FONCTIONS DE LA PENSÉE
Après avoir recherché en général ce que c^est que penseret connaître, ilfautconsidérer encore plus en détail les fonctions et les opérations particulières de cette faculté. D'abord il faut examiner les fonctions de la pensée même comme Vattention , la perception et la détermination / ensuite considérer la pensée en tant qu'elle est déterminée par Vobjet qui doit être connu. Parla nous arriverons à connaître les opérations Ae Fesprit appelées ainsi de l'œvre qu'elles ont à accomplir. Les opérations de la pensée sont : comprendre , juger ^icimclure.
En considérant d'abord les fonctions principales de la pensée , la première que lïous découvrons est l^attention. Nous nous trouvons toujours dirigeant notre pensée vers quelque chose , soit au dedans soit au de^ horsde nous, et, pour apercevoir un objet quelconque, il faut que l'esprit y porte son attention, mot qui exprime une véritable tension intellectuelle. Sans cette attention préalable les affectionsles plus fortes, éprouvées par nos organes sensitifs, restent inaperçues; fait qui a lieu tontes les fois que nous sommes adonnés à une profonde méditation intérieure .
La seconde fonction de la pensée est la perception, nommée apperception quand elle s'applique à l'esprit lui même. Une suffit pas, en effet, d'être attentif à un objet , il faut que nous le saisissions , que nous l'apercevions pour le connaître. L'intelligence des hommes par rapport à cette fonction est très différente. Il y en a qui saisissent ou perçoivent promptcmcnt et facilement l'objet, soumis à leur attention même la moins soutenue, il y en a d'autres, dont la force de perception est beaucoup moindre, malgré l'attention
opiniâtre^ qu'ils portent sur un sujet. D y a donc lieu d'établir une distinction entre Inattention etla perception. La perception doit se conformer à la nature de Tobjet qu'on veut connaître, et suivre l'ordre de dérivation dans lequel les choses ou les qualités existent entre elles ; elle doit saisir d'abord ce qui est fondamental et descendre ensuite de plus en plus dans les détails.
La troisième fonction de la pensée est la déterminor tion. Cette fonction est le résultat de l'union de l'attention et de la perception. Quand nous avons saisi où aperçu un côté d'un objet, npus portons toujours notre attention vers un autre côté de ce même objet , ou vers un autre objet qui s'y rapporte. C^est cette manière de procéder que nous appelons déterminer uii objet. On ne doit pas se contenter de la simple attention, ni de la simple perception 5 il faut déterminer la chose plus en détail, et pour cela combiner continuellement l'attention et la perception l'une avec l'autre. La détermination produit en même temps , d'un côté la distinction , la décomposition , ou l'analyse, et de l'autre, la comparaison, la combinaison ou la synthèse. En effet pour connaître un objet, il faut qu'après l'avoir saisi , nous le distinguions de tous les autres, que nous l'analysions, le décomposions dans ses différentes parties, dans ses propriétés ou qualités distinctes. 11 est ensuite nécessaire , que nous le mettions en rapport avec d'autres objets du même genre, et que nous considérions ses qualités extérieures l'une par rapport à l'autre, opérant ainsi la synthèse après avoir fait l'analyse. C'est alors que nous avons déterminé un objet.
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Les opérations se distinguent des fonctions en ce qu'elles se rapportent à Vosuvre fopusj qu'on veut accomplir^ au but qu'on veut atteindre par la pensée^ Imt qui consiste dans la connaissance qu'on veut ao* quérir* Or la connaissance exprimant un rapport entre l'être pensant et un objet quelconque^ il ne faut pas seulement considérer l'activité de connaître en tant qu'elle part du sujet ou comme fonction y mais aussi en tant qu'elle est deteripinée par l'objet, qu'on veut connaitre^ et auquel elle se rapporte. 11 y a également trois opérations de la pensée , qui sont : comprendre , juger, et conclure. 11 est évident que toutes les notions , jugemens et conclusions^ quoiqu'ils soient produits par l'activité de l'esprit , doivent cependant, pour être justes , être conformes aux objets auxquels ik se rapportent. '
Après avoir remarqué les fonctions et les opérations principales de la pensée, nous devons maintenant la considérer dans les différens degrés d'application, qu'elle reçoit, et il importe de constater la part, qu'elle prend à toutes les connaissances que nous tirons, soit du monde extérieur soit du monde intellectuel. La pensée sous ce rapport reçoit quatre applications principales, qui sont autant de degrés de son développement; elle se manifeste 1" comme perception dans la sensation extérieure, %Q,o\i\v[ie imagination, 3° comme réflexion eievi&i\h° comme raison. Ce sont ces quatre manifestations principales de la pensée que nous avons à considérer successivement.
Mais avant d'aborder la théorie de la sensation extérieure et de la connaissance sensible qui constitue le premier degré de la pensée, nous avons d'abord à soulever
une question préliminaire^ la question de V origine de nos eowwaiV^once^. Nous avons à examiner, si nous puisons toute notre connaissance par l'intermédiaire des sens dans le monde extérieur, ou si nous possédons des notions, des idées, qui ne dérivent point de l'expérience; notions innées, commeondit, et qui sont peut être même la condition nécessaire des connaissances que nous obtenons par les sens. La questionde l'origine denotre connaissance est d'une haute importence, non seulement pour la véritable appréciation de l'activité intellectuelle, mais aussi pour la vie morale de l'homme. Personne n'ignore l'influence, que la philosophie du dixhuitième siècle en France a exercée sur la direction des esprits. Cette philosophie, en développant le sensualisme dans ses dernières conséquences, détruisait en même temps la base de la morale , en l'emplacant la notion du devoir par celle de l'intérêt. Il n'y avait pas d'autre moralité possible pour elle; car toute doctrine philosophique, qui ne reconnaît pas de principe général au dessus des individualités finies, des objets extérieurs et des personnes particulières, qui ne s'élève pas àdes idées éternelles, en formant à l'aide de ces idées un but général, un idéal pour la vie humaine, mais qui a les yeux toujours fixés sur les données du monde sensible, du temps et de l'espace, doit nécessairement aboutir à une morale sensualiste et matérialiste. Qu'on appelé le principe moral, établi par ce système, intérêt bien entendu, bonheur général; tous ces noms, qui déguisent souvent ce qu'il y a do faux en lui pour celui, qui ne pénètre pas profondement dans leur sens, expriment au fond la môme chose, le principe égoïste qu'on peut plus ou moins