De l'Education, trad. française, p
PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE
MÉTHODES d'enseignement
sérieusement. Aussi une méthode trop économe de la peine et de l'eifort de Tenfant ne serait-elle excusable qu'avec les tout petits qu'on se contente d'instruire en amusant. Plus tard au contraire on tirera profit de l'éducation intellectuelle pour l'éducation morale, en en faisant un apprentissage du travail, de la régularité, des petites victoires à remporter sur soi-même.
De la méthode active. — Nous serions injuste envers les méthodes de l'enseignement intuitif et de l'enseignement attrayant, si nous n'ajoutions qu elles s'efforcent d'être ce que Diesterweg appelle des \néthodes excitatrices de l'esprit. On veut exciter l'esprit parla vue même des clioses; on veut l'exciter par le plaisir qu'il trouve à découvrir, à apprendre. L'essence d'une bonne méthode est en effet d'être une méthode active. M. Marion a excellemment décrit ce qu'il faut entendre par là* :
J'appelle ainsi celle qui se soucie beaucoup moins de donner à Tesprit telle quantité d'aliments, ou tel aliment plutôt que tel autre, que de lui donner Timpulsion et Téveil, comptant avant tout sur son jeu naturel, son etfort propre pour assurer sa croissance normale et sa belle venue. L'effort, voilà par excellence ce qui fortifie. « Pour gagner la vie de l'esprit, dit Malebranche, il faut travailler de Tesprit. Ceux qui ne gagnent pas à la sueur de leur front le pain de rame n'en connaîtront jamais la saveur. » u On ne sait bien que ce qu'on fait soi-même »», pensée profonde d'Aristote, passée en lieu commun, ce qui n'empêche pas Kant de la reprendre pour en faire un des principes de sa pédagogie et le critérium du savoir. Quand un enfant, dit-il, ne met pas en pratique une règle de grammaire, peu importe qu'il la récite, il ne la sait pas; et celui-là la sait qui infailliblement l'applique, peu importe qu'il ne la récite pas. De même l'élève qui fait de tête la carte d'un pays ou d'un voyage témoigne par là de la meilleure manière, sinon de la seule, qu'il a étudié la géographie avec fruit. Agir et faire, voilà le secret et en même temps le signe de l'étude féconde. Faire agir, voilà le grand précepte de l'enseignement. Autant vaut dire le précepte unique, -car il contient en germe tous les autres.
Et cette méthode, ajoute M. Marion, fait jaillir le plaisir du travail même; elle n'a pas besoin de quelque appât jeté à l'intérêt. Par là encore elle est vraiment libérale et éducatrice. Mais ce plaisir est la récompense d'un effort, et la méthode qui
l'escompte est loin d'être débilitante pour la volonté de l'enfant.
Un penseur contemporain trop tôt enlevé à la recherche philosophique, M. Guyau, observe lui aussi qu'il est une méthode meilleure que l'enseignement par l'aspect c'est l'enseignement par l'action. Les deux peuvent se confondre si la vue de l'objet suscite l'activité, l'attention, la vie de l'esprit en un mot. Mais l'enseignement par Taspect peut aussi être passif si l'élève regarde défiler d'un œil indifférent des objets étiquetés qu'on lui présente toujours dans le même ordre.
Inversement la méthode démonstrative, bien appliquée, fait un constant appel à l'intelligence de l'entant, et mérite aussi le nom de méthode active. Car il s'en faut alors qu'elle s'adresse exclusivement à la mémoire, et condamne à juger sur la parole du maître. Mais, bien au contraire, le maître doit obtenir à chaque pas de sa démonstration l'assentiment de celui qui l'écoute. « Ce n'est pas proprement les mailres ni les instruclions étrangères qui font comprendre les choses, dit admirablement Nicole; elles ne font tout au plus que les exposer à la lumière intérieure de l'esprit, par laquelle seule on les comprend *. » Si le maître est habile, non seulement il se fait suivre^ mais devancer par son élève, qui tire en lui-même les conclusions de prémisses à peine posées, et a, l'instant d'après, la joie d'entendre confirmer son hypothèse. Cette collaboration de l'élève à la démonstration est un des exercices les plus intenses qu'on* puisse fournir à son activité.
Des modes d'enseignement — Après les méthodes, les modes. On distingue en théorie trois modes d'enseignement: l'enseignement individuel, mutuel et simultané. L'enseignement individuel c'est le maître ne s'occupant que d'un élève à la fois,, prenant sa mesure pour ainsi dire, s'adaptant à sa nature propre, allant de son pas, imitant l'éducation maternelle et paternelle par la multiplicité des petits soins apportés à la culture morale comme à la culture intellectuelle. Le mode individuel a été longtemps pratiqué même dans les écoles publiques. Mais le maître ne pouvant être à tous n'était qu'à quelques-uns. La majorité de la classe formait un public d'auditeurs passifs.