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ce sont nos états subjectifs à nous. Et ce qui ne se voit pas a auUnt d'intérêt pour Tesprit que ce qui se voit. L'abus de la méthode intuitive tendrait à le faire oublier. Nous demanderons donc qu'on fasse appel à la réflexion de l'enfant autant qu'à son intuition; qu'il apprenne à voir, soit, mais aussi à penser.

Les accessoires de renseignement. - Ces réserves faites, arrivons à une heureuse conséquence des progrès de la méthode intuitive. Elle a introduit dans nos classes les tableaux uoirs. Au commencement de ce siècle ils étaient une rareté. A rheure actuelle, on en demande plusieurs, mais au moins un dans chaque salle, et, en Amérique, il y a des pourtours de classe qui ne forment qu'un vaste tableau. Non seulement le maître dessine ou fait dessiner sur le tableau noir les lettres d'abord, puis les objets, tout ce qu'il décrit enfin, bêtes et pays. Mais le tableau lui sert à rendre présent, pendant toute la durée d'une classe, le plan d'une leçon que l'élève ressaisira d'un coup d'œil, si sa mémoii« a une défaillance. Il y transcrira encore des règles de grammaire, des énoncés de théorème, des maximes de morale, ayant là un moyen de parler aux yeux en même temps qu'aux oreilles, et de faire le siège de l'esprit des deux côtés à la fois. C'est une façon de solliciter une attention particulière sur certains faits ou certains mots, et comme de mettre du relief dans l'enseignement. On a dit que le meilleur maître était celui qui usait le plus de craie ; ajoutons, qui en fait le plus user par ses élèves.

C'est encore à la méthode intuitive que nous devons l'imagerie scolaire : images dans les livres, ou sur les cahiers, tableaux d'histoire ou d'histoire naturelle, cartes géographiques de tout *^enre. Ce sont les accessoires de l'enseignement. Us instruisent aux moments perdus, et sans fatigue. Rollin avait en vain, au siècle dernier, demandé pour ses petits contemporains cet enseignement illustré que nous trouvons tout naturel de donner

aux nôtres.

Mais, sur les murs de nos écoles, nous voudrions moins de ces dessins qui ne sont instructifs qu'en étant rebutants, ou qui sont tout au moins sans intérêt pour l'éducation de l'œil et de l'imagination, moins d'histoire naturelle, moins de squelettes et d'écorchés. A force de voir ces images savantes, on oublie de

MÉTHODES d'enseignement

les regarder. On regarderait davantage des reproductions d'œuvres d'art qui familiariseraient l'œil avec la beauté. Ces décors scolaires, dont la vue devient une obsession, devraient en tout cas être choisis de façon que le goût puisse quelquefois y gagner, mais n'ait jamais à en souffrir.

Du boulier-compteur, et de tout ce qui mêle l'intuition des sens à l'enseignement des mathématiques, nous ne dirons pas de mal, mais à condition que ce soient là des secours très provisoires pour la toute première enfance. Car la principale utiUté de l'enseignement mathématique est fl'exercer chez Tenfant la faculté d'abstraction. En matérialisant cet enseignement, on en fausserait Tesprit et on en supprimerait le bienfait.

Le travail attrayant. — Une méthode proche parente de la méthode intuitive est la méthode du travail attrayant. Elle aussi prétend être naturelle. Se fondant sur cette loi psychologique que le plaisir est l'accompagnement d'une activité normale, elle fait du plaisir de l'enfant le critérium de notre art et de nos programmes. Spencer pose cette règle absolue ^ : « Comme une pierre de touche qui peut nous faire juger de l'excellence d'un plan d'éducation, vient cette question : y a-t-il chez l'enfant excitation agréable?... Car les instincts intellectuels de l'enfant sont plus sûrs que nos raisonnements. » Avant Spencer, Rabelais, Montaigne, Fénelon, Rousseau avaient témoigné pour la bonne humeur de l'enfant la même sollicitude. Et il est certain que le plaisir est un stimulant de l'activité intellectuelle comme de toute activité, et que l'élève quî fait avec goût ce qu'il

fait le fait mieux.

Mais faut-il attendre, pour mettre l'enfant à l'étude, que le goût en soit né chez lui, et qu'il demande lui-même des livres et des maîtres? Et faut-il de même faire plier toute discipline et toute règle devant ses caprices? Il n'y aurait pas d'éducation publique, il n'y aurait même pas d'éducation privée possible avec celte méthode. D'ailleurs le plaisir de l'étude est un plaisir qui s'apprend, et il se peut que les premiers efforts soient pénibles. Mais ce serait tromper l'enfant que de lui laisser croire qu'il peut réussir en tout en se jouant. Ce ne serait pas le traiter

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