‹ Cours de psychologieChapitre 8 sur 35 · II · texte numérisé non relu

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Après avoir déterminé le caractère de Fimagination^ que nous avons reconnue comme la faculté par laquelle le monde extérieur entre dans Tesprit sous ses formes individuelles , et qui d'un autre côté individualise les pensées ou notions générales dans le chôma et dans l'idéal, nous quitterons maintenant le monde individuel, en nous élevant aux notions générales de la raison. Car si d'un côté nous possédons dans l'ima- - gination la faculté d'individualisation^ notre esprit exerce d'un autre côté la fonction de généralisation et possède une sphère d'idées générales et universelles par la réflexion et la raison. Ce que j'appelle ici la réflexion et la raison ne sont pas de nouvelles facultés fondamentales de l'esprit^ existant à côté de la pensée, du sentiment et de la volonté ; elles ne sont, de même que l'imagination, que des manifestations différentes de la faculté de penser, dont elles constituent les différens dégrés d'application.

Quoique intimement liée avec la raison, la réflexion cependant s'en dislingue en ce qu'elle part dans ses opérations'de la t?ar/eïe et de la multiplicité des choses, et en ce qu'après les avoir analysées et distinguées l'une de l'autre, elle cherche à saisir les caractères qui sont communs à tout un genre de faits ou d'êtres individuels , et forme ainsi des notions abstraites et commune::. La réflexion est la faculté d'analyse et d'abstraire, elle peut être très développée et conduire à des combinaisons très ingénieuses; mais elle rie s'exerce que sur les données ou les faits individuels

(l) Je me sers ici du mot de reflexion pour rendre le terme allemand « Verstand», adopté généralement , pour désigner les fonctions que j'allrilme dans le texte à la réflexija , qp les distinguant de cjUcs de la raison u Vcrnunft. u

DE U RÉFLEXION. 13t

de la vie physique et spirituelle^ sans s'enquérir de la cause et de la raison de ce qui existe^ et sans ra-

• mener les faits individuels à leurs premiers principes, La réflexion développée est ce qu'on appelle le bon sens chez un homme^ par lequel^on désigne généralement cette aptitude de Tesprit, à bien saisir le caractère distinctif d'un fait, à le rapporter à des faits analogies et à juger tous les actes d'après ce qui se fait ordinairement dans la vie. Les jugemens du bon sens sont toujours relatifs , surtout quand il s'agit de faits qui appartiennent à la vie progressive de la société.

. Le bon sens qui prend la vie, telle qu'elle est à une époque donnée, qui ne s'enquiert ni de son origine ni du but ou elle tend successivement , est peu apte à juger de la valeur, soit d'une doctrine soit d'un essai pratique, qui tente d'opérer des réformes dans la sociétéj et comme la réflexion ne s'élève pas à l'intelligence de l'unité et du lien, qui embrasse toutes choses, comme elle ne voit d'abord que des individualités et que les liens, qu'elle aperçoit dans les attributs communs des choses, ne sont selon elle que des abstractions sans réalité, elle ne peut produire, avec un certain degré de développement, que l'individualisme, l'égoïsme avec la morale qui en est la suite ; et c'est parce que la réflexion est aujourd'hui la faculté dominante parmi les hommes que l'intérêt personnel est le motif principal de leurs actions.

La raison (}) au contraire se présente avec un caractère bien différent. Quand la pensée a été déve-

(>) La raison comme uo mode do manifestation de la faculté de penser doit ptr« distinguée de la Raison comme Esprit universel , dont il sera parlé plus lard, iyoj* la dixième leçon). La pensée csl, reflexion ou raison d'après les diverses positions

loppéeàcedeçré, elle ne se contente plus des notions qu'elle peut acquérir par Tanalyse et la comparaison^ elle cherche à découvrir dans tous les ordres de faits * soit physiques soit moraux, le premier principe, à saisir le lien , qui unit toutes les choses entre elles et à trouver ainsi le principe suprême universel pour tout ce qui existe. Dans cette voie la pensée s'élève nécessairement aux idées de l'infini , de l'absolu , de Dieu, et en concevant les rapports généraux , par lesquels tous les êtres sont liés , attestant tous le même principe, comme la même raison d'existence , elle se pénètre de cette vue de l'unité et de la communauté de toute vie et , en communiquant au cœur de l'homme cette pensée élevée, elle le fait sortir du cercle des sentimens individuels étroits et égoïstes et l'élève à cette sympathie et cette bienveillance générales, qui constituent les liens-moraux entre les hommes. La raison seule peut faire connaître à l'homme en quoi consiste le vrai bien, le bien en soi , parce qu'elle élève l'homme au dessus des considérations personnelles jusqu'à l'idée de l'union intime , qui existe entre tous les ôties rationnels dans l'ordre général des choses , ordre établi d'après un principe unitaire et dans lequel chacun, selon sa nature spécifique , occupe une place particulière, et doit combiner son activité avec l'activité de tous, tel qu'il est conforme et par conséquent salutaire à leur nature commune. La raison ne

qu'elle prend vis ù {vis des objets , qu'elle considère. Comme chaque être oujolgct peut être considéré sous deux aspects principaux , d'abord dans son unité et dans Is lien qui l'unit à la classe d'êtres à laquelle il appartient ; ensuite dans son individualité,ct dans sa pa/'/e/e inicricure , la pensée peut s'attacher d'une manière />r«/fff>winantehY\xti ou l'autre de ces aspects cl se manifeste par lu soit à l'état de réflexion (oit à celui de raison.

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