‹ Cours de psychologieChapitre 29 sur 35 · II · texte numérisé non relu

II

Tapplication du droit et de la justice, loin d^entrarer cette liberté, doit la garantir et en fournir les conditions d'exercice. Cette liberté , il iest vrai , prise individuellement , ou en tant qu^elle est réclamée par un individu, ne peut pas être absolue dans Tapplication extérieure ; car, comme tous les membres de la société peuvent y prétendre , il faut que la liberté de chacun se limite ou soit limitée en vue de la coexistence de la liberté de tous. Le droit doit par conséquent indiquer les conditions de cette coexistence, et l'Etat doit veiller à leur établissement et à leur maintien. Mais cette nécessité de limitation réciproque de la liberté de chacun dans le but de coexistence de la liberté de tous, n'est qu'un fait secondaire, une condition négative de l'exercice de la liberté (1) ; l'Etat doit bien veiller à ce que cette condition ne manque pas , mais il ne peut pas y borner toute son activité ; d'après son but, qui est le droit, il doit fournir les conditions positives pour le développement de toutes les facultés, pour la poursuite de tous les buts rationnels de la nature humaine, sans introduire cependant par une intervention directe, un élément étranger dans leur développement intérieur. Le droit et l'Etat se rapportent à ce développement comme le moyen se rapporte au but et ce serait méconnaître l'ordre des choses , si l'Etat voulait se poser comme but propre , dominer tout, et concentrer sur soi toutes les autres sphères de l'activité sociale. Mais le droit ne concerne pas seulement la vie humaine.

(l) C'est cependant de cette manière Ijornée que Kaat a\a!t conru le droit. Voy* l 'exposilioQ et rexamen de ce principe dans mes « Principes de philosophie du droit, Tart. gén*'rale, chap. II.

BE là JUSTICE DIVINE* 299

il s'applique à toute la vie de l'univers étant un attribut de la Divinité. Car Dieu étant le bien de toute vie, renferme et fournit aussi pour la réalisation de ce bien et de tout bien particulier, les conditions nécessaires. Dieu rend droit à toute vie , à tout développement ; mais cette justice de Dieu consiste en ce qu'il met chaque être dans la position dans laquelle il puisse trouver les conditions les plus convenables à son état actuel , de se développer , d'atteindre progressivement à sa destination. Cette justice divine respecte également la liberté et la moralité de l'homme. C'est avant tout à l'homme et à la société humaine , dérégler leur vie conformément à l'idée de la justice; la justice divine n'intervient qu'en tant que la libre disposition de la vie individuelle et sociale le permet. Cependant Dieu n'abandonne jamais les hommes à leur propre justice ou injustice ; sa justice préside à tout développement humain, et Dieu étant en union directe avec chaque être, intervient aussi dans toute vie individuelle, quoique cette intervention soit pour l'esprit humain difficile à constater dans chaque fait particu-^ lier. Mais quiconque étudie l'histoiie philosophiquement, doit être frappé de ce fait que, dans chaque époque qui a réclamé un changement dans les idées et l'état de la société, il ait surgi des hommes éminens qui ont accompli les changements devenus nécessaires.. Le hasard ne saurait pas expliquer une telle régularité dans l'apparition de ces hommessupérieurs, eties circonstances extérieures peuvent bien éveiller le génie, mais pas le créer. La manière dont toutes les idées de bien en tout genre se sont répandues et établies, malgré les plus grandsobstacles^présente quelque chose de surhumain,

qui indique une intervention de la justice divine. Mais quelque jugement qn'on porte sur des faits individuels à Fégard desquels on peut se tromper, l'idée générale de l'intervention divine est au dessus de toute incertitude. La justice de Dieu telle que je viens de l'expliquer , est une partie intégrante de sa providence^ Cette justice accompagne tous les êtres , elle précède leur développement en en fournissant les conditions , et elle le suit aussi, en conformant à chaque état de développement acquis, la position et les conditions nécessaires pour le progrès ultérieur. Or, comme la vie de Fhomme est infinie dans le temps , l'homme sera toujours placé par la justice divine dans le milieu spirituel et naturel conforme au degré de développement qu'il aura opéré par sa spontanéité ; et à cet égard la justice de Dieu se conforme au mérite de chacun , parce que chacun mérite la position dont il s'est rendu digne par son activité. Mais c'est une impiété de faire consister la justice divine dans la punition , conçue comme infliction volontaire d'un mal. La justice qu'il faut rendre à l'injustice de toute espèce, ne peut consister que dans l'éloigneraent et la réparation de l'injustice ; et comme l'injustice à sa cause principale dans l'ignorance, l'erreur et la perversité de la volonté des hommes, il faut détruire cette cause dans l'homme en le corrigeant. La correction , l'amendement peut seul être le but de la punition. Déjà la justice humaine commence à revêtir ce caractère plus rationnel ; il est donc temps de ne plus considérer la justice divine comme plus atroce que celle même des hommes. Les conséquences inévitables de toute injustice commise sont certainement un mal pour celui qui l'a fait, et

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