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Le bemi est une forme divine des choses. De même, que le bien est le fond de Fessence divine manifestée dans la vie, le beau en est la fonne universelle, étant l'apparition de l'essence divine dans la forme du fini* Pour qu'une chose ait la forme du beau, il faut donc qu'elle reflète dans sa finité, les attributs principaux de la Divinité, l'unité, l'opposition et la variété intérieures, la totalité , la spontanéité et l'harmonie (}) . Par cette raison, l'esprit, dont l'essence renferme les mêmes propriétés , est saisi et touché immédiatenient de la beauté; l'ame répond à l'allocution muette du beau par un sentiment de satisfaction dont elle est cntièremant pénétiée. Ce sentiment est spontané, absolu, parce que l'Etre divin absolu se manifeste dans cette forme; et c'est encore par cette raison, que le sentiment du beau est dans tout esprit non corrompu pur et désintéressé. On s'en réjouit comme d'une belle lumière; le désir de le posséder en propre reste éloigné; l'amour peut bien s'éveiller, quand lé beau se manifeste .dans un être vivant , mais l'amour n'est pas un sentiment égoïste, c'est un désir d'union dans lequel un être confond sa personnalité avec l'être aimé. Toute beauté, représentant l'absolu, a une valeur absolue. Par ce caractère absolu, si évidemment empreint dans le sentiment qu'il provoque , le beau montre son origine absolue, divine ; et ce caractère absolu , si on le méditait bien, suffirait pour provoquer dans l'esprit l'idée de l'Etre absolu , de Dieu, présent dans ce mode d'existence. Par cette raison, l'art qui a
I C'est sm- le dc^eloppemcnt de ces idées qu'est basce YEsthctique ou la théorie du hrau »»f drs braux ails Vov. rrt'ci.tdc I' Es(hi'f:que de Krnuse. iSS;. Cfl ouvrage fait partie àfts oeuvre» poilhumcs. .
DE LA DESTINATION DE l'hOMME. 81 B
poar objet le beau^ possède aussi ua caractère absolu, et on ne pourrait lui assigner aucun but. On s'est récrié contre la doctrine de l'art absolu , et on ne peut pas s'en étonner beaucoup dans un temps, où presque tous les seutimens supérieurs ont disparu, oii toutes les pensées ne sont dirigées que vers des buts finis, particuliers, vers ce qu'on croit utile. Mais le- beau et les beaux arts, en participant de l'essence absolue de Dieu, inspirent un sentiment absolu, divin,, religieux, au dessus de toute considération de l'utilité ; ils élèvent l'homme dans une sphère absolue, et leur mission consiste à maintenir et à fortifier l'homme dans le sentiment de l'infini et de l'absolu , en lui faisant reconnaître Dieu dans les formes mêmes du fini. Tou-*tefois il faut remarquer que le beau doit toujours être en accord avec le bien en général et avec le bien moral en particulier; car puisque tout est essentiellement en harmonie en Dieu, il ne peut pas y avoir un désaccord entre le beau et le bien ni la moralité ; rien de ce qui est mal et immoral ne peut être beau. Quand on croit souvent trouver de la beauté dans des actions qui en elles-mêmes sont criminelles ou immorales, on se laisse induire dans cette erreur par la vue du bien qui est encore mêlé au mal : car comme il n'y pas de mal absolu, comme aucun mal ne peut exister sans un mélange de bien, c'est ce bien qui peut encore former et qui forme souvent la beauté dans une action mauvaise en elle-même ; c'est ainsi que la force physique, bonne en elle-même, mais qui est employée pour une action criminelle, peut encore présenter l'aspect du beau dans une situation donnée. Cependant la beauté vraie et pure n'existeqne dans le bien parfait.
L'art qui a pour objet le beau se divise , eomme la 8cience y selon les différents ordres des êtres et de la vie, en art divin et religieux , art spirituel , naturel et humain ; et de même que dans la science , il y a un art qui s'occupe plus à représenter la réalité sous la forme du beau , un autre qui a plus pour objet Vidéon litéy et enfin un art qui combine la réalité avec l'idéalité. Cest à la science de l'art d^exposer la théorie de de ces différents genres de l'art.
Mais l'art du beau n'est pas l'art tout entier. A côté des beaux- arts il y a des arts utiles; et ce genre d'art n*est pas moins essentiel pour toute la vie de Fhomme et de l'univers. Comme le fini n'est pas seulement en rapport avec l'infini et l'absolu ; comme tout ce qui est fini, est relatif, l'un des êtres finis existant pour l'autre, et ces êtres se trouvant dans le rapport de but et de moyen , il résulte de cette relativité ce qu'on appelle l'utilité ; car une chose est utile à une autre quand elle se trouve. avec cette autre dans le rapport de moyen ou de condition d'existence et de développement. Or , comme tout ce qui est fini , est aussi conditionnel, dépendant dans son existence et son développement d'autres choses ou êtres finis, tout le domaine des êtres finis se trouve compris dans la relation de l'utilité. Mais dans ce système général d'utilité , c'est toujours une chose inférieure qui doit servir de moyen à un être plus élevé dans l'échelle des êtres; et pour bien comprendre, en quoi consiste l'utilité, il faut connaître l'ordre d'infériorité et de supériorité qui existe dans les choses, pour ne pas considérer, en intervertissant cet ordre, ce qui est but comme moyen, et ce qui n'est que moyen comme but.