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5. « Je voudrais que vous puissiez lire dans mon cœur quelle est l'affection que je porte aux enfant?. » (SaintCvran, cité par Sainte-Beuve, Port-Royat, t. 111, p. 468.)
le bien soit. Mais une théorie a priori^ quelle qu'elle fût, constituerait ici un préjugé, alors que le plus sage est de voir venir, comme on dit, et de ne prendre parti qu'à bon escient. L'enfan n'est encore moralement ni bon ni mauvais, et c'est ce qui importe. Quant aux dispositions qui sont en lui, on peut, sans rien compromettre, attendre qu'elles se soient manifestées pour les condamner. — D'ailleurs l'enfant qui arrive à l'école n'est plus l'enfant qui vient de naître, l'enfant de la nature; et quand celui-ci, ce dont nous doutons fort, serait tout d'une pièce bon ou mauvais, celui-là a déjà subi tant d'influences qu'il est devenu, s'il ne l'était dès l'abord, un petit être fort complexe. Sur cette bonté et cette méchanceté originelle dont on nous parle, se sont superposées, en couches déjà épaisses, les alluvions d'une éducation qui s'accomplit avant même qu'on songe à l'éducation. Et nous ne parlons pas de l'héritage compliqué de tendances contradictoires, de la préformation de nos âmes dans les générations antérieures, de tous ces dogmes enfin de la science contemporaine qui font l'âme de l'enfant moins une et moins simple que ne la faisaient les deux thèses que nous avons opposées Tune à l'autre.
Qualités et défauts de Tenfant. — Il faut donc renoncer à une définition trop sommaire de l'enfant, et l'étudier [iour le connaître. Il a des défauts et des qualités. Mais ce sont des défauts et des qualités d'enfant, et on ne peut parler ni des uns ni des autres sans des réserves et des atténuations ou des excuses. Sa docilité naturelle n'est qu'un signe de sa faiblesse, sa bonne humeur une manifestation de sa santé; son innocence est de l'ignorance. Il est caressant parce qu'il a besoin de caresses. Mais encore est-il possible de distinguer les cas où ce besoin est tout physique de ceux où aux caresses enfantines se mêle quelque chose comme de la bienveillance et de la reconnaissance. Il suffit de voir à côté l'un de l'autre deux enfants, surtout quand ils sont d'âge un peu différent, pour comprendre qu'il existe un instinct de générosité et de bonté, comme il existe un instinct d'égoïsme et d'accaparement. L'enfant a en outre une puissance de résonance morale telle que son visage exprime les émotions des personnes aux conversations desquelles il assiste. Mais ce n'est là que le commencement de la sympathie •
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- Et ce sont souvent les mêmes causes qui, selon les circonstances, engendrent des elfels tout contraires. Cette même faiblesse qui les met si pleinement sous notre dépendance et nous procure cette jouissance particulière qui naît de l'exercice d'une autorité indiscutée, les rend exigeants et tyranniques, comme si elle leur constituait un droit; et ils ont de vraies rancunes quand il n est pas répondu à leur confiance. C'est ainsi que, venus pour commander, nous finissons le plus souvent, avec les plus petits du moins, par servir et obéir.
Cette même faiblesse est la cause encore d'un de leurs plus vilains défauts, de leur égoïsme. « Les enfants sont nécessairement très égoïstes, remarque un savant que nous avons déjà cité, Maudsley S car c'est leur instinct de faire que le monde extérieur s'adapte à eux, dans le but de développer et de grandir. Un bébé, c'est le seul roi qui existe, parce que tout doit s'adapter à lui, tandis qu'il ne s'adapte à rien. » Et comment lui reprocher une royauté si passagère? N'est-ce pas le cas de répéter avec Mme Guizot : « Ce qu'il a de mauvais, ce n'est pas le penchant, c'est le dérèglement. » Le penchant contraire, la sympathie, suppose un certain avancement intellectuel et une faculté de substitution qui est un degré supérieur d'imagination. Les enfants égoïstes sont souvent des enfants bornés, et c'est en élargissant leur esprit qu'on élargirait leur cœur. Pour les meilleurs la chose se fera d'elle-même, et leur égoïsme n'est que
provisoire.
La jalousie n'est qu'un dérivé de l'égoïsme, et, comme Tégoïsme, la jalousie, chez l'enfant, est naïvement monstrueuse. (( La faiblesse des organes est innocente chez les enfants, dit saint Augustin 2, mais non pas leur âme. J'ai vu, j'ai vu moimême un petit enfant dévoré par la jalousie : il ne parlait pas encore; mais; tout pale, il regardait d'un œil haineux son frèie de lait. » — « Un de mes neveux, raconte M. Bernard Ferez ^ à l'âge de trois ans, parlait continuellement d'un frère qu'il devait avoir bientôt. « Comme je Taimerai», disait-il à chaque instant.
i. Pathologie de VespHt, ch. vi, 2. Confessions, liv, I, ch« vu.
. 3. L'Éducation dès le berceau, p. 260.
Mais quand il l'eut vu accaparer le sein, les baisers, les caresses de sa mère, les soins et l'attention de son père, il en témoigna très haut son mécontentement. Il dit même un jour à sa mère : <c Est-ce qu'il ne va pas bientôt mourir, le petit Fernand? » — Cette lutte pour les caresses est une esquisse de la lutte pour la vie, et l'enfant ne met pas le même art que l'homme à en dissimuler l'âpreté. Mais de cet instinct, qui lui vient de son animalité, l'homme fera sortir des choses vraiment humaines : le commerce, l'industrie, toutes les formes élevées enfin de la concurrence. Du mal même le bien peut donc naître, et le tout est de faire de notre nature le meilleur usage.
A cet instinct de lutte s'oppose en outre un instinct d'assistance dont nous avons déjà parlé, et qu'on développera en lui donnant de préférence des occasions de s'exercer. Et, 'comme il est souvent plus facile d'obtenir beaucoup que d'obtenir peu, on ne se contentera pas de combattre la jalousie, on lui substituera le goût de la protection, qui grandit toutes les âmes où il entre, quoiqu'il y ait là une vertu dont l'amour-propre fait en partie les frais. Et l'enfant cessera naturellement d'être jaloux de celui dont il se sera fait le protecteur.
L'enfant est cruel, dit-on encore. « Cet âge est sans pitié. » Et de nos jours le poète qui le mieux a chanté l'enfant a raconté aussi sa cruauté froide à l'égard d'un de ces animaux qui sont comme les parias de la nature, d'un crapaud. De cette cruauté n'avons-nous pas déjà donné la raison? Elle est faite d'ignorance. L'enfant maltraite indifféremment un animal et une poupée. On a dit de certains criminels qu'ils ne se représentaient pas le mal qu'ils faisaient, et que plus d'imagination leur eût donné plus de pitié. De même les enfants, tout anthropomorphistes qu'ils sont, le sont à tort et à travers. Puis leur inexpérience de la souffrance leur est une raison suffisante pour la mal concevoir. Si bien que c'est à eux surtout qu il faut pardonner parce qu'ils ne savent ce qu'ils font.
L'enfant est voleur. Ce n'esfpas, fait remarquer M. Legouvé, qu'il ait précisément l'instinct du vol, mais il n'a pas Tinstinct de la propriété d'autrui. Il a pourtant, et de bonne heure, l'instinct de sa propriété à lui. L'enfant observé par Tiedemann ne veut pas que sa sœur s'assoie sur son siège ni qu'elle mette ses vêtementr
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Du mensongre. — Nous arrivons au vice enfantin par excellence : le mensonge. Ici des distinctions sont nécessaires.
'Le catéchisme distingue le mensonge pernicieux, le mensonge officieux et le mensonge joyeux. Quelques-uns ajoutent à celle
- liste le mensonge héroïque. Mais il faut également distinguer dilTérents âges du mensonge, si Ton peut s'exprimer ainsi. Il n'est d'abord qu'une sorte de confusion des images et des souvenirs. Puis l'enfant se plaît à cette confusion, et recommence par jeu ce qu'il a fait d'abord involontairement. Ce mensonge-là c'est l'art de l'enfant. Et, comme les grands artistes, Tenfant est la première dupe de son imagination. Dans ses récits il ne discerne bientôt plus lui-même ce qui est arrivé de ce qui ne l'est pas. La véracité et l'exactitude demandent un apprentissage. Le mensonge est tellement subordonné à l'imagination que chez quelques-uns, qui ont Timagination malade, il devient lui aussi une manie et une maladie. Certaines inventions compliquées et sans motif plausible trahissent cette impulsion morbide, et peuvent même ainsi servir de symptôme. Dès lors l'éducateur ne suffit plus à la guérison : il y faut le médecin. Les enfants sains d'esprit et de corps, qui sont les seuls dont nous ayons à nous occuper, mentent d'abord, alors même qu'ils savent déjà qu'ils mentent, sans y mettre de malice. Ils ignorent le prix de la vérité. « Pourquoi l'enfant, se demande Mme Necker de Saussure S accorderait-il ses expressions avec les faits? Que lui importe le passé, la vérité historique? il en garde à peine le souvenir. Ce qui est intéressant pour lui, c'est d'être caressé, c'est qu'on lui donne ce qu'il désire. » Il est donc menteur d'abord par réelle indifférence à l'égard du vrai, puis par gentillesse, puis enfin seulement par intérêt, et c'est cet âge critique du mensonge qu'il faudrait prévenir en enseignant à temps qu'il y a une vérité, et qu'elle est chose que l'on respecte. Car le mensonge, malgré ses innocents débuts, est le pire des vices du jour où il est un vice. Il est une arme si commode, la seule dont la faiblesse des enfants dispose, leur seule défense contre une sévérilé inopportune. Aussi se fait-il bientôt le complice de tous les autres vices enfantins, et l'âme prise dans cet engrenage y laisse par
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lambeaux son honnêteté native. Elle s'enhardit à mentir et la fausseté devient son ordinaire manière d'être. Dans une pareille atmosphère morale jamais on ne verrait éclore un caractère digne de ce nom. Mais à mesure que l'enfant grandit, et prend conscience de ce qu'il se doit à lui-même, le mensonge trouve dans ce sentiment de fierté naturelle une résistance et un remède. On éprouve à mentir une honte que l'on ne connaissait point. Et c'est à faire naître un peu plus tôt cette honte salutaire que tend tout l'effort de l'éducateur. Ainsi ceux qui n'ont pas su respecter la vérité pour la vérité finiront par se respecter eux-mêmes et la vérité par surcroit, et l'habitude de mentir qu'on n'avait pu empêcher de naître disparaîtra presque d'elle-même. Que si elle ne disparaissait pas, elle deviendrait l'indice d'une profonde misère morale. La poussée de sentiments généreux qui transforme l'enfant en homme aurait été trop faible pour triompher d'elle.
Des défautH scolalros. — Le mensonge avec ses diffélentes phases nous a conduits jusqu'à la puberté. Les autres défauts dont nous avions parlé étaient des défauts de la première enfance. Comme tels, ils sont en effet les plus caractéristiques, et ce n'est pas seulement dans le temps qu'ils nous apparaissent comme plus éloignés de nous. Nous avons maintenant à citer certains défauts dont la cause est plus complexe, ils éclatent lorsque la nature de lenfant s'adapte mal à ce que nous attendons et exigeons d'elle. Us peuvent tenir sans doute à cette nature même, mais aussi à des exigences démesurées ou prématurées. Que d'éducateurs ainsi n'ont péché que par excès de zèle, et ont eux-mêmes créé les conflits oii sombre leur autorité! Les défauts dont nous voulons parler sont surtout la désobéissance et la paresse.
Il y a plusieurs façons d'ubéir, et il y a loin d'une obéissance passive et indiflérente à cette obéissance réfléchie qui est déjà une vertu. H y a aussi plusieurs façons de désobéir. Tel n'est qu'un étourdi; tel autre est déjà un espiègle. Un troisième, par une indocilité graduée, mesure la patience de ses maîtres, et, s'il ne rencontre pas une main ferme, prend chaque jour une liberté nouvelle. Mais tous ceux-là ne désobéissent pas pour désobéir. Il en est dont les désobéissances voulues marquent
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un véritable esprit de révolte. Mme Necker de Saussure « signale « cette dépravation momentanée de la volonté qui fait trouver un plaisir, un assaisonnement particulier dans Fidée de violer les règles. » Herbart ^ a décrit de même la nature de ces esprits « qui disent non », et cela dès les premières années. Aujourd'hui c'est à leurs parents, ce sera demain à leurs maîtres, puis à tous leurs chefs, puis à tous leurs devoirs qu'ils diront non, si Ton ne parvient à les réconcilier avec les idées de règle et de respect.
La paresse est un défaut d'écolier. Un hygiéniste, pitoyable aux paresseux, distingue la paresse d'indocilité, la paresse de souffrance, la paresse de fatigue et la paresse d'ennui -^ De la première il faut triompher à tout prix. Car, si la loi du travail est dure pour l'enfant, ce n'est pas une loi pour l'enfant seulement, et il faut qu'il prenne de bonne heure l'habitude de s'y soumettre. La paresse de souffrance se reconnaîtra à un certain dégoût de toute espèce d'activité, surtout de l'activité physique. Là il ne faut pas punir, mais guérir. Quant aux deux autres formes de la paresse, elles sont les réactions naturelles de l'enfant contre ce que nous avons appelé ailleurs le surmenage et, grâce à elles, il n'est jamais dangereux que pour une minorité trop zélée. Elles sont donc un avertissement pour le maître qui doit s'en prendre à lui-même et non à l'enfant de l'ennui et de la fatigue qu'il manifeste. A lui d'alléger son enseignement, et de réveiller par une meilleure méthode l'intérêt qui s'endort. Ainsi du moins parle notre hygiéniste. Mais il accorde qu'il est souvent difficile de distinguer du mauvais vouloir certaine disposition à se fatiguer trop vite et à s'ennuyer de tout.
D'une classification des caractères — Pour que l'éducateur puisse se retrouver au milieu de ces indécisions de la nature enfantine, existe-t-il quelques types fixes auxquels se ramèneraient en définitive toutes les combinaisons possibles des défauts et des qualités dont nous avons parlé ou dont nous n'avons point parlé? En d'autres termes, peut-on donner une