Champfleury, Les enfants, p
CULTURE DE LA SENSIBILITE
mais plus que soi-même est l'ordinaire, et les enfants ne peuvent plus douter d'un précepte que l'exemple a précédé. Ajoutez que, plus que partout, se trouve réalisée dans la famille une autriB condition de la sympathie, qui est de penser la même chose. Si la communauté de pensées est à elle seule un lien entre les hommes, à quel point ne se trouvent pas liés les uns aux autres ceux qui depuis l'enfance ont vu les mêmes objets, entendu les mêmes paroles, aimé les mêmes êtres?
Et c'est par là que l'école pourra le mieux imiter la famille. Sans doute il y a dans toute vie commune un échange incessant de services, une complaisance mutuelle, il y a enfin la joie vraiment humaine de vivre ensemble, de se voir, de se revoir, qui font de l'école une grande famille; et après l'enfant qui n'a pas eu de famille, l'enfant qui aura le plus de mérite à ne pas devenir égoïste est celui qui a été élevé hors de nos écoles et de la chaude atmosphère de camaraderie que l'on y respire. Mais l'école est encore créatrice de sympathie pour le présent et pour l'avenir, sans s'en douter, et par ce seul fait qu'elle donne à des enfants assemblés autour d'un même maître des souvenirs communs, des idées communes, des croyances communes. Elle les fait semblables les uns aux autres, et par là les prépare à s'entendre et à s'aimer. Et l'éducation publique répand partout en ce sens des semenceé de fraternité.
Il lui suffirait presque d'ailleurs pour cela d'ouvrir Tesprit, comme c'est sa fonction. La culture intellectuelle, par ce côté-là du moins, est moralisatrice. Elle nous montre d'autres intérêts que les nôtres, d'autres souffrances que les nôtres. Elle fait à autrui une place plus large dans notre pensée et peut l'aider ainsi à en prendre une plus large dans notre cœur. Elle élève le point de vue d'où nous voyons les choses, et empêche que ce ne soit le point de vue du moi, de ses petites passions et de ses petits profits. Elle nous intéresse non seulement aux gens, mais aux choses, aux idées, et mérite par là d'être appelée libérale, car elle nous affranchit de nous-mêmes.
III. Des înclînatîons supérieures. — Pour répondre pleinement en effet à cette épithète traditionnelle, l'éducation ne doit pas seulement nous faire aimer d'autres réalités que nous, mais l'idéal sous toutes ses formes. Qui peut le plus
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peut le moins, et il y a une certaine grandeur cTâme qui ne va nas sans bonté. « Car c'est le propre de ceux dont 1 âme est nrande, dit Descaries, d être peu sensibles à leurs propres maux :t beaucoup à ceux des autres «. .. On élèvera donc l'âme à ces hauteurs; on développera en elle, et cette fois sans cramdre 4'excès d'aucun genre, les inclinations dites supérieures.
On lui fera aimer la vérité. Pour cela on commencera par lui faire détester le mensonge. Nous ne l'exposerons donc jamais à mentir. « 11 faut, dit Miss Edgeworth, prendre son parti d un verre cassé, plutôt que de mettre à l'épreuve la sincérité de l'enfant K « - Mais la sincérité n'est que la forme négative du culte qui est dû à la vérité. Nous nous efforcerons, même dans ,,os modestes écoles, de donuer le goût du vrai, c est-a-dire d'inspirer pour les lois de la science un sentiment plus pur que celui qui procède de l'utilité qu'on en lire.
Nous donnerons aussi le goût du beau, nous 1 avons dit et redit. Mais la beauté dont la contemplation achève la culture de notre imagination, exerce aussi sur le cœur qu elle émeut la plus douce des intluences; et c'est pourquoi la préoccupation de ■la place qui devrait lui être faite dans toute éducation véritable revient ici sous notre plume. Un moraliste contemporain a parlé en termes charmants, quoique trop discrets à notre avis, Je la puissance éducatiice de la poésie :
Sans doute il est un âge où l'on peut se passer f P^^sie, où un «sDfit formé, la gravité des devoirs, les soucis de la vie, nous per S nt eTnous'obligent à ne penser qu'à la réalité- m a. s d^ns^a nremière jeunesse on n'est pas impunément prive de celle distrac KSante et de ce grave plaisir. En ^ --^f^^^^^^PfE^^ nue charmantes où on n'est plus enfant, ou on n est pas nomme encore où so^^^^^ on se trouve en peine d'employer les beaux Ss quTnrus sont accordés entre les devoirs acconriplis de récoièr et ?es occupations non commencées de l'homme, la poésie peut ^^venir une éducatrice du cœur et de Pesprit d^autant plus sûre
Slè est volontairement acceptée, et q"^^«^*^^,^^,,^Tn^^, ^1 Comprendre est toujours prête à courir au-devant d'elle. A une ima- ^rXon avide elle iffre u'n aliment à de vagues amou^^^^ ^^^^^^^^ l un cœur sans emploi un objet d'adoration. Elle fixe sur elle
1, D'après Ravaisson, Reçue bleue, 23 avril 1887,