‹ Cours de psychologieChapitre 22 sur 35 · II · texte numérisé non relu

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entré de soi-même dans Tétat où il se trouve , toute chose renvoie à une autre chose comme a sa.cause^ qui elle-même en demande une autre, de sorte que de cette manière tout Funivers devrait s'enfoncer dans Fabime du néant si on ne supposait pas quelque chose existant primitivement et indépendamment de cette accidentalité infinie, qui lui assurât sa conservation et qui comme cause de son origine lui garantît sa durée* )>

<( Les argumens principaux de la preuve physicothéologique se laissent donc résumer d'ans les points suivants.

« Dans le monde se trouvent partout des signes évidents d'un arrangement fait d'après une fin déterminée , exécutée avec grande sagesse et dans un ensemble d'une inexprimable variété de contenu, comme d'une grandeur illimitée dans l'espace » .

c( Cet arrangement intentionnel, final est tout-à-fait étranger aux choses du monde , il ne lem' est qu'accidentel ; c'est-à-dire la nature des choses diverses ne pouvait pas s'accorder de si différentes manières pour des buis finaux bien déterminés si ces choses n'avaient pas été choisies et an'angées pour ces buts par un principe ordonnateur intelligent d'après des idées qui leur seiTcnt de base. »

(( Il existe donc une cause suprême et sage, qui ne doit pas être seulement cause du monde comme une nature agissante aveuglement et puissante par sa fécondité, mais une intelligence qui agit par lahberté. »

<( L'unité de cette cause se laisse conclure de l'unité de la relation réciproque des parties du monde comme parties d'un édifice d'art , et cette conclusion peut être tirée avec certitude de tout ce qui est at-

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teint par notre observation, et là où l'observation ne pénètre plus, elle se laisse établir avec probabilité selon tous les principes de l'analogie » .

. « Cette preuve, dit Kant, méritera toujours, d'être nommée avec respect. Elle est la plus ancienne, la plus claire et la plus conforme à la raison ordinaire des hommes. Elle anime l'étude de la Nature comme elle eu tire son existence et des forces toujoui's nouvelles. Elle établit des intentions et des fins là où notre observation ne les aurait pas découvertes d'elle-même et elle agrandit notre connaissance de la Nature par le fil d'une unité, dont le principe est en dehors de la Nature. Et ces connaissances en réagissant sur leurs causes, c'est à dire sur l'idée, qui les a provoquées , augmentent la croyance dans un auteur suprême jusqu'à une conviction irrésistible. Il ne serait donc pas seulement fâcheux mais tout-à-fait gratuit, de vouloir détruire l'autorité de cette preuve. La raison qui va toujours en s'élevant par des argumens fondés sur ces considérations, quoiqu'ils soient empiriques , ne peut par aucun doute de spéculation subtile et abstraite être déprimée au point qu'elle ne fut pas tirée de toute indécision sophistique par un seul regard qu'elle jeté sur les merveilles de la Nature et la majesté de l'univers , pour s'élever, de grandeur à grandeur jusqu'à la grandeur suprême , du conditionnel jusqu'à l'auteur suprême et absolu. )>

Certes, Kant fait ici un bel éloge de cette preuve ; xiéanmoins il soutient, qu'elle est impuissante à conduire seule à la certitude de l'existence de Dieu. « Je prétends, dit-il , que la preuve physicothéologique ne peut jamais par elle seule prouver l'existence d'un

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Être suprême , mais qu'elle doit abandonner cette démonstration à la preuve ontologique à laquelle elle sert (F introduction; et que par conséquent la preuve ontologique est toujours encore le seul argument possible ( si d'ailleurs il y a une preuve spéculative ) , dont aucune raison humaine ne peut se passer. »

La raison pour laquelle Kant porte ce dernier jugement est que la preuve physicothéologique se fonde seulement sm* l'expérience , et que l'idée de Dieu ^ de l'Etre tout parfait ne saurait jamais être trouvée par la seule observation du monde , qui ne peut servir que d'occasion pour appliquer et développer cette idée de la raison. « Tout ce qui existe^ dit Kant^ est hors de proportion avec l'idée et les attributs de Dieu. Jamais une expérience ne peut être donnée qui soit conforme à une idée , car c'est le caractère de l'idée qu'elle ne peut être mesurée par aucune expérience. Et à plus forte raison l'idée d'un Être suprême , nécessaire et parfait est si grande , si élevée au dessus do l'expérience , qu'on ne saurait trouver assez de matière , pour compléter cette notion dans l'expériencej on tâtonnera toujours dans le domaine du conditionnel, mais on y cherchera en vain l'inconditionnel, l'absolu dont aucune loi de l'expérience ne nous donne un exemple. »

(( Le passage du fini à la totalité absolue est donc tout-à-fait impossible par la voie empirique ; et la preuve physicothéologique ne procède pas autrement. Voici du reste le moyen dont elle se sert pour franchir cet abîme. )>

« Après être parvenue à l'admiration de la grandeur, de la sagesse , de la puissance etc^ de l'auteur du

PREUVE PHYSlCa-THBOLOGIQUE. âSS

monde^ ne pouvant pas aller plus loin^ elle abandonne tout-à-coup cet argument de l'expérience, pour pa^ ser à Taccidentalité du monde , prouvée dès Tabord par Tordre et l'harmonie qui y régnent. Mais de cette accidentalité elle passe y purement à l'aide de notions trauscendantes , à l'existence d'^un Être absolument nécessaire et de la notion de nécessité absolue de la cause première à la notion, par laquelle la première est complètement déterminée, à la notion d'une Réalité qui comprend tout. La preuve physicothéologique s'arrête donc sur son chemin; et pour sortir de cet embarras elle passe subitement à la preuve cosmologique. Or comme celle-ci n'est que la preuve ontologique déguisée , elle résout en effet son problème seulement par la raison pure, quoiqu'elle elle renie au commencement toute affinité avec celle-ci, pour établir tout sur des démonstrations rendues évidentes par l'expérience. )>

«Les partisans de la preuve physico théologique n'ont donc aucun droit, de s'élever contre l'argumentation transcendentale et de la regarder, avec l'orgueil des physiciens positifs, comme un vrai tissu d'erreurs enlacées par d'intelligibles sophistes. S'ils voulaient en effet se rendre compte de leur procédé , ils s'apercevraient, qu'ils abandonnent tout à couple terrain de la Nature et de l'expérience après avoir marché quelque temps dans cette voie , mais que voyant, qu'ils restent toujours également éloignés de l'objet que leur raison se propose d'atteindre , ils se transportent subitement dans le règne des possibilités pures, espérant toucher sur les ailes des idées ce que leur investigation cxpérinieutalc n'avaitpuatteindre. Lorsqueensuile

ils croient avoir ainsi pris terre par un saut ïi hardi , ik étendent la notion , en possession de laquelle ils sont venus sans savoir comment , sar le vaste champ de la création et expli(jue4t ensuite, par Fexpérience, ridée de Dieu, idée qui ne saurait être qu'un produit de la raison pure , d'une manière mesquine, et bien au dessous de la dignité de son objet, sans vouloir avouer , qu'ils sont arrivés à cette connaissance par une toute autre route que celle de l'expérience. »

a Ainsi la preuve physico théologique est basée sur la preuve cosmologique et comme celle-ci est fondée sur la preuve ontologique de l'existence d'un seul Etre suprême , et comme outre ces trois il n'y en a pas d'autres pour la raison spéculative, la preuve ontologique qui repose sur des notions de la raison pure est l'unique qui soit possible , si toutefois une preuve est possible d'une proposition qui est si au dessus de tout emploi empirique de l'entendement. »

Tel est le jugement de Kant sur la preuve physicothéologique , preuve qu'on pourrait aussi appeler teléologique à cause de la considération des buts, des fins, dans laquelle elle prend son point de départ. On voit que Rant a bien saisi le lien, qui existe entre les différentes preuves en remarquant, que la preuve physicothéologique comme la preuve cosmologique , sont fondées sur la preuve ontologique et que par conséquent la première ne saurait conduire seule l'esprit à la certitude de l'existence de Dieu sansl'aidede la preuve ontologique, qui en effet est la base des autres. C'est cependant la preuve physicothéologique que Kant à prise pour point de départ, en établissant celle, dont il est l'auteur et qu'il appelait la preuve morale.

PREUVE MORALE DE KANT. 2g$

Cette preuve est intimement liée avec la doctrine morale de Kant, et elle reçoit aussi sa base et son explication des principes moraux de ce système. On nesaurait non plus exposer sans difiRculté cette preuve de Kant séparément , sans son système entier, parce qu'elle ne forme pas, comme les preuves précédentes, le commencement du système, mais en est le dernier résultat. Comme je ne puis exposer ici ni le système entier de Kant, ni sa doctrine morale, je dois me borner à indiquer les points principaux sur lesquels cette preuve est fondée.

D'abord il faut remarquer, que cette preuve ne porte pas, d'après l'aveu de Kant lui-même, le caractère d'une véritable démonstration. Kant, comme Vous savez, nie qu'on puisse acquérir une certitude complète par la voie théorique de la spéculation; il n'y a de possible, par rapport à Dieu , qu'une croyance qui a son appui le plus solide dans la considération de la vie morale de l'homme; il faut développer dans l'homme la conscience de la moralité pour l'amener à une certitude morale de l'existence de Dieu. Une telle certitude se fonde ainsi plus sur la vie pratique de l'homme qu'elle n'est un produit de sa faculté cognitive. Cependant la moralité et les principes moraux sont selon Kant indépendantes de la croyance à un Etre suprême. L'homme doit obéir au principe moral sans aucune considération personnelle; le principe moral est absolu, catégorique , et s'adresse à l'homme, parce qu'il est un être raisonnable et que tous les hommes, appartenant au même royaume intellectuel, sont soumis aux mêmes lois bt aux même<î obligations. Le principe moral est universel, et tous les

2S6 tlOURS DE PSVCHOLO€IE.

motifs qui peuycnt déterminer raction de l'homme, doivent être conformes à cette universalité du principe. Par cette raison Kant pose le principe suivant : a Agis de manière, que le motif de ta volonté pui^e devenir toujours le principe d'une 1 égislation générale » et comme tout homme doit ainsi faire ce qui est bon, sans considération personnelle , il s'en suit aussi que chacun doit faire le bien par cela seul qu'il est bien, sans crainte et sans désir de récompense, sans considérer les avantages ou les désavantages qui pourraient résulter pour lui de son action. Ces principes sont les lois de la vie morale de l'homme. Mais, continue Kant, la vie morale n'est pas la seule dans le monde, l'homme n'est pas purement un être moral, il est encore un être physique; il existe une Nature extérieure, et de là naissent beaucoup d'entraves pour la moralité des hommes. De cette manière il y a une opposition, un dualigme entre la vie morale de l'homme et la vie extérieure, physique. Cependant, quand on considère la vie de l'univers^ on acquiert la conviction qu'un tel dualisme ne peut pas être le but et la fin du monde. Tout, au contraire , se présente organisé de manière que ce qui est d'un ordre inférieur obéit à un ordre supérieur, dans lequel il a son but, sa fin. Si donc il existe pour l'homme des principes moraux, et il en existe indubitablement, le monde extérieur ne peut pas être organisé en opposition avec la moralité intérieure de l'homme; au contraire, il faut que le monde extérieur puisse être tellement transformé qu'il n'entrave plus la moralité de l'homme, mais vienne même ajouter à la moralité le bonheur, la félicité. Car le bonheur dépend, selon Kant, des circonstances

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