DU MAL ET DE SON ORIGINE
drait admettre un état semblable, parce que le mal ne peut pas former le commencement d'un développement. Le genre hmnain s'est ensuite développé dans l'isolement et l'antagonisme des peuples comme des individus, et de toutes les branches de l'activité sociale. Le lien n'a jamais pu être brisé totalement, parce qu'il faut qu'il existe un lien quelconque entre les hommes ; mais l'isolement et l'égoïsme ont été poussés jusqu'aux dernières conséquences, jusqu'à la guerre ouverte des peuples, jusqu'à la guerre intestine encore plus profonde de tous les intérêts individuels. L'idée de Dieu et de sa providence s'est presque entièrement obscurcie ; et comment aurait-elle pu rester dans les esprits que l'égoïsme avait rétrécis et rendus incapables de recevoir la lumière divine? A peine les religions ont-elles pu maintenir le genre humain dans un certain rêve de Dieu; mais la certitude, la véritable foi ont disparu ; et la perte de la foi en Dieu a été la cause de la mauvaise foi survenue dans tous les rapports de la vie humaine. Cependant la providence divine n'a pas abandonné le développement du genre humain ; elle y est toujours intervenue autant que les faux rapports établis et la mauvaise volpnté des hommes le permettaient; et comme aucun développement ne peut se soustraire aux lois générales de toute vie, comme chaque être doit tôt ou tard atteindre sa destination, l'Humanité arrivera nécessairement au but qui lui est proposé. Mais ce but ne sera atteint, que lorsque les hommes s'élèveront, par le vrai emploi de leur spontanéité, à Dieu; qu'ils reconnaitrontDieu, par les efforts de leur raison, régularisés par la science, comme étant l'Etre infini et ab-
6olu y embrassant tout dans son essence^ guidant tout par sa providence ; lorsqu'ils concevront en Dieu le« vrais rapports existant entre tous les êtres et toute» les choses. Alors les hommes pourront organiser leur vie d'après Tordre divin des choses, et l'harmonie, établie dans la vie humaine, sera le reflet de l'harmonie éternelle rpii est la loi de l'univers.
Après avoir déterminé en général, en quoi consiste le bien et le mal , et dans quel rapport ces idées sont avec Dieu comme providence, nous allons encore brièvement considérer, quel est le bien particulier de l'horome, qui forme son but, sa destination. Or, pour tout homme , l'hmnanité forme la loi et la destination générale de sa vie ; c'est-à-dire , chaque homme doit manifester l'humanité, l'essence humaine complètement ; mais comme cette manifestation complète de la nature humaine qui est infinie dans son genre, ne peut pas être opérée par l'homme individuel à la fois, il faut qu'elle se fasse successivement dans V infinité du temps. Cependant, comme le développement successif infini de l'homme ne peut pas être un pur rapprochement du but, qui en réalité ne serait jamais atteint ; comme l'idée d'approximation présuppose nécessairement un terme ; le développement de l'homme, étant ainsi infini et fini à la fois, se divise nécessairement dans une infinité de périodes , dans chacune desquelles le but sera réalisé d'une manière particulière; où l'homme atteindra la plus grande perfection qu'il lui soit possible d'acquérir dans une direction finie, pour entrer ensuite dans une nouvelle période , en se développant dans une direction nouvelle et en réalisant une autre partie de son bien infini.
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L^ vie humaine est un arbre ^ dont les racines et la tige restent les mêmes, mais qui, périodiquement, pousse des branches nouvelles, dont chacune produit une fleur particulière et d'une beauté unique. Cette périodicité delà vie humaine est le résultat de la finité de l'homme qui, malgré sa finité , possède une nature infinie , et dont le développement doit par conséquent être fini et infini en même temps, ce qu'il ne peut être qu'en se divisant dans un nombre infini de périodes finies, dans lesquelles il réalisera son bien et son but successivement.
Le bien particulier de V homme et de V humanité est donc celui qui est conforme à sa nature. Or, nous avons vu , que l'humanité est l'image parfaite de laDivinité. Les deux ordres les plus élevés de l'Univers , la TSature et l'Esprit célèbrent dans l'Humanité leur union la plus complète. L'humanité est comme nous avons vu, l'être harmonique, synthétique de l'univers. Par cette nature universelle, l'homme est le seul Être qui possède des facultés pour tout ce qui existe , pour qui il n'y a rien qu'il ne puisse comprendre dans son intelligence, qu'il ne puisse embrasser dans son amour, et sur quoi il ne puisse étendre sa volonté. Tous les divers ordres , tous les différens modes de l'existence lui sont accessibles. Or^ c'est cette nature qu'il a la mission de développer.
L'homme, par sa faculté cognitive ou son intelligence, a la mission de représenter l'ordre des choses dans un système conforme de vérité, de science universelle. L'intelligence opère une seconde création, en reconstruisant le monde dans la science tel qu'il existe en réalité 5 et c'est alors seulement , que le
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monde existe véritablement pour l'homme; car ce qu'il ne connait pas, n'existe pas pour lui* L'esprit doit donc s'approprier le monde dans la science qui doit embrasser tous les êtres et tous les modes principaux de leur existence. Or, nous avons vu qu'il n'y a qu'un seul Être infini et absolu , qui contient en soi trois Êtres principaux, dont chacun est encore infini dans son genre. Il y a donc quatre sciences principales : la science de Dîeu, comme Etre qui, quoique contenant tout, est cependant distinct des Etres du monde ; ensuite la science de V Esprit, celle de la Nature et celle de l'union de l'Esprit et de la Nature, dont l* Humanité n'est pas la seule, mais la plus in-lime et la plus complète manifestation. Mais comme Dieu est en rapport avec tous ces Etres, il y a pour ces rapports, une science particulière, qu'on peut appeler la science religieuse, si on entend par religion la liaison vivante de Dieu avec tous les Etres animés. De cette science religieuse , celle d'aujourd'hui ne serait alors qu'une partie.
La science se divise ensuite, par rapport aux diflférens modes d'existence, en deux sciences principales, parcequ'il y a deux modes fondamentaux , sous lesquel^ les Etres existent, le mx)de étemel et le mode temporel; le mode éternel, qui comprend la nature éter-
nelle d'un Etre et les lois générales et permanentes qui président à sa vie ; le mode temporel qui comprend l'aspect individuel, particulier et sensible, sous lequel sa vie se manifeste. Le mode éternel, général est compris par la raison; le mode particulier sensible par Vintuition. De là résultent la science idéelle ou \a philosophie , et la science d'observation ou expéri"
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mentale dans ses différentes branches. Ces deun sciences se rapportent également à tous les ordres des choses. Il y a une science de Têtre universel, éternel, de l'Esprit , de la Nature et de l'Humanité ; et il y a une science d'observation de leur vie : de même il y a une science de l'être éternel de Dieu , et il y a aussi une science de la vie ou de la manifestation de Dieu, qui est l'histoire de la providence divine, ou l'histoire religieuse , science qui doit être basée sur la connaissance de l'Être étemel de Dieu, pour pouvoir distinguer la vérité et l'erreur dans le développement des idées de religion. Mais ces deux sciences, doivent être rapportées l'une à l'autre, combinées ensemble, pour {ormer une science harmonique. Cette troisième science qui ne peut apparaître, que lorsque les deux autres sont arrivées, chacune de son côté, à un assez haut degré de développement, com* bine l'idée et l'idéal avec la réalité, pour juger la vie, dansquelque domaine qu'elle se manifeste, d'après son idée, et pour indiquer les moyens par lesquels la réalité peut être progressivement perfectionnée et se rapprocher de l'idéal. Cette science harmonique peut être appelée du terme général de philosophie de V histoire , quand on entend par histoire toute science du développement passé et présent dans toutes les branches de l'activité humaine. Ainsi il y a une philosophie de l'histoire religieuse , qui expose la différens degrés du développement religieux , en discerne les tendances justes et les aberrations, et indique les progrés qui, d'après l'ordre du développement, peuvent être réalisés le plus prochainement. De même il y une philosophie du développement du
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droit et des institutions politiques qui les juge daimleur passé et leur état actuel^ et qui indique^ en vraie politique^ ayant égard d'un côté au but qui doit être atteint dans l'avenir , et d'un autre côté aux moyens et conditions de l'état actuel^ les réformes qui peuvent être opérées dans l'avenir le plus prochain selon la loi de continuité, qui constitue l'ordre du développement (A). Il en de même de toutes les sciences et de tous les arts ; tous ont leur côté idéel , philosophique , et leur côté réel , historique et statistique , qu'il faut combiner par la philosophie de leur histoire. Cette science harmonique commence seulement au— jourdhui à se produire dans des essais encore très incomplets. Ce qu'on appelle aujourd'hui philosophie de l'histoire, n'est d'abord pas appliqué méthodiquement à toutes les branches du développement humain; d'ailleurs cette science est défectueuse, en ce quelle se fondcsur une métaphysique imparfaite et peu développée, ou qu'elle en est entièrement dépourvue; finalement elle manque complètement de la partie pratique qui indique les progrès qui restent à faire, ceux surtout qu'on peut et qu'on doit opérer dans l'avenir le plus prochain d'après la loi du développement. Il ne s'agit pas seulement de reconstruire le passé et de le soumettre à de certaines lois générales ; si on connait véritablement , par la métaphysique , la loi générale de tout développement , il est aussi facile d'indiquer en général les termes oulesdegrésquisont encore à parcourir dans l'avenir , que de tracer les lois du développement passé. Mais l'apparition de cette science nouvelle est au moins le témoignage que
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l^omanité sent aujourd'hui plus que jamais le besoin de se comprendre dans son passée pour savoir confinent et juBqu'à quel point elle a réalisé sa destination, et pour opérer avec la conscience des forces acquises, les progrès ultérieurs réclamés par l'ordre du développement.
Telles sont les branches principales de la science queFhumanité a la mission de développer, et dans laquelle tout ce qui existe doit se réfléchir dans sa vérité.
Après avoir considéré le but de l'homme sous le rapport de la science, nous avons encore à Texaminer sous le rapport d'une autre application de l'intelligence, celle de l*arL L'art se fonde sur un procédé de l'intelligence tout opposé à celui de la science. Si dans celle-ci le particulier, l'individuel, les faits sont subordonnés à une notion ou idée générale de manière que la science se présente comme un système de notions générales; dans l'art au contraire c'est le particulier, l'individuel qui prédomine ; l'idée qui existe dans une œuvre d'art , ne s'y manifeste que dans la richesse du détail. Aucune œuvre d'art ne manque et ne doit manquer d'idée, mais l'idée n'y apparaît pas par elle-même et dans sa généralité, elle est individualisée dans l'art qui lui donne un corps, dont elle est bienl'ame, mais invisible, quoique répandue dans toutes les parties. Ainsi la science représente le côté éternel , général des choses , tandis que l'art exprime le côté individuel , particulier, tel qu'il se développe sous l'influence du général.
Mais l'art se distingue, selon le point de vue, sous lequel l'œuvre est considérée dans l'art du beattoxx Vart de l'utile.