‹ Cours de religion chrétienneChapitre 14 sur 40 · Son désir d'exister est-il rempli autant · texte numérisé non relu

Son désir d'exister est-il rempli autant

qu'il le voudrait? Non. L'existence qu'il possède actuellement est courte, et bien plus courte que ses prévoyantes ou ses affections; incertaine, sans cesse menacée, et d'une inconcevable fragilité : il est étonnant de voir combien de causes et quelles petites causes peuvent y mettre fin. — La mort est une autre raison qui empêche noire désir d'exister d'être suffisamment rempli. Cette sortie de la vie est triste, douloureuse, effrayante, même à ne la prendre que pour une modification de l'existence humaine.— Enfin, il y a la même insuffisance dans notre attente de ce qui

suit la mort, tant sont pénibles et longs les efforts

que la raison , laissée à elle-même, doit faire pour arriver à une tranquille et inébranlable certitude d'une autre vie.

L'homme n'est point maître de son ajne pour la pouvoir retenir, et na peint de puissance sur le jour de sa mort. ( Eee. 8. 8. ) Quand les ,-] thé* nien< entendirent parler de la résurrection des morts, plusieurs s'en moquèrent. (Act. 17. 3;?.) Voici donc une première contradiction entre ce que l'homme est et ce qu'il veut être.

19. — Son désir de jouir est-il assez rempli? Non. Aucune joie de cette vie ne répond pleinement à son attente; son imagination rêve sans cesse des joies meilleures. Ce n'est pas seulement plus de bonheur qu'il veut, c'est un autre bonlleUr' 7~ La snti(<tc* viti,lt corrompre toutes ses félicités; il s'en dégoûte à regret et malgré lui. — A côté de ses plaisirs sont ses peines; il y en a tant que c'est une ta. he qui est au-dessus de ses forées, que.de compter tous ses maux. — La mort interrompt ses travaux et le force à les laisser inachevés. — Ses affections sont, il est vrai, bien douces; les séparations de la mort en font ses plus cruelles douleurs.

Le plus beau de nos jours n'est que peine et tourment. ( Ps. 90. ,0.) J'ai dit en mon cœur ; Jouis du bien; mais voila, cela est aussi une vanité. (Ecc. 2. 1.) — J'ai regardé tout ce qui se Jait sous le soleil, et voila, tout est vanité et tour-

ment d'esprit, (tëcc. i. 14.) — Le juste même a des maux en grand nombre. ( Ps. 34. 8.) — L'homme retourne dans t'a poudre d'oie il a été tiré , et en ce jour-là ses desseins périssent. ( Ps. i46. 40 — On a ouï Rachel pleurant ses en fans, et rejusant d'être consolée parce qu'ils n'étaient plus. ( Matt. 1. 18.) Jésus y voyant que Marie, la sœur de Lazare, pleurait et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, frémit en lui-même, et, étant fort ému, il leur dit : Ou l'avez-vous mis? Ils lui répondirent : Seigneur, viens et vois ! et Jésus pleura. (Jean, 11, 33, 35.)

Seconde contradiction entre ce que l'homme est et ce qu'il veut être.

20. — Son désir de savoir est-il assez rempli? Non. Déjà les sciences sont si vastes qu'aucun homme ne peut savoir tout ce que les hommes savent. — Le don de la parole, ce moyen admirable de communication et d'enseignement, est aussi un obstacle à l'ardeur de savoir, par la diversité des langues, que personne ne peut savoir toutes : Combien de sortes de mots n'y a t-il pas dans le monde Pet il n'y en a aucun qui ne signifie quelque chose. (1 Cor. \J\. 10.) — L'écorce des choses seule nous est connue; le fond des choses nous est caché : nous ne voyons bien que les phénomènes , les apparences. — Le monde de l'esprit nous est encore fermé , nous est presque inconnu.

î\ous ne sommes que dhier, et nous ne savons

rien. (Job 8. 9.) J'ai dit : J'acquerrai la science; mais elle s'éloignait de moi. (Ecc. 7. a3.) IVous ne connaissons qu'en partie. (I Cor. i3. 9.) Les choses cachées sont pour l Eternel. (Deut. 29. ^g.) Troisième contradiction entre ce que l homme est et ce qu'il doit être.

21. — En résumé, on voit qu'il y a, dans notre état actuel , insuffisance en toutes les choses humaines, et que la destinée de l'homme n'est pas, maintenant , parfaitement conforme à sa nature. Sa nature est de désirer d'exister, de jouir, de savoir; sa destinée présente est de ne pouvoir, quoi qu'il fasse, atteindre maintenant à un accomplissement complet de ses vœux: il y a pour nous tous incertitude de vie, insuffisance de bonheur, imperfection de science.

Je n'ai rien rejusé à mes yeux de tout ce qu'ils m'ont demandé, et je n'ai épargné aucune joie à mon cœur, et voilà , tout est vanité et rongement d'esprit. ( Ecc. 2. 10, 11.) JSous demeurons comme dans une tente, et tandis que nous sommes clans cette tente, nous gémissons comme sous un fardeau. (2 Cor. 5. i,4-)

22. — Pour lever ces contradictions entre ce que nous sommes et ce que nous désirons être, il ne suffit pas de dire que par les progrès de l'humanité elles se lèveront d'elles-mêmes, et que les hommes parviendront , soit dans ce monde, soit ailleurs, à un état d'immortalité, de béatitude et de science parfaite. Il resterait toujours à expli-

12 Introduction.

quer l'état actuel , où nous en sommes si loin. Personne ne pourra racheter son frère de la mort , ni payer à Dieu sa propre rançon ( Ps. Ag. 8) Pourquoi la lumière est-elle donnée au misérable et la vie à ceux qui ont le cœur déchiré? (Job. 3, 20.)

23. — Pour tenter de lever autrement ces contradictions entre la nature et la destinée de l'h >mme,il est indispensable de -rechercher quelle est la cause de son existence.

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