‹ Cours de psychologieChapitre 12 sur 35 · DE L^EXISTENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

DE L^EXISTENCE DE DIEU

ne vivent que dans les représentations sensibles de l'i* ftiagination^ ils n'attribnent de la réalité qu'à ce qui s'y laisse reproduire , prétendant que Tinfini n'est pas Êoncevable. L'infini pourtant peut être conçu dans la raison y et chacun le pense , même ceux qui en nient la possibilité ; car si on leur demandait^ comme Maie-* branche^ si l'infini est rond, carré , rouge ou bleu , ils répondraient de suite que non y que de telles qualités sont incompatibles avec l'infini ; et cependant ils ne pourraient pas répondre aussi catégoriquement , s'ils n'avaient réellement aucune idée de l'infini. Ainsi le fini est inconcevable sans l'infini , dont le fini ex-* prime les limitations intérieures. Mais il faut remarquer qu'il y a plusieurs ordres ou genres d'infini, quicepen* dant se résument à la fin dans un infini lequel l'est d'une manière absolue et sous tous les rapports. Ainsi l'espace est infini, mais seulement dans son genre; l'espace n'est pas la Nature, qui est un infini supérieur , et qui est infinie dans l'espace , dans le temps et dans la force ; mais la Nature elle-même n'est pas encore l'infini absolu , parce qu'elle n'est pas tout , elle n'est pas l'esprit et le monde intellectuel ; et l'esprit n'est pas non plus l'infini absolu, puisqu'il n'est pas la Nature. Le monde physique et le monde intellectuel sont limités l'un par l'autre , mais tous les deux témoignent cependant d'un infini supérieur, dans lequel ils sont limités, et qui fait qu'ils se tiennent éternellement dans leurs limites ; cet infini est l'infini absolu.

Jusqu'à présent nous avons considéré l'Etre et l'essence, nous avons distingué l'unité, l'identité, la lubetantialité ou spontanéité , qui est ou absolue ou U. 22

GonditionneUe; et la totalité^ qui, selon qu'elle est partielle ou complète, constitue le finiouVinfini. L'unité est la catégorie supérieure, la spontanéité et la totalité sont coordonnées, maisTunité, dans cette dualité intérieure, constitue l'harmonie. Ces catégories épuisent Tessence générale de l'Etre , mais leurs combinaisons vont à l'infini , et le fond de chacune est infini ; en le déterminant on trouve les catégories subordonnés et composées*

Jusqu'à présent nous avons considéré en qtioi con-

sistè l'essence de l'Etre, quels sont ses attributs fondamentaux ; le problème suivant 'serait de considérer comment est l'essence , ou quelles sont les formes de l'essence, après avoir reconnu dans le quoi le fond de l'essence. Mais cette recherche nous conduirait trop loin , et nous n'en aurons pas besoin pour notre question.

Nous passons de suite au troisième problème qui se présente naturellement , à savoir , de combiner la forme avec l'essence. De cette combinaison résulte la modalité f qui est i'existentialité dans ses diflPérens genres. Cette catégorie est d'une haute importance pour notre question. J'ai dit que l'existence est la forme ou la modalité de l'essence ; c'est ce que j'ai à prouver. Or , l'essence passe seulement à l'existence lorsqu'elle a pris forme , lorsqu'elle est manifestée , foimée , mais l'essence peut être sans avoir passé dans la forme de l'existence. Ainsi le germe d'une plante peut être considéré comme l'essence de la plante; lorsqu'elle s'est formée, elle n'est pas germe, elle est racine , tige , branche , fleur ; cela n'exi.<?te pas encore dans la plante comme germe, cela n'est que dans

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l'eseence ; mais toat y est , car tout cela ne vient pas des circonstances extérieures qui constituent seulement le milieu favorable ou défavorable y dans lequel le germe se développe. Le grain de froment devient froment dans tous les pays , il ne devient jamais de l'orge. Il en est dé même de l'ordre spirituel. Dansl'esprit de chaque homme il y a beaucoup en essence , en germe ^ mais tout cela n'est point encore passée l'existence. Ordinairement on appelle cette essence non développée dispositions , quelquefois facultés de l'esprit et , en considérant le rapport de l'esprit avec le temps , nous avons vu que l'esprit n'est dans le temps que pour la partie de son essence qui déjà est passé dans le développement^ mais que l'esprit^ puisque non essence n'est pas épuisée parle temps^ est pour tout le reste de son essence en dehors et au dessus du temps. Ainsi, dans la Nature comme dans l'esprit, l'existence n'est que la manifestation de l'essence , qui prend forme, s'informe dans l'existence. Mai» dans l'existence il y a à distinguer trois modes principaux : la nécessité, la possibilité et la réalité, dont nous considérerons ici seulement les deux derniei's. La réalité est ce qu'on appelle ordinairement l'existence, c'est--à-dire l'essence effective, réalisée. Là possibilité exprime le rapport de l'essence avec l'existence ; cette catégorie , étant la plus importante pour notre question , doit être considérée plus en détail. Je dis que la possibilité exprime le rapport entre l'essence et ce qu'on appelle ordinairement la réalité ou l'existence. C'est ainsi qu'il est possible qu'une semence se développe jusqu'à devenir fruit, que lo germe d'une plante devienne fleur , si la fleur est

contenue dans son essence. C'est ainsi qu'il est pos* sible que le corps d'un enfant devienne celui d'un homme adulte^ et que l'esprit arrive à la matuiîté du développement de toutes les dispositions qu'il possède. Mais de là il s'ensuit aussi que ce qui n'est pas contenu, dans l'essence d'une chose n'est pas possible; la possibilité est fondée sur cette essence intérieure. Ainsi il est impossible pour le germe du seigle qu'il devienne le fruit du froment; de l'essence de la plante ne sortira jamais un animal^ et l'esprit^ étant un être en soi et pour soi, ne deviendra jamais un être physique. Ainsi on connaît pour chaque chose ce qui est possible pour elle, quand on connaît son essence, et non autrement. On dit souvent il est vrai : « Cela est possible, mais je ne sais pas, si cela existe réellement; je puis bien le penser , l'imaginer , le supposer , mais il est possible que cela n'existe pas » ; mais la pensée n'a rien à faire avec la possibilité ou l'impossibilité, qui expriment des rapports objectifs des choses ; les expressions, telles que celles que j'ai indiquées, résultent d'une irréflexion malheureusement si générale, qu'elle est comme une monnaie courante dont on se paye mutuellement. Cependant c'est cette irréflexion, qui a toujours été le plus grand obstacle à l'examen approfondi des vrais rapports des choses ; et c'est l'ignorance du vrai rapport entre ce qui est possible et ce qui est impossible qui a le plus contribué à l'état d'incertitude dans lequel on se trouve en égard a l'existences de Dieu. Je le répète , possible est tout ce qui est contenu dans l'essence d'une chose, et, tant qu'on ne connaît cette essence , on ne sait pas ce qui est possible pour elle. Ainsi le géomètre qui connaît l'es-

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•eooe de l'espace^ peut savoir ce qui est possible dan» l'espiace^ et c'est précisément lorsque des géomètres plus profonds^ et pour la plupart en même temps philosophes, commençaient à approfondir Tessence de Téspace, qu'ils pouvaient former la science de ce qui est possible et de ce qui est impossible par rapport à lui. Aussi la science de l'impossible dans les mathé* mathiques commence-t-elle aujourd'hui à devenir une science de la plus haute importence. Mais, quand un homme peu instruit dans les mathématiques dit : Je puis bien penser qu'on peut tirer la racine carrée du nombre un, mais je ne sais si on peut le faire réellement , cet homme dit une absurdité , et cela parce qu'il ne connaît pas l'essence de la racine carrée appliquée au nombre uWy s'il la connaissait, il saurait qu'une pareille question est aussi absurde que de penser un triangle carré. On ne dit pas : il est possible, qu'un triangle carré existe, parce que, dans ce cas, l'absurdité saute aux yeux, mais un homme irréfléchi, qui n'approfondit pas l'essence du triangle, dira facilement qu'il peut penser que ses trois angles ne soient pas égaux à deux angles droits, et cela pourtant n'est pas plus possible qu'un triangle carré. Ce qui est évident dans les mathématiques ne l'est pas moins dans la Nature en général et dans l'esprit; seulement, comme ces deux sphères sont plus compliquées, l'irréflexion reste plus cachée sous les mots. Par rapport à la Nature, un homme irréfléchi dira : Je puis bien penser qu'il y ait des hommes avec des ailes, ou des animaux dans lesquels plusieurs espèces d'animaux soient réunies, desSphinx, des Chimères, mais je ne sais pas si do tels êtres existent. Mais on confond encore ici l'ima-

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^nation qui est libre dans la combinaison des fonoM les plus opposées^ avec Tessence et la vie de la Nature. Pour savoir si de tels êtres sont possibles , il faudrait connaître Fessence entière de la Nature dans toutes ses combinaisons possibles. Cette connaissance est difficile à acquérir , et la science de la Nature n'a pas encore été développée, comme celle de l'espace, dans une science du possible et de Timpossible. Mais tant que cette science n'existe pas, l'homme pensant doit seulement dire; je n'ai pas d'opinion là dessus, je ne sais pas si une pareille combinaison de formes peut avoir lieu dans la Nature. Il en est de même dans l'ordre de l'esprit. Un homme qui ne connaît pas l'essence de l'esprit , dira sans réfléchir : Il est possible, que l'esprit meure, tandis qu'il devrait se borner à avouer son ignorance sur la nature de l'esprit.

Après avoir déterminé ce que l'on doit entendre par le possible et par le réel , nous avons à remarquer un rapport important entre la possibilité et la réalité

quant àl'Etre entier auquel s'appliquent ces notions. Nous avons vu que la possibilité exprime le rapport de l'essence à l'existence. Mais ce rapport n'est jamais dans un Etre fini tellement complet et adéquate que tout ce qui est possible pour cet Être, c'est à dire tout ce qui est contenu dans son essence , soit en même temps entièrement réalisé. Chaque être fini ne réalise à chaque moment, à chaque époque, qu'une partie de son essence. Une plante ne développe que successivement ce qui est contenu dans son essence , elle ne peut pas être germe, racine, tige , branche, feuille , fleur, à la fois, autrement il n'y aurait pas de développement, et le temps n'existerait pas pour elle. C'est

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4ont |)arce qu'un Être fini ne peut exprimer à chaque moment qu'un seul état bien détenniné, que la réalité ne représente chez lui qu'une partie de sa possibilité, ou de ce qui est possible pour lui. De la résulte aussi qu'un être qui est fini sous un rapport, et se trouve à cet égard au dessus du développement et du temps, est aussi au dessus de l'opposition de la possibilité et de la réalité, parce que tout ce qui est possible pour lui est, en même temps, réalisé en lui. C'est ainsi que toutes les figures qui sont possibles dains l'espace, qui est infini , existent aussi en lui. lien est de même de la Nature. Tout ce qui est contenu dans son essence existe aussi véritablement; et s'il y a encore un Etre plus élevé, infini à tous égards, la possibilité et la réalité se confondront nécessairement en lui»

Maintenant nous avons à soulever une autre question importante, savoir comment on peut dire qu'un Être, et non un de ses états particuliers, est possible, ou ne l'est pas. Comme la possibilité exprime le rapport partiel de l'essence à l'existence, il faut que l'Être à l'égard du quel on élève la question de la possibilité forme une partie de l'essence d'un Etre plus élevé et plus général , dans lequel il est lui-même contenu. Ainsi, quand on demande si une figure géométrique est possible, il s'agit se savoir si les trois directions principales de l'espace peuvent être combinées de manière à constituer la figure en question. Ainsi un carré dans lequel la diagonale pût être mesurée par l'un des côtés est impossible, parceque les lignes ne peuvent pas être combinées ainsi qu'on ledemande; de même dans la Nature un Être est possible, s'il e$t

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contenu comme paitie dans l'essence g^énérale de la Nature. Noua voyons donc encore une fois que la po»* sibilité se rapporte à Fessence intérieure d'un Etre , qui contient en lui plusieurs états^ ou plusieurs êtres particuliei*s. Mais il s^agit de savoir si on peut appliquer l'idée de possibilité à des êtres qui sont infinis. Il faut à cet égard distinguer : si les êtres ou les choses sont encore finis sous un rapport quelconque, leur essence est limitée , et il y aura des Etres plus élevés et plus généraux dans lesquels ils sont contenus, et aloi*8 on peut demander avec raison comment ces êtres subordonnés sont possibles. Ainsi on peut demander quant à l'espace, qui cependant est déjà ime infinité, comment il est possible, parce qu'il n'existe pas par luimême, son essence et son existence étant données par l'Etre plus général de la Nature, qui est la raison de Tespace. Et comme la Nature n'est pas encore tout, quoiqu'elle soit infinie dans sa sphère, comme elle n'est pas l'Esprit, et comme, d'un autre côté, l'Esprit n'est pas la Nature, on peut demander comment ces deux Êtres qui s'excluent sont possibles, et comment ils sont possibles l'un a côté de l'autre. Nous ne saurions répondre à cette question qu'en tant que nous aurions reconnu un Etre qui contînt, dans son essence générale , l'essence particulière et de la Nature et de l'Espi'it. Alors nous pourrions repondre que la Nature et l'Esprit sont possibles par cette essence plus élevée et plus générale dont ils expriment tous les deux une partie. Mais à l'égard de cet Être , qui contient en lui le monde physique et spirituel, la question de la possibilité ne peut pas être soulevée, et si on le fait avec l'irréflexion ordinaire, c'est qu'alors on le conçoit

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comme un être fini comme n'étant pas toute Tessence du monde^ comme un être particulier, et on l'appelle infini et absolu sans penser que l'infini, comme nous avons TU, renferme tout, et que l'absolu, étant indé<* pendant de tous les rapports, l'est aussi du rapport du possible et de l'impossible, et renferme même les conditions nécessaires à la possibilité d'existence de tous les êtres conditionnels* £n demandant si un Être infini et absolu est possible , on demanderait s'il y a une raison qui détermine son essence et son existence. Mais l'Être infini et absolu n'a pas de raison au dessus et en dehors de lui, il est lui-même la raison pour tout ce qui existe en lui, mais pourson essence et son existence il n'y a pas de raison. Et de là résulte aussi que la connaissance de cet Être doit être absolue, c'est-à-dire qu'il doit être connu par lui même et non par une démonstration, qui supposerait encore une raison supérieure à lui de laquelle on déduirait son existence. La connaissance de cet Etre ne peut être acquise, que par une marche régulière dans laquelle on monte d'un ordre toujours plus élevé, jusqu'à ce qu'on arrive à la dernière raison , à la raison infinie et absolue de tous les êtres et de toutes les choses. Mais c'est précisément cette marche^ que nous avons encore à entreprendre. Nous avons d'abord à examiner plus en détail la notion de la raison, ensuite nous avons à appliquer cette idée aux divers ordres de choses qui se présentent successivement à nous, et nous avons surtout à considérer les deux derniers ordres des choses qui sont encore finies sous un rapport, la Nature et l'Esprit, pour nous pénétrer de la nécessité de nous élever au dessus d'eux à l'Être infini /

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