Rapport de M. Rabier
C'est dire que le maître ne doit choisir pour ces exercices, où nous voulons que l'élève trouve tant de choses, que les modèles où ces choses sont vraiment. Le mieux est que l'enfant emporte de l'école peu de souvenirs littéraires, mais qu'ils soient sans tache. Il ne s'agit pas de faire avec lui de la critique. Son àme simple ne comprendra pas que tout ne soit pas beau dans ce qui est beau. Et on risquerait, en lui proposant des modèles où il y a à prendre et à laisser, de lui faire tout prendre ou tout laisser, c'est-à-dire de tromper ou de dessécher son admiration.
Avons-nous besoin d'ajouter que l'explication des textes ne doit pas être, plus qu'un autre exercice, l'occasion d'un monologue pour le maître. Il faut que l'élève trouve par lui-même K On sera sûr alors qu'il a compris. La méthode active reçoit encore ici une application.
De la grammaire. — De même pour l'enseignement de la grammaire. Sans doute la grammaire est une image de la discipline, et, comme telle, sert à l'éducation de l'esprit et presque de la volonté. Mais il n'est pas nécessaire pour cela, surtout quand on peut faire autrement, de présenter les règles comme des édits arbitraires. Elles ont leur raison d'être, la plupart du moins. Toutes les parties du discours, tous les éléments, toutes les formes du langage ont leur raison d'être aussi soit dans la nature des choses, soit dans la raison humaine. Et il va sans dire que des règles expliquées et comprises seront un moindre fardeau pour la mémoire. Mais elles seront d'autant mieux comprises que l'enfant en aura trouvé lui-même la raison. Faire découvrir les règles grammaticales aux enfants, voilà à la fois un emploi et un apprentissage de l'induction. Au lieu de mettre les exercices après les règles, on les mettra avant. On fera même, en multipliant et en rapprochant ingénieusement les exemples de façon à provoquer l'esprit, ce
m ' 1. «.n y aura un art (Vassocier les élèves à un travail collectif, de les mettre en action, d'essayer leur jugement en le rectifiant, de provoquer des réponses spontanées on réfléchies, de stimuler leur initiative par des questions suggestives, de la
enseigne, propre, e qui a tourné en plaisir. » (Rapport de M. Merlet.)
PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE
LES DIVERSES PARTIES DU PROGRAMME
qu'un pédagogue contemporain * appelle des dictées et des lectures d'invention, ce qui ne dispensera pas de faire ensuite des dictées et des lectures d'application où Tenfant retrouvera ce qull aura lui-même trouvé, et qui seront en quelque sorte « la preuve de l'opération qu'il aura faite ». S'il oubliait malgré tout, l'enfant en serait quitte pour découvrir une seconde fois ce qu'il a découvert une première, et l'habitude lui rendrait aisées ces secondes découvertes. Maintenant cette méthode estelle applicable dans tous les cas? Peut-être n'économiseraitelle guère le temps de la classe. Mais il suffirait que l'épreuve eût été faite un certain nombre de fois pour donner à l'enfant, à l'égard de la grammaire, un autre sentiment que celui de l'obéissance passive. Et il ferait à part lui ce travail d'expérimentation grammaticale qu'on n'aurait pas eu le temps de lui faire faire, contrôlant, vérifiant, ou même inventant ces règles qu'on lui aurait données toutes faites. — Il est bien entendu d'ailleurs que ces expériences, faites en classe ou non, ne seraient pas le tout de la grammaire, et qu'un enseignement didactique viendrait les encadrer, et mettre chaque règle à sa place. De plus on ne laisserait pas à l'élève le soin de formuler ses propres découvertes. Il faut aux règles une rigueur d'expression dont l'élève çst incapable. Puis il faut qu'elles soient les mêmes pour tous.
Ainsi pratiqué, l'enseignement de la grammaire ne sera pas, comme il était jadis, un enseignement tout déductif; mais il ne sera pas non plus, tant s'en faut, une application exclusive de la méthode inductive. Les deux méthodes s'y rencontreront et s'y allieront.
Des mathématiques. — Elles se montrent plutôt séparées dans l'étude des sciences. Sans doute aux débutants en mathématiques on peut présenter quelques exemples concrets pour fixer leurs idées. Mais il ne faudrait pas abuser de ce procédé qui fausserait Tesprit même de la science qu'il s'agit d'enseigner. Bain recommande d'utiliser les exercices d'arithmétique en faisant entrer dans les différents calculs des nombres bons à retenir, des dates historiques, les chiffres des populations