est comme le passage de l'une à l'autre, et que Ton peut appeler imagination passive ou automatique. Elle se distingue de la première en ce qu'elle modifie et combine diversement les images de la mémoire, et de la seconde en ce qu'elle le fait involontairement, fatalement, sans direction et sans règle. C'est cette sorte d'imagination libre et échappée qui mérite particulièrement le nom que lui donnait Malebranche*: celui de folle du logis. Elle se manifeste prmcipalement dans trois états psychologiques distincts, mais qui se tiennent par la prédominance exclusive de l'imagination : la rêverie, le rêve et l'aliénation mentale.

1. Malebranche a peint avec beaucoup de Tivacité les qualités et les défaits de ce qu'il appelle les imaginations fortes {Recherche de la venté, hv. l,. part. III, ch. i).

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IMAGINATION SENSITIVE

La rêverie a lieu lorsque l'esprit, oubliant le monde exlérieur et lâchant les rênes à l'imagination, laisse passer devant lui et se plaît à contempler au passage une série d'imagei tantôt gaies, tantôt tristes ou mélancoliques, qui vienneni prendre la place des tableaux réels qui nous entourent. Dani Fétat de rêverie, l'imagination n'est pas absolument indépendante de la volonté, ou du moins elle ne Test pas toujours. C'est souvent volontairement que l'esprit s'abandonne et laisse l'empire à l'imagination. Si le mouvement de nos idées semble s'alanguir, nous faisons un effort pour le raviver, notre volonté l'accélère; si quelque image étrangère au rêve vient s'y glisser, nous l'écartons doucement, pour ramener l'imagination dans la voie aimée. Ce que l'on appelle château en Espagne est un exemple de rêverie agréable; la volonté n'y intervient que pour repousser les éléments hostiles au rêve, réserver les images agréables : c'est avec une certaine complaisance, et non toujours sans quelque effort, que nous bâtissons notre château en Espagne comme une sorte de poème.

La folie ou aliénation mentale est le rêve de l'homme éveillé, le délire devenu habituel, tantôt portant sur un seul objet, tantôt sur tous et caractérisé par le défaut de concordance des sensations et des images avec la réalité.

La loi d'association. La loi fondamentale en vertu de laquelle les idées se réveillent dans l'imagination en Tabsence des objets, est une loi bien connue sous le nom de loi d'association des idées. En voici un exemple :

Je n'ai jamais vu voler le papillon Thaïs sans revoir le lac Némi, je n'a\ jamais regardé certaines. mousses de mon herbier sans me retrouver sous Tombre épaisse des yeuses de Frascati. Une pelite pierre me fait revoir la montagne dont je l'ai rapportée, et la revoir avec ses moindres détails, de haut en bas. L'odeur du liseronvrille fait apparaître devant moi un terrible paysage d'Espagne dont je ne sais ni le nom, ni remplacement, mais où j'ai passé avec ma mère à Tâge de quatre ans ^ .

Tout le monde a observé des faits semblables à ceux-là.

1. G. S And, A propûê dti Charmettes, Hevue det Deux-Mondes da 15 n«v«mbr« 1863.

n'est personne qui ne se soit surpris à remarquer en soi l'étrange filiation qui nous fait passer, sans que nous y pensions, d'une idée à une autre. Souvent on peut retrouver les intermédiaires qui nous ont conduits : quelquefois on ne le peut pas. Il arrive fréquemment que, tout en étant occupé à une idée agréable, on se trouve insensiblement et sans le vouloir amené à une idée triste. On veut retrouver la première, que l'on a oubliée. Que fait-on? On part de la dernière idée, de celle-ci à la précédente, et on essaye de proche en proche de remonter jusqu'à la première.

Reid a fait remarquer avec raison {Essais, VI, vi, trad. fr., t. VI, p. 168), que le terme d'association des idées donnerait de ce phénomène une idée trop étroite en faisant croire qu'il n'y a que les idées qui se lient ainsi : ce ne sont pas seulement nos idées, ce sont à la fois nos pensées et nos sentiments, qui se lient et s'appellent de cette manière : ce sont toutes les opérations de notre esprit. En effet une image réveille un jugement qui suscite un sentiment, d'où naît une résolution, laquelle à son tour évoque de nouvelles images, et ainsi de suite, de sorte que toutes les espèces de phénomènes qui peuvent se passer dans l'âme s'enchaînent et s'appellent mutuellement.

On a ramené à deux lois les principes qui président à l'association des idées : IMa loi de contiguïté ; 2» la loi de ressemblance ^

Loi de contiguïté. — !• Contiguïté dans le lieu. Les différentes parties d'une ville s'appellent réciproquement dans notre souvenir. C'est en vertu de ce principe que nous nous dirigeons dans une ville que nous n'avons pas vue depuis longtemps et que nous croyions avoir oubliée. La vue de la première rue nous rappelle les autres, et nous allons droit aux monuments importants. De plus, la vue des lieux nous rappelle soit les événements qui se sont passés dans ces lieux (souvenirs historiques 2 ), soit les impressions que ces lieux nous ont

1. Al. Bain, Sens et intelligence, part. II, ch. i, trad. fr., p. 282.

2. De là le plaisir de visiter les lieux qu*ont habités les écrivains célèbres: les Rochers (M»» de Sévigné); les Charmettes (J.-J. Rousseau) ; Ferney (Vol- Uire); Coppet (M** de Staôl), etc.

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fait éprouver en d'autres temps, et les événements dont nous y avons été témoins.

2® Contiguïté dans le temps, — 11 y a ici deux points de vue à distinguer. Il y a la contiguïté objective et la contiguïté subjective. La première a lieu entre les événements eux-mêmes en dehors de nous : la seconde a lieu entre nos pensées et en nous-mêmes. A la première se rapportent les synchronismes, les éphémérides, les chronologies, les généalogies, etc. De là aussi Futilité des dates en histoire. Mais la contiguïté subjective est d*une bien plus grande importance encore ; on peut y ramener tous les autres rapports : c'est la liaison et adhérence qui s'établit entre deux idées par cela seul qu'elles se sont produites ensemble ou l'une après lautre^ 11 suffît en effet que nous pensions à un objet dont le souvenir nous est resté pour que des idées d'ailleurs complètement étrangères à celle-là viennent se grouper autour d'elle. C'est ce qui explique une foule d'impressions singulières, de sympathies ou d'antipathies dont nous ne nous rendons pas toujours compte. 11 suffit en effet que la vue d'une personne ait coïncidé pour nous avec une idée pénible pour que cette personne nous devienne désagréable et produise en nous une impression fâcheuse 2, et réciproquement : Descartes aimait les personnes louches, pour avoir aimé dans sa jeunesse une jeune fille qui était louche. Loide ressemblance. — Le second principe qui tend à réveiller les idées les unes par les autres est le principe do ressemblance, et aussi de dissemblance. 11 y en a mille preuves quotidiennes. La vue d'un fils nous rappelle son père, si toutefois il lui ressemble. Souvent de vagues ressemblances, qui frappent l'un sans frapper l'autre, réveillent en nous l'idée d'une personne, à la vue d'une autre qui n'a avec celle-ci aucune espèce de rapport. Ce genre d'association, quand il repose sur des ressemblances réelles, n'est pas seulement naturel: il est encore agréable. C'est de là que dérivent ces procédés du discours que l'on appelle \si comparaison et la métaphore.

1. Berkeley, Théorie de la vision, ch. xxv : « Pour qu'une idée puisse en exciter une autre dans rame, il suffit qu'on soit accoutumé à les voir «n semble. »

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