‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 62 sur 115 · Bain. Lot/iquo, l. Il, p · texte numérisé non relu

Bain. Lot/iquo, l. Il, p

1. L Instruction moderne. Revue des eouis littt'raires (juillet 1807). " 2. Mémoires^ p. 18.

PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

LA METHODE

Mais, malgré les services rendus, malgré les protestations les plus autorisées, les études logiques n'existent plus, du moins n'existent plus assez pour être une discipline intellectuelle.

Les mathématiques leur ont succédé quoique imparfaitement dans ce rôle. On fait des mathématiques, aujourd'hui non seulement pour les mathématiques, mais pour les habitudes d'esprit qu elles donnent. Elles apprennent à déduire. Car elles sont sciences purement déductives, leurs principes (axiomes et définitions) étant indépendants de Texpérience, et toutes les conséquences que Ton tire de ces principes ne sollicitant aucun contrôle ni aucune vérification expérimentale. Sans doute cette vérification peut avoir lieu, elle a lieu souvent en fait; mais la vérité mathématique ne reçoit d'elle aucun supplément d'autorité.

II. De l'înductîon. — L'induction est la seconde méthode dont nous ayons à parler. C'est la méthode des sciences expérimentales, et l'éclat de ces sciences a tellement rejailli sur leur méthode que la pédagogie contemporaine semble surtout vouloir s'inspirer d'elle, comme si c était la même chose de découvrir et d'enseigner. Mais nous reviendrons sur ce sujet. Voyons d'abord ce qu'est Tinduction elle-même. Elle a pour but la connaissance des lois. Elle comprend donc deux moments : la constatation exacte des faits; le passage des faits à la loi.

L'observation. — 11 ne faut pas croire que tous les faits soient également instructifs pour le savant. II y a des faits privilégiés^ comme dit Bacon, qui résolvent un problème ou qui le posent, qui vérifient une hypothèse ou la condamnent. U y a donc un art de choisir les faits qui est le commencement de l'art d'observer. Il faut avoir gardé la précieuse faculté de s'étonner d'un fait même habituel, et il faut avoir l'esprit plein de tous ces problèmes qu'une rencontre peut éclaircir. C'est ainsi que des faits qui ne disent rien au vulgaire parlent au savant. Mais il faut en même temps que le désir de voir tel ou tel phénomène se produire ne trouble point notre vue jusqu'à le lui faire voir quand il ne se produit point. Garder en face du fait, qui va peut-être renverser l'hypothèse laborieusement édifiée, son sang-froid et la justesse de son coup d'œil, c'est plus qu'un art, c'est une vertu. Une autre vertu de l'observateur est la per-

sévérance! M. Pasteur a observé ou fait observer cinquante mille vers à soie avant de découvrir la cause de leur maladie. Enfin l'exactitude des constatations demande à elle seule une netteté de vision et une absence rare de préjugés.

Ajoutons que la pratique de l'observation scientifique (nous confondons sous ce nom commun l'observation proprement dite et l'expérimentation) fait naître les qualités qu'elle suppose, et devient ainsi pour l'esprit vraiment éducatrice. Mais ce n'est pas observer que de voir défiler sous ses yeux les objets triés que le maître tire l'un après l'autre d'une armoire, ni que d'assister passif aux expériences classiques qu'il reproduit. Au moins cette observation par ordre d'une nature préparée et étiquetée n'exerce pas sur nos habitudes intellectuelles l'action bienfaisante du libre commerce avec la réalité. Ce n'en est pas moins la seule qui soit possible à l'école; et elle servira à faire pénétrer dans l'esprit de l'élève l'idée de tout ce qu'un fait peut contenir d'enseignements, elle l'habituera à regarder de près, elle stimulera enfin une curiosité qui trouvera ailleurs à s'exercer.

L'idée de loi. — Mais, nous l'avons dit, l'observation n'est que le premier moment de l'induction. Il faut des faits, si bien observés qu'ils soient, tirer une loi. Comme Ta dit fortement un philosophe contemporain, M. Caro, « la nature serait à nos yeux comme une lettre morte si l'esprit, par son activité propre, n'en interprétait les muets symboles. La science a besoin des matériaux que lui livre la réalité; mais c'est l'esprit qui fait la science *. » Il la fait en générahsant l'expérience, en érigeant en loi un rapport de cause à effet qu'il a réussi à isoler des phénomènes ambiants ou à faire ressortir d'expressives coïncidences. Mais pour conclure ainsi d'un fait passé à tous les faits à venir, il faut croire à l'harmonie de la nature, à l'uniformité de ses manifestations, à la stabilité de ses lois. C'est ce que Claude Bernard exprimait en disant que pour faire la science il faut croire à la science. Mais nous ajouterons que cette foi s'avive par la pratique, et que l'idée du déterminisme universel est une idée innée et une idée acquise tout à la fois, nécessaire

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