‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 67 sur 115 · Les pédagogues de Port- Bayai, édition Carré, p · texte numérisé non relu

Les pédagogues de Port- Bayai, édition Carré, p

MÉTHODES d'enseignement

Dans l'enseignement mutuel, les élèves s'instruisent les uns les autres, les plus forts répétant aux plus faibles la leçon qu'ils viennent d'entendre. On les appelle des monUeiirs. L'enseignement mutuel était connu en France depuis longtemps. Mme de Maintenon le faisait pratiquer à Saint-Cyr. Rollin le mentionne comme un expédient utile. Mais c'est au commencement de notre siècle que cet expédient devint un système, grâce à Lancaster. D'où le nom de méthode lancastrienne. 11 fut adopté par le parti libéral qui y vit un moyen plus rapide de diffusion de Tinstruction populaire. D'autres y voyaient aussi un touchant partage du pain de la science, un apprentissage de la solidarité, et aussi de l'autorité. Mais il se trouva que cette autorité donnée à des élèves n'était pas sans danger moral, surtout pour ceux qui rexerçaient; il se trouva aussi que la leçon du maître faite aux moniteurs, puis répétée par eux, s'altérait en route, et qu'on ne pouvait éviter cet inconvénient qu'en mécanisant de plus en plus l'enseignement.

L'enseignement simultané est la forme naturelle de l'enseignement public. Il est loin d'ailleurs d'être un pis aller. « L'enseignement individuel, écrit M. Gréard S fût-il applicable à récole, y serait impuissant. Son action isolée, froide, essentiellement réfléchie et raisonneuse, ne convient qu'à des intelligences fines, délicates, riches par elles-mêmes et puisant incessamment autour d'elles, dans l'atmosphère où elles se développent, des éléments de vie. Telles ne sont pas les conditions, tel n'est pas le milieu de l'éducation populaire. A ces natures incultes, pour la plupart, il faut l'entraînement du nombre, le stimulant de l'exemple, l'attrait de l'imitation, le mouvement de la leçon générale. » L'enseignement simultané suppose que les élèves groupés ensemble sont à peu près d'égale force. Voilà pourquoi il était difficile à pratiquer quand aucun principe ne présidait dans nos écoles à cette répartition des élèves.

D'ailleurs, en fait, les trois modes se combinent. Le maître qui fait réciter la leçon de l'élève A, puis corrige le devoir de l'élève B, fait de l'enseignement individuel. Même, quand il parle pour tous, le maître doit penser à chacun en particulier,

1. Éfîucfttion et instruction, Eiisoîgnoment primaire, p. 65.

surtout à ceux qui ont le plus de peine à le suivre, et s'assurer d'un coup d'œil qu'ils ne restent pas à moitié chemin. Dans les écoles à un seul maître, le mode mutuel sera aussi accessoirement employé, mais de préférence pour les exercices pratiques, et presque mécaniques, pour l'étude de l'alphabet ou de la table de multiplication, pour les récitations diverses. L'éducation mutuelle, sinon l'enseignement mutuel, se pratique enfin dans la cour de récréation, et cette fois sans moniteurs, sans hiérarchie artificielle, par le seul contact des caractères. Quelques instituteurs — et ici une large marge doit être en effet laissée à leur initiative, à leur faculté d'invention — ont imaginé une heureuse combinaison de renseignement mutuel et de l'enseignement individuel. Il leur a suffi de ranger leurs élèves de façon qu'un fort soit toujours à côté d'un faible, dont il est personnellement chargé, qu'il aide dans les différents exercices de la classe, auquel il fournit toutes les explications complémentaires dont il a besoin. C'est son apprenti. Cette protection sans autorité peut être bienfaisante pour celui qui l'exerce comme pour celui qui l'accepte. Il ne faudrait pas cependant que l'habitude d'être protégé paralysât tout etfort personnel-

Le rôle du maître. — C'est du maître en définitive que l'essentiel de l'enseignement doit venir. Ce rôle du maître est difficile à définir. Il se compose de tant d'attitudes diverses, et dont quelques-unes sont personnelles à chacun. Disons cependant ses principales fonctions.

La leçon semble être, quoiqu'elle ne soit pas toujours en réalité, l'exercice dans lequel le maître met le plus de lui-même. 11 n'y avait pas de leçons autrefois dans nos écoles. Rousseau d'aiUeurs les prescrit : « Ne donnez à vos élèves aucune espèce de leçon verbale. » Mais, depuis que l'enseignement populaire comprend des sciences et de l'histoire, par exemple, le moyen de ne pas faire de leçons ? Nous avons vu que, quelque excellente que soit la méthode intuitive pour préparer l'enfant à recevoir l'enseignement, en l'y intéressant d'avance, elle n'est pas par eUe-même un enseignement, et que les choses ne parlent à de jeunes esprits que quand on les fait parler. Restent les livres. Mais lire avec profit n'est possible qu'à un certain âge. On ne comprend pas, on ne retient pas aussi bien ce qui a

PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

Page 1