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un assaut, pour n'y pas montrer plus d'acharnement qu'il ne convient, Tattitude du combat nous en suggérant peu à peu les instincts. De même la correction ou le laisser aller de nos manières non seulement dénotent, mais déterminent à la longue tout un ensemble de sentiments opposés.

Cela nous enseigne le sens et la portée de certaines règles et ^e certains usages. La bonne tenue, Thabitude d'un certain respect extérieur de soi-même se traduisent chez Tenfant en une <lélicatesse plus grande, en un respect de sa personne morale. •Beaucoup ne veulent voir dans les marques de politesse que convention et, pour ne rien dire de pis, que superfluité. Elles inspirent partiellement cependant, chez la plupart des hommes, .les sentiments qu'elles expriment et la politesse des manières •devient un élément de la politesse des mœurs. L'hypocrisie est -en effet contre nature, et il y a moins d'hypocrites qu'on ne croit. La raison en est que les hypocrites eux-mêmes prennent les sentiments de leurs attitudes et cessent de Têtre. Les témoignages extérieurs de respect du fils pour le père, de Télève pour le maître, ne sont donc pas chose indifférente et négligeable. •Car le respect vrai s'apprend par eux ou se conserve.

Il est pour d'autres sentiments un apprentissage analogue. On aime ceux à qui l'on a fait du bien. Et pratiquer la charité est Je meilleur moyen de devenir charitable. L'abbé de Saint-Pierre .demandait pour cette raison qu'il y eût comme des exercices scolaires de charité. C'est en eifet toute une méthode d'éducation morale qui se trouve ici indiquée, et qui n'est pas sans analogie avec cette méthode d'éducation intellectuelle que nous 4ivons appelée l'éducation par l'action.

Avec combien plus de force la suggestion ne s'exerce-t-elle pas si, au lieu d'un geste ou d'une action, il s'agit d'un ensemble »d'actions coordonnées, d'une attitude ordinaire de notre être, et comme d'un rôle que nous jouons. Tout acteur prend peu à 4)eu les sentiments du personnage qu'il représente, et les porte même dans sa propre vie. Les rois de comédie ont peine à se défaire de leur royauté. En quoi nous ressemblons tous à ces .acteurs. Car tous, plus ou moins, nous avons une fonction dont les altitudes diverses impriment à notre nature morale un pli |)rofond. L'habit fait le moine, quoi qu'on dise. La pratique du

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commandement donne l'autorité et l'habitude de servir engendre la servihté; ce sont là des cas extrêmes, mais chaque métier a sa psychologie complexe qui devient un élément important de la psychologie de celui qui l'exerce. Car nous ne sommes ni doubles ni triples; nous ne pouvons faire des parts dans notre vie, et avoir pour chacune d'elles une âme différente. Du moins ce sont là subtilités heureusement exceptionnelles. La loi commune est une tendance à l'harmonie et à l'unité.

Et voilà pourquoi aussi l'opinion que nous avons, ou que nous donnons de nous, réagit sur nous et nous modifie. Nous nous conformons involontairement, dans notre conduite, à une sorte d'idée de nous-mêmes qui, médiocrement ressemblante peutêtre à l'origine, le devient davantage par notre fait. De là l'importance extrême de certaines manifestations où notre nature morale s'affirme et s'oriente pour ainsi dire, et qui servent d'éléments à cette idée de nous-mêmes qui se forme, non seulement dan^ Tesprit d'autrui, mais dans le nôtre. Car il nous est plus facile de nous juger d'après nos actes que de scruter les profondeurs d'où ils sortent, et de voir si nous sommes bien en eux tout entiers. Une fois donc cette première ébauche de notre caractère dessinée par quelques événements où il s'est exprimé, le reste se déduit fatalement, et nous ne faisons plus, malgré nous, que suivre nos propres traces, et compléter, et justifier cette ébauche. Entre l'être et le paraître Taccord tend toujours à se faire. On n'est point, par exemple, impunément fanfaron de vice. Mais on devient la première victime de sa fanfaronnade. Rien de plus dangereux, à plus forte raison, que d'avoir de soi une mauvaise opinion, à moins qu'elle ne se change en humilité et en repentir. Mais souvent on prend vite son parti de la bassesse morale où on est plongé, et on perd jusqu'à cette idée qu'il serait possible d'en sortir.

C'est pourquoi un maitre prudent hésite à porter même sur le pire élève une condamnation trop sévère, et à lui laisser voir le mal qu'il pense de lui. Il n'est point de nature humaine si déchue qu'elle ne soit capable de relèvement, et on ne peut même parler de déchéance pour une nature d'enfant. Quel danger dès lors n'y a-t-il pas à user d'un mépris qui rebute et qui décourage! Aussi les plus illustres pédagogues recomman-

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dent-ils d'agir par l'éloge plutôt que par le blâme. Ne mesurez pas cet éloge avec parcimonie, et avec le souci de le proportionner au mérite. Feignez de croire plus de bien qu'il n'y en a; et tout de même vous ne vous serez pas trompé, car l'enfant aura à cœur de s^élever jusqu'à l'opinion que vous avez de lui et qui exercera sur sa nature, pour peu qu'elle soit généreuse, une sorte d'attrait. Cet attrait sera de la suggestion dans le meilleur sens du mot.

C'est encore une action de même ordre que celle d'un idéal toujours présent, et qui est comme un constant appel adressé à toutes nos facultés. Il est fait de nos lectures, de nos réflexions, de nos aspirations, du meilleur de nous-mêmes, et c'est à se demander si, étant ce que nous voudrions être, il n'est pas plus nous-mêmes que ce que nous sommes en réalité, de par les nécessités multiples qui pèsent sur nous. Mais^ ce dissentiment intime et ce doute cesseront et notre volonté et notre nature ne feront plus qu'un si, ne détournant jamais les yeux de cet idéal, nous nous laissons doucement fasciner par lui. La suggestion de l'idée fixe est irrésistible, mais il est des idées fixes qui nous doivent leur fixité. C'est alors, comme on dit, de l'autosuggestion K Ces idées-là sont pour le caractère les plus puissants agents de rénovation, et, pour la volonté, le plus sûr moyen d'agir sur elle-même. Dans le sens strict du mot, il n'y a même de caractère que celui auquel elles apportent un soutien et un principe d'unité.

Loi de réaction. — Toutes les lois que nous avons étudiées agissent dans le même sens et ne sont pour ainsi dire que les formes d'une loi unique d'après laquelle toutes nos manières d'être tendent à s'affirmer de plus en plus. Mais voici une loi contradictoire avec les précédentes, et qui vient singulièrement compliquer les caractères. Appelons-la la loi de réaction. Nous avons observé que l'habitude nous immobiliserait à jamais dans une attitude et nous ferait creuser toujours le même trou. Mais nous sommes des êtres capables d'ennui et cela nous sauve. De même le plaisir satisfait devient plus exigeant, mais seulement jusqu'au jour où la satiété arrive. De

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