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«oient appris par cœur. Mais la récitation ne doit pas être le seul exercice oral de l'enfant. Il faut qu'il parle en classe, qu'il répète, quand il est tout petit, le mot qu'on vient de prononcer devant lui, que plus tard il résume la leçon qui vient de lui être faite, ou l'histoire qui vient de lui être contée. Plus tard encore il rendra compte d'expériences, de promenades, de lectures, sa ,part d'invention dans la reproduction grandissant ainsi avec
l'âge.
Quand ce sera le tour du maître de parler, l'activité de Télève ne se bornera pas toujours à écouter. Il prendra des notes, ce qui veut dire qu'il n'écrira pas sous la dictée, exercice souvent tout mécanique, mais que, par un effort de compréhension, il démêlera dans ce qu'il entend ce qui est essentiel, ce qui, une fois noté, suffira à lui rappeler le reste. Quelques maîtres ne laissent prendre de notes qu'une fois la leçon terminée. Mais, pour se mettre à même de les rédiger, il faut encore qu'en écoutant, l'élève se résume et s'analyse à lui-même ce qui se dit devant lui. Que l'on emploie l'une ou l'autre méthode, c'est comprendre deux fois que de comprendre ainsi; c'est penser pour son propre compte la pensée du maître au moment même où on l'entend exprimer. Il va sans dire que de grands garçons seuls en seront capables.
Outre ces exercices écrits pendant la classe, il y a les devoirs a la maison. On en a abusé, ce n'est pas une raison pour les supprimer radicalement. Ce travail fait par l'élève abandonné à lui-même est le plus personnel, le plus actif, par suite le plus profitable. Et, parmi ces devoirs, les meilleurs sont ceux où l'élève met le plus de lui-même, les problèmes et les exercices de composition. — Des premières années aux dernières années de l'école, à des degrés différents et par des procédés différents, c'est toujours Tactivité de l'enfant qu'il faut stimuler, récompenser, aimer, c'est sa passivité qu'il faut craindre, là est le premier mot et le dernier de la sagesse pédagogique.
LEÇON X
UEVLE DES DIVERSES PAHTIl-S DU PROGRA.MME.
SOMMAIRE
L'éducation de l'esprit, but commun de tous les enseignements. — Tradition de la pédagogie française à ce sujet.
De la lecture. — Application de la méthode active à renseignement de la lecture.
De la lecture expressive.
De la lecture expliquée. - Du choix des morceaux. De la participation de Técolier à la classe.
De la grammaire. — Combinaison de la méthode inductive et de la méthode déductive.
Des mathématiques. - Leur caractère essentiellement deductif
et nécessaire. .^^ ,., ,,
Des sciences physiques et naturelles. — Difficultés d un enseignement inductif des sciences inductives.
De l'histoire. — Portée éducative de cet enseignement. Sa méthode : quelques conseils de M. Lavisse.
De la géographie. — Portée éducative de cet enseignement, ha méthode : ordonner et caractériser.
Du chant et du dessin. - Portée éducative de ces enseignements, et, à ce propos, de la culture esthétique. Leurs méthodes. Du dessin linéaire. De l'étude de la figure humaine.
De l'enseignement moral. — Enseignement indirect de la morale. Enseignement direct : les sentiments, les idées, les principes.
De l'enseignement civique. - Son but. Dans quel esprit il doit être donné.
L'éducation de l'esprit, but commun de tous les enseignements. — « Tout enseignement, de quelque
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ordre qu'il soit, produit un double résultat : il apporte à Tesprit un savoir positif, — il exerce et par conséquent il forme Tesprit lui-même *. » L'ambition des programmes actuels de renseignement primaire est de ne perdre de vue ni Tune ni l'autre de ces deux fins. « Même les travaux manuels, observe M. Marion 2, sont enseignés, non comme préparation prochaine aux métiers, mais pour leur valeur éducative, comme donnant le goût et le respect du travail et Thabileté général de la main. » Ce souci de leur valeur éducative explique encore mieux la place faite à d'autres enseignements. On a estimé, et cette pensée sera Téternel honneur de notre pédagogie contemporaine, que même aux plus humbles, la société devait plus que le stock des connaissances indispensables, et que, tout en gardant présent le sentiment du possible et de l'impossible, et celui des limites qu'imposent les conditions et même les intelligences, c'était une éducation, dans la plénitude du sens de ce mot, et Téducation de tous qu'elle avait à entreprendre. Cela est d'abord une conséquence de notre état social et politique. Il faut élever les hommes à la hauteur de leurs droits; et, plus que jamais, la parole de Michelet est juste : la première partie de la politique c'est l'éducation, la seconde l'éducation, et la troisième l'éducation. Nous ajouterons qu'il est conforme à la tradition de notre pédagogie française de voir dans l'acquisition de certaines connaissances un moyen plutôt qu'une un, la fin étant toujours l'éducation même de l'esprit. Port-Royal disait qu'il faut se servir des sciences pour perfectionner la raison plus encore que de la raison pour acquérir les sciences. L'originalité a été seulement d'étendre ces vérités et ces méthodes à l'éducation du peuple.
1. Rapport de M. Rabier à la commission instituée pour l'étude des amélioralions à introduire dans le régime des établissements d'enseignement secondaire. Nous ferons, dans ce chapitre, de fréquents emprunts aux différents rapports adressés à cette commission sur les différentes matières du programme, et dont quelques-uns sont des chefs-d'œuvre pédagogiques. Ils forment à eux tous, comme on l'a dit, un traité des études comparable à celui de RoUin. Ce qui est vrai d'une façon absolue est vrai pour l'enseignement primaire comme pour renseignement secondaire. Ce sont des vérités de ce genre que nous emprunterons aux rapports de MM. Rabier, Lavisse, Jalliffier, etc.
2. Le Mouvement des idées pédagogiques en France depuis 1870^ dans le Recueil des monographies pédagogiques publiées à l'occasion de l'Exposition universelle, t. I, p. 28,
L'esprit dans lequel les programmes ont été rédigés indique l'esprit dans lequel ils doivent être appliqués. Il en résulte que,, pour chaque enseignement, il nous faudrait étudier la portée éducative et comme la fin à laquelle il tend, en même temps que la méthode propre qui lui convient. Car cette méthode, si elle est une application des méthodes générales que nous avon& exposées, peut être d'autre part modifiée et comme gouvernée par ridée de cette fin. C'est seulement d'ailleui% un plan idéal que nous nous fixons ici. En fait, nous nous bornerons à quelques enseignements, et, pour beaucoup d'eux, à quelques remarques détachées.
De la lecture. — De la lecture, par exemple, nous ne dirions rien, de peur de tomber dans de trop infinis détails, et trop techniques, si nous n'avions à signaler (ce qui est tout à fait intéressant et réconfortant pour l'esprit) jusque dans les méthodes les plus spéciales l'application et comme la transposition des méthodes générales que nous avons exposées. C'est ainsi que les pédagogues contemporains ont renoncé à la méthode trop abstraite de Tépellation, du moins en ont reculé l'emploi jusqu'au jour où l'on décompose le mot pour apprendre à l'écrire correctement. On met l'enfant au plus tôt en face d'une syllabe, c est-à-dire de quelque chose de relativement concret, d'un son, d'un sens, d'un mot. Et ce résultat plus vite atteint surexcite son activité. — Ce n'est pas tout. Comme le meilleur moyen d'apprendre, c'est de faire, on fait dessiner à l'enfant ses lettres avant même qu'il en sache les noms. Enr d'autres termes, on n'attend pas qu'il sache lire pour lui apprendre à écrire. On jnène les deux choses de front, et l'en-^ faut reconnaît mieux les lettres qu'il a une fois tracées, — heureuse application de la méthode active à l'enseignement de la lecture.
De la lecture expressive. — Savoir lire peut s'entendre en plusieurs sens. De là, après l'enseignement de la lec- ^ ture proprement dite, l'enseignement de ce qu'on appelle la^ lecture expressive. La véritable prédication de M. Legouvé en. faveur de l'art de la lecture eût dû être entendue jusque dans nos hameaux, puisque l'almanach et le journal, en attendant mieux, y pénètrent. Là même, plus qu'ailleurs, la lecture pour-
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rait, comme les contes d'autrefois, égayer les veillées, ou tromper l'ennui des vieillards et des malades. Mais, pour cela, il faut qu'elle ne soit pas la psalmodie que connaissent tous ceux qui sont entrés dans une école, ni la déclamation qui trop souvent la remplace. Le tout est de comprendre. Et, pour faire comprendre, voici les procédés qu'emploient certains instituteurs : ils font traduire à l'enfant en langage d'enfant le sentiment qu'exprime le livre, et, une fois le ton trouvé, ils lui font reprendre sur ce ton le texte un moment oublié. On bien ils lui font dire, en s'adressant à un voisin, ce qu'il ne parvient pas à lire *. Dans l'un comme dans l'autre cas, ils le font agir, et nous retrouvons là notre méthode de tout à l'heure. L'enfant n'exprime bien que ce qu'il comprend. Mais il ne comprend bien que ce qu'il a exprimé. De là une nouvelle utilité de la lecture expressive : elle force à comprendre.
De la lecture expliquée. — La lecture expliquée est un exercice du même genre. Elle aussi a pour fin de forcer à comprendre. Le plus souvent on lit superficiellement. La traduction d'un texte français en une langue étrangère, morte ou vivante, impose à Télève de l'enseignement secondaire une étude plus minutieuse de ce texte même. L'élève de renseignement primaire n'a que la ressource de traduire du français en français. Encore y a-t-il comme des degrés dans cet exercice. L'explication grammaticale n'en est que le commencement. Mais on n'a pas tout compris quand on a compris les mots. Il faut aller de la forme au fond. Quand l'élève aura compris ridée maîtresse de l'auteur, le rapport de la fin qu'il poursuit avec les moyens qu'il emploie, la structure d'un morceau en un mot, il aura reçu une vraie leçon de pensée. Et quand il aura admiré une belle page, il aura élevé sa petite âme à la hauteur de la beauté qu'il admire. Enfin il faut que l'enseignement littéraire, pour être vraiment humain, soit plus que littéraire, il faut qu'il devienne « une leçon de choses morales professée par les écrivains de génie 2 », ou, suivant le mot de Descartes, « une fréquentation des meilleurs esprits ».