Extrait du même rapport
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PSYCHOLOGIE APPLIQUEE
mouvements. Il exerce les poumons et repose l'attention tout
à la Ibis.
Avons-nous besoin de dire que là n'est pas toute Tutilité du dessin et du chant? Le dessin initie à la beauté des formes, et peu à peu donne ainsi l'intelligence et le goût de toute beauté. Quant à la musique, outre qu'elle a ses beautés à elle, elle ébranle Tâme entière et Télève. Elle peut devenir l'auxiliaire et Téducatrice de tous les grands sentiments, du sentiment patriotique comme du sentiment religieux. En outre, comme elle fait vibrer les âmes à Tunisson, leur donnant à la même minute le même frisson ou le même plaisir, elle est un apprentissage de la sympathie, partant de la sociabilité. Elle enseigne à ceux qu'elle rapproche pour l'exécution on commun d'une belle œuvre la collaboration et la solidarité. On ne sait pas encore tout le parti qu'on pourrait tirer d'elle pour ennoblir les loisirs non plus seulement des riches, mais des humbles.
Tous en effet ont droit à l'art et à la beauté. Pour tous il s'agit ici non de jouissances quelconques, mais de celles qui moralisent, et par lesquelles enfin l'homme est homme. Aussi la culture esthétique était-elle le tout de l'éducation antique» Elle est le caractère dominant jusqu'ici de l'éducation qui s'adresse aux fils de notre bourgeoisie. Mais n'avons-nous point déjà dit que celle qui s'adresse aux fils du peuple était de degré, mais non de nature différente, et que, pour les uns comme pour les autres, la seule éducation vraiment digne de^ ce nom était « celle qui habitue chacun à se préoccuper et à s'éprendre de quelque chose de meilleur que soi i? » C'est donc mal entendre l'intérêt de quelque enfant que ce s(îît que d'être plus utilitaire pour lui qu'on ne le serait pour soi-même. Gel utilitarisme pour autrui est, comme tout utilitarisme, mauvais conseiller. Puis, que de mépris il cache sous une apparente sollicitude 1
Le dessin et la musique sont les arts populaires. C'est par eux qu'une ouverture peut être donnée aux esprits. Aussi nous servent-ils de prétexte à parler de cette ouverture, et à répéter, non sans intention, ce qu'à propos de la culture de l'imagina-
l, Havaisson, Dictionnaire pédagogique, !'• parlie, t. I, p. 123.
LES DIVERSES PARTIES DU PROGRAMME
tion nous avons déjà dit. Mais la culture esthétique peut, même à l'école primaire, être donnée par d'autres moyens *. L'enseignement littéraire, trop historique à l'heure actuelle, devrait être presque exclusivement esthétique et moral. L'enseignement de l'histoire lui-même doit faire connaître de l'humanité non seulement les réalités et les misères, mais les aspirations et les rêves. Il y a de la beauté dans l'histoire des croisades, dans l'histoire de Jeanne d'Arc, dans celle de la Révolution. Là, il faut s'éprendre pour comprendre.
Revenons au chant et au dessin. Les méthodes d'enseignement du chant et du dessin ont subi elles-mêmes le contrecoup des tendances nouvelles auxquelles la méthode générale semble obéir. Au lieu de commencer par le solfège, ce qui est l'abstraction en matière de chant, on fera chanter aux enfants de vrais morceaux qu'ils n'apprendront qu'ensuite à décomposer et à noter. Au lieu de leur donner indéfiniment des estampes à reproduire, on les mettra en face de la réalité; ce qui revient à appliquer au dessin la méthode des leçons de choses.
M. Ravaisson^ proteste même contre les lenteurs et la sécheresse de ce dessin abstrait qui procède par mesure et par calcul, le dessin linéaire. Selon lui, les seuls exercices qui apprennent à voir juste sont ceux qui consistent à apprécier d'un regard et à reproduire de même des formes vivantes, avec les ondulations propres à chacune d'elles, — nouvel acte de foi dans une intuition d'un genre spécial, le coup d'œil de l'enfant. Mais, parmi ces formes vivantes, ajoute l'éminent penseur, les plus propres à faire l'éducation de l'œil sont celles dont les proportions sont les plus harmoniques, c'est-à-dire les formes de ce que la nature vivante a de plus parfait, c'est-à-dire la figure humaine. Et qu'on n'en taxe pas l'étude de luxe inutile. Car, comme ce qui importe le plus dans tous les métiers comme dans tous les arts, c'est le bon jugement de l'œil, l'éducation la plus esthétique sera par surcroît la plus utilitaire.
1. Une revue, dirigée par un homme de cœur et de goût, M. Vessiot, traitait récemment ce sujet : u Comment on peut développer le sentiment du beau chnz les enfants », et c'est dans la nature même, dans les premières impressions du petit paysan en face d'un chêne, qu'étaient cherchés les éléments de ce seiillment. {L'Instituteur, 5 juillet 1890 )