Éducation pratique, ch. vm
CULTURE DE LA SENSIBILITÉ
même, sur ses innocentes beautés, ces enthousiasmes faciles, errants, en quête d'émotions, et qui, ne sachant où se prendre, s'affolent souvent de moins dignes objets La poésie est à la fois l'exercice, la joie et la sauvegarde de la jeunesse *.
Et tous les arts que, d'une façon ou d'une autre, on fera pénétrer à Técole y exerceront des bienfaits de même ordre. Ils appelleront à eux les émotions de Tenfant et, par là, hausseront pour toujours son àme d'un degré. On a dit que Tàme devenait belle en admirant ce qui est beau. De tous nos sentiments, l'admiration est donc le plus fécond pour l'esprit où elle pénètre. Ce n'est paa assez la louer; car dans l'oubli absolu de soi-même qu'elle suppose il y a presque une vertu. Aussi savoir faire admirer est-il pour un maître le plus grand des dons. Il faut pour cela qu'il garde lui-même la fraîcheur de son admiration et que chaque année la renouvelle sans l'user. Mais un maître n'est maître qu'à condition, en effet, d'être capable de se répéter sans tourner à la machine. Si le métier supprimait en lui toute spontanéité d'émotion, ce n'est pas l'enseignement esthétique seul qui en soutFrirait.
L'admiration, et c'est pourquoi il faut dire encore qu'il y a en elle quelque chose de moral, va aux nobles actions comme aux belles œuvres de la nature et de l'homme. Elle est un de ces sentiments dont la plus farouche vertu ne doit pas rejeter le secours. Car ce qu'on admire, on est près de l'imiter. Mais ne dût-on jamais aller jusqu'au bout de cette velléité, il resterait d'elle quelque générosité dans l'àme. Les amis de la vertu ne sont pas toujours des gens vertueux. Mais ce sont plus rarement encore de malhonnêtes gens. Et voilà pourquoi nous nous efforcerons de mettre le cœur de l'enfant du côté de son devoir et de lui faire aimer le bien. Ce qui ne signifie pas du tout que pour rendre la vertu aimable nous userons de subterfuges indignes d'elle. Car il nous a été enseigné ^ qu'elle exerce un attrait d'autant plus puissant sur l'enfant qu'on la lui montre plus pure. Il nous reste à parler du sentiment le plus haut que connaisse le cœur humain, le sentiment religieux. Lorsqu'il possède une