‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 99 sur 115 · Mme Necker de Saussure, Education progressive, 1, i · texte numérisé non relu

Mme Necker de Saussure, Education progressive, 1, i

dit un auteur cité par Mme Necker, soumet la volonté sans l'affaiblir, tandis que l'obéissance aux hommes la blesse et l'énervé. »

Et nous tenons là deux des raisons pour lesquelles, entre autres, l'éducation publique l'emporte sur l'éducation privée. La comparaison impartiale de ces deux systèmes serait longue à faire, et nous arriverions sans doute à cette conclusion qu'il ne faut sacrifier, si l'on peut, ni l'un ni l'autre. Mais, pour la culture de la volonté qui nous intéresse ici, l'éducation publique a cet avantage, qui à d'autres points de vue n'en serait peut-être pas un, d'être moins attentive, partant moins tracassière, et de laisser déjà sentir à l'enfant, dût-il commencer par en souffrir, qu'en définitive c'est de lui qu'il dépend. Puis, dans l'atmosphère d'obéissance où tout de même elle le fait vivre, il s'aperçoit vite que ceux-là même qui commandent obéissent, et qu'au-dessus de ses maîtres il y a une règle dont ils ne sont que les représentants. Sa soumission prend dès lors un caractère plus élevé. Une discipline impersonnelle, et qui ne pénètre pas dans ce qu'elle a décidé une fois pour toutes de laisser en dehors d'elle, voilà la discipUne de l'éducation pubhque, plus propre, croyons-nous (quoique ces lois morales souffrent bon nombre d'exceptions), à former un caractère que l'action continue et lassante de l'éducateur le mieux intentionné *.

Éducation directe de la volonté. — Il ne suffit pourtant pas de laisser à l'enfant des occasions de se gouverner luimême, il faut l'inviter à le faire pour de bon. Rien en effet ne lui est moins naturel. L'enfant est volontaire; mais rien de plus différent de la volonté véritable que les fantaisies successives et contradictoires dont il nous donne le spectacle. Il faut justement lui enseigner à faire cette différence. Lorsqu'il a quelque résolu-

1. Rapprocher de ce que nous venons de dire le passage suivant de Mme Necker de Saussure : « Dans la famille l'élève échappe difficilement à la mollesse. Dans un paisible ménage, il n'y a aucune énergie à déployer. Tous les faibles sont protégés, nul n'a besoin de se défendre lui-même ou de défendre d'autres que lui ; conditions fort heureuses sans doute, mais ou la force d'àme ne s'acquiert pas. Au collège, il n'en est pas ainsi : le jeune homme apprend à connaître ses droits comme ceux des autres; il s'accoutume à résister aux sollicitations comme aux menaces, quand il croit avoir l'équité pour lui. Il acquiert l'esprit de conduite, l'art de se mettre en équilibre avec ses pareils, de connaître jusqu'à quel point il faut leur imposer par sa fermeté, ou s'en faire aimer par sa complaisance. » {Éducation progressive, .VIII, 3.)

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tion à prendre, il faut lui en faire apercevoir la portée, lui en faire peser les conséquences. Il n'y a pas d'acte libre, nous disent les psychologues, qu'une délibération, si courte so.t-elle, n'ait précédé. Il faudra donc que l'enfant délibère, qu il laisse un intervalle entre l'idée d'une action et cette action même. Car c'est plus pleinement vouloir que de vouloir après y avoir pensé, et en consentant expressément à tout ce qui peut sortir de cette

volonté. ..,••.

D'autres fois, ce sera après l'action accomplie qu on insistera

auprès de l'enfant sur celte idée qu'il eût pu agir autrement, et aue loin de lui faire grâce des conséquences de sa conduite, on s'ingéniera, en ne lui en épargnant aucune, à faire peser de tout leur poids sur lui ses volontés inconsidérées. Gela le fera retléchir davantage à la prochaine occasion. Faire son meà eulpd, comme on l'y invite par cette façon d'agir, est une forme de l'examen de conscience; et il semble que l'enfant ne répugne pas à cet exercice moral'. Celui qui en abuserait risquerait den retirer plus de scrupule que de force d'âme. S'observer soimême est pourtant la meilleure précaution pour ne plus agar à la légère, et, comme on dit, en enfant. 11 importe d'avoir profité au moins de sa propre expérience pour vouloir en connaissance de •cause et mêler quelque intention véritable à ses actes.

Mais il faut vouloir tout à fait ce qu'on veut. Le dire franchement est un premier gage pris contre soi-même. Toute volonté manifestée au dehors reçoit déjà de sa manifestation même un surcroit de force. Nous tenons davantage à un sentiment que nous avons exprimé. Avoir une opinion arrêtée et avoir le courage de son opinion sont souvent une seule et même chose. Par contre, Ihabitude de la sincérité envers autrui engendre celle de la sincérité envers soi-même qui est un degré de perfection de la volonté, tandis que « ceux qui débutent dans la vie en n'osant pas dire ce qu'ils pensent, finissent par ne pas oser penser ce

qu'ils voudraient ^. »

Une autre condition de toute volonté forle est la persévérance. « Le poète Wordsworth raconte, dans son Excursion, que le ciel

1. Voir Sikorski, Bévue philosophique, mars 1885, p. 260, et Vessiot, L'Imtitu-

teur, 5 février 1890. .

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