‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 95 sur 115 · Voir p · texte numérisé non relu

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la même chose que la force physique, celle-ci ne nuit pas à celle-là. Et surtout dans Tenfance, où les discussions dégénèrent en batailles, elle peut aider à avoir le courage de son opinion. Mais ce qui vaut mieux, elle donne l'audace, le sang-froid, la résistance à la fatigue, de laquelle on ne saurait dire si c'est une qualité plutôt physique ou plutôt morale. Elle préserve l'âme des excès de l'esprit critique et des mièvreries de la sensibilité. L'habituant à agir, elle l'habitue à conclure. Ne démontreraiton pas par là que l'éducation physique sert au jugement luimême? Ce ne serait pas la première fois que nous serions témoins de ces contre-coups lointains, et que nous constaterions cette solidarité de toutes les parties de notre être et de notre éducation. L'habitude d'agir est saine enfin puisque agir est dans notre nature. Nous savons même déjà qu'elle répand en nous une bonne humeur qui, par une heureuse réciprocité, crée à son tour de la vaillance et de l'entrain.

Les jeux de l'enfant sont pour cette raison, et pour d'autres encore, d'excellents moyens d'éducation. Un chroniqueur contemporain dit quelque part que s'il avait à faire un livre de pédagogie, il accorderait une grande place au chapitre des jeux. En quoi il ne ferait rien d'extraodinaire, et que nous ne fassions point. Il nous faut en effet parler des jeux à propos de tout. La meilleure éducation physique est celle des jeux. C'est par les jeux que l'éducation intellectuelle commence, et qu'en partie elle continue, car le jeu est l'art de l'enfant, et l'exercice préféré de sa faculté d'invention. Au jeu encore, les caractères se forment et se dévoilent tout à la fois. Mais c'est peut-être pour l'éducation de la volonté que les jeux sont du plus grand secours. A l'âge de l'obéissance, ils sont ce qui est abandonné à la liberté pour son premier apprentissage. Aussi l'intervention des parents et des maîtres dans les jeux doit-elle toujours être discrète, et ne jamais changer en exercices commandés et réglés les libres jeux de l'enfant. A Tenfant de trouver par lui-même de quoi s'occuper et s'intéresser. Si on vient quelquefois à son secours, qu'en aucun cas il ne puisse regarder ce secours comme un droit et attendre de nous l'impulsion. Il ne faut pas qu'on l'amuse, mais qu'il s'amuse. Alors au jeu se dessine et s'affirme sa petite personnalité. Ses aptitudes, ses préférences, sa carrière parfois s'y déci-

PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

EDUCATION DE LA VOLONTÉ

deront. On y verra aussi celui qui a de Finitiative, de quelque façon qu'il l'exerce, et en l'exerçant il se trouvera la développer. Ajoutez que les jeux établissent le plus souvent une association et comme une collaboration entre plusieurs enfants, que les volontés y apprennent à recevoir une règle qu'elles-mêmes ont faite ou qui ne vaut que par leur consentement. Mais ajoutez aussi que certains jeux semblent faits pour exciter l'esprit de rivalité, et la passion d'imposer sa volonté aux autres. Le romancier anglais Thackeray * se plaint que toute l'éducation de la jeunesse de son pays soit dirigée en ce sens. On développe ainsi la morgue et la brutalité, ce qui est une façon peut-être de faire l'éducation de la volonté, mais non la bonne.

L'intelligence et la volonté. — La culture intellectuelle apporte ici le correctif nécessaire. Elle aussi se trouve être indirectement une culture de la volonté. On a même souvent exagéré son action et on a cru plus que de raison aux bienfaits moraux de l'instruction. Un poète ^ a dit :

L'ouvrier qui sait lire est un homme sauvé,

et Macaulay répétait qu'ouvrir des écoles c'était fermer des prisons. Ce" sont là de généreuses erreurs, mais ce sont des erreurs. L'instruction n'est pas l'éducation ou du moins n'en est qu'une petite partie. Il y a cependant des habitudes d'esprit que l'étude doit donner, et dont on ne peut dire où s'arrête en nous la bienfaisante intluence : c'est l'habitude du travail, et de la régularité dans le travail ; c'est l'habitude de l'effort pour apprendre et pour comprendre; c'est l'habitude du doute méthodique qui devient celle d'une juste défiance de soi avant d'agir et d'un libre examen des motifs. « Se rendre bien compte .de ce qu on sait habitue à peser et à régler sa conduite ; ne pas se contenter de connaissances imparfaites mène naturellement à juger sévèrement ses actions ^ »

L'attention enfln, que l'analyse psychologique reconnaîtrait à l'origine de toutes ces habitudes, est l'acte commun de l'intelligence et de la volonté, et tout ce que nous avons dit du

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