Locke, liv. II, cb xxxm
IMAGINATION SENSITIVE
Cest en raison des analogies qui ont frappé de tout temps les hommes entre le physique et le moral que tous les phénomènes de Tordre moral et psychologique ont été exprimes par des mou empruntés à l'ordre physique (âme, anima; spintus. soufUe ; liberté, Hbra, balance ; émotion, motus, mouvement, etc.). En général, ce sont les faits moraux qui suscitent des images physiques, et c'est là l'usage ordinaire de la comparaison Dans des temps plus réfléchis, au contraire, on a fait des comparaisons en sens inverse, et les phénomènes physiques font songer aux faits moraux. Ce n'est pas seulement la ressemblance qui plaît : c'est encore le contraste et la dissemblance. De là naissent trois figures de rhétorique, d'un effet généralement agréable, quoiqu'il ne faille pas en abuser: Vantithèse. Vanliphrase, et Vironie. La première de ces figures est, comme la définit La Bruyère, « l'opposition de deux vérités qm se donnent du jour l'une à lautre ». L'antiphrase est l'emploi d'un mot ou d'une proposition dans un sens contraire à son véritable sens, comme lorsqu'on dit les Euménidcs pour exprimer les Furies. C'est une sorte d'ironie abrégée, comme la métaphore est une comparaison abrégée. L'ironie consiste à rire des gens, ou à les rendre ridicules (comme faisait Socrate) en ayant l'air de les louer et de les approuver. 11 y en a d'admirablos exemples dans THermione de Racine [Andromaque, acte IV, se. 11). C'est encore au même principe que nous devons rapporter le plaisir du contraste, c'est-à-dire du rapprochement inattendu entre deux objets plus différents que semblables. Un exemple charmant est celui de la tortue de La Fontaine se comparant à Ulysse :
On ne s'auenaatt guère
A voir Ulysse en cette affaire.
Le vif sentiment des contrastes est une portion de ce qu on
appelle Vesprit. . . * 1
A ce principe se rapporte encore l'analogie des mots, la consonnance ou même V allitération. De simples similitudes de son peuvent suggérer des idées qui quelquefois s accommodent à notre pensée : « Je m'instruis mieux, dit Montaigne, par fmtt
PSYCHOLOGIE THÉORIQUE
que par suite. » Dans un genre beaucoup plus trivial, le même principe engendre ce que Ton appelle le calembour, jeu de mots fondé sur une ressemblance de son et une différence de sens. La rime est encore une des inventions nées du plaisir de la consonnance.
mémoire et imag^ination intelleetuelle. — Si nous considérons la mémoire et l'imagination quant à leur origine, elles appartiennent encore à la sensibilité, puisqu'elles ne sont que la continuation de la reproduction de nos sensations ; mais si nous les considérons dans leur rapport avec l'attention et la réflexion, elles rentrent dans le domaine des opérations ou des facultés de Tintelligence; nous les retrouverons plus loin.
Problèmes «t exercioes pratiques.
Rapport de l^ima^ination et de la mémoire. Est-il
possible de les séparer complètement Tune de l'autre?
Peut-il y avoir une imagination des états affectifs de Tâme, c'est-à-dire, des plaisirs et des douleurs, des passions antérieurement éprouvées? La poésie est-elle possible sans cette sorte d'imagination?
Des rêves, du sommeil, du somnambulisme
(Maine de Biran, Œuvres, tom. II: Nouvelles considérations sur le sommeil, — Dugald Stewart, Éléments de la philosophie de l'esprit humain, part. I, sect. v, chap. v. — Albert Lemoine, Le sommeil. — \lfred Maury, Le sommeil et les rêves,)
Rapports de Tassoeiation des idées et de Thabitude*
Analyse de Tassoeiation des sensations: [^ Association entre les sensations d'un même sens; 2^ entre les sensations de différents sens; 3<* associations de sentiments, de plaisirs ou de douleurs avec les perceptions externes. — Association composée. — Association constructive, etc. (Voir, pour le développement de ces faits Alex. Bain, Les sens et Ventendément,)
L'intelligence animale, en tant qu'elle se réduit principalement aux sensations, à Timagination et aux passions.
LEÇON VI
LBS SENS ET l'bNTENDEMBNT. — l'ATTENTIOII ET Là RÉFLEXIOir
SOMMAIRE
Sens et entendement. — Le sens commun distingue les sens 0t rentendemenl. On n'est pas un homme intelligent pour avoir une bonne vue ou un bon odorat. Les sens sont externes ; Tentendementest interne.
Attention. — Le caractère distinctif de Tentendement, c'est Tactivité. L'exercice actif de l'eûtendement, c'est l'attention. Tous nos sens sont susceptibles de deux modes : l'un actif, l'autre passif.
Attention et sensation. — L'attention ne se confond donc pas avec la sensation. Elle n'est pas une sensation exclusive. Elle n'est pas davantage une idée fixe.
Attention et réflexion. — L'attention s'applique surtout aux choses du dehors. La réflexion est le retour de l'esprit sur luimême.
Diverses espèces d'attention.-- Application; méditation; contention; contemplation, etc.
Qualités de l'attention. — Etendue; intensité; durée.
Lois de l'attention. — 1© réduire le nombre des objets; 2« rendre les idées plus distinctes; 3© les fixer dans le souvenir.
Puissance de Tattention. — La comparaison.
La sensibilité physique est la faculté que nous avons d'être ^fectés, impressionnés par les objets matériels. L'intelligence M la faculté de connaître et dépenser. De là la distinction des sens et de l entendement. Les sens nous donnent des sensations; Tentendement nous donne des idées.
53. Les sens et rentendemenU — La distinction des sens et de l'entendement est une distinction de sens commun. Personne ne dit qu'un homme est intelligent parce qu'il aune
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-bonne vue, un bon odorat, un goût délicat une sensibilité vive au chaud ou au froid. Au contraire, un homme peut êtfô très intelligent avec une vue faible, un odorat obtus, une insensibilité plus ou moins grande aux choses du dehors. Ce n'est pas la vue la plus perçante qui fait le meilleur peintre, m le bon odorat qui fait le grand chimiste; c'est par la pensée, Plus que par les sens, que les savants observent. Newton, pour découvrir la décomposition de la lumière, na pas eu besoin d'avoir des sens plus fins que ceux des autres hornmes ; Leverrier n'avait pas besoin d'avoir des yeux pour dé- . couvrir sa planète, et le plus grand observateur des abeilles,
Huber, était aveugle.
DaiUeurs, il suffit de rentrer en soi-même pour distmguer les sens de l'entendement. Tout le monde sait que l'on pense -en dedans, et que l'on sent par le dehors C'est à la surface de la peau, sur les muqueuses de la langue, dans le labyrinthe de l'orci:!?, que je sens la chaleur, l'odeur, le son Au contraire, cest en dedans de moi-même que je perçois la pensée. On peut soutenir qu'il n'y a rien dans les sens qui n ait été dans l'entendement, mais c'est en ajoutant aussitôt avec ^Leibnitz : si ce n'est l'entendement lui-même.
Attention. — De toutes les différences qui séparent l'entendement des sens la plus importante peut-être, et en tout cas celle qu'il importe de signaler tout d'abord, cest la différence de Vaclif et du passif, le premier, caractère essentiel de l'entendement, et le second, de la sensibilité. C'est cette opposition que nous devons avant tout expliquer.
Considérons l'exercice des sens : nous trouverons une vistmi passive et une vision active, une audition passive et une audu tion active. La langue témoigne de ces distinctions. On ne confond pas, en effet, voir et regarder, entendre et écouter, etc.
Je puis voir sans regarder et regarder sans voir, entendre sans écouter et écouter sans entendre. La même distinction a lier., mais avec moins de netteté, pour les autres sens, entre toucher et palper, sentir et flairer, goûter et déguster .
^sensation.