‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 69 sur 115 · Science de rMucation, trad. française, p · texte numérisé non relu

Science de rMucation, trad. française, p

des leçons brouillonnes. Il est dangereux en outre de poser aux élèves des questions qui les dépassent. Car ils auront vite prisleur parti de ne plus chercher, ne trouvant jamais, et le maîlre fera lui-môme la demande et la réponse. Or rien de plus monotone pour les élèves comme pour lui. Détestables aussi les questions qui n'appellent qu'un oui ou qu'un non. Car c'est souvent le hasard qui répond. Détestable enfin, sauf de rares exceptions, le procédé qui consiste à dire la première syllabe d'un mot, pour le faire achever par l'élève. Il devient un tic chez, certains maîtres.

Nous recommanderons au contraire la méthode Tabareau, pratiquée à l'école la Martinière de Lyon. Chaque élève a une ardoise, un morceau de craie et un chiffon. Lorsque le maître fait une question qui comporte une courte réponse (qu'il s'agisse d'un petit calcul ou de l'orthographe d'un mot), chaque élève écrit sa réponse sur son ardoise, et, à un signal convenu, toutes les ardoises sont levées en l'air, à la même hauteur, et tournées vers l'instituteur, qui, s'il n'est pas myope, distingue d'un coup d'œil les bonnes réponses des mauvaises. Mais il ne faudrait pas que ce fût là la seule faron d'interroger. Il y a quelque chose de trop mécanique dans ce procédé; puis il ne fait entendre que a voix du maître qui semble s'adresser à des muets. Il faut que dans une classe on entende aussi les voix, fraîches des élèves. C'est ce qui lui donne de la vie et presque du charme.

Certaines questions en outre doivent laisser place à un certain imprévu dans les réponses. L'interrogation devient alors un prétexte à commentaires, à explications qui vont s'encadrer dans la leçon même. Vous n'interrogez plus, à vrai dire; vous causez. Mais ce n'est plus un monologue, comme la leçon ; c'est au moins un dialogue.

On peut ne pas interroger seulement après la leçon, mais avant. On fait jailHr les idées de l'esprit même des élèves, sauf à mettre de Tordre entre elles dans la leçon qui suivra. Le talent de l'interrogateur est alors de faire valoir la réponse de rélève, dût-il le laisser triompher de trouvailles qu'en réaUté il lui prête. Quelquefois l'élève trouve pourtoutde bon. Et alors c'est au maître de triompher. Car dire est facile, faire dire l'est moins.

298 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

'Appliquée avec suite, cette méthode est la célèbre méthode de Socrate, qui se vantait d'être expert en Tart d'accoucher les esprits. Ils possèdent, ensei^nait-il, la vérité en puissance. Il suffit de les aider à la découvrir en eux. Voici, par exemple, comment un des interlocuteurs de Socrate est convaincu par lui des mérites de la tempérance *.

« Dis-moi, Eutbydènie, pcnses-tu que la liberté soit un bien précieux et honorable pour un particulier et pour un Etat? — C'est le plus précieux des biens. — Celui donc qui se laisse dominer par les plaisirs du corps, et qui est mis par là dans Timpuissance de bien faire, le considères-tu comme un liomme libre? — Pas le moins du monde. — Peut-être appelles-tu liberté le pouvoir de bien faire, et servitude la présence d'obstacles qui nous en empêchent? — Justement. — Justement alors les intempérants te paraîtront esclaves? — Oui, par Jupiter, et avec raison. — Crois-tu que les intempérants soient seulement empjchés de faire ce qu'il y a de mieux, ou qu'ils soient aussi forcés de faire ce qifil y a de pis? — Je les crois tout à la fois poussés au mal et détournés du bien. — Que penses-tu <ionc de ces maîtres qui empêchent de faire le bien, et qui obligent à faire le mal? — C'est, par Jupiter, la pire espèce possible. — Et quelle est la pire des servitudes? — Selon moi, celle qui nous soumet aux pires des maîtres. — Aussi les intempérants subissent la pire des servitudes? - C'est mon avis. »

La méthode socratique est encore appelée méthode euristvjw, ce qui signifie méthode de découverte. Rien de plus réconfortant pour l'esprit de l'élève que remploi de celte méthode qui lui fait trouver en lui-même des richesses ignorées. Elle peut l'habituer en outre à s'interroger lui-même, c'est-à-dire à réfléchir. Mais elle exige du maître une rare science psychologique, «t elle implique des lenteurs qui supposent des loisirs. Les Grecs avaient du temps à perdre, et quand il s'agissait de discuter et d'apprendre, ils faisaient durer le plaisir. Nos méthodes donnent forcément un enseignement plus concentré parce qu'elles s'adressent à un public nombreux d'élèves, d'élèves pressés d'apprendre, et d'apprendre beaucoup de choses. Puis bien des matières de nos programmes échappent au procédé socratique, l'histoire, la géographie, les sciences physiques. A vrai dire il ne peut s'appliquer qu'aux vérités mathématiques et morales.

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