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le bien moral parce que la moralité est ractiou du bien compris et exécuté comme bien. L'homme étant la manifestation la plus parfaite de l'essence divine, en résumant en lui, comme être synthétique du monde, toutes les qualités principales des êtres finis, a aussi la mission de développer sa vie comme vie harmonique du monde , de diriger ses Incultes vers toutes les choses et avant tout vers Dieu, qui est toute vérité et tout bien. Mais l'homme, étant capable de s'élever à la connaissance de Dieu comme bien absolu et source de tout bien , doit faire le bien parce qu'il est une partie du bien divin ; et tout ce qui est divin étant par là absolu et ayant une dignité absolue , l'homme doit également vouloir et faire le bien d'une manière absolue. C'est en cela que consiste le caractère et la dignité absolue du devoir f le devoir absolu est le fondement de la moralité humaine qui réside dans la pureté du motif, quand l'homme fait le bien dans la seule vue du hieriy et par le seul motif qu'il est i)ieu. Le bien étant absolu, le motif, pour être dans le vrai, doit aussi être absolu. Le bien de l'homme étant ainsi lié au bien de Dieu, l'homme est avant tout ohlwé d'une manière absolue envers Dieu pour la réalisation du bien; et la moralité a sa véritable base, sa raison objective, en Dieu. On a contesté cette vérité en disant que l'homme pouvait être moral et agir moralement , sans penser et sans croire même à Dieu* Il est vrai, que l'homme sans avoir la conscience de Dieu, peut déjà faire le bien dans la seule vue du bien. Mais en agissant ainsi, il reconnaît implicitement quelque chose d'absolu , dont une recherche
approfondie lui découvrirait la source dans l'Etre ab-
$olu. Dans tous les cas, il est impossible pour riionime, de bien concevoir la dignité absolue de la moralité^ sans reconnaître la source de ses devoirs en Dieu.
Mais comme le bien de l'homme consiste dans le développement de tout ce qui est contenu dans son essence, dans l'application de ses facultés à tous les rapports dans lesquels il se trouve comme être synthétique du monde, il y a plusieurs espèces principales de devoir de l'homme envers Dieu. Mais toutes les actions de l'homme doivent être dominées par la pensée et le sentiment de Dieu. Cette loi étant générale pour tous les rapports de l'homme, elle doit s'appliquer également à ses rapports physiques dans lesquels cette vérité est généralement méconnue. Les rapports de l'homme avec la Nature et les choses physiques ne sont pas moins essentiels que ses rapports spirituels. Comme la Nature est un Etre divinet d'une égale dignité que l'Esprit, l'homme doit aussi partout reconnaître et sentir en elle la présence de Dieu. Le japport particulier de l'homme avec la Nature, caractérisé par la jouissance sensible, n'est pas quelque chose de mauvais en soi, c'est un rapport bon et nécessaire, mais subordonné; et de même que les faits, les phénomènes formant le coté sensible de la Nature sont soumis à des lois supérieures qui les dominent, de même toutes les jouissances sensibles doivent être ïnodérées et dominées par les scntimens supérieurs, intellectuels etnioraux, non pas pour être détruits, mais pour être élevés et ennoblis. Or, le sentiment seul propre à mettre de l'ordre et de la modération dans les sentimens inférieurs, c'est le sentiment de Dieu. Quand l'homme conçoit et sent véritablement Dieu
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dans la Nature^ les sentimens inférieurs se taisent ou s'imprègnent de ce sentiment supérieur qui les moralise, en leur donnant la modération. Nous voyons donc combien ont tort ceux qui excluent Dieu de la Natum et s'acharnent ensuite contre le sensualisme pratique qui semble envahir de plus en plus le monde. Ce fait social effrayant retombe de tout son poids sur la fausse doctrine qui a rendu la Nature athée, et qui a déchainé ainsi les passions de l'homme envers un Être qui étant considéré comme sans dignité morale, ne semblait exiger aucun ménagement. L'homme aurait reculé devant les horreurs qu'il a exercées dans la Nature et contre son propre corps, devant les excès dans les jouissances sensibles qui ont souillé ses rapports physiques, s'il n'avait pas méconnu la présence effective de Dieu dans la Nature et dans les choses physiques. Le seul moyen de moraliser l'homme dans tous ces rapports, intellectuels et physiques, est donc d'éveiller et de fortifier en lui la conviction de Dieu
comme Etre à l'essence du quel tout participe, et qui répand par sa présence la dignité et la sainteté sur toutes les choses.
Nous avons ainsi considéré dans leur source le bien et la moralité. Or, c'est la réalisation du bien, fait moralement dans la pureté du motif, qui constitue pour l'homme la vraie et parfiiite liberté. Il y a deux modes de manifestation de la liberté humaine, le mode pan^ tiel et le mode complet ou moraL L'homme est d'abord libre par le fait de son individualité et de sa spontanéité rationnelle. Capable de se déterminer d'après les idées générales de la raison, sans être astreint à la succession et à l'cnchaîneraent nécessaire
des faits sensibles dans le temps , il a la faculté du chmxy étant capable de se déterminer d'après toutes les combinaisons d'idées qu'il lui aura plu de faire en vertu de .sa spontanéité. Mais, quoique cette liberté, comme toute liberté , se fonde déjà sur la réflexion comme faculté de jugement, elle n'est cependant pas parfaite tant qu'elle n'est pas affranchie de toutes les affections et des calculs individuels, pour être entièrement déterminée d'après les vues d'ordre ou de bien général, tel qu'il est conçu par la raison. La moralité qui existe dans la pureté du motif, dans l'absence de considérations personnelles, rend seule à l'homme toute sa liberté, en l'élevant dans une sphère d'idées et de considérations où sa vue n'est plus troublée par aucune passion, par aucun intérêt, où il conserve par conséquent tout son pouvoir, de se déterminer dans le seul motif du bien. Le bien moral affranchit l'homme de son individualité étroite, en le faisant agir d'une manière conforme, non pas à ses passions ou à ses intérêts individuels, mais à l'ordre général des choses, à la nature particulière de l'Etre par rapport auquel il agit, et au degré de perfection, dans lequel cet être participe à l'essence divine. L'homme qu* se laisse diriger par sa passion ou ses intérêts, perd plus ou moins sa liberté ; son intelligence se trouble ou se rétrécit, parce qu'elle perd la vue de l'ensemble, qui seule peut lui bien faire connaître la position de chaque partie. L'homme qui agit sous une telle influence, peut bien obtenir la satisfaction d'un intérêt soit partiel soit momentané ; mais s'il n'a pas agi conformément au bien général, il aura négligé ses véritables intérêts propres, généraux et durables, son
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intérêt humdin ; il aura sacrifié le tout à une partie, le but général à un but isolé, partiel. La \raie liberté existe donc dans la moralité. Mais comme la liberté a sa source dans la réflexion et la raison, les hommes ne peuvent être élevés à la moralité que par le développement libre de ces facultés. Toute contrainte et tout motif de passion ou d'intérêt personnel qu'on voudrait employer pour diriger l'action des hommes, ne contribuerait qu'à augmenter leur immoralité. Comme la raison est le caractère distinctif de l'homme, c'est à cette faculté seule qu'il faut s'adresser pour rendre les hommes vraiment libres et moraux. C'est là où il y a liberté dans le développement de la raison humaine et où ensuite la raison est seule employée pour corriger la liberté et lui prescrire son vrai et parfait emploi, c'est là seulement que la moralité peut jeter des racines profondes et durables.
Après avoir considéré le bien dans son essence, dans sa fournie , la moralité , et par rapport à la faculté, la liberté, par laquelle il doit être opéré, nous avons en dernier lieu à considérer les conditions nécessaires pour sa réalisation, recherche qui nous conduira à une autre idée fondamentale, celle du droit et de la^w^tice*
L'homme , étant un être fini et conditionnel, ne peut se sufl&re à lui seul pour réaliser le bien auquel il est destiné par sa nature. Son développement soit intérieur soit extérieur, dépend d'un grand nombre de différentes conditions hors de son pouvoir, mais qui doivent être remplies à son égard par d'autres êtres. Ces conditions se laissent ranger en deux classes principales, selon que ce sont des conditions fournies
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par la Nature extérieure y ou de8 conditions qui dé*pendent de la volonté humaine , et qui peuTent ainsi former un objet de prestation et d'obligation entre des êtres libres. Les conditions que les hommes doi— vent se fournir mutuellement pour la réalisation de leur but humain y sont aussi variées qu'il y a de buté rationnels particuliers contenus dans le but général de l'homme et de l'humanité. Comme les hommes sont obligés à réaliser le bien divin contenu dans la nature humaine, ils doivent aussi se fournir réciproquement les conditions qui dépendent d'eux et auxquelles cette réalisation est attachée. Or c'est cet ensemble des conditions dépendantes de la volonté humaine néces^ saires pour V accomplissement du but général de P homme et de tous les buts particuliers qu'il renferme , qui forme le fond de l'idée du droit et de \a Justice^
Je viens de donner ici une définition du droit , dont vous ne comprendrez probablement pas de suite la justesse et la portée, mais pour peu que vous précisiez vos idées sur ce sujet , vous trouverez que cette définition comprend comme partie iatégrante, tout ce qui dans la vie sociale est considéré comme un objet de droit. C'est ainsi que la propriété est un droit parce— qu'elle est une condition d'existence et de développement physique, qui est l'un des buts particuliers de l'homme ; c'est ainsi que l'homme peut prétendre en droit, que la société lui fournisse les conditions pour son développement intellectuel, conditions qui sont fournies par l'instruction et l'éducation. Aujourd'hui le droit et la justice , conçus dans ce sens , ne sont encore qu'imparfaitement réalisés , mais le principe étant reconnu , quoique vaguement , il ne s'agit
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que de le préciser et de le dévebpper dans ses conséquences (1). Le droit donc se rapporte à tous les buts, à toutes les branches de l'activité sociale; il y a un droit pour les facultés fondamentales de l'homme^ un droit pour son développement intellectuel, pour la science et l'instruction, pour les beaux-arts, comme pour les arts utiles ou l'industrie , pour rechange réciproque de tous les produits intellectuels et matériels ou le commerce. Le droit se rapporte à chacune de de ces branches pour lui fournir les conditions d'exis* tence et de développement , et sa sphère est à cet égard aussi large que le domaine de l'activité individuelle et sociale. Néanmoins le droit ne touche les différentes sphères de l'activité humaine que d'un côté, en tant qu'elles sont dépendantes des condttùmê placées dans la volonté humaine. Le droit ne doit donc pas intervenir dans le mouvement intérieur de ces sphères qui doivent être abandonnées à l'impulsion de l'idée qui forme leur but. Cette liberté de développement de l'homme dans tous les domaines de l'activité sociale est encore exigée par la morale , parce que l'homme ne fait des progrès durables que lorsqu'il les fait avec spontanéité par ses propres efforts soutenus , et qu'il ne devient un être moral que par l'emploi libi^ de sa raison. Le droit, et , par conséquent aussi l'institution sociale appelée l'jEtof, qui a pour but
(i)|Cet essai a étr tenté dans mon ouvrage acluellemenl sous presse , ÎDlliuIé : « Principes de philosophie du droit ou du droit naturel. » Etant chargé depuis trois aas , à la Faculté de droit de Brux< Iles , du Cours de droit naturel, j'ai en ^occasion de constater l'application et la portée de ce principe du droit dans toutes les matières du droit civil et politique. Mais comme je ne pouvais pas présupposer la connaissance de principes philosophiques que j'ai développés dans ce Cours, j'ai donné à cet ouvrage un caractère indépendant et analytique qui le rend facile à comprendre.