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Mais cet Esprit supérieur est-il infini et absolu? L'Esprit dont nous parlons peut être infini dans son in-

rl'an côlélet rapports de l'Esprit et de la Nature et de tous les deux avec l'Etre suprême, et, d'un autre côté, les rapports de la Raison, comme £sprit général, avec Pesprit ou la raison individuelle. Tous les philosophes célèbres qui ont dirigé leur attention sur cette grave question, ont remarqué qu'il se trouvait dans notre raison individuelle des idées, des vérités générales, universelles qui surpassaient toute la splière d'individualité et de personnalité ; et pour expliquer ce fait, ils ont supposé que notre raison participait à l'intelligence divine, ou même que c'était la raison divine qui se manifestait et était active dans la nôtre. Dans les derniers temps M. Cousin a eu le inérîte en France, d'avoir repris cette question (dans la préfacu à ses ragraens philosophiques ); mais il est â regretter qu'il ne lui ait pas donoé plus de développement. M. Cousin a très-bien remarqué que les vérités générales, nécessaires, absolues, qui sont saisies par la raison, lui donnent un caractère qui est aii dessus de la personnalité individuelle de chaque esprit. Mais il reste toujour-s à savoir ce que c'est que cette raison, si c'est une faculté inhérente ù l'esprit, ou un Être existant en sol, si elle est identique avec l'intelligeuee divine, ou un Être séparé', ftiifin dbmnient il se fait que, si c'est notre raison même qui ])orte ce caractère d'im^ personnalité, elle est en d'autres circonstances si personnelle et si individuelle, susceptible en€n de tant d'erreurs. La docitrine que nous avons établie ne laisse au moins pas d'incertitude sur ces points. Cette doctrine n'est pas complète; elle ne saurait le devenir que dans la métaphysique ; mais l'analyse rigoureuse que nous avons faite psychologiquement nousautorise déjà pleinement ù concevoir la Raison générale comme un véritable Être existant en soi, et non pas comme faculté , mais i distinguer cet Être aussi bien de 1 Être suprême que de notre esprit individuel. La Raison est un Lire comme la Nature, et contient tous les esprits, comme la Nature renferme tous les êtres physiques, et elle ne détruit pas plus l'individualité et la personnalité de notre esprit, que la Nature ne détruit l'individualité des êtres particuliers existant en elle. Nous parlons aussi de notre raison, ce qui pourrait faire supposer que nous considérons la raison comme une faculté particulière de l'esprit. Or, nous ovons déjà vu, que la raison et la réflexion ne sont pas des facultés particulières, mais des degrés de développement de notre pensée ; et ces degrés sont constitués selon le point de vue différent sous lequel les choses son t considérées. La raison, dans cette acception, est la région des idées, des vérité» générales, éternelles, absolues* C'est quand l'esprit individuel s'élève dans cette région qu'il devient raisonnaùief et comme cette élévation est un effort de sa spontanéité, il a droit de parler de sa rai- •on, ce qui désigne alors la part qu'il a prise aux vérités de la Raison générale, part qui peut être plus ou moins grande, et qui constitue ensuite la diôerence dans le dé> veloppement rationnel des hommes. L'esprit individuel, malgré cette élévation aux vérités générales de la Raison, reste aussi sujet à l'erreur, parce que d'une part, quand même il se serait élevé aux véiités premières, fondamentales, il pourrait se tromper encore en développant en détail ces vérités, et en les combinant, ou les appliquant d'une fausse manière^ et parce que, d'autre part, s'il ne s'est pas élevé aux vérites premières, mais qu'il ait saisi seulement des vérités subordonnées, il tombe par là facilement dans Terreur, en prenant des idées restreintes et exclusives, pour des vérités fondamentales et complètes. C'est ainsi que la doctrine que uous avons traitée scuicmcnl'-d'une manière analytique,, répond aux points principaux que souhWe la question de la Raison.

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teneur; it se peut qu'il contienne un nombre infini d'individud spirituels, mais il n'est pas l'Être absolument infini. Car n'étant pas la Nature , et n'étant pas la raison de la Nature , il est limité par-elle , et par conséquent fini à cet égard. Par cette raison l'Esprit général ne doit pas être confondu avec l'Etre suprême^ qui est la raison de tout ce qui existe, de la Natm'c et de l'Esprit^ de leur union et de leur limitation réciproque. L'Esprit général est seulement un monde particulier comme la Nature ; il est le monde intellectuel comme la Nature est le monde physique ; les deux mondes existent distiricts l'un de l'autres , et aucun ne peut être considéré comme supérieur à l'autre, car, pour être supérieur, il devrait être la raison d'existence de l'autre. L'Esprit général et la Nature sont deux mondes particuliers , et s'ils ont quelque chose de commun entre eux, s'ils vivent en union, il faut chercher la raison de cette communauté et de cette union dans un Etre supérieur qui les contient , et qui , par l'unité de son essence, établit aussi Tunion dans la vie de ces deux Etres.

Maintenant nous sommes arrivés au point où il s'agit d'établir la transition de la Nature et de l'Esprit à l'Être suprême* La Nature et l'Esprit sont les deux Êtres qui contiennent tout ce qui existe dans l'univers. Nous ne connaissons pas d'êtres avec d'autres qualités; mais dans le cas même qu'il y en eût encore d'intermédiaires quelconques , cela ne cliangerait en aucune manière la position de notre question. Toujom^seneflFet, ces êtres seraient finis sous un rapport quelconque , et l'Être qui est la raison de tous les êtres finis resterait aussi la leur. Mais nous ne connaissons ici que deux

Êtres, dont Yxxn constitue le monde spirituel, Tantre le monde naturel, et dans lesquels la vie de Funivers se présente sous deux aspects diflPérents. Qrce sont ces deux Etres que nous avons encore à caractériser dans leur essence différente , pour bien connaître le& altri-buts principaux, sous lesquels ils doivent être conçus* Nous avons déjà vu que FÊtre suprême, s'il existe, doit être conçu comme infini et absolu , et que FEsprît et la Nature doivent exprimer Fessence de cet. Être, chacun d'une manière particulière. Eh bien ! ce sont précisément les deux attributs que Fintelligence la plus odinaire assigfne à FEtre suprême, à savoir d'être infini et ab8olu,qui constituent les caractères fondamentaux de l'Esprit et de la Nature; et cette coïncidence si frappante est en même temps la garantie que notre recherche est véritablement arrivée au point le plus élevé. Nous disons donc que les deux attributs ou propriétés suprêmes qu'on assigne généralement à l'Etre suprême, et qui sont les catégories de l'infini et de l'absolu, constituent l'essence fondamentale de la Nature et de l'Esprit. C'est ce que nous allons justifier en montrant , dans l'espérience , que ces deux Etres se manifestent principalement sous ces deux attributs difFérens. Ceci est encore un point très-important et auquel on n'a jamais fait attention, parce qu'on n'a pas connu la valeur universelle des idées fondamentales, appelées catégories. Dans la séance précédante nous avons fait l'application de ces idées aux mathématiques , et nous avons déterminé d'une manière rigoureuse les notions de figures qu'on avait connues j usqu'à présent très-superficiellement. Maintenant nous ferons une application plus éh\ée de ces ca-

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tégories^ a{>plication qui sera plus difficile à saiûr, parce qu'elle s'éloigne trop de la manière vulgaire de ccm sidérer les choses. De plus les caractères que nous allons attribuer ici à TEsprit et à la Nature ne peuvent être exposés que très-succinctement et très-généralement^ parce que, pour déterminer plus à fond Tea* sence intérieure de ces deux Êtres, il faudrait que les notions fondamentales ou catégories eussent déjà ét4 plus approfondies dans la méthapbysique.

Nous prétendons que la Nature se manifeste dans Fexpérience sous le caractère prédominant de l^ infini et l'Esprit sous celui de l'absolu. L'infini et l'absolu n^ s'excluent pas , et n'existent pas exclusivement j ils prédominent seulement réciproquement l'un sur l'autre

dans ces deux Etres. Mais , pour porter plus de clarté et de précision dans nos considérations , nous allons nous servir des expressions positives de la totalité et de la spontanéité, qui , comme nous avons vu, sont les notions affirmatives par lesquelles on doit remplacer les expressions négatives de l'infini et de l'absolu. Nous avons donc à montrer que la Nature existe et se manifeste sous le caractère de la totalité, et l'Esprit sous le caractère de la spontanéité.

Commençons par la considération de la vie de la Nature. Le caractère de la totalité domine en effet tout et se manifeste partout dans la Nature. Car tout ce qui y existe est déterminé et formé à la fois, dans un ensemble d'espace, de temps et de forces. La Nature forme en même temps, et par une même action créatrice, le soleil, comme le grain de sable, la mer et chaque goutte d'eau , tout enfin , dans une œuvre totale et unique ; tout en rapport avec tout , toutes

choses enchaînées et rigoureusement dépendantes Tune deFautre* Dans l'Esprit cet enchaînement n'existe pas^, parce qne la spontanéité , l'indépendance et la liberté prédominent en lui. De plus dans la iNature tout n'est pas seulement formé à la fois^ ensemble^ mais chaque être particulier est encore déterminé dans toutes ses parties à la fois. La Nature forme le corps d'un être à la fois dans toutes ses parties ; elle développe bien une ou plusieures parties d'une manière prédominante^ mais jamais d'une manière isolée, elle ne saurait jamais former une tête sans les autres parties du corps; c'est toujours l'Être entier qui est développé et déterminé dans tous les élémens qui le composent. Dans la seule feuille d'un arbre il y a encore mille détails qui sont déterminés simultanément à l'arbre entier. Dans l'Esprit une telle détermination entière de tout son intérieur n'existe pas. Il peut développer chaque partie de son être isolément^ laisser sans culture les autres^ ce qui est impossible pour la Nature. Nous voyons donc que la ^aturese présente sous le caractère de la totalité j qui est en même temps celui de l'enchaînement , de la continuité et de la détermination entière de toutes les parties dans leur ensemble. Quand nous considérons d'un autre côté la vie de V Esprit , nous rencontrons le caractère tout opposé. Tout se manifeste ici sous le caractère de la sponta-néité. Les esprits individuels existent aussi dans un tout supérieur, qui est l'Esprit général dont nous parlons, et cet Esprit supérieur se montre également en tous, mais les individus n'en reçoivent l'influence qu'autant qu'ils en acquièrent par leur spontanéité. La Umiière de cet Etre de Raison se réfléchit en tous.

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mais dans tous selon la g^randeur du foyer que cha^^un s^est formé par sa ^ontanéité« L'esprit est principalement ce qu'il est par sa spontanéité , et ce qu'il a acquis par sa spontanéité est sa propriété la plus durable. L'esprit tiie va pas croissant comme une plante, qui reçoit presque passivement les influences du dehors, étant déterminée et formée par les procédés généraux de la INature. Dans le monde spirituel existent aussi des procédés généraux , ou forces fondamentales, qui sont les facultés générales qui se trouvent dans chaque esprit ; mais ces facultés portent dans leur activité un tout autre caractère ; au lieu de former un tout bien enchaîné comme les forces de la Nature, elles sont plus indépendantes l'une de l'autre, et l'une peut être cultivée sans l'autre. Les procédés delà Nature forment une totalité, ilss'imposent comme telle à chaque être particulier , qui par là est déterminé dans toutes les parties. Mais l'esprit peut commencer à cultiver une partie séparément et l'abandonner ensuite ; il peut développer son intelligence sans développer son sentiment et sa volonté, et passer subitement d'une culture à un autre. La Nature, au

contraire , prend toujours un Etre dans sa totalité et le conduit ainsi tel jusqu'à sa fin. Rien ne se trouve brisé, séparé, isolé en elle; chaque objet qu'elle forme est un tout dont les parties sont organiquement liées. L'esprit par sa spontanéité peut tout rendre spontané, tout séparer, isoler, peut mettre toutes les parties en opposition l'une avec l'autre , la pensée avec lé sentiment et la volonté etc. C'est aussi à cause de cette spontanéité que l'esprit peut encore concevoir toute chose séparément, en elle-même, en négligeant

ISSl COURS DE PSYCHaLOGIR,

«es rapports avec les autres choses. Mais c'est aussi en concevant les choses isolément , qu'il peut tomber dans Verrcur , qui nait principalement des vues exclusives. La JNature ne se trompe pas de cette manière. L'ensemble dominant généralement la partie, tout en elle reste dans les justes rapports de subordination et de coordination. Mais l'esprit peut , à l'aide des parties qu'il a séparées , exécuter les plus singulières combinaisons, soit en pensée soit en réalité L'esprit peut imaginer des êtres qui ne sauraient jamais exister dans la JNature, il peut même imaginer la vie allant dans le sens contraire au progrès naturel, ce qui est impossible dans la Nature* Dans la Nature tout est dans un enchaînement complet. L'esprit ne connaît pas cet enchaîenment et cette continuité. Il peut cesser une œuvre aussitôt qu'il voudra , il peut se transporter immédiatement d'une pensée à une autre , prendre une nouvelle résolution , et tout ceci par son caractère de spontanéité. La spontanéité est ainsi la raison de sa liberté ; car la liberté consiste précisément dans le pouvoir de commencer immédiatement une série d'actes qui n'ont pas la raison dans ceux qui précèdent. Au contraire, ' quand la Nature a commencé une œuvre , elle doit l'achever en formant un tout complet. L'esprit ne suit que l'impulsion de sa spontanéité. C'est ce caractère qui constitue sa liberté.

Nous voyons ainsi que le caractère prédominant de la Nature est la totalité, et celui de l'Esprit la spontanéité. A cause de la totalité, tout existe dans la Nature plus en enchaînement , en continuité , et c'est par cette raison que nous regardons la Nature plus

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comme un être continu. Et comme le tout enchaîné dans ses parties constitue C3 qu'on appelle organmne, laNature se montre ainsi plus particulièrement sous Taspect organique. Au contraiis^, dans TEsprit, la spontanéité fait que tout existe d'une manière plus indépendante , plus isolée ; les esprits individuels ne se montrent pas dans le même enchaînement , dans la même continuité d'existence que les êtres physiques. Aussi est ce par cette raison que l'intelligence ordinaire et superficielle n'a pu encore concevoir cet Esprit général comme un véritable Être subsistant en soi, et renfermant tous les esprits individuels. Mais l'Esprit est un Etre comme la Nature, il se manifesté seulement sous un caractère différent (1)*

Après avoir déterminé la Nature et l'Esprit par les deux attributs les plus élevés qu'on assigne généralement à l'Etre suprême, il s'agit maintenant de trouver le moyen de nous élever à cet Etre suprême distinct de laNature et de l'Esprit, parce que tous les deux ne sont pas absolument infinis. C'est par l'application de l'idée de la raison que nous nous élèverons à l'Etre qui est la dernière raison de tout ce qui existe.

(l) On s'est beaucoup occupé rla-ns les cleroicrt Ictnps àe déUrniiner calcgoriqucuient , c'e«t-u-dire par des idérs fundanicnlales , le caractère de l'Esprit et celui delà Nature. Les uns, coiume ScLelliug , out délerminé ]'FIsprit comme la prédominance de l'infini; et la Nature comme la prédominance du \fiui» D^uutrcs, comme H«;gel, regardent la Nature comme l'exlériorilé, ou comme lu hors de soi de l'ÊIre absolu, et l'Esprit comme le pour soi ou son iiuéi iorilé. Il fn est qui as&lgacnt à l'Esprit le caractère de liberté , «t a la Nature le ca* raclère de nécessité et de fatalité; d autn s qui donnent ù l'Esprit le car.)ctère do spontanéité et à la Nature celui de réceptivité. Dajis toutes ces déterminations on a saisi (|aelques vrais attributs de TEspril et de la Nature, mais ils ne sont dans ces divers système ni complets, ni bien développés. Seuicmeut la détermination de Heg«l qui au preuiier aspect paiati le mieux présenter la diiTéreuce, est la moins complète et la pins superiirielle; car elle repose sur dea'catégorics , faciles ù aisir, mais Irès-subordonnétis «sur celles du dehors et du dedans, La Nature nous parai't extériexr

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