Voir page
PSYCHOLOGIE APPLIQUEE
àme, il mêle à tous les autres sentiments quelque chose de luimême. On n'aime plus les hommes, on n'aime plus la beauté ni la vérité elles-mêmes de la même manière. Mais hâtons-nous d'ajouter qu'il entre dans bien des âmes sans les posséder ainsi tout entières. Il n'en a pas moins été, dans l'instant où elles l'ont éprouvé, l'offrande la plus complète qu'elles puissent faire d'elles-mêmes, et non seulement la défaite mais l'humiliation à tout jamais de leur égoïsme. Outre sa valeur propre en effet, le sentiment religieux est pour nos autres sentiments un régulateur, et nous porte à une hauteur d'où la place de chacun d'eux nous apparaît mieux. C'est du sentiment religieux que nous parlons et non de l'adhésion à tel ou tel ensemble de dogmes. L'un d'ailleurs peut aller sans l'autre. II en est qui croient sans amour, et peut-être en est-il au contraire qui ont plus d'amour que de foi. Quoi qu'il en soit, l'instituteur ne va au delà ni de son droit, ni même de son devoir, en éveillant chez les enfants une piété à laquelle d'autres, une mère, un prêtre, ajouteront une foi plus précise, mais sans laquelle cette foi elle-même n'aurait pas tout son prix. Et il réveillera en leur représentant le monde comme une œuvre d'amour, et Dieu lui-même comme un Dieu de miséricorde et de bonté. — - Puis il fera à part lui cette réflexion que les hommes n'ont encore rien trouvé de mieux pour s'expliquer les choses que cette explication qu'ils donnent aux enfants.
LEÇON XIV
KDL'CATION DE LA VOLONTE
SOMMAIRE
Déflnition de la volonté. —Volonté et caractère. L.'éducation physique et la volonté. — L'habitude de raction.
Les jeux.
L'intelligence et la volonté. — Instruction et éducation. De rattention. Des motifs. Des proverbes. De renseignement moral.
La sensibilité et la volonté.— Des sensibilités vives. De l'amourpropre. Lutte de la volonté contre les penchants, contre la douleur.
Obéissance et liberté. — De Tobéissance comme discipline. Faire la part de l'obéissance ot la part de la liberté. Remplacer l'obéissance aux hommes par l'obéissance à une loi. Éducation publique et éducation privée.
Éducation directe de la volonté. — De la délibération. De l'examen de conscience. De quelques bonnes habitudes à donner. Du sentiment de la responsabilité chez l'enfant.
Devoir et volonté. — De l'obligation. De Dieu.
Déflnition de la volonté. - Un contemporain écrit ce
qui suit :
Nous appelons « indépendance >» l'habitude de se déterminer à l'action de soi-même, c'est-à-dire sans subir de contrainte extérieure; et, si la contrainte vient de la nature ou de la loi, en faisant sienne, par une adhésion intérieure, la prescription qui s'adresse à la volonté. Car il entre souvent plus d'indépendance dans la résignalion et l'obéissance que dans la révolte et la protestation. Ne pas
ÉDUCATION DE LA VOLONTÉ
être asservi à autrui est le premier degré de Tindépendance. Le second est de ne pas être asservi à soi-même. Il ne suffit pas en effet pour être libre, de n^obéir qu^à soi-même ; il faut encore n obéir qu'à ce qu'il y a de meilleur en soi; c'est-à-dire se déterminer habituellement d'après les motifs de l'ordre le plus élevé. On n'est point indépendant pour n'avoir pas de maître; un Tibère nest pa& indépendant. On n'est pas davantage indépendant parce qu on agit bien, sans savoir et vouloir ce qu'on fait; une machine qui fabrique des choses utiles, un terre-neuve qui rapporte un noyé, et même un homme qui se dévoue malgré lui, et par nécessite, ne sont pas des êtres indépendants; ce ne sont que des forces bienfaisantes. -^ L'homme libre est celui qui a l'habitude de faire de lui-même ce qu'il sait être le mieux *.
Nous acceptons pleinement cette définition de l'indépendance et de la liberté. Et c'est dans un sens très voisin qu'il nous faut entendre en pédagogie le mot de volonté. Nous sommes amenés du même coup à rapprocher la volonté du caractère. L'un et l'autre mot s'emploient en effet de deux façons : tous ont un caractère et une volonté quelconques; mais tous n'ont pas du caractère et de la volonté. On ne peut guère avoir du caractère sans avoir en même temps de la volonté. Il pourrait se faire toutefois que cette volonté se manifestât presque exclusivement dans la résistance, le caractère consistant surtout en certains principes qui ne se laissent pas violer. En revanche, l'énergie du vouloir semble pouvoir procéder d'autres causes que de ces principes, si bien qu'on aurait de la volonté alors même qu'on manquerait de caractère. L'ardeur du tempérament, la violence d'une passion donnent ainsi l'illusion d une volonté forte. Mais ce n'est pas une volonté vraiment forte que celle dont la force vient d'ailleurs, nous enseignait-on tout à l'heure. Quoi qu'il en soit, c'est à faire passer la volonté de chacun du sens banal au sens élevé, où elle mérite d'être appelée de la volonté, que consiste l'éducation de cette faculté.
L'éducation physique et la volonté. — Disons-le pour commencer, quoique nous l'ayons déjà dit ailleurs % l'éducation physique est déjà un mode de l'éducation de la volonté. Elle donne de la force et, quoique la force morale ne soit pas