‹ Cours de psychologieChapitre 20 sur 35 · II · texte numérisé non relu

II

32B eOUBS DE PSTCBOLOGIS*

. que l'étendue 6t la pensée sont les deux attributs prii> 'cipaux qui résument tout ce qui existe , il soutient dans un autre endroit que Dieu étant l'Etre le plus parfait ne peut avoir rien de commun avec ce qui est •<5orpDrel ou étendu. 11 est évident , que Descartes adopte ici sans discOTnement l'opinion la plus vulgaire sur ce qui est parfait et tombe par là dans une .fftouvelle contradiction • Lui, qui avait si bien compris :que le fini est une négation et que l'infini est l'affirmajtîon complète , renfermant tout ce qui est fini , ou- ;bUe cette vérité lorsqu'il s'agit de l'appliquer à une des questions les plus importantes. Dieu comme Etre rififini doit être la pleine affirmation de toutes les choses, son essence doit renfermer l'essence de tous lee Etres , son existence tout ce qui existe de particulier; si la perfection de Dieu était autrement Conçue, elfe n'exprimerait pas l'universalité d'être et d'essence et alors il serait impossible de déduire l'existence de Dieu de Fidée de sa toute perfection ; car, si l'essence de Dieu est séparée de l'essence d'une chose quelcon- -que, il ne la renferme pas, elle est alors dans une privation, elle est limitée , finie ^ Dieu même devra être foonçii comme un Etre particulier, fini , et alors il y a Jieu de soulever la question de savoir si son esicistence est possible ; il faudrait demander comment cet Être «^peut exister à côté des autres , et comment ceux— ci

Diei> qui soit tel et il n*y a aueuoe cbosc créée, cjni puisse exister un seul moment, £«ns être soutenue et cunseivée par sa puissance. C est poniquoiona raison dans r£t.ol« <Ic àive que le noui de substance n'est pas uaivoqae par rappoM à Dieu et aux créatures , c'est ù dire, qu'il n'y aucune signifirution lie ce mot que nous con» ^evoos distinctement luquelicconvieniie ù lui et à elles. » C'est ainsi que Dcsoirlcii • Ml 4i€U de déterminer srieutifiqnemcnt les clM)8e8,S(: contente de dire^ quefle mot de ^vlillaDce est pris dniis unesignificatiuu diiTcrenls, selon qj'on parla de Dieu ou 4es êtres- Cnvs.

PREUyS O^^TOlOaiQQC DE SRLNOSA.

peuTeot' i9¥0ir 'uoa* apontanéité xl'exiétenee «an» la te*-' air deTes^iicede Dieu; et s'il y avait des êtres ^ des: choses qui a'exprimassént pas d'une manière quelcoiH que l'essence de Dieu ^ il faudrait demander cornipent il peut y avoir deux essences , et comment l'essence hétérogàie. des êtres finis peut exister à. côté* de l'essence de Dieu ; et si ou croyait répondre à cette, que^ion en, disant que Dieu a créé cette essence^ on rendrait la solution encpre plus difficile; car alors il> faudrait supposer que cçîtte eséence hétérogène ait auj moins existé dans riiitcUigence et la volonté de Dieu* Or, comment est-il possible que dans l'Etre infini il existe quelque chose qui ne soit pas lui ? Ou veut-on epiLclure la Nature de l'essence divine parce qu'on la

regarde comme une chose dont l'Etre divin peut être souillé? n'est il pas d'ailleurs évident que si la Natiu'e: est indigne de l'essence divine , elle est plus indigun^ encore d'être entrée dans la volonté de Dieu comme objet àcréjer. Quand donc Descartes en appellait.à h: toute perfection de Dieu, pour exclure l'essence de lèr Nature de l'essence divine, il prononçait avec le comr ijaun des hommes le mot de perfection , sans pénétrer, sa portée. Les perfections de Dieu doivent être des; réalités, et si une réalité manque à l'essence de Dieu, il lui manque aussi une perfection ; il n'est pas l'être parfait. Encore pourrait-on demander à Descartes , pourquoi il exclut l'étendue , qui embrasse le monde physique , de l'essence de Dieu, sans en exclure la pensée ; car selon lui l'étendue et la pensée sont les attributs principaux des deux substances créées. Pourquoi établir une communauté d'essence entre Dieu et l!unedes substances créées et non pas entre Dieu et le».

S28' COURS DE PSTClIOtOGlK;

deux substances à la fois. Evidemment Descarteisi ser montre ici imbu des préjugés les plus Tulgôîres répandus par la fausse interprétation d'une doetHnc religieuse , et il fallait un homme qui , plus circonspect et plus logique dans sa manière de procéder^ développât les principes posés par Descarles dans toutes leurs conséquences.

Cet homme était Spinosa. Pour éviter les malentendus en se servant de mots vagues , il rejette dès le^ commencement le mot de perfection ou de toute perfection ; pour indiquer qu'il n'y a qu'un seul Etre , qui subsiste par soi même et que tout ce qui existe; doit êti:e renfermé dans cet Etre comme attribut ou comme modalité de son essence , il choisit le mot de substance , qui rend en effet clairement cette idée. Les deux substances créées de Descartes qui ne sont pas de véritables substances n'ayant pas une existence par elles mêmes, furent conséquemment considérées comme deux attributs de la substance une, infinie , et absolue ; tout dualisme disparut , la Nature et l'Espriti furent reconnues non seulement comme tenant leur existence de Dieu , mais aussi leur essence , ce qui doit être en effet ; car comme l'existence d'une chose n'est , ainsi que nous l'avons vu dans la séance précédente , que la manifestation de son essence , il faut avant tout, que l'essence d'une chose vienne de Dieu , et Dieu n'a pas d'autre essence à donner que la sienne qui renferme tout.

Il serait difficile, de communiquer et d'expliquer ici tous les axiomes, que Spinosa met comme autant de vérités évidentes en tête de son ouvrage ; mais ces axiomes ne peuvent au fond soulever aucune contes-

PREUVE O?iT0I.00l$UC DE SMOSÂ. 229

talion ; aealement pour être compris dans toute leur portée I ils supposent une pleine connaissance du dé^ veloppement précédent de la pliilosophie. Toutefois c'est cette introduction subite dans les matières \eé plus élei^ées , qui rend Tintelligence du système de Spiaosa si difficile pour tous ceux, qui n'y arrivent pas avec la préparation nécessaire.

Spinosa commence par définir ce qu'il entend par eau»e de soi-^néme, par substance y par atttributti'ç\xT modalité, ou niode d'être. Par cause de soi même, ou par substance, j'entends, dit il, ce dont l'essence renferme l'existence j et c'est par cette seule proposition, que Spinosa résume tout ce que le système de Descartes avait établi sur l'être de Dieu. Il y a un Etre qui subsiste par soi-même, qui est cause de soi-même; il fiiut nécessairement concevoir un tel Etre ; mais le concevoir est le concevoir comme existant.

Après avoir établi , que tout ce qui existe , existe ou en soi , ou comme attribut dans un autre être et qu'il doit-être conçu ou par soi-même, ou par une autre chose , et après avoir remarqué que pour concevoir une chose, il faut la concevoir à l'aide d'un attribut qui exprime son essence, il arrive à la proposition, qu'il n'y a qu'une seule substance, qui existe en soi , et qui doit être conçue par soi, qui a la raison de son existence en soi et qui ne peut pas être conçue comme ayant sa raison dans une autre chose . « Il ne peut dit-il, y avoir qu'une seule substance. S'il y en avait plusieurs elles devraient être saisies par des attributs différons, alors elles n'auraient rien de commun entre elles; car comme l'attribut constitue l'essence d'une chose, deux substances d'attributs différens n'auraient

(W8 ÇÔiIR5 DjB FaYaiOLOSIC.

irien de coipnum eA ruae ne pourrait pas étr« là emsè de Tautre; car pour en êtfe la cause, elle devrait contenir l'autre dans son essence et produire «ur elle des effets. De pius s'il y aviait deux substances, eHee ne* seraient pas infinies et absolues , car l'une serait limitée, finie, l'essence dç l'une n'embrasserait pas GeUe* de l'autre. Or, il faudrait alors chercher la raison du cette limitation réciproque^ la raison qui fiait que l'une est possible à côté de l'autre et par là reconnaître quelque chose au dessus d'elles , qui en £ùt. la rat«di» et qui par conséquent serait la véritable substance tËwr et entière.

Il ne peut doue y avoir qu'une seule substance.

Mais en cas qu'on voulût admettre plusieurs substances de la même nature, c'est à dire ayant les mêmes attributs, on tomberait dans une contradiction; car s'il y avait plusieurs substances, elles devraient aroir des qualités distinctes par lesquelles on connût, qu'il y en a plusieurs ; mais on ne peut distinguer des substances que par leurs attributs différents ; alors il faut admettre des substances différentes et on retombe dans le premier faux raisonnement, m

Donc il n'y qu'un seul Etre subsistant par spi-mêmc , et cet Etre existe nécessairement.

Telle est la démonstration de Spinosa , qui résulte comme déduction de l'axiome posé. Mais il y a en-» core une autre preuve , qui se fonde sur l'application de l'idée de la raison et devient par là plus convaincante que la première. Il dit : « A chaque chose doit être assignée une cause ou une raison pourquoi elle existe ou n'existe pas. Ainsi si un triangle existe, il faut qu'il y ait une cause ou raison de son existence;

pREUYi tnrroLOGiQut m, fspfmsk. ââî

«'il n'eickte pas^ il faut qu'il y dit une raison qui em-^ jéçhe qu'il existe. Mai» cette raison ou caude doit être contenue ou dans la nature de la chose elle-même oû en dehors d'elle, dans une autre chose j par exemple U raison qu'il n'y a pas un cercle carré se trouve dans Sà nature qui exclut d'être carrée; mais la raison pourquoi un triangle existe ou n'existe pas, ne dérive p^ de sa nature, mais de l'ordre universel de la nature physique. Il s'ensuit que ce dont il n'y a pas dà cause ou de raison qui empêche , qu'il existe, existe néoesâjairement. Or s'il ne peut y avoir de cause ou de raison qui empêche que Dieu existe, il faut conclure que Dieu existe nécessairement. Mais si uûo telle raison, que Dieu n'existe pas, pouvait être donnée, elle devrait dériver ou de la nature même de Dieu ou exister en dehoi's de cette nature , c'est-à-dire dans une ftutre substance d'une autre nature. Dans le premier cas, si la raison était dans la nature même de Dieu , on conviendrait déjà de son existence ; si elle était (donnée dans une autre substance d'une autre nature, -cette substance comme étant d'une autre nature ne ptmrrait avoir rien de commun avec Dieu, mais alors «^le ne pourrait ni déterminer l'existence de Dieu , ni en démontrer l'impossibilité. Il n'y a donc ni une raiîson en Dieu ni en dehors de lui qui déterminât sa non-^existence. Donc Dieu existe nécessairement.

Cette démonstration de Spinosa,.se fonde sur l'idée de la raison, qui en effet est l'idée la plus puissante pour élever l'esprit à la certitude de l'existence de Dieu« Vous Vous rappelerez que nous nous sommes Isolement servi de l'idée de raison pour arriver à ce but ; mm il faut remarquer que le raisonnement de

282 COTRS DE PSTCHOLOGIKè

Spinosa est indirect et négatif^ tandis que le nôtre a été direct et positif. Nous nous sommes élevés à la certitude de l'existence de Dieu , en appliquant successivement l'idée de la raison à tous les ordres des êtres jusqu'à concevoir les deux êtres, l'Esprit et la Nature, dans lesquels se résument toutes les exisieaces du monde, et ce n'a été qu'en cherchant la raison de ces deux êtres , la raison de leur existence particulière et de leur union qui suppose une essence commune supérieure , que nous nous élevions à l'idée de Dieu qui dans l'unité de son essence infinie et absolue est la raison de tout ce qui existe. Spinosa n'a pas, il est vrai, été jusqu'à établir cette marche directe, c'est cependant lui qui, le premier, s'est servi de l'idée de la raison pour arriver à la certitude de l'existence de Dieu. II a ensuite développé la doctrine de Dieu avec une étendue et avec une rigueur dont aucun système n'avait encore donné d'exemple.

Portons maintenant un jugement général sur cette doctrine de Spinosa. Ce système est le premier, qui ait pris son point de départ dans l'idée d'un seul Etre conçu comme substance infinie et absolue. Il n'y a qu'un seul principe dont Spinosa fait tout dériver; la marche du système est sure et méthodique , tout y est déterminé avec précision et en vue du principe dont tout dérive. La doctrine de Spinosa s'adresse à la raison seule, l'imagination et la poésie qui avant lui avaient joué un grand rôle dans ces sortes de systèmes , comme dans celui de Platon et de Jordano Bruno, furent bannies, et pour montrer, que la philosophie pouvait présenter un enchaînement aussi rigoureux que la science mathématique, il prit même

FREUVB OPiTOLOOI0UB DB SPIIXOSA. ^38

poor iQodèle là méthode démonstratiTe des géomètres, méUiode du reste peu applicable aux recherches philosophiques, parce que le lien entre les idées est généralement plus intime et plus complexe que celui ([ui unit les abstractious des nombres et des figures; et c'est cette méthode, qui donne au système de Spinosa cette raideur, qui ne s'anime que par l'amour do la vérité avec lequel on se livre à l'étude de cette doctrine.

Mais le système de Spinosa n'est pas le dernier terme du développement de la philosophie , ou le système auquel la spéculation de la raison , rigoureusement conduite, dût nécessairement aboutir, comme quelques adversaires de la philosophie l'ont prétendu. Ce système est défectueux sous le rapport du fond aussi bien que sous celui de la forme ou de la méthode. D'abord, et ceci est un défaut capital de la méthode, ce système n'a pas de base analytique dans l'esprit. Or c'est par la recherche psychologique qu'il faut commencer, pour élever l'esprit progressivement à une intelligence certaine. Quand on néglige cette recherche^ on tombe presque inévitablement dans des erreurs, surtout en ce qui touche les rapports qui unissentl'esprit de l'homme avec l'Être infini.

Mais le système de Spinosa n'est pas non plus complet quant aux idées fondamentales. Cette imperfection se montre sm'tout dans les deux attributs suprêmes qu'il assigne à la Divinité, et qu'il a conservés du système cartésien sans les modifier. Descartes avait établi comme distinction fondamentale entre tout ce quiexiste, la pensée et l'étendue; tout ce qui n'est pas pensée porte lecaractère de l'étendue. La pensée n'ap- II. SO

2lS4 COURS DE I^TGHOLOGIE.

partient d'après lui qu'à l'esprit et à Dieu; et cènime rétendue n'a pas de vie , les corps et toute la Nature ne furent considérés que comme une masse mécanique, lés animaux que comme de pures machines. Descartes est à cet égard le fondateur de l'absurde doctrine, d'après laquelle on conçoit la Nature comme une masse infinie de matière ou d'atomes, mais sans ame et sans vie, doctrine qui est encore aujourd'hui la base adoptée par la plupart des physiciens, qui cependant ont rejeté toutes les autres doctrines physiques de Descartes. Mais comme des choses, conçues sous des attributs si hétérogènes que l'esprit et les corps, ne peuvent exercer d'influence l'une sur l'autre. Descartes se vit forcé , d'avoir recours à l'intervention et l'assistance de Dieu qui dût transmettre les volontés de l'esprit au corps et les faire exécuter par lui ; fiction qui n'exqliquait rien; car comme Dieu est ainsi conçu par Descartes comme pure pensée, les corps devaient lui être aussi hétérogènes que l'étendue, leur attribut principal , et son influence sur les corps restait inexplicable, parce que chaque influence présuppose une certaine communauté d'essence , qui ne peut pas exister dans une différence complète- Or, c'étaient ces deux attributs de pensée et d'étendue, que Spinosa regardait également comme caractérisant l'esprit et la Nature , et il les transportait à Dieu comme ses deux attributs suprêmes constituant les deux ordres de l'univers. Cependant il est évident que l'étendue ne peut être censidérée dans la Nature comme un attribut du même rang que la pensée dans l'Esprit. La pensée dans la signification du système de Descartes, qui comprend aussi la volonté et le sentiment, consti-

MiEUYE ONTOLOGI^CK DE SPÎNOSA. 2SS

taerédlemeot Fessence de Tesprit, mais l'étendue ne forme nullement Fessence de la Nature , parce que elle est une pure forme extérieure. L'essence de la Nature est toute autre chose que pure étendue^ et se révèle par des phénomènes^ qui ne sont ni le produit ni une combinaison de Félendue^ comme la lumière^ la chaleur, Félectricité, le mag^nétisme; de sorte qut Spinosa attribue à Dieu comme essence suprême une propriété très subordonnée de la Nature; et c'est aussi pourquoi il n'a pas mieux compris Fidéc et la vie de la Nature que son prédécesseur. De |>lus cette manière de procéder d'après laquelle on attribue die suite à Dieu ce qu'on a trouvé dans une analysa du monde fini , est très dangereuse , car de cette manière on peut facilement attribuera Dieu comme Etre infini ce qui ne convient qu'aux êtres finis. Certainement , tout ce qui se trouve dana les êtres finis, se trouve aussi d'une manière subordonnée en Dieu, mais il est surtout important de distinguer si c'est un attribut universel ou subordonné de FEtro infini..

La troisième faute de Spinosa consiste enfin, à ne pas avoir compris Vùidividualîté et la vie individuelle qu'il absorbe dans la substance une et infinie. L'individualité a été en général pour tous les systèmes, qui partent de FEtre absolu , ce qu'ils ont eu le plus de difi&culté à comprendre; mais c'est une erreur de croire que ce soit une nécessité inhérente à tous les systèmes, qui admettent comme principe de la philosophie l'Être absolu. L'idée do l'Etre infini et absolu n'exclut pas l'idée de Findividualité dosctrcs finis; car quoique tout soi en lui et participe de son essence , il faut cependant, comme Dieu existe dès Féternité, qu'il y ait

2S9 COORS DE PSYCHOLOGIE.

une cause étemelle d'individualité ; et de cette manière il faut concevoir des fixations étemelles de son essence, des foyers étemels particuliers , qui la reflètent et qui sont les individus. Spinosa regardait donc à tort l'individualité et la personnalité des êtres finis comme une modification ciiangeante et passagfère de la substance absolue, et oubliait qu'il s'ag^issait avant tout d'expliquer l'orijjine première de l'individualité, recherche qui l'aurait nécessairement conduit à concevoir son origine et son existence éternelles.

Telles sont les erreurs principales du système de Spinosa ; quant aux accusations ordinaires qu'on élèvo contre sa doctrine , elles sont dénouées de tout fondement.

D'abord on n'a pas eu honte d'accuser d'athéisme un homme , qui a employé toutes les forces de la pensée à prouver l'existence de Dieu. Cette accusation venait , elle vient encore ordinairement de la part d'hommes, qui ont eux-mêmes l'intelligence la plus confuse des véritables conditions d'existence de Dieu. Dans leur esprit la notion de Dieu est la notion vague

d un Etre suprême, dont ils ne savent ni déterminer la nature ni prouver l'existence ; si ces hommes se contentaient de reprocher à Spinosa qu'il n'a pas de Dieu la même idée qu'ils s'en font eux-mêmes, ils auraient raison ; il s'agirait seulement alors de savoir de quel côté est la vérité, si elle appartient à Spinosa qui ne joue pas avec des mots et des idées graves mais qui, prenant au sérieux les notions d'absolu et d'infini, démontre qu'il faut nécessairement comprendre Dieu comme contenant toute essence et toute réalité, ou si elle se trouve dans les prétentions de ses

PRECVE OOSMCMLOGigtJE DE UEfffiflTZ. 9Sfl

adtcMaiiee ^ qui ne satent riea préciser «ur la natûtc diTioeet qui se regardent m^iécoinix3€ trèe religieux, parce qu'ils s'enfoncent dans une ignorance complète surla nature de Dieu et qui veulent ainsi attaquer de l'i^ ^[norance dans les choses divines le savoir de Spinoza ou qui^ comme Hegel dit très bien/veulent combattis avec leur rêve de Dieu, Spinosa éveillé en Dieu»

Une autre accusation qui d'abord parait avoii* plus de poids est l'accusation de panthéisme y mais elle n'est pas plus fondée. Qu'entend-on et que faut-il entendre par panthéisme ? Évidemment uno doctrine qui confond Dieu avec le monde fini , qui comprend Dieu comme la réunion , comme l'î^grégat de toutes les choses qui existent. Or, il ne faut pas s'y tromper, cette doctrine si c'en est une , n'a été professée dans aucun système philosophique, élevé surla base établie par Spinosa. Ni lesEléates, ni Platon, ni les Néoplatoniciens, ni Jordano Bruno, ni Malebranche, ni Spinosa n'ont soutenu une pareille doctrine. L'opinion contraire à celle que nous avançons, opinion répandue à tort dans beaucoup d'ouvrages philosophiques, ne repose sur aucun examen approfondi. La doctrine pauthéistique peut sans doute exister dans quelques intelligences confuses, dans celles surtout qui, ne s'élevant pas au dessus de la sphère matérielle et sensible , ne voient partout que des aggrégations et ne conçoivent l'unité que comme le résultat de combinaisons d'un certain nombre d'objets individuels , sans s'apercevoir que ces combinaisons même ne sont possibles qu'à la conditon de l'existence d'une unité supérieure ; mais jamais aucun de ces systèmes si légèrement accusé de panthéisme n'a confondu l'un, l'infini, l'ab-

COCAS l>K I^TCaOLOGn.

folu ayec Im aggprégatioii« d'objets finis et conditioner peld. Au contraire le défaut commun à tous ces sys-^ tèmea a été^ de pe pas comprendre la pluralité, la multiplicité, le tout, lepwn, ils n'ont jamais considéré que l'un, l'ihdi\isible, le monos, la substance une et en*tière. Aussi pour désigner plus exactement ces sys*tèmes, il faudrait les appeler, comme Hegel l'a très bien remarqué, des akosmismes, c'est à dire des doctrines , qui ne reconnaissent pas le monde , le co^me», selon lesquelles toute existence individuelle finie n'est qu'une apparence, une modificatioii passagère de la substance infinie. La doctrine de Spinosa est donc avant tout nùmonothéisme et un monothéisme bien plus pur que celui de ceux , qui ne savent pas , sous combien de formes différentes ils veulent cômprendre la Divinité. Spinosa, il est vrai , n'a pas encore compris Dieu comme étant aussi par son unité au dessus du monde et ayant une personnalité infinie distincte de la personnalité et de l'individualité des êtres finis ; néanmoins il est un de ceux qui ont le plus contribué à frayer la route, par laquelle l'homme peut parvenir , indépendamment de tout dogme religieux, parla spontanéité et la propre puissance de la raison , à une véritable doctrine sur Dieu.

Le système de Spinosa est la conclusion et pour ainsi dire la voûte de l'édifice philosophique dont la buse a été posée par Descartes. 11 présente également pour les preuves dercxistence de Dieu le dernier terme de cette série. Toutes ces preuves sont des preuves dites ontologiques parce qu'elles partent de la notion de l'Etre parfait , infini et absolu et déduisent de la

notion même de cet Etre son existence. La tâche

PREUVE €0SM0U9CIQUC «E LEIBMTZ. fiS8

principale accomplie par cette philosophief a consisté à mettre en lumière cette notion fondamentale ^ qui hît considérée comme étant à elle-seule assez féconde pour prouTer l'existence de TEtre qu'elle exprimait. Un autre genre de preuves devait se développer lorsque le point de départ ne fut plus pris dans l'idée de l'Être suprême même , mais qu'on chercha dans l'existence du monde réel une donnée de laquelle on pût s'élever à la certitude de ^existence de Dieu. Cette manière de procéder pouvait se présenter sous ^is aspects difFérens , selon les points de vue principaux^ desquels on peut considérer le monde. On pouvait partir de l'aspect \q pltis général , du point de vue méthaphysique , sous lequel le monde se présente dabord; celui d'être fini, conditionnel, contingent, et s'élever de là à l'Être infini, absolu, nécessaire. Gette preuve est particulièrement appelée eo^mofogiqtêe et son auteur est Leibnitz. On pouvait aussi partir, non des notions du fini , du conditionnel, mais de l'aspect sous lequel se présente la vie qui anime le monde, aspect qui est celui de Y ordre, de la régvlartfé, de Vhnrmonj'ey faits qui, ne pouvant pas être le produit du hasard , supposent une cause intelligente, qui a établi cet ordre et organisé l'ensemble de l'univers dans un but déterminé. Cette preuve est appelée phyeico^théologiqtie. Des essais de cette preuve ont été tentés presque dans tous les temps, mais elle a été particulièrement développée vers la fin du dix-huitième siècle par Reimarus en Allemagne. Enfin au lieu de partir des considérations sur la Nature physique ej térieure, on pouvait prendie pour point de départ la nature morale de l'homme et s'élever par la considé-

£40 COURS DE PtV<»OLOGIt»

ratieades detbirs de rbomnae à rÊtresoprêmeccnnnie au Içg'felûteiir de l'ordre nioraU Cette preuve est celle par laquelle Kant \oulait remplacer toutes lee preuves précédentes, qu'il rejetait d'après les principes de son système critique.

Ainsi nous avons trois preuves portant le même caractère , et se fondant toutes sur les considérations du iMudé réel* La première preuve est celle dans laquelle on considère le monde en geWm// dans les deux preuves suivantes le monde est considéré sous ses deux caractères pi'incipaux con^me monde physique et comme monde morale Ces trois preuves épuisent donc ce genre de considérations, et en effet il n'y en a pas d'autros. Le systènve de Kant est le dernier qui en présente encore une. Mais vous savez qu'à la suite de ce système s'établisait un autre mode de procéder dans lequel on rejetait la forme démonstrative , en se fondant sur une conception immédiate, ou intuition in-

tellectuelle de l'Etre absolu.

Nous allons maintenant considérer succintement les preuves cosmologique , physicothéologique et morale, pour jeter à la fin un coup d'oeil sur la manière, dont l'idée de Dieu a été conçue et développée dans les systèmes modernes de l'Allemagne.

Lorsque le système de Descartes eut été conduit par Spinosa jusqu'à ses dernières conséquences ; une nouvelle route devait s'ouvrir pour la philosophie , si l'esprit humain ne voulait pas se contenter des ré* sultats auxquels l'école de Descartes était arrivée. Un mouvement nouveau eut lieu en effet. Il partait d'un des plus vastes génies que l'histoire de la philosophie ait encore montré. Ce génie était Leibnitz« Il excellait

Page 1