‹ Cours de religion chrétienneChapitre 37 sur 40 · RÉFORMATION · texte numérisé non relu

RÉFORMATION

238. — C'est l'oubli dans lequel était tombée la Bible quelques siècles avant l'admirable invention de l'imprimerie, qui a principalement rendu nécessaire une réforme dans l'Église chrétienne.

Depuis les empereurs romains, Auguste , dans le temps duquel le Christ est né (Luc, 2. \ ), et Tibère, dans le temps duquel le Christ est mort (Luc, 3. 1 ), jusqu'à Constantin, le premier empereur chrétien, il s'est écoulé environ 300 ans. Pendant ce temps, la foi et le culte se conservèrent assez purs au milieu de persécutions terribles; mais, durant les onze siècles suivans , la religion chrétienne fut de plus en plus défigurée et

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corrompue par la faute des rois, des prêtres et des peuples, qui ont introduit ou laissé s'introduire dans l'Église des rangs et des pouvoirs, des cérémonies et des pratiques, et même des commandemens et des doctrines, dont il est impossible de montrer la moindre trace dans l'Évangile. L'ordre de Moïse aux Hébreux avait été complètenîent transgressé par les chrétiens : Fous n ajouterez rien à la parole que je vous annonce, avait dit le législateur des Juifs, et vous n'en diminuerez n'en, afin que vous observiez les commandemens de V Eternel votre Dieu. ( Deut. 4. 2.) La Bible, qui n'existait qu'en manuscrit, oubliée dans les bibliothèques, Gnit par être presque inconnue. L'ignorance générale s'est long-temps opposée à un retour vers les préceptes et les vérités contenus dans les livres saints , et ce ne fut qu'au commencement du 16me siècle depuis Jésus-Christ , en 1 51 7, que quelques hommes pleins de courage, de foi, de piété et de science, donnèrent, par leur écrits, leurs prédications et leurs actes, le signal d'une réforme totale de l'Église chrétienne. Ils sont connus sous le nom de Réformateurs, et les principaux d'entre eux sont Martin Luther en Allemagne, Ulrich Zwingle en

Suisse, et Jean Calvin en France. En étudi nt cette grande époque de 1 histoire de FÉgli ;e, il ne faut jamais négliger de distinguer dans l'œuvre des Réformateurs deux choses : leurs opinions particulières , qui varient, et le point de départ, le système de liberté, dans lequel ils s'accordaient tous à reconnaître l'indépendance de la raison humaine, soumise seulement à l'autorité de la parole de Dieu. En un mot, il y a deux hommes dans les Réformateurs, le théologien qui a pu se tromper et le libérateur qui a rendu au monde le droit d'examen. La nécessité de la réforme était d'ailleurs si urgente et si universellement sentie, qu'elle éclata presque partout en même temps, jusqu'en Italie et en Espagne. Dans plusieurs pays, elle fut étouffée par les persécutions; dans beaucoup d'autres, elle triompha , et c'est depuis ce temps que la chrétienté est principalement partagée en chrétiens évangéliquesou réformés, et en catholiques romains.

On peut signaler cinq différences principales entre l'Eglise réformée et l'Église catholique :

239. — I. Différence decultc. Les réformés ont rendu le culte public aussi conforme que possible à la simplicité de l'Évangile (145)

et à l'exemple de la primitive Église, tandis que les catholiques ont admis et conservent des cérémonies et des usages successivement introduits dans le culte, et qui s'éloignent les uns plus, les autres moins, de l'esprit de l'Évangile et des directions de la parole de Dieu.

1 " Usage de la langue latine ou grecque dans le culte et la prédication. — Si je venais parmi vous en parlant des langues 'inconnues, à qui serais- je utile ? Si je prie dans une langue étrangère, c'est mon esprit qui prie, mais les pensées que j'ai ne sont d'aucune utilité aux autres. Et si tu rends des actions de grâces seulement dans ton esprit, comment celui qui est du simple peuple répondra-t-il : Amen ! à tes actions de grâces, puisqu'il ne comprend point ce que tu dis? J'aimerais mieux prononcer dans l'Église cinq paroles en me faisant entendre, que dix mille dans une langue inconnue. (1 Cor. 14.6, 14,16, 19.)

2° Invocation des Saints et des Anges.

— // est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et tu le serviras lui seul. (Matt. 4. 10. Gai. 4. 8.) Ne vous laissez point enlever le prix de votre course par des gens qui, sous prétexte d'humilité, rendent un culte aux

Anses. (Col. 2. 18.) Alors, dit S. -Jean, Je me jetai aux pieds de l'Ange pour l 'adorer; mais il me dit : Garde-toi de le faire ; je suis ton compagnon de service et le compagnon de tes frères qui rendent témoignage à Jésus ; adore Dieu! (Apec. 19. 10.)

3° Obligation des Jeûnes et Abstinences» — Si vous êtes morts avec Ch ris t au. v grossières instructions du monde, pourquoi souffrez-vous <pi 'on vous impose ces préceptes comme si vous viviez encore dans le monde : Ae mange point ceci, n'en goûte point, njr touche point ? préceptes qui sont tous pernicieux par leurs abus ; n'étant fondés que sur des ordonnancess et des doctrines humaines, (Col. 2. 20, 2 1 , 22.) Le royaume de Dieu ne consiste point dans le manger ni dans le boire; mais dans lajust ce, la paix et la joie parle Saint Esprit. Rom. 1 4. 1 7.) La nourriture ne nous rend pas agréables a Dieu; car, si nous mangeons, il ne nous en revient aucun avantage, et si nous ne mangeons pas, nous nen recevrons aucun préjudice f\ Cor. 8, S.) Mangez de tout ce qui se vend à la boucherie, sans vous inquiéter par un scrupule de conscience. (1 Cor. 1 u. 25.) Rien de ce que Dieu a créé n 'est à rejeter, pourvu qu 'on le prenne avec actions de grâces. (1 Tina. 4. 4.

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4° Vénération due aux Images. — Comme vous n'avez vu, disait Moïse aux Hébreux, aucune figure ni ressemblance le jour où l'Eternel vous parla du milieu du feu en Horeb , vous prendrez garde de ne pas vous laisser séduire et de ne faire aucune image ou ressemblance d'homme ou de femme. ( Deut. 4. 15. 16.)^/ qui doncferez-vous ressembler le Dieu fort] et quelle image en trace rez-vous ? (Ésa. 40. 18.) Puisque nous sommes les en fans de Dieu, nous ne devons pas croire que la Divinité soit semblable a de l'or, ou de l'argent, ou de la pierre, dont Fart ou l'industrie de l'homme ont fait des simulacres. ( Act. 1 7. 29. )

5° Répétition des mêmes prières. — Quand vous priez , a dit ie Seigneur, n'usez pas de vaines redites comme les païens; car ils croient qu'ils seront exaucés en priant beaucoup. ( Matt. 6. 7. )

240. — II. Différence de hiérarchie. On appelle hiérarchie Tordre et l'ensemble des dignités ecclésiastiques. Elles sont très-multipliées dans l'Église catholique; et l'Eglise réformée , à laquelle nous appartenons, reconnaît une parfaite égalité entre tous les pasteurs. Les apôtres se mirent à disputer entre eux pour savoir quel était le plus grand.

Fous savez, leur dit Jésus, que ceux qui veulent commander aux nations les maîtrisent; mais il n'en sera pas de même parmi vous ; au contraire , quiconque voudra cire grand parmi vous y sera votre serviteur, et quiconque voudra être le premier, sera l'esclave de tous, (Marc, 10. 42-45; Luc, 22, 24-27.) Ne vous faites point appeler Maître, car vous n'avez qu'un maître , qui est le Christ, et vous êtes tous frères. ( Matt. 23. 8.) Je prie les pasteurs qui sont parmi vous, moi qui suis pasteur comme eux.. . écrit saint Pierre. (1 Pierre, 5. 1.) Les apôtres, qui étaient à Jérusalem, ayant appris que ceux de Samarie avaient reçu la parole de Dieu, y envoyèrent Pierre et Jean. ( Act. 8. 14. } Celui qui a agi efficacement en Pierre , dit saint Paul , pour le rendre apôtre des Juifs , a de même agi efficacement en moi pour me rendre apôtre des Gentils, et lorsque Pierre fut arrivé à Antioche,je lui résistai en face, parce qu'il méritait d 'être repris (Gai. 2. 8^1 1). Les questions relatives \\ l'organisation du clergé se lient à celle du célibat ecclésiastique, que les exemples de l'Eglise primitive ont décidée en notre faveur : L'Esprit dit expressément que dans les derniers temps quelques-uns se révolteront contre la foi, dé-

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fendant de se marier. ( I Tim. 4. 3.) Jésus , étant venu à la maison de saint Pierre , vit sa belle-mère, eouc/iée au lit et ayant la fièvre. (Matt. 8. 14.) N'avons-nous pas , dit saint Paul, le pouvoir de mener partout avec nous une femme d'entre nos sœurs , comme font les autres apôtres , et les frères du Seigneur, et Céphas (ou Pierre) ? ( 1 Cor. 9.5.) Il faut que Uévéque soit irrépréhensible , et le mari d'une seule femme. (1 Tim. 3. 2). 241 . — III. Différence sur ia lecture de la Bible et le nombre de ses livres. Le nombre des livres sacrés qui composent l'Ancien et le Nouveau Testament est augmenté, dans les Bibles catholiques , des livres que nous nommons apocryphes, c'est à-dire , inconnus, cachés, livres auxquels les Juifs n'ont jamais attribué d'autorité divine; qu ils ont exclus de leur Bible ; que Jésus-Christ et les apôtres n'ont point cités comme en faisant partie ; qui ont été écrits à une époque postérieure aux livres sacrés de l'Ancien Testament , et qui renferment des preuves évidentes de leur origine purement humaine.

Quanta ia libre lecture de la Bible, c'est un point sur lequel nous croyons que la Bible même a prononcé. Dans la parabole de Lazare, Abraham répond au mauvais riche

au sujet (Je ses frères : Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent ! (Luc, 1 6. 29.) Sondez les Ecritures, a dit Jésus, car c'est par elles que vous croyez auoir la vie éternelle. (Jean, 5. 39. Act. 8. 28.) Et pour confondre ses adversaires, il leur cite toujours l'Ancien Testament, en les interpellant par ces mots iN'cwez-vous point lu ^...(Matt. 12. 3. etc. ) Toutes les choses qui ont été écrites autrefois, dit S. Paul, ont été écrites pour notre instruction, afin que , par la patience et laconsolation que nous donnent les Ecritures , nous conservions notre espérance. (Rom. 15. 4.) Nous vous écrivons ces choses, afin que votre joie soit parfaite, (1 Jean, 1 . 4.) Après que cette lettre sera lue parmi vous , faites quon la lise aussi dans l'église des Laodicèens. (Col. 4. 16.) Je vous conjure, par le Seigneur, que cette épître soit lue à tous nos saints frères. (1 Thess. 5. 27.) Toute l'Ecriture est divinement inspirée et utile à enseigner, à convaincre, à corriger et à instruire selon la justice. (2 Tim. 3. 16.) Aussi les Apôtres adressent leurs Épîtres, non au corps ecclésiastique seulement , mais à tous les fidèles. (Rom. 1 . 7. 1 Cor. 1 . 2. 2 Cor. 1.1. Gai. 1 . 2, Eph. 1.1. Phil. 1 .1 . Jacq. 1 . 1 . 1 et 2 Pierre, 1.1.1 Jean, 2. 1 3.)

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242. — IV. Différence de doctrines. TÊglise catholique admet plusieurs doctrines que l'Église réformée croit contraires à la parole de Dieu.

1° La médiation de la Vierge Marie et des Saints. — Il y a un seul médiateur entre Dieu et les hommes. (1 Tim. 2. 5.) Personne ne vient au Père que par moi , a dit Jésus. (Jean, 1 4. 6.) // n'y a point de salut en aucun autre; car, aussi, il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés. (Act. 4. 12.)

2° Les Indulgences. — La justice du juste sera^sur lui , et la méchanceté du méchant sera sur lui, (Ezé. 1 8. 20.) Chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même .

(Rom. 14. 12.) Il nous faut tous comparaître devant le tribunal de Christ, ajin que chacun reçoive selon le bien ou le mal qu'il aura fait. ( 2 Cor. 5. 10.) Que ton argent périsse avec toi, puisque tu as cru que le don de Dieu s' acquérait avec de V argent. (Act. 8. 20).

3° Assomption, Règne et Culte de la Vierge. Et Marie dit : Voici la servante du Seigneur! (Luc, 1 . 38.) Comme Jésus disait ces choses, une femme de la troupe éleva la

voix, et lui dit : Heureux les flancs qui t'ont porté et le sein qui t'a nourri! Mais plutôt , reprit Jésus, heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique ! (Luc, 1 1 . 27, 28.) Quelqu'un lui dit : Voilà ta mère y et tes f ères sont là dehors qui demandent à te parler. Et il répondit : Qui est ma mère et qui sont mes frères ? Et étendant sa main sur ses disciples , il dit : Voici ma mère et mes frères ; car quiconque fera la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est mon frère , et ma sœur et ma mère. (Haïti 12. 47-50.)

4° La nécessité du baptême pour le salut. Le baptême , qui nous sauve, est l'engagement d'une bonne conscience devant Dieu.

( 1 Pierre. 3. 21 . ) Le royaume des deux est pour ceux qui ressemblent aux petits en/ans. ( Matt. 19. 14.)

5° Obligation de la confession et pouvoir d'absolution. — Il n'y a quun seul législateur qui puisse sauver et qui puisse perdre; mais toi, qui es-tu qui juges les autres ? ( Jacq. 4. 12.) Ne jugez de rien avant le temps, jusqu'à ce que le Seigneur vienne, qui mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres et fera connaître les desseins des cœurs; c'est alors que chacun recevra la louange qui lui est due. (lCor.4. 5.)

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6° Dans la sainte Cène : le refus de la coupe aux fidèles : — le Seigneur, ayant aussi pris la coupe et rendu grâces, leur dit; buvezen tous. (Matt. 26. 27.) — l'idée d'un sacrifice : Jésus- Christ ne s'offre pas plusieurs fois soi-même ; autrement , il aurait fallu quil eût souffert plusieurs fois depuis la création du monde ; mais il a paru une fois pour abolir le péché, s' étant offert luimême en sacrifice. Christ a donc été offert une fois pour ôter les péchés. (Héb. 9. 25. 26. 28.) Voblation du corps de Jésus- Christ a été faite une seule fois, et, par une seule oblation, il a amené pour toujours a l a perfection ceux oui sont sanctifiés. ( Héb. 1 0.1 4.) — et l'idée de la présence réelle : Les Anges dirent aux apôtres : Ce Jésus, qui a été enlevé d'avec vous au ciel, en reviendra de la même manière que vous l'y avez vu monter. (Act. 1 . \\.) Il faut que le ciel le contienne jusqu'au temps du rétablissement de toutes choses. (Act. 3. 21. ) Je suis le pain de vie. C'est l'esprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien ; les paroles que je vous dis sont esprit et vie, (Jean, 6. 48, 63. Consultez encore Matt. 4. 4. — 5. 6. — 26. 29. Jean 4. 13, 14. — 6. 27 — 7. 37, 38, 39. 1 Cor. 10. 3,4.)

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243. — V.Différeneededroit. L'Église catholique, se déclarant infaillible, sans pouvoir dire oùcetteinfaillibilité réside, interdit tout examen et dit à ses fidèles : Croyez, n'examinez pas. L'Église réformée, ne reconnaissant d'infaillibilité qu'en Dieu, dit à ses fidèles : Examinez, et croyez après. Cette différence est de toutes la plus grave , parce qu'elle est fondamentale, et qu'avant de l'avoir conciliée, il est presque inutile de discuter sur les autres. Le droit d'examen réclamé par l'Eglise réformée, est clairement établi par les exemples et les déclarations de l'Évangile. Les fidèles de Bérée sont loués d'avoir xaminé journellement les Écritures , pourf s'assurer que ce que saint Paul leur clisaît y était conforme. ( Act. 1 7. 1 1 . ) Jésus-Christ lui-même dit aux Juifs : Sondez les Écritures ; car ce sont elles qui rendent témoiçna<re de moi(Jean, 5. 39 ) ; et il renvoie les frètes du mauvais riche à Moïse et aux prophètes (Luc, 16. 29.) Saint Paul, traitant des plus graves doctrines de la foi, dit aux Corinthiens : Je vous parle comme à des personnes intelligentes; jugez vous-mêmes de ce que je vous dis (1 Cor. 10. 15); et aux lnessaloniciens, après avoir dit : Ne méprisez point les prophéties A\ ajoute : Éprouvez

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toutes choses et retenez ce qui est bon ( 1 Thess. 5 , 20, 21 . ) Enfin saint Jean écrit à tous les fidèles de l'Asie mineure : Mes bien-aimés, n'ajoutez pas foi à toute soi te cl esprits, niais examinez les esprits pour savoir s'ils viennent de Dieu.(\ Jean 3 A. 1.)

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