‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 87 sur 115 · Voir la première parlie de ce volume, Leçon XII · texte numérisé non relu

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s-e fait vraiment agent provocateur, et sollicite lui-même la désobéissance. A de pareilles natures promptes à la révolte il ferait mieux d'en épargner les occasions, il ferait mieux de laisser se satisfaire jusqu'à satiété leur goût d'indépendance. Un ordre exceptionnellement donné ne les trouverait peut-être plus alors sur la défensive, et aurait quelque chance d'être écouté. Que si, par l'autre méthode, on réussissait à les briser, on aurait à regretter d'avoir réussi. Car il faut se garder de croire que ceux qu'on appelle prématurément de mauvais sujets, pour donner plus de peine aux personnes qui veillent sur eux, ne puissent tourner que du côté du mal. Quelques éducateurs rêvent d'un enfant bien sage et toujours docile. Mais d'autres ont, contre leur propre intérêt, des préférences inavouées pour les natures où ils sentent de la résistance et du ressort. Non qu'il faille donner une prime à la désobéissance, et n'avoir pour une soumission trop facilement obtenue que du dédain. Mais il faut se dire que la désobéissance, qui demeure un mal, naît parfois d'une certaine ardeur de tempérament qui peut devenir un bien. Et alors on cherchera à cette ardeur un emploi, on proposera à ces petites personnalités pressées de s'affirmer des occasions innocentes de le faire, ou même fécondes. Qu'on se souvienne ici de la distinction faite par Stuart Mill entre deux types de caractères, le type passif et le type actif, et de sa prédilection marquée pour le second. On ira même, je le veux bien, jusqu'à s'inquiéter d'une docilité qui ressemblerait à de la passivité, et sans dire aux enfants : « Mais désobéissez donc un peu », on stimulera de quelque manière tout ce qu'ils peuvent avoir d'énergie. James Sully ^ exprime dans les termes suivants des idées analogues aux nôtres :

Les impulsions égoïstes peuvent être assez faibles pour qu'il soit besoin de recourir à leur égard à une excitation positive. Il y a (les enfants insouciants, et pour ainsi dire en léthargie, qu'il est bon d'appeler à l'affirmation de leur personnalité. Dans ce cas, il peut êlre désirable d'éveiller chez ces enfants les sentiments d'orgueil, d'ambition, et même (dans des cas extrêmes) le sentiment antisocial de la rivalité, le plaisir de l'emporter sur les autres. Même quand il n'y a pas une défaillance naturelle de ces sentiments, l'aiTaire de

J . Éléments de psychologie.

PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

LES LOIS DU CARACTÈRE

l'éducateur n'est pas tant de les réprimer que de les diriger vers des objets plus élevés. Il cherche à les transformer en les raffinant. Aussi ses efforts tendront à faire passer Tenfant de la crainte du mal physique à la crainte du mal moral, de l'émulation pour les quaUtés du corps à l'émulation pour les qualités de l'esprit, de l'orgueil qu'inspire la possession des objets matériels à l'orgueil plus noble qu'excite la possession des biens intellectuels.

Conclus^ion. — Nous avons achevé l'étude des lois qui forment et déforment un caractère, sans pourtant avoir la prétention de les avoir toutes éiiumérées. Mais il nous vient un autre scrupule. Le fond du caractère n'échappe-t-il pas à Faction de ces lois, et n'en remuent-elles pas seulement la surface? On parle volontiers aujourd'hui des profondeurs du moi, et des dessous, physiologiques ou autres, de toute nature morale. Qu'il y ait des surprises dans le développement d'un caractère, et que nous ne les ayons pas expliquées toutes, c'est plus que possible, c'est certain. Mais il nous suffit, il suffit à l'éducateur que quelques-unes des lois selon lesquelles il évolue soient déterminées, afin que les effets en soient prévus et, selon les cas, provoqués ou arrêtés. Il y a dans toute nature humaine, du connu et de l'inconnu, peut-être faut-il dire du connaissable et de l'inconnaissable. Et il est bien évident que nous n'agissons, le sachant et le voulant, que sur ce qui est connu de nous. Mais qui donc a prétendu davantage? Quel est le maître qui a cru à la toute-puissance des maîtres? — Nous craindrions, bien plutôt que cette présomption, un excès de défiance. L'action qui ne croit point en elle-même n'est point féconde; mais c'est en étant persuadé qu'on peut beaucoup qu'on arrive à pouvoir

quelque chose.

Mais on peut beaucoup en effet, si tout ce que nous avons dit est vrai. Il nous reste à montrer comment. En deux mots (que nous avons déjà prononcés), on commande à la nature morale, comme à la nature physique, en obéissant à ses lois. Plutôt que de médire du déterminisme, on crée un déterminisme à son profit. Mais le profit du maître est ici en même temps celui de l'élève, dont on tourne doucement la nature

vers le bien.

N'allons pas trop vite cependant. Car deux méthodes morales

sont ici en présence, Tune que nous appellerons la méthode des actions lentes, l'autre qui est celle des coups de théâtre et des coups de force. La première ressort de toute cette étude, et nous l'avons déjà appliquée en détail, lorsque nous indiquions quel parti pouvait être tiré de telle ou telle loi. Nous avons à ajouter maintenant que les composés divers d'idées et de sentiments, qui constituent nos caractères, se défont comme ils se font, petit à petit. Malebranche, à qui nous avons emprunté la maxime qui exprime le mieux le pouvoir envahissant de l'habitude, a une seconde maxime, consolante celle-là : « On peut toujours agir contre l'habitude dominante. » Il en résulte qu'on peut créer de nouvelles habitudes qui corrigeront ou chasseront les premières. On peut donc toujours se reprendre en définitive, quoique la chose soit toujours difficile. Leibniz ^ nous enseigne pour le faire quelques moyens pratiques :

François Borgia, général des jésuites, (jui a été enfin canonisé, élant accoutumé à boire largement lorsqu'il était homme du grand monde, se réduisit peu à peu au petit pied lorsqu'il pensa à la retraile, eu faisant tomber chaque jour une goutte de cire dans le bocal qu'il avait coutume de vider. A des sensibilités dangereuses on opposera quelques autres sensibilités innocente??, comme l'agriculture, le jardinage; on fuira l'oisiveté: on ramassera des curiosités de la nature et de l'art; on fera des expériences et des recherches; on s'engagera dans quelque occupation indispensable ou, si l'on n'en a pas, dans quelque conversation ou lecture utile ou agréable. En un mot, il faut profiter des bons mouvements, comme de la voix de Dieu qui nous appelle, pour prendre des résolutions efficaces.

Et les maîtres profiteront ainsi de ces bons mouvements des enfants pour leur faire faire un petit examen de conscience, et les lier par quelques-unes de ces promesses qui mettront leur honneur de la partie. Mais c'est Franklin qui a apporté à l'amendement de sa nature morale le plus de méthode et le plus d'art. Il avait dressé un tableau aux colonnes verticales pour les fautes, horizontales pour les vertus, et qui formait ainsi de petits carrés où il notait ses fautes, mesurant ses progrès à la blancheur du papier, H serait possible d'apporter d'autres exemples d'une vertu moins minutieuse peut-être, mais qui n'en

1, Noiweauj) J'Jssais SHi-rentendeiHent humain, liv. III, ehap. xxi

le

360 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

renforceraient pas moins cette thèse que la volonté n*agit sur le caractère que si elle s'aide de patience et procède avec

méthode.

Mais Kant ' enseigne que c'est tout d'un coup, et par une sorte d'explosion, qu'apparaît dans une âme disputée entre des influences multiples un caractère digne de ce nom. Les acte^ auparavant indécis et contradictoires trouvent enfin dans une règle longtemps ignorée ou méconnue une garantie de fermeté et'd'unité. C'est dans le même sens que les moralistes chrétiens nous parlent de la conversion du pécheur qui n'a lieu que le jour où décidément et sans partage la crainte ou plutô^t l'amouï de Dieu se sont emparés de son âme.

Entre les deux doctrines morales que nous avons exposées il nV a qu'un malentendu, et une simple définition de mots peut rétablir l'accord. Il existe en effet deux sens du mot caractère que nous avons déjà rencontrés \ S'il n'y a de caractère que lorsqu'il existe un principe directeur de toute la conduite, il n'y a pas à le nier, il y a un jour entre tous où ce principe apparaît et établit son empire. Encore est-il possible de préparer de loin cette ère nouvelle. Les révolutions elles-mêmes ne naissent pas de rien. Mais si on prend le mot caractère dans un sens moins élevé, et si Ton se contente de lui faire désigner l'ensemble plus oi* moins ordonné de nos manières d'être morales, alors surtout lî est vrai de dire que, comme tout dans la nature, il obéit à la loi de continuité, et que c'est par degrés que nous devenons ce que nous sommes. Or, s'il est bon que Ton sache qu'il ne faut jamais désespérer de personne ni de soi-même, il est plus prudent de ne jamais compter, ni pour soi ni pour autrui, sur ces efforts héroïques de la volonté, ni sur un avenir quL rompe brusquement avec le passé.

1. Anthropologie, deuxiôme partie, et neWfioii (hms leR limites de la raisoti,

Dremière partie. , , » ^

^2 Voir cette leoon, p. 351. Ce i^ont aussi, à peu de chose près, ces deux meme^ sens du mot carartcre qu'IIerbart distingue. Voir la fin de la leçon précédente..

LEÇON XIII

CULTURE DE LA SENSIBILITE

SOMMAIRE

Du plaisir. — Le plaisir suit l'activité. La gaieté est un heureux

symptôme. Les joies de Teffort.

Les limites du plaisir. — Limites de l'activité elle-même au

double point de vue de l'intensité et de la durée. Que l'activité

n'est pas limitée également dans tons les sens. Loi du rapport

inverse de la sensation et de la perception. De la douleur. — Qu'on ne peut la supprimer. Quel parti on peut

tirer d'elle. Rapport de l'excitation et de la sensation. De la peur. — Qu'il faut avoir peur de la peur. Remèdes contre

la peur. Courage physique et courage moral. De la colère. — Colères d'enfauts. Comment on peut corriger de

la colère. Dans quelle mesure on le doit. Qu'il y a de bonnes

colères. De la colère dans l'éducation.

De Téducation du cœur. — Qu'elle est nécessaire. Qu'elle ne

suffit pas.

I. Des inclinations égoïstes. — Dans quelle mesure il faut les combattre. Quel parti on peut tirer d'elles. De l'émulation. Que le meilleur moyen de combattre l'égoïsme est de développer la

sympathie.

II. Des inclinations sympathiques. — Rappel de quelques lois précédemment étudiées. De la vie de famille. Comment l'école peut développer les sentiments sympathiques. Bienfaits de la culture intellectuelle.

ÏII. Des inclinations supérieures. — L'amour de la vérité, de la beauté. De l'admiration. Du sentiment moral. Du sentiment

religieux.

362 psYCHOLoaiE appliquée

Les développements que nous avons donnés à la précédente

leçon simplifient pour celle-ci et pour la suivante notre tach.

î faut pourtant que nous considérions à part la sensibilité et la

voonté confondues dans le caractère, et tirions de la nature

différente de ces deux facultés des conseils particuliers a chacune

d'elles 1

Du" plaisir. -La sensibilité est ^^^^^'''TZTL^ faculté du plaisir et de la douleur. Or rien de plus fécond pour l'éducateur que l'analyse psychologique du plaisir et de ses causes. Elle nous apprend que le plaisir marque le passage d une perfection moindre à une perfection plus grande comme dit Spinoza, ou, comme disait avant lui Aristote, qu'il est 1 accompagnement de Tacte.

rvm dans raction que semblent consister le bien-être et le bonheur LrpTaisîrn^^^^^ racte même, ni une qualité intrinsèque de l^c^e mafsc^est un surcroît qui n'y manque jamais, c'est une TerfectoV d'e^ qui s'y ajoute, -mme à la jeunes^^^ Chaque action a son plaisir propre, et Teffet du plaisir est daug menter Tintensité de l'action à laquelle il est lie K

U faut donc détromper ceux qui attendent le plaisir du repos et non de Faction, si on ne veut laisser à l'expérience le soin de les détromper elle-même plus cruellement. On a souvent cite rexemple de ces travailleurs ne trouvant dans une retraite, dont ils avaient longtemps escompté les jouissances, que lennur d'être oisifs et de se sentir inutiles. Les paresseux ou bien, comme il a été dit ailleurs, sont des débiles dont 1 ac ivité est vite à bout, ou bien sont des indisciplinés qui préfèrent au travail imposé un autre travail, quand ce ne serait que celui de leur imagination. Mais les gens d'imagination, pour ne rien faire de leurs dix doigts, ne sont point des mactifs.

Le plaisir que l'on trouve dans Voccupalion de l'esprit, même sans bùret slns intérêt, a fait inventer les P^-e-temps plus ou moins frivoles, les jeux, les divertissements qui plaisent a Ihommt "o" ceue stie raLn qu'ils lui donnent la conscience de v^^^^^^ d nenser et d'agir. Ces passe-temps sont au travail ce que e luxe es ^capital d! même que le luxe est l'emploi non reproductif d ua

• 1. Trad. do M.Ravaisson, Métophysiquc iVAristoto, I, -i43.

CULTURE DE LA SENSIBILITÉ

excès de richesse, de même les divertissements et les jeux sont remploi, sans profit pour l'individu, d'un excès des forces disponibles 1.

Dans tous les plaisirs humains et dans le plus commun de tous, dans le plaisir de vivre, on retrouverait ainsi cet élément constitutif : le plaisir d'agir. Que de joies enfantines ainsi expliquées, la joie de voir, de toucher, de faire du bruit, la joie de s'agiter, ce qui est encore une façon d'agir! Quoi de plus maussade au contraire que l'enfant qui ne sait que faire de ses membres, comme on dit familièrement? Voulez-vous donc maintenir la belle humeur des enfants, à la maison ou à l'école? Ne les laissez jamais oisifs. Mais on peut être oisif devant une besogne à faire, quand elle ne sollicite pas vivement l'activité. Il y aune façon oisive d^agir, même de travailler, même de jouer, quand on ne se donne pas à ce qu'on fait. Et nous aurions là de quoi justifier une fois de plus l'emploi de cette méthode que nous avons appelée la méthode active. Quand on travaille vraiment, on jouit de son travail. N'opposez donc plus le plaisir à l'étude, et n'offrez pas l'un comme le salaire de l'autre; c'est de l'étude portant avec elle sa récompense que le plaisir doit naître. En d'autres termes, le plaisir n'est ni ne doit être un but, mais un résultat. Donc voici une idée morale de la plus haute importance, et à laquelle sa seule expérience, pour peu qu'on appelle son attention sur elle, suffit à élever l'enfant : le plaisir est donné à ceux qui ne le cherchent pas. As-tu remarqué, lui dira-t-on, ce que tu as éprouvé en trouvant la solution d'un problème difficile, en secourant un enfant pauvre? Sais-tu ce qu'éprouvent tes parents, quand ils peinent pour toi, tes maîtres quand ils réussissent à se faire écouter et comprendre? Eh bien, c'est là le plaisir. Tous les autres plaisirs ne sont que des imitations de

celui-là.

Réciproquement, dirons-nous, la gaieté de l'enfant est un heureux symptôme. Elle nous prouve que sa nature ne subit aucune contrainte, qu'elle s'épanouit à Taise, et cette gaieté née de l'activité en redouble, comme nous Ta enseigné Aristote, l'intensité. « Pour être vertueux, pour accomplir de grands

1. L. Dumont, Théorie scientifique de la sensibilité^ p. 164,

354 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

desseins, dit Bain «, il faut avoir le cœur léger, être gai. » Et il cite à ce propos un père apostolique :

.. Le dixième commandement affirme q"^l^Vi'ni^^de'toX fes doute de l'hésitation et de la colère; que c'est la pire de to"tf« «« dUnositions et qu'elle afflige le Saint-Esprit. Elle doit donc être côm7ème;.t bannie, et, en sa place, nous devons me re a ga.eté nui est agréable à Dieu. Tout homme gai travaille bien, il a toujours L bonnes pensées, et il méprise la tristesse. Mais l homme triste est toujours mauvais. »

Ajouterons-nous que le temps de son éducation ne doit pas laisser à l'enfant un souvenir morose, si l'on veut qu une fois émancipé il ne se débarrasse pas au plus vite de tout ce qui lui vient d^Ue. mais reste au contraire soumis à des influences qui seront associées dans son esprit à de douces images et à des

souvenirs heureux?

Il n'est pas à craindre que Ton abuse de celte remarque pour solliciter par de mauvais moyens la gaieté de Tenfant, si 1 on se souvient que cette gaieté elle-même doit naître de son activité normalement déployée. Au nom de cette psychologie, on pardonnera sans doute à la turbulence du premier âge, on donnera aux muscles et à la vie physique tout ce qu'ils sont en droit de Tu™:. n,.i, a»» »n apprendra à rcntan. Mort condU„„ de ses joies les plus hautes, puisqu'il est une manifestation plus

intense de son activité.

Les limites du plaisir. - Hamilton reprend et cornmente l'analyse faite par Aristote du plaisir : << L énergie la plus parfaite, dit-il, est en même temps la plus agréable K » Mai qu'est-ce à dire, et que faut-il entendre par une énergie parfaite .

En considérant le pouvoir qui agit, son énergie est parfaite quand eufest S/en^e, sans la dépasser, à toute sa puissance cl agir EUe est iiSaite quand le pouvoir ne peut dépenser la somme de force S^^ à déployer; ou bien encore lorsque excède ses ressources naturelles. - H faut tenir compte dans ces deux cas de Vintensité de l'action et de sa durée, ,

Il faut tenir compte de l'intensité de l'action : il faut aller jusqu'au bout des forces des élèves, mais ne pas les dépasser.

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