DE LA FACULTÉ DE PENSER ET DE CONNAITRE
état dans lequel il se trouTe en un certain rapport ayec l'objet y qu'il connaît. La connaissance peut être définie : la présence dPune chose quelconque dans la conscience de l'esprit; mais la pensée n'exprime pas un semblable rapport y elle n'est que l'acte dirigé dans le but de produire l'état de connaissance ; car en pensant à un objet , nous ne le connaissons pas encore , nous voulons seulement le connaître en continuant à porter sur lui notre pensée. La pensée est en général l'activité de l'esprit instituée pour produire la connaissance , et cette activité se manifeste dans toutes les espèces et dans tous les degrés de la connaisance. Elle est active dans la connaissance sensible , car quoique nous la produisions en partie par nos organes sensitife^ il faut cependant, que nous dirigions notre attention sur ce qui tombe sous nos sens ; car sans cette attentin préliminaire, qui est un effort de la pensée, nous n'apercevrions rien d'une manière distincte de ce qui existe et se passe autour de nous. 11 faut donc bien distinguer la pensée de la sensation pure, dont les organes sont l'intermédiaire. Aussitôt que nous apercevons la sensation, la pensée est déjà entrée en activité. Quand on parle de la connaissance sensible, on se sert souvent des mots d'intuition et de représentation en les distinguant de la pensée, mais la pensée est active dans toutes les opérations qui ont pom^ but la connaissance , nous n'avons une intuition ou une représentation des choses que parce que l'activité de la pensée a précédé l'aperception.
Penser est une opération permanente de l'esprit. Nous pensons continuellement , soit que nous le voulions soit que nous ne le vouliQns pas ; il n'est pas eu
notre pouvoir^ de penser on de ne pas penser. Le^ dnt»ctions particulières, données à notre pensée vers tel ou tel objet , dépendent seules de notre liberté. C'est donc pour l'esprit une nécessité que de penser. De plus y nous n'avons pas conscience du commencement de notre pensée. Autant que nous nous souvenons^ noos nous saisissonscomme ayant toujourspensé.
Quand nous regardons au contenu de la pensée , nous trouvons, que nous devons toujours penser qudque chose/ et que nous ne pouvons jamais être sans rien penser. Notre pensée n'est donc pas vide, elle renferme toujours quelque objet. Nous pouvons bien réfléchir sur notre pensée même , mais la pensée est aussi quelque ehose, étant une activité essentielle de l'esprit. Il n'y a donc pas de pensée pure , comme on dit , sans con* tenu , sans un objet déterminé. La pensée est une activité, une fonction de l'esprit, toujours dirigée vers une chose quelconque.
En considérant la pensée par l'apport à la connais-' sance, on trouve ce fait remarquable, savoir : que chaque pensée particulière présuppose déjà une connaissance et un savoir antérieurs dans l'esprit. Car quand on ne sait absolument rien d'un objet , on ne peut même se préposer pour but d'y réfléchir. Le géomètre ne pourrait s'occuper des divers problèmes, qui ont rapport à la science de l'espace, s'il n'avait pas la pensée générale de l'espace. Ainsi donc, la pensée est d'un côté dirigée pour produire une connaissance , mais de l'autre elle présuppose déjà une connaissance; la pensée a donc pour objet le développ9ment de la connaissance , déjà généralement donnée dans la conscience de l'esprit.
DE LA FACULTÉ DS PENSER ET DE CONNaItRE. ftl
Quant à la conscience , elle est un état permanent de l'esprit; nous connaissons toujours quelque chose^ et nous ne nous trouTons jamais sans connaître quelque objet ; chacun possède à tout instant la connaissance de soi-^méme ; cette conscience propre accompagne même toute notre connaissance ; chacun reconnaît des rà»jets extérieurs et sait qu'il existe d'autres hommes^ ses semblables. Nous n'avons pas non plus le souvenir d'un commencement de nol^e connaissance.
Mais qvfest ce que connaître? En quoi consiste la connaissance ? La connaissance n'est pas un être y sul>sistant en soi y elle est la propriété d'un être j de l'es* prit. Or toutes les propriétés d'un être , étant ou des propriétés simples y ou des propriétés de rapport y la connaissance doit appartenir à l'une ou l'autre de ces catégories ; mais la connaissance exprime essentiellement un rapport entre Ve$prit qui connaît et Voh^ jet qui est conçu ; elle n'est donc pas une qualité nmple, comme l'unité ou l'identité de l'esprit et comme l'étendue de la nature^ elle est une propriété de réla^tton. Mais les rapports entre les êtres sont très difiFérens ; il faut donc encore distinguer des autres rapports la relation , qui caractérise la connaissance , pour savoir en quoi elle consiste.
Dans la connaissance il faut d'abord distinguer trois choses principales : l'être qui connaît , l'être ou la c/m?*c qui est connue , et enfin la connaissance , qui contient le rapport entre ces deux termes. Ce rapport est d'un genre particulier. Il indique une certaine union des choses avec l'être qui les^connaît ; car pour connaître un objet, il faut qu'il soit présent dans Fesprit, et cette présence constitue toujours une II. 11
certaine union de resprit avec Tobjet. Mais cette union n'est pas telle, que l'être qui connaît et l'objet connu se pénétrent dans toute leur essence comme dans un procédé chimique. Ce n'est pas non plus une union de sentiment, par laquelle nous saisissons un objet dans sa totalité indistincte. C'est un lien', par lequel l'être apercevant et l'être aperçu sont unis en conservant toutefois toute leur spontanéité, de manière que Vunion de deux spontanéités qui restent cepenr dant distinctes forme le caractère de la connaissance. C'est ainsi que dans la connaissance ou la conscience , que nous avons de nous-mêmes, nous distinguons nousmême en être, qui connaît, et en être connu; nous nous appercevons comme deux spontanéités qui, malgré leur distinction, sont unies ; nous nous représentons à nous-mêmes dans la conscience propre : la connaissance se fond donc en même temps sur une distinction et sur une union , sur une analyse et sur une synthèse quelconque. Dans l'aperception et la connaissance des choses extérieures, nous les mettons en rapport et en union avec nous dans la conscience , et, en même temps, nous les distinguons de nous, pour en avoir une connaissance précise. Ici il s'élève cette question : comment des choses qui sont distinctes de nous et existent en dehors de nous, les objets de la nature extérieure, par .exemple, peuvent-elles être présentes dans notre esprit ? cette question a occupé les philosophes de tous les temps, et a donné naissance aux doctrines les plus différentes , notamment à l'idéalisme sceptique, qui nie la réalité du monde extérieur; mais cette question doit être traitée dans la métaphysique, elle n'estpas du domaine de la psychologie.