‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 74 sur 115 · Vessiot, L'Enseignement à l'école, p · texte numérisé non relu

Vessiot, L'Enseignement à l'école, p

des «grandes villes, ou l'altitude des grandes montagnes. Mais cettecombinaison d'enseignements divers risquerait d'engendrer la confusion, si c'était autre chose qu'un procédé tout à fait accessoire et exceptionnel. L'important est que rien n'ôte aux mathématiques, dans l'enseignement, leur caractère déductif et nécessaire. Il faut que l'esprit trouve à u s'y repaître de vérité », selon la belle expression de Descartes, qu'elles soient pour lui un exercice de raisonnement impeccable, et qu'il y puise de la confiance en lui-même. Là est leur bienfait. — Là aussi est leur danger, si, trop épris de précisions et de formules, nous perdions le sens de ce que la réalité a de complexe, et en venions à nous étourdir nous-même pour nos propres raisonnements.

Des sciences physiques et naturelles. — Les sciences physiques et naturelles appartiennent presque exclusivement à l'induction. L'enseignement de ces sciences est censé faire appel à la même méthode. En fait il s'adresse à la crédulité et à la mémoire des élèves que l'on imagine difficilement doutant et vérifiant, comme le remarque Herbart, et il se rapprocherait même du type d'enseignement déductif, car c'est de la loi donnée tout d'abord que les élèves descendent aux faits qui la confirment, plutôt qu'ils ne s'élèvent de ces faits à la loi. Pour qu'il en soit autrement, il faut que l'élève collabore à la science qu'on lui enseigne. Il faut que non seulement le professeur montre des expériences, il faut que l'élève les fasse. Le savant anglais Huxley va jusqu'à penser qu'il n'y a pas d'enseignement possible de la zoologie sans dissection. Sans doute il y a avec ces règles absolues des accommodements, et il ne s'agit pas de transformer nos salles d'école primaire en amphithéâtres. Mais manipuler, herboriser sont choses possibles et qui donneront un avant-goût des méthodes scientifiques. Quant aux fins dernières de cet enseignement les voici : <( Les notions de sciences physiques et naturelles, d'une utilité quotidienne, donnent en même temps le sentiment de l'ordre, de la causalité naturelle, des lois, Inappréciable leçon de sagesse, qui déshabitue à la fois de craindre sans raison, et de compter sur le miracle ou le hasard ^ » Nous avons déjà dit que ces

\. Uarion, Mouvement des. idées pédagogiques,..., p. 60.

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fins seraient un peu bien ambitieuses pour la modeste science de l'école, si l'éducateur n'aidait Tenfant à tirer les conclusions que le petit nombre de faits et de lois connus de lui ne suffipas à faire éclater dans son esprit. Nous ajouterons que pour les élèves qui, malgré ce secours, resteraient en route, et en qui la noUon de l'ordre immuable des choses n'existera jamais, l'enseignement des sciences physiques et naturelles aurait été en tout cas le plus fécond en applications pratiques, le plus utilitaire.

De rhî»toipe. — Nous empruntons les conseils suivants

sur l'enseignement de l'histoire au rapport de M. Lavisse. Us se rangent d'eux-mêmes dans le cadre que nous tracions plus haut, et répondent à celte double question : quelle est la fin à poursuivre? quels sont les moyens?

L'office principal de l'enseignement de Thistoire est de contribuer à féducation intellectuelle et morale des écoliers. L'enseignement de f histoire contribue à l'éducation mtellectuelle :

En exerçant la mémoire ; ^ ^ . » a i

En cultivant l'imagination à laquelle il donne des objets réels,

mais variés et pittoresques; , . r •.

En habituant l'esprit à discerner, à apprécier et juger des faits, des personnes, des idées, des époques, des pays;

En plaçant les faits intellectuels, les lettres et les arts dans leurs milieux, c'est-à-dire à leur place dans la vie politique et sociale.

L'enseignement de l'histoire contribue à l'éducation morale, mais il iDiporte de dire de quelle façon et dans queUe mesure, pour que la vertu éducatrice de l'histoire ne se perde pas dans des lieux

communs. . , x . i .

Il n'est pas vrai que les justes soient toujours recompensés m les méchants toujours punis. Malheureusement, le mensonge et la violence procurent quelquefois des succès dont la valeur pratique n'est pas diminuée par l'immoralité des moyens. Il n'est pas vrai non plus que les destinées des peuples soient expliquées et justifiées uigquement par leurs vertus et par leurs vices; il entre dans la force et la fortune d'une nation d'autres éléments.

L'intention de faire servir l'histoire à une sorte de prédication morale est louable; mais un éducateur doit être avant tout et toujours sincère. 11 ne peut transformer en une école de morahté l'histoire, où l'on voit trop souvent que « les fautes sont plus que des crimes », et qu'elles ne sont expiées ni par les hommes, ni par les générations qui les ont commises.

Cela dit, il n'est pas douteux que renseignement de l'histoire peut et doit servir à fortifier le sentiment moral.

LES DIVERSES PARTIES DU PROGRAMME

Tout d'abord, il est une recherche de la vérité; il fait effort pour la prouver; il la dit sans réticences. Le professeur est un juge impartial des faits et des doctrines, ses croyances personnelles et son patriotisme ne prévalent point sur son équité, qui doit être absolue. Tout renseignement de l'histoire ainsi pratiqué est une leçon de morale. D'autre part, s'il arrive anx historiens de juger d'une manière différente le même individu, il n'y a point de panégyristes pour des coquins avérés, ni pour des actes de lâcheté. Toute belle action, au contraire, ou toute belle vie a ses louanges. Il existe pour le jugement sur la valeur morale des hommes et des actions un consentement universel, dont le prix est considérable.

La* culture du sentiment national est délicate. Il faut avant tout fortifier le naturel amour du pays natal, raisonner cet instinct et l'éclairer; mais en France, sous peine d'une déchéance de notre esprit, nous ne devons ni oublier l'homme dans le^ citoyen, ni rclrécir, au profit apparent de notre pays, la place de l'humanité.

Après ces considérations sur le rôle de l'enseignement historique dans l'éducation, voici quelques règles pratiques concernant cet enseignement :

1. L'enseignement doit être... adapté à la force intellectuelle de

l'c'colier.

2. Le professeur ne se perdra point dans la quantité des faits el des détails qui sont le fiéau de l'enseignement historique. 11 procédera par sélection. Il reconnaîtra et choisira les personnages dont les actes ont duré, et les faits qui ont eu de longues conse^

quences *. . . » x- t

3. L'enseignement de l'histoire doit être une démonstration. Le professeur composera ses cours, donnera aux élèves à l'avance une idée de Tensemble et des diverses parties, et les conduira du point de départ à la conclusion, en marquant bien chacun de ses pas, de façon que la route entière soit visible. Il ne se contentera pas de faire tout son cours : il fera de son cours un tout 2.

4. En même temps que démonstratif, l'enseignement doit être pittoresque, c'est-à-dire peindre les personnages et décrire les faits, de façon que les personnages et les faits d'une même période se distinguent les uns des autres, et que cette période, dans son ensemble, se distingue de celle qui précède et de celle qui suit -.

1. u Tout dire, ou du moins dire tout c« que l'un sait est ce qu'il y a de plu. uisé au monde. La difficulté c'est de choisir. >. (Extrait du même rapport )

2. « C'est, dira-t-on, une philosophie de l'histoire que vous proposez d enseigner, et à des enfants. Oui, maii sans qu'ils le soupçonnent. >» (/rf.)

.3 X \ Lequel sait son histoire de deux écoliers dont l'un sait comment vira t et gouvernait un roi d'Angleterre, à telle date, et l'autre récite par cœur le tableau généalof^ique des descendants de Cmillaunie I"? v {Id,)

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LES DIVERSES PARTIES DU PROGRAMME

mil

« L'enseignement historique, ajoute M. Lavisse, est celui où le maître est le plus exposé à s'égarer par le désir de bien faire, et par le zèle à payer de sa personne. » Rappelons, sans prescrire aucune règle (car il n'y en a pas d'applicable indistinctement à tous les âges), que l'élève ne doit pas être seulement un auditeur, pas plus à la classe d'histoire qu'à celle de grammaire par exemple.

De la géographie. — F^'enseignement de la géographie a, comme celui de l'histoire, comme tous les enseignements, devrions-rioùs dire plutôt, une portée éducative :

Pour rimagination, il est à peine besoin (rindiquer de coml>ien de façons différentes le professeur de géographie peut l'éveiller et Tenrichir, si, par l'emploi de procédés laissés à son choix, il prend soin de montrer les objets et de mettre sous les noms des images... Il est de toute nécessité que, derrière chaque ligne du livre, à chaque mention de la carte, l'élève perçoive distinctement une

réalité....

Après rimagination, le raisonnement. Avec le pittoresque seul, la géographie risquerait de n'être qu'une récréation de l'intelligence, un luxe de l'éducation.... En groupant les connaissances de même ordre, en enchaînant les causes et les conséquences, en essayant de s^élever des faits aux lois, elle remplit une de ses fonctions es^enlielles, elle exerce l'esprit à former des idées générales. La géographie physique le fait en marquant avec force les relations des phénomènes entre eux; la géographie économique, en rattachant à leurs causes naturelles les richesses agricoles ou industrielles d'une région; la géographie politique, en expliquant par les accidents du sol et par les ressources d'un pays le rôle et la situation actuelle d'un peuple.

Sans dotite, il faudra se garder en pareille matière des théories ambitieuses et des conclusions prématurées.... Mais les enfants risquent beaucoup plus de ne pas raisonner que de raisonner à

faux....

Comme l'histoire le fait pour le passé, la géographie assigne à notre patrie sa place dans le monde actuel; elle pèse ses ressources de toute sorte, elle les compare; elle trace son champ d'action, montre dans quelle direction il pourra s'étendre, sur quels points il faudra le défendre....

Faut-il ajouter enfin que la géographie exerce et développe la mémoire?... C'est par la mémoire et non pour la mémoire qu'il faut travailler : voilà le principe.... Le principe dicte la règle : ne jretenir que les noms essentiels pour la connaissance des choses K

Oserions-nous, sur ce point particulier, rectifier ces conseils autorisés, et montrer moins de scrupules que le professeur de géographie qui les donne? .A l'âge où l'enfant retient des noms propres comme en se jouant, ne peut-on, tout en gardant une prudente mesure, lui en mettre dans l'esprit qui ne correspondront à des choses que plus tard? Ce qui sera fait ne sera plus à faire; et l'enseignement de demain trouvera des cadres qu'il n'aura plus qu'à remplir.

Voici maintenant en deux mots les principes essentiels de la méthode pour l'enseignement de la géographie : ordonner et caractériser. -

Ordonner, c'est-à-dire établir un lien logique entre les notions de nature différente, prendre pour point de départ Tétat physique du glohe pour aboutir graduellement à l'état économique et poHtique du monde; caractériser, c'est-à-dire marquer nettement la diversité des choses, donner autant que possible aux objets leur physionomie et leur individualité *.

Cet enseignement viendra du maître mieux que d'un livre. « Le maître seul peut montrer et démontrer. » Les atlas, les cartes murales sont de précieux auxiliaires, mais ne sont que des auxiliaires de l'enseignement. Ajoutons, pour nous con^ former aux principes vrais encore ici de la méthode active, que les meilleures cartes sont celles que l'élève fait lui-même.

Du chant et du dessin. — Les programmes mentionnent l'enseignement du dessin et du chant. Le dessin est utile à rouvrier des champs comme à celui de la ville, il est utile à tout le monde; cV tous, à un moment donné, ont besoin de faire voir ce qu'ils auraient plus de peine à faire comprendre. Quelques utopistes ont rêvé d'une langue universelle, intelligible pour les gens de tous pays. Le dessin du moins est une écriture

universelle.

Le chant est un exercice physi^que conciliable avec Timmobiiité chère à beaucoup de maîtres, et le plus conciliable de tous avec la discipline, puisque par défmition il suppose l'accord et la mesure. Il sert aussi à rythmer et à régulariser certains

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