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liaires , elle manque dé la clarté nécessaire pour saisir rintelligence. Le reproche principal que l'on peut faire a ce raisonnement, c'est de prendre pour point de départ une notion très élevée mais qui reste confuse ; faute d'avoir été préparée dans l'esprit par des recherches analytiques. Or, sans cette préparation les notions fondamentales sont comme des fantômes dont on ne sait d'où ils viennent ni comment on doit les saisir. La notion de l'Etre réel par excellence est la notion qui implique le plus celle de sul)stance, mais elle a besoin d'être développée pour être comprise.
C'est ce développement que la preuve, établie par Anselm , allait subir plus tard dans les systèmes de Descartes, de Malebranche et de Spinoza.
Nous considérerons d'abord le progrès que cette preuve a fait dans le système de Descartes, le premier depuis la renaissance , qui ait essayé une démonstration de l'existence de Dieu. Descartes a, selon toute vraissemblance, connu l'ar^jumentation d'Anselm, mais l'opposition qu'il soutenait contre les systèmes du moyen âge lui fit commettre l'injustice de passer sous silence le philosophe qui avait le premier indiqué la route qu'il suivit lui même pour arriver à la certitude de l'existence de Dieu. (}). Cependant Descartes ne s'est pas borné à rétablir purement et simplement l'argument d' Anselm ; le fond est le même, mais le point de départ est différent et marque un progrès notable dans le procédé analytique , par lequel il
(i) LciliDÎIr. lui reproche ce silence en disant (nouv. essais sur l'enleiidi-mcnt bam. liv. Ivp. l\o'\).
« ÎVIr, Descarics , qui avait étiirlié iissez long-lenips la pltilosupliie ssohisliquc au co!Ip{ife fl<'s J«'s'.;iles «lo la F.'èclip, a <;n grand' raison dr lo frargnnicnl d Anselm) réulilir. »
a cherché dans l'esprit de rhomme les premières données certaines. Le point de départ réside pour Descartes dans la certitude que l'esprit a de soi même dans sa conscience propre, et c'est de ce premier fait certain qu'il s'élève successivement à d'autres notions jusqu'à ce qu'il arrive à l'idée suprême, celle de Dieu* Ce sont surtout les idées du fini et de l'infini conçues dans leur véritable rapport, qui le conduisent à la conception nécessaire d'un Etre infini et parfait.
Je laisserai parler Descartes lui-même. Après avoir indiqué la base de toute certitude dans le moi qui ne peut pas être mis en doute , il continue :
« Ensuite de quoi faisant réflexion sur ce , que je doutais et que par conséquent mon être n'était pas parfait, car je voyais clairement, que c'était une plus grande perfection de connaître , que de douter , je m'avisai de chercher, d'où j'avais appris à penser à quelque chose de plus parfait que je n'étais ; et je connus évidemment que ce devait être de quelque nature qui fût en effet plus parfaite. Pour ce, qui est des pensées que j'avais de plusieurs autres choses hors moi comme du ciel , de la terre , de la lumière , de la chaleur et de mille autres, je n'étais point tant en peine de savoir d'où elles venaient à cause que, ne remarquant rien en elles , qui me semblât les rendre supérieures à moi, je pouvais croire que, si elles étaient vraies, c'étaientdes dépendances de ma nature, en tant qu'elle avait quelque perfection, et si elles ne l'étaient pas, je les tenais du néant, c'est à dire qu'elles étaient en moi pour ce que j'avais du défaut. Mais ce ne pouvait être le môme de l'idée d'im être j)lus parfait que le mien : car de la tenir du néant était
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chose manifestement impossible ; et parce qu'il n'y â pas moins de répugnance que le plus parfait soit une suite et une dépendance du moins parfait^ qu'il y en a que de rien procède quelque chose, je ne la pouvais tenir non plus de moi-même ; de façon qu'il re^ tait, qu'elle eût été mise en moi par une nature qui qui fût véritablement plus parfaite que je n'étais , et même qui eût en soi toutes les perfections dont je pouvais avoir quelque idée, c'est à dire pour m'expliquer en un mot, qui fût Dieu. A quoi j'ajoutai que puisque je connaissais quelques perfections que je n'avais point, je n'étais pas le seul être qui existait (j'userai s'il vous plait ici librement des mots de l'école) mais qu'il fallait de toute nécessité qu'il y en eût quelque autre plus parfait, duquel je dépendisse et duquel j'eusse acquis tout ce, que j'avais : car si j'eusse été seul indépendant de toute autre, en sorte, que j'eusse eu de moi-même tout ce peu , que je participais de l'être parfait, j'eusse pu avoir de moi parmême raison tout le surplus que je connaissais me manquer et ainsi être moi-même infini, éternel, immuable, tout connaissant , tout puissant et enfin avoir toutes les perfections que je pouvais remarquer être en Dieu. Car suivant le raisonnement que je viens de faire, pour connaître la nature de Dieu autant que la mienne en était capable, je n'avais qu'à considérer de toutes les choses dont je trouvais en moi quelque idée, si c'était perfxîction ou non de les posséder et j'étais assuré, qu'aucune de celles , qui marquaient quelque imperfection n'était en lui , mais que toutes les autres y étaient. Comme je voyais, que le doute, l'inconstance ki tristesse et choscîs sensibles n'y pouvaient être, vu
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que j^eusse été moi-même bien aise, d'en être exempt. Puis^ outre cela y j'avais des idées de plusieurs choses sensibles et corporelles; car quoique je supposasse que je rêvais, et que tout ce que je voyais ou imaginais était faux, je ne pouvais nier toutefois que les idées n'en fussent véritablement en ma pensée, mais pour ce que j'avais déjà connu en moi très clairement, que la nature intelligente est distincte de la corporelle, considérant que toute composition témoigne delà dépendance et que la dépendance est manifestement un défaut, je jugeaisdelà,quecenepouvait être uneperfection en Dieu d'être composé de ces deux natures et que par conséquent il ne l'était pas , mais que s'il y avait quelques corps dans le monde ou bien quelques intelligences ou autres natures , que ne fussent point toutes parfaites, leur être devait dépendre de sa puissance et telle sorte qu'elles ne pouvaient subsister sans lui un seul moment. »
« Je voulus chercher après cela d'autres vérités et m'étant proposé l'objet des géomètres, quejecoucevais comme un corps continu ou un espace indéfinement étendu en longueur, largeur et hauteur ou profondeur, divisible en diverses parties , qui pouvaient avoir diverses figures et grandeurs et être mues ou transposées en toutes sortes, car les géomètres supposent tout cela en leur objet; je parcourus quelques-unes de leurs plus simples démonstrations ; et ayant pris garde , que cette grande certitude que tout le monde leur attribue n'est fondée que sur ce qu'on les conçoit évidemment suivant la règle, que j'ai tantôt dite, je pris garde aussi qu'il n'y avait rien du tout en elle», qui m'assm^ât de l'existence de leur objet ; car par
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ekMiple.je Toyais.bien que soppotant an triangle^ û fatlaît^ qoe8és troi^ aoglesftiséeat ég^ux à deux dmitt, mais je ne voyais rien ;pour cda qui m'assurât, qu'il y eût au îDonde aucun triangle : au lieu, que, revenant à examiner l'idée que j'avais d'un être parfait, je trouvaij) que l'existence y était comprise en même façen qu'il est compris en celle d'un triangle,, que aes troia angles sont égaux à deux droits, ou en celle d'une sphère, que toutes ses parties sont également distantes de son centre ou même encore plus évidemment, et que par conséquent il est pour le moins aussi certain que Dieu, qui est cet être parfait, est ou existe, qu'aucune démonstration de géométrie le saurait étre« )>
De cette manière Descartes 6'élève dans un enchaînement naturel des idées à l'intelligence certaine de Dieu et pour expliquer , pour quoi il y a poiu* l'entendement ordinaire une si grande difficulté de s'élever à cette intelligence, il ajoute :
« Mais ce, qui fait qu'il y en a plusieurs, qui se persuadent , qu'il y a de la difficulté à le connaître et même aussi à connaître ce que c'est que leur âme c'est, qu'ils u'élèvent jamais leur esprit au delà des choses sensibles et qu'ils sont tellement accoutumés à ne rien considérer qu'en l'imaginant, qui est une façon de penser particulière pour les choses matérielles, que tout ce qui n'est pas imaginable leur semble n'être pas intelligible. Ce qui est assez manifeste de ce que même les philosophes tiennent pour maxime dans les écoles, qu'il n'y a rien dans l'entendement, qui n'ait premièrement été dans les sens où toutefois il est certain, que les idées de Dieu et de l'âme n'ont jamais été ; et il me semble que ceux qui veulent user IL 28
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leur imagination pour les comprendra font tout io i^éme que si y pom* oirïr les sons^ ou sentir les odeors^ ils voulaient se servir de leurs yeux : si non qu'il y encore cette différence que le sens de la vue ne nous assure pas moins de la vérité de ses objets que font ceux de l'odorat ou de Touie ; au lieu que ni notre imagination ni nos sens ne nous sauraient jamais assurer d'aucune chose, si notre entendement n'y intervient,» Telles sont les paroles de Descartes. Nous voyons , <f\Q c'est par la considération du moi comme être fini et du rapport du fiai avec l'infini, que Descartes s'élève à l'idée de Dieu. En considérant le rapport du fini avec l'infini, il remarque avec sagacité, que le fini est une notion négative, témoignant d'une limile, d'un défaut et que le fini présuppose l'infini, comme vraie notion positive et affirmative, parce que l'infini est le véritable complément pour tout ce qui est fini ; il remarque de plus, que de même , que l'infini ne peut pas dériver du fini, de même l'idée de l'infini ne peut pas venir de l'être fini , que le moi par conséquent ne peut pas être la raison de ce qu'il possède la pensée de l'Être infini, mais que la raison ne peut exister que dans l'Être infini même , qui a déposé l'idée de l'infini en nous. Descartes s'est ainsi aperçu du vrai rapport qui est exprimé par la notion de raison; il a vu, que rien ne peut être raison de ce qui surpasse sa sphère d'existence, qu'enfin la raison exprime, comme nous l'avons déjà fait voir, le rapport de contenant au contenu. Or, comme l'infini n'est pas contenu dans le fini, le fini ne peut en aucune manière être la raison de quelque chose qui est infini et partant il ne peut l'être de ce qu'il possède l'idée de l'Etre infini. Il re-