‹ Cours de psychologieChapitre 19 sur 35 · PREUVE ONTOLOGIQUE DE DBSCARTES. H · texte numérisé non relu

PREUVE ONTOLOGIQUE DE DBSCARTES. H

mm'que ensuite l'imra^ise difiEérence^ qui existe entn Tnlée de Dieu et les idées des êtres finis. Les êtres finis se laissent concevoir dans la pensée de manière qu'on peut très bien déterminer leur essence sans savoirpar là, s'ils existent en réalité; on peut par exemple dé^ terminer toutes les conséquences qui résultent de l'idée d'un triangle , mais cette conception qui déter* mine l'essence ou la nature d'un triangle, ne prouve pas encore, qu'il existe un triangle objectivement ou réellement dans l'espace. Le géomètre peut ainsi coct^ cevoir plusieurs figures et les bien déterminer, mais il y en a qui sont impossibles dans l'espace. Pour les choses finies on peut donc séparer la conception et l'existence réelle; mais dans l'Être infini qui renferme tout, Fessence est inséparable de l'existence; le concevoir est le concevoir comme existant. Descartes arrive ainsi à la ^certitude de l'existence de Dieu par l'application de l'axiome vrai et fécond, qu'il a le premier formulé avec netteté, savoir, qu'il faut attribuer a une chose tout ce qu'on conçoit clairement comme renfermé dans l'idée, qui la représente. Or dans l'idée de triangle est contenu qu'il a trois côtés, mais l'exis* tence de la figure n'est pas renfermée dans cette idée, qui peut être une pure notion de l'imagination. Au contraire , quand on conçoit l'idée de l'Etre infini , tout réel, tout parfait, cette idée implique en même temps l'existence, parce que cet Etre, en embrassant tout, doit exister non seulement en pensée mais aussi en réalités

C'est de cette; manière que Descartes s'élève à Ti-dée de Dieu en prenant son point de départ dans le «io«, être fini. Examinant ensuite le rapport du fini

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avfec rinfini il arrive à concevoir un Etre infiai qui etidte nécessairement et qui est la raison de l'existence des choses finies.

Toutefois dans le système de Descartes le rapport de rÊtréinfiniavecles êtres finis n'a été que superficiellement déterminé. Tout porte a croire que Descartes n'a pas conçu le monde comme existant réellement en Dieu. Mais s'il avait mieux déterminé l'idée de l'infini qui renferifle nécessairement ce qui est fini, il aurait conçu l'Etre infini comme contenant en soi toute existence, finie.

' Ce défaut de pi'écision du système de Descartes sur une des questions les plus importantes, allait dispa-» raitre dans les systèmes de ses deux disciples, Maiebrancheet Spinoza, qui ont particulièrement développé le rapport de l'Etre infini avec le monde.

Considérons d'abord la doctrine de Malebranehe. Le raisonnement, par lequel ce penseur distingué s'élève à la certitude de l'existence de Dieu, est en général celui de Descartes, mais il y a joint un argument qui montre, qu'il a bien plus clairement saisi les rapports des choses finies avec l'Etre infini. D'abord il remarque, conformément à l'expérience, que nous ne voyons pas les choses en elles-mêmes, mais seulement par les idées qui les représentent ; ainsi quand nous voyons un triangle , cette figure n'est pas dans notre esprit, mais seulement la notion ou le chêma qui la représente. Malebranehe fait voir ensuite que toutes nos idées de choses finies ne sont que des combinaisons faites de quelques attributs très généraux , dans lesquels se laisse résumer tout ce qui existe; ces attributs sont selon lui , comme selon Descartes, celui

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édVétendîie et celui de la pensée f tout ce' qui existe Oit ou on être étendu ou un être pensant. Mais ces deux attributs les plus élevés doivent nécessairement être inhérents à un Etre^ est leur support. Cet Elue est rÉtre infini , réunissant les deux attributis infinis de la pensée et de l'étendue; or, quant à cet Etre , on ne peut soulever la question de son existence* La question d'existence n'a de sens que lorsqu'il s'agit encore des deux ordres séparés du monde matériel et intellectuel, déterminés par les attributs de l'étendue et de la pensée; alors on peut demander, si une chose particulière conçue dans la pensée a une existence ex*térieure; parce que les combinaisons particulières,faite8 par la pensée de lun ou de l'autre de ces attributs principaux , peuvent bien ne pas exister, quoique les attributs généraux existent très certainement. Mais quant à l'Etre infini qui réunit ces deux attributs par rapport à lui, la séparation de la conception d'une part et de la réalité de l'autre n'est plus possible ; le concevoir est le concevoir en même temps comme existant. Tel est le raisonnement profond de Malebranche. Comme il a montré, que toutes les idées que nous avons des choses finies se laissent résumer dans les notions de l'étendue et de la pensée , qui sont les deux attribus principaux de Dieu , il en tire la conséquence très logique , que nous voyons toutes choses en Dieu, puisque tout ce que nous apercevons n'est qu'une représentation particulière de l'un ou de l'autre des attributs divins. Certes l'entendement vulgaire est loin de se douter de cette vérité ; il se complaît dans les combinaisons des choses finis , sans s'apercevoir que ces choses ne pourraient exister sans l'Etre infini* Et,

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a eetégaard> on peat dire arec Leibnitz : <t il est vrai qu'un géomètre peut être athée, mais s'il n^y avMfc point de Dieu , il n'y aurait aucun objet pour ia ^péo^ métrie» » C'est au fond cette même pensée que Ma-** lebranehe avait exprimée dans l'argumentation dont je viens de parler, Â la fin il remarque encore que, quand on soulève la question d'existence en égard da l'Etre inftni, on Ip confond avec un être particulier, qui peut bien ne pas exister. Je vais citer ses propres paroles, dignes d'êtres rapportées. Après avoir fait re*marquer qu'on ne peut demander la preuve de l'exis^ tence d'un être que dans le domaine des choses finies, dont les idées sont toujours plus ou moins composées et qui comme telles peuvent être vraies ou fausses , il continue : « Mais l'idée de Dieu , ou de l'Etre en général , de l'Etre sans restriction ^ de l Etre infini n'est pas une fiction de l'esprit , ce n'est point une idée composée, qui puisse renfermer quelque contradiction; il n'y a rien de plus simple, quoiqu'elle exprime tout ce qui est et tout ce qui peut être. Or, cette idée simple et naturelle de l'Être ou de l'infini renferme l'existence nécessaire; car il est évident que l'Etre, je ne dis pas un tel être à son existence par lui-même et que l'Etre ne peut n'être pas actuelle* ment parce qu'il est impossible et contradictoire que l'Être véritable soit sans existence. Il se peut faire, que les corps ne soient pas, parce que les corps sont de tels êtres qui participent de l'Être et qui en dépendent. Mais l'Être sans restriction est nécessaire, il est indépendant , et ne tient ce qu'il est que de lui-même ; tout ce qui est vient de lui; mais quand il n'y aurait aucune chose en particulier, il serait, parc« qu'il est

PREUVE HNtOLOGfQUE DC DESCARTES. tSZ

{Mtf Inr^méme et qu^on ne peut le concevoir claire-» ment' comme n'existant point ^ si ce n'est qu'on âe le i^préeente comme un être en particulier on comme mi tel être et que l'on considère ainsi tonte autre idée que la sienne. Car ceux^ qui ne voient pas, que Dieu soit, erdinatrement ils ne considèrent point l'Être, mais un tel être et par conséquent un Être qui peut être ou n'être pas. »

C'est ainsi que Malebranche a déjà déterminé plue nettement que Descartes le rapport de l'Etre infini avec les choses finies; toutefois dans le développement oltérieur de sa doctrine on trouve quelquefois des opinions qui sont contraires au principe établi par lui et qu'il apporte évidemment d'une doctrine religieuse, dont il mélange les dogmes quelquefois assez confusément avec ses idées philosophiques. C'est cette alliance, qui lui fait souvent émettre des opinions, qui sont en complète contradiction avec ses principes philosophiques (^).

Mais ces inconséquences allaient disparaître entièrement dans le système de Spfncsa. Ce système, contemporain de celui de Malebranche forme la véritable

(l) Une des coalradictioDS les plus rtranges es( sans doute celle dans laquelle )1 lt>n>)M;i>*r rapport ^ Uit'U. Après avoir déterminé si oettemeat l'Élre inâni comme rÊfe nu» coKlienl toute e-s< nte et toute rt-alitû , ii dit plus tard , que cette existence de toutes Icscliust^s eu Dieu n'a lieu que d'une inanièn; .\piritnel/e et, comm^ il ajout L> , d'une mauière <|»ie nous ne pouvons pus compren«lre (voy. liv. cliap. 6. ); et dans une de ses Uttres,rn Kpon&eà M. Régis, il va nii'nie ù prétendre que la cWatîoa de la matière est quelque chose d'arbiimiie « dépendante du la X'oionlé dn crr^leur tl il finit en sepeiddul dans des suppo)ilionii j^raiuites , [)ar soutenir, que si mcineDieu n'eût point erfé des corps , les rspriJs seraient capables d'en avoir les jdces* 11 tU évident que Mulebranrhc s'est laissé surprendre dans ses passages par des opinions, qui sont en contradiction a\e.s ses principes pliilusopliiqucs : car l*.'déequ iî^met surîa matière détruit tout ce qu'il a d l sur Télendue ; si l'étendue est irmimenC nn attribHt de l'Etre infini , cet attribut qui implique la matière, oe peut être xwe cr/al'ou tw lu wlontt ^e Dieu , parce q»»»- J/jm n\i p^s créé !(^ atlr buts même de son être.

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conclusion 'du roonvement philosophique commeacé phrDescarteiB. La base du système de Spinosa est la même; mais Tédifice qu'il a construit sur elle est si différent, qu'on croirait à peine que ce sont les mêmes principes sur lesquels se fonde l'un et l'autre système* Toutefois la différence vient uniquement de la parfaite conséquence avec laquelle Spinosa a développé les principes établis par Descartes. Quand on a étudié le système de Spinosa et qu'on retourne ensuite au «ystènre du maître , on est étonné de rencontrer tant d'inconséquences et de décousu dans la doctrine du dernier. Presque toutes les parties sont détachées l'une de l'autre. On ne saurait y voir un édifice continu; on aperçoit beaucoup de matériaux dont quelques uns sont arran{][és d'après un certain plan , mais dont la plupart sont jetés pêle-mêle. Un habile archi*tccte pourrait seul les coordonner. Tout porte dans le système de Decartes le caractère de précipitation, son génie lui fait saisir presque tous les points principaux^ mais il n'a pas soin de les lier et do les placer dans leur ordre véritable ; par l'élan de son génie il touche tous les sommets , toutes les hauteurs de la spéculations , mais il se contente du premier coup-d'œil général et ne pénètre pas dans la nature intérieure des choses en les approfondissant.

La marche de Spinosa est bien différente. Son premier pas est un pas hardi , quoique autorisé par le développement précédent de la philosophie, mais partie de ce premier pas , la marche «'accomplit dans un ordre admirable. Spinosa parcourt le même domaine d'idées , mais la route est un cercle dont tous les points sont également déterminés par le centre,

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.(fUt est Dieu. Chez Descartes tout est vag^e et indéteniûaé;. les notions de Dieu, de la nature, de l'ame <et du corps sont comme autant de parties détachées^ quW a de la peine à mettre dans un rapport un peu précis* Dans le système de Spinosa tous les rapports sont bien déterminés, tout se meut comme partie xi'un tout unitaire qui est Dieu. Malebranche avait déjà fait un progrès sur Descrates , en déterminant plus rigoureusement les rapports entre Dieu et le inonde , mais l'influence du dogme religieux qu^il professait lui avait fait commettre quelques graves inconséquences. Chez Descartes les contradictions ne viennent pas d'un désir de réconciliersa doctrine avec un dogme quelconque, elles sentie résultat de la précipitation dans laquelle il touche tous les points sans les lier et les approfondir.

Mais pour mieux connaître d'un côté la liaison qui existe entre le système de Descartes et celui de Spiiiosa et remarquer d'un autre le progrès qui se trouve dans le dernier par rapport à la conception de Dieu , je veux encore brièvement indiquer les idées que Descartes émet sur la substance première, Dieu, et les substances qu'il appelle créées. Tandis que le système de Spinosa , qui prend l'idée de la substance pour point de départ , ne reconnaît qu'un seul Etre subsistant en soi, Descartes en admet trois, la substance incréée, la substance étendue et la substance pensante , quoiqu'il reconnaisse ailleurs (}) , qu'au fond il n'y a qu'une seule substance. Ensuite, après avoir établi

l Princ. philos. l5i. Il dil à cet égard: Lorsque nous concevons la fuhstance, nous CODCCTOOS seulcmcnl une chose , qui existe en telle façon, qu'elle n*a Lesoti» que rie soi^mcme pour exister. Il peut y avoir de robscnrilé touchant l'explleatk»!! deeeinot, a*avoir besoin que de soi-même; car :*i proprement parler 11 n*ja que

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