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386 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

La sensibilité et la volonté. — Les rapports de la sen sibilité et de la volonté nous fourniront encore mainte occasion de nous répéter. Une sensibilité vive est la promesse d'une volonté forte tandis que celui qui désire mollement voudra mollement. H faut donc être capable de passion, d'une passion contenue et à laquelle on commande, mais oii en même temps on puise de la force. Sans doute une volonté rigide tendra à s'affranchir de ce secours, et en viendra, chez un stoïcien, par exemple, à se suffire à elle-même. Mais le risque est de confondre avec cette indépendance voulue et conquise relativement à tout ce qui émeut le commun des hommes, une naturelle et peu méritoire indifférence. Puis il y a un âge pour la vertu que les anciens appelaient modération qu^il ne faut pas devancer. Ce qui serait chez l'homme une marque de force n'est chez l'enfant que la marque du contraire. Rien n'est donc à craindre comme une sensibilité trop tôt assagie. « La faiblesse, dit La Rochefoucauld, est le seul défaut qu'on ne saurait corriger. »

Parmi nos sentiments, il en est qui s'attachent à la volonté elle-même et qui nous aident à vouloir, quoi que nous vouhons d'ailleurs C'est une forme élevée de l'amour de soi que celle qui nous fait nous éprendre de notre volonté et veiller sur son indépendance. Si elle peut quelquefois dégénérer en une msupportable présomption, elle peut aussi se confondre avec le respect même de la personne morale qui est en nous. Cet amour-propre mêlé à tous nos actes sera ce que le feront ses actes eux-mêmes, et vaudra ce que nous vaudrons. Mais accompagnant partout notre volonté, il l'affermit dans tous les emplois quelle fait d'elle-même. C'est donc fortifier notre volonté que

de le développer en nous.

Notre volonté reçoit de notre sensibilité un autre secours, quoique moins direct. Elle s'aiguise en luttant contre elle. Qu. n'a pas eu à soutenir de ces luttes ne sait pas ce dont il est capable. On dit que la paix amollit. Et de même cette paix de l'âme qui consisterait à ne désirer peut-être que ce qu'on est en droit d'obtenir, mais surtout à obtenir tout ce que l'on désire Et c'est pourquoi les moralistes et les théologiens nous recommandent de nous priver même des choses raisonnables, afin que, le cas échéant, nous soyons capables de nous privei

EDUCATION DE LA VOLONTÉ

de celles qui le seraient moins. C'est comme une gymnastique pour la volonté que Tabsence de tout exercice eût alanguie. Mais il en est qui ne sont pas forcés d'imaginer des occasions de se refuser quelque chose. A ceux-là il faudra apprendre à le faire sans révolte, 0t à y trouver même une âpre satisfaction de la volonté. Et leur volonté ainsi sollicitée sortira plus vaillante de chacune de ces rencontres, et de mieux en mieux préparée pour de plus rudes assauts.

Elle s'exercera de même contre la douleur. Et cela est tellement vrai qu'ici encore on a proposé de faire souffrir l'enfant exprès pour lui apprendre à résister à la souffrance.. C'est Locke qui donne ce barbare conseil *. Il faut être bien sûr de soi et de l'effet qu'on produira pour user de pareils moyens. Pour nous, nous nous contenterons d'utiliser les douleurs données, sans en créer de supplémentaires et d'artificielles. Les occasions ne manquent pas, même dans l'enfance. Nous apprendrons donc à l'enfant à se raidir plutôt que de se lamenter et à trouver dans la conscience de cet effort un adoucissement à sa souffrance. Le xvii® siècle avait un beau mot pour désigner cet art de souffrir, qui est aussi une vertu, il l'appelait le support. Le fait est qu'il faut autant de volonté pour souffrir d'une certaine façon que pour agir, et réciproquement la volonté s'aguerrit autant dans la résistance que dans l'action.

Obéissance et liberté. — Jusqu'ici il n'a été question que d'une éducation indirecte de la volonté. Une éducation directe est-elle possible?

Est-il accordé aux instituteurs d'augmenter chez un enfant l'énergie morale? Je l'ignore; mais il me paraît certain qu'il leur est extrêmement aisé de la diminuer; c'est peut-être à cet égard que nous commettons le plus de fautes; un des objets essentiels est un des plus négligés. Malheureusement l'éducation presque entière tend à ébranler la fermeté; elle n'est le plus souvent, à vrai dire, qu'un système de moyens pour affaiblir la volonté 2.

Mme Necker de Saussure nous aidera elle-même, comme on va le voir, à résoudre le problème qu'elle pose. — Commen-

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