CHAPITRE III
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES MOYENS DE REPRODUCTION DES OEUVRES D'ART AU TRAIT OU AU POINTILLÉ
(première partie)
Sommaire : La reproduction industrielle des œuvres d'art au trait et au pointillé est une des plus importantes. — Du cliché négatif. — Faculté de réduire le dessin original en le reproduisant. — Possibilité d'obtenir aussi la reproduction, soit sur une plus grande échelle, soit d'une dimension égale, d'une œuvre d'art originale. — Sens dans lequel doit être obtenu le cliché négatif, suivant la nature du procédé de reproduction à employer. — • Redressement du cliché obtenu primitivement renversé. — Choix du mode de reproduction, suivant le genre du sujet, suivant l'emploi transitoire ou durable du résultat. — Procédé au sel d'argent d'une durabilité limitée. — Procédé au platine : il produit des épréuves durables. — II en est de même du procédé au charbon. — Principe qui sert de base à ce procédé et description sommaire de sa mise en pratique. — Procédé aux poudres colorantes : il est applicable surtout aux émaux et vitrifications photographiques. — Impressions en bleu de Prusse, couleur stable, au ferro-prussiate et au cyano-fer. — Comment doivent être exécutés les dessins en vue de l'emploi de ces divers modes d'impression.
La reproduction industrielle des dessins monochromes au trait ou au pointillé est certainement une des questions les plus importantes que nous ayons à traiter, et c'est celle sur laquelle nous insisterons le plus, tant est grand le rôle que joue la reproduction d'œuvres d'art de ce genre, dans une foule de publications illustrées avec des planches intercalées dans le texte ou placées hors texte, et qui ne sont que des reproductions photographiques de gravures ou de dessins originaux.
La façon de reproduire les œuvres à demi-teintes fera
l'objet d'un examen spécial, après que nous en aurons fini avec la reproduction des gravures et des dessins au trait.
La première chose à faire, c'est le cliché négatif. Encore est-il certains cas où, ainsi qu'on le verra plus loin, le dessin lui-même peut servir de cliché*; mais il ne peut être question, dans ce dernier cas, que d'une œuvre à reproduire de la même dimension que celle de l'original, tandis que l'emploi de l'objectif permet, suivant qu'il est besoin, d'agrandir ou de réduire le modèle. Le plus souvent pn a à le réduire et il est préférable, quand on exécute un dessin, en vue de sa reproduction par la photographie, de le tenir bien plus grand que ne doit être la copie.
Il est évident qu'il y a, pour l'artiste qui crée, tout avantage à dessiner son sujet sur une échelle assez grande pour qu'il puisse, sans difficulté aucune, aborder le dessin des moindres détails. Il sait d'avance que son œuvre se trouvera reproduite avec toute la perfection possible, quelle que soit sa réduction; nous dirons même que cette perfection se trouvera d'autant plus grande que le négatif sera plus réduit.
Rien n'est plus simple que d'obtenir une image, réduite exactement de la dimension voulue : il suffit, pour cela, de tracer sur le verre dépoli de la chambre noire, le carré, le rectangle, l'ovale ou la circonférence qui doivent inscrire, bord à bord, l'image réduite, et de faire varier la distance qui sépare l'objectif du sujet jusqu'à ce que son image, paraissant bien nette, se trouve exactement emprisonnée dans les lignes préalablement tracées.
Cela fait, on procède à l'exécution du cliché négatif
^ Voir Procédés au cyano-fer et au ferro-prussiate et Procédé Colas.
REPRODUCTION AU TRAIT ET AU POINTILLÉ " ':>l
par le moyen habituel, qui consiste à recouvrir une glace OU une lame de verre d'une couche de collodion sensible OU sensibilisé, suivant que l'on opère en une ou plusieurs fois. Le cliché développé, fixé, lavé et verni, forme la planche-mère, celle qui va servir à la création de la planche d'impressions industrielles.
Ainsi que nous avons eu soin de le dire en débutant, nous n'écrivons point ici un traité de photographie : nous ne croyons donc devoir, en aucune façon, indiquer les moyens divers de faire les clichés; ils se trouvent décrits dans tous les traités spéciaux de photographie que l'on pourra consulter, si l'on tient à posséder le maniement delà chambre noire et de l'objectif photographiques.
Nous passons outre, admettant que l'on sait ou que l'on saura faire, quand on le voudra, un cliché négatif.
Ce que nous devons dire ici, c'est qu'un cliché d'un dessin qui, en général, présente des traits ou des hachures noires sur un fond blanc, n'est bon qu'à la condition qu'il soit bien l'inverse de l'œuvre reproduite. Aux traits noirs doivent correspondre des traits très translucides sur le cliché, et le fond blanc du papier doit se traduire par une valeur ou parfaitement noire ou, tout au moins, complètement opaque, c'est-à-dire imperméable aux rayons lumineux qui viendraient, sans cela, créer une teinte là où, sur l'objet à reproduire, il n'en existe pas.
Il est des moyens divers d'obtenir cette opacité, et il est essentiel d'exiger cette condition que l'on ne saurait négliger sans porter atteinte à la valeur du résultat final.
1 Pour donner toute facilité cependant à ceux qui voudraient faire quelques essais, nous consacrerons plus loin un chapitre spécial, mais très succinct, au moyen d'obtenir un cliché négatif à la chambre noire.
COURS DE KEPKODUGTIOiNS INDUSTRIELLES
Le sens dans lequel se trouve imprimé le négatif doit aussi être prévu. Généralement les clichés sont la reproduction inverse de l'original, non seulement quant aux effets lumineux, puisque ce qui est éclairé dans le modèle se traduit par un effet d'opacité plus ou moins intense dans la reproduction à la chambre noire, mais encore quant au sens des lignes, ce qui est à droite dans l'original se trouvant à gauche dans l'image négative.
Cela est bien ainsi, quand du cliché Ton doit tirer des épreuves directes comme celles que l'on produit généralement sur du papier albuminé et sensibilisé au chlorure d'argent : ce sont les épreuves photographiques habituelles. Ce sont aussi les épreuves directes au platine dont nous aurons à parler et aussi les épreuves aux sels de fer sur lesquelles j'appellerai un instant l'attention.
Mais, quand le cliché doit servir à d'autres moyens de reproduction exigeant la formation d'une planche d'impression, soit par report sur une pierre lithographique, soit par la gravure d'une planche de zinc ou de cuivre, soit enfin par l'emploi direct de la phototypie proprement dite, — nous dirons en quoi elle consiste, — il faut l'obtenir redressé dans la chambre noire même ou bien le redresser ensuite, si, en premier lieu, il a été obtenu renversé.
Les moyens de redresser les négatifs, dans les deux cas que nous venons de mentionner, sont nombreux, et on les trouvera décrits, notamment, dans notre traité spécial de phototypie * .
* Pour qu'on comprenne bien en qaoi consiste cette opération, nous la décrivons plus loin dans le chapitre intitulé : Cliché redressé. Le moyen que nous indiquons peut servir dans la plupart des cas, bien quïl existe un grand nombre d'autres moyens analogues qui permettent d'obtenir le même résultat.
IIEPRODUCTION AU TRAl-T ET AU POINTILLÉ J:!
L'un des moyens de redressement les plus usités, c'est l'enlèvement, à l'état pelliculaire, de l'image obtenue d'abord renversée dans la chambre noire.
La couche de coUodion est facilement détachée de son premier support, isolée de la plaque où s'est formée d'abord l'image négative, et elle se montre alors dans l'état d'un cliché pelliculaire. — On comprend que l'on peut de la sorte appliquer, contre la couche sensible où se formera l'épreuve positive, le côté du cliché qui portait contre la surface du verre, et l'image est ainsi redressée.
Si l'on ne tient pas à la conserver à l'état pelliculaire, on peut parfaitement, après l'avoir détachée, la poser sur le même support, mais y adhérant par l'autre côté. Ce sont des tours de main, très familiers aujourd'hui à la plupart des industriels qui s'occupent des reproductions des œuvres d'art par la photographie.
Nous avons donc en main notre point de départ, qui est le cliché; il nous reste à le reproduire industriellement.
Ici se présentent diverses voies à suivre. Laquelle prendrons-nous? On saura bien choisir la plus convenable quand on connaîtra tous les moyens dont on peut disposer pour en tirer un parti industriel, suivant qu'il sera nécessaire d'en tirer un nombre d'exemplaires positifs plus ou moins grand, ou suivant que ces impressions devront être soit intercalées dans le texte, soit tirées à part.
Si le nombre des épreuves à imprimer est restreint, et si elles ne doivent servir qu'à un objet transitoire, par exemple être employées comme documents momentanés; si, en un. mot, elles peuvent se passer des conditions d'une durabilité certaine, rien ne s'opposera à l'emploi du papier sensibilisé à l'argent. C est là, malheureuse-
ment, le procédé le plus usité encore dans le plus grand nombre d'ateliers photographiques. Nous disons malheureusement, à cause du peu de stabilité des résultats ainsi obtenus : aussi avons-nous bien soin de ne parler de ce moyen de reproduction que pour les cas où l'on a besoin d'avoir rapidement quelques copies d'un sujet pour un usage provisoire. L'emploi de ces procédés d'impression est décrit partout ; nous le résumerons rapidement*. On met le cliché dans un châssis-presse, et l'action des rayons lumineux, qui ne peuvent traverser que les traits ou points translucides du négatif, imprime l'image en brun sur un fond blanc comme le montre la planche I de l'atlas.
Toute la surface du papier sensible serait promptement noircie par l'action de la lumière, si, avant de s'en servir, on ne la fixait ; on se sert pour cela d'un dissolvant du sel d'argent sensible : l'hyposulflte de soude.
Or, comme l'image est formée par la réduction du chlorure d'argent en argent métallique, il se trouve que répreuve plongée dans une eau contenant une certaine quantité d'hyposulfite de soude (10 p. 100), ne peut être attaquée par cette dissolution puisqu'elle est sans action sur l'argent métallique, tandis que tout le chlorure d'argent non transformé en argent métallique, se dissout, et l'image, bien lavée après ce traitement, ne risque plus de se transformer une fois abandonnée en pleine lumière ; ou, si elle subit une atteinte avec le temps, si elle tend à disparaître, cette détérioration ne tient plus à la même cause.
Nous venons de dire que lïmage est formée par de l'argent, métal peu stable, surtout à l'état si divisé : car
^ Voir au chapitre intitulé :
Impressions an sel d^argeiit.
l'argent subit facilement les effets de Toxydatiou et de la sulfuration des milieux dans lesquels il se trouve. De plus, rhyposulfite de soude, s'il en reste des traces, même infimes, contribue à détériorer les images et à les faire disparaître. L'humidité atmosphérique, les gaz de la combustion des flammes d'éclairage et des feux de chauffage sont autant d'ennemis des images photographiques aux sels d'argent. On a bien imaginé de les recouvrir d'or, substance inoxydable, et qui devait, évidemment, prolonger leur durée. Mais l'or réduit, déposé sur tous les points de l'image, et qui a pour effet de faire virer sa couleur première d'un ton sépia souvent peu agréable en un ton pourpre ou violacé, est aussi à l'état tellement divisé, qu'il subit l'action délétère de la plupart des agents de destruction que nous venons de citer, et cela est tellement vrai que si, avec un pinceau imprégné d'eau acidulée avec de l'acide azotique, nous tirons un trait sur une image non virée et sur une image virée à l'or, nous constaterons une détérioration, une disparition rapide des parties attaquées par l'acide dans les deux images.
Il est donc bien entendu que ce moyen ne doit être employé que pour des reproductions où la stabilité importe peu. D'ailleurs, il est long et coûteux : chaque exemplaire exige une insolation (exposition à la lumière) spéciale et l'on est ainsi à la merci du temps qu'il fait. — Si le temps est sombre, et suivant la saison, l'on ne peut obtenir, en opérant de la sorte, qu'un nombre très limité de copies. — On n'oubliera donc pas que ce procédé n'est ici indiqué que pour l'usage tout personnel et provisoire que l'on peut avoir à en faire, et non pour les reproductions vraiment industrielles dont nous allons parler.
Mais auparavant rappelons, pour mémoire, que pour
•itJ COURS DE KEPRODUCTIONS INDUSTRIELLES
obvier à l'absence de durée des images au sel d'argent, on a imaginé des procédés qui, tout en permettant de tirer un très petit nombre d'images ou de copies sans exiger des préparations préalables longues et délicates, fournissent des épreuves d'une durée assurée.
Le platine étant le métal le moins attaquable, sa résistance aux acides étant un fait reconnu, on a été conduit à essayer de former en platine pur. les mêmes images que l'on obtient en argent viré à l'or.
M. Willis, chimiste anglais , a parfaitement réussi dans cette voie, et l'on peut maintenant, étant donné un cliché négatif, le confier, à Paris, à M. StebbingS qui en tire, par le procédé Willis, dit platinotypie, autant d'épreuves que l'on peut désirer.
On trouvera, au chapitre spécial à la platinotypie, le moyen d'imprimer et de développer les images au platine.
Une matière bien connue et des plus répandues, et plus inaltérable encore que toute autre substance, c'est le charbon.
La matière colorante qui sert à former toutes les encres noires d'impression pour la typographie, la lithographie et la gravure, est du charbon finement divisé, réduit mécaniquement à l'état de poussière impalpable, ou obtenu à l'état de fleur de charbon, quand on le recueille sous la forme de noir de fumée.
Ce noir, broyé, malaxé avec un vernis gras, forme les encres d'impression plus ou moins belles, suivant que le noir employé est plus riche en matière colorante pour un même poids déterminé.
L'idée de former les images photographiques avec du charbon s'est présentée à l'esprit dès que l'on a reconnu
* Rue des Apennins, 27.
l'instabilité des impressions métalliques à base d'argent réduit. C'est à M. Poitevin que nous devons les principes théoriques et les premières applications des procédés qui ont conduit à l'obtention des épreuves photographiques directes à base de charbon.
Il a indiqué deux moyens qui produisent un même résultat.
Dans le premier de ses procédés d'impressions directes au charbon , il agit sur de la gélatine bichromatée ; dans le deuxième, il dépose de la poussière de charbon sur une surface où la lumière a rendu déliquescentes les parties d'un produit, ou mieux d'un mélange chimique déterminé, correspondant aux points plus ou moins translucides du cliché. — Examinons rapidement ces deux moyens si ingénieux de produire des images photographiques indélébiles.
Le principe qui sert de point de départ au premier procédé au charbon que nous avons à examiner, est celui-ci : de la gélatine, ou tous autres corps mucilagineux, tels que de la gomme, de l'albumine, du sucre, que l'on additionne d'un bichromate alcalin, c'est-à-dire d'un sel formé par de l'acide chromique et une base alcaline, telles que la soude, la potasse, l'ammoniaque, a la propriété de devenir insoluble dans les diverses parties où elle est frappée par les rayons lumineux, tandis qu'elle reste soluble dans celles qui n'ont subi aucune action lumineuse.
Il est facile de vérifier ce fait en plongeant, dans une solution de bichromate de potasse à 3 ou 4 p. 100 d'eau, une moitié d'une bande de gélatine, et laissant sécher après dans l'obscurité la partie bichromatée ; si Ton soumet cette bande de gélatine à l'action des rayons lumineux, pendant un certain temps, et qu'on la soumette ensuite à l'action de l'eau chaude, on remarquera
que la dissolution s'opère seulement là où la gélatine est restée hors du bichromate. L'autre portion résiste à l'eau chaude.
Si, maintenant, l'on veut bien réfléchir un instant, on comprendra que sur une couche de gélatine bichromatée sur laquelle la lumière agit en traversant les parties plus ou moins translucides d'un cliché photographique, la portion de la gélatine insolubilisée sera d'autant plus profonde, dans l'épaisseur de la couche, qu'elle correspondra à une partie plus claire du cliché. Là, au contraire, où l'opacité aura été suffisante pour arrêter les rayons lumineux, aucune modification n'aura été produite, et la gélatine conservera sa solubilité à partir de la surface même.
Ce fait reconnu, si nous ajoutons à la gélatine bichromatée une matière colorante, du noir finement broyé, par exemple, de l'encre de Chine, qui n'est autre chose que du charbon divisé à l'infini et aggloméré à l'aide d'une gomme, n'est-il pas évident que l'action de la lumière, en insolubilisant les parties diverses d'une couche de gélatine bichromatée et colorée, formera un dessin latent correspondant à celui du cliché ?
Le dessin demeurera à l'état latent, jusqu'au moment où la couche noire étant plongée dans de l'eau chaude, celle-ci enlèvera toutes les parties non atteintes par la lumière, les dissoudra, et il ne restera plus, sur le papier qui a servi de support, que l'image elle-même formée par une encre à base de charbon, par de l'encre de Chine proprement dite, liée par de la gélatine. (Voir le chapitre relatif au procédé au charbon.)
Le travail opératoire, dans le cas actuel, n'est pas plus long ni plus compliqué que pour les épreuves à base métallique. Il faut, à chaque impression, comme dans les premiers cas cités, une insolation spéciale et le trai-
tement à l'eau chaude remplace le fixage et le Yirage.
Mais , différence essentielle , on a , par ce dernier moyen, des épreuves d'une durabilité assurée, puisque le charbon résiste à toutes les actions destructives, puisque l'image n'a plus à craindre que deux dangers : l'eau et le feu. Mais il n'est, à ce point de vue, rien d'éternel. L'eau et le feu atteignent le support de l'image lui-même, le papier, et quand celui-ci est détruit, ou même altéré, l'image qu'il supporte s'en ressent nécessairement. On peut remplacer le charbon par des matières colorantes de diverses couleurs, du violet, du carmin, du bleu, du jaune, etc., et l'on aura des images de ces diverses couleurs, mais douées d'une stabilité variable, suivant le degré de persistance, de conservation des matières colorantes employées. Nous aurons lieu de nous occuper de cette question tout spécialement.
Le deuxième procédé de M. Poitevin, aux poudres colorantes, est plutôt applicable aux procédés qui conduisent à former des planches gravées pour des impressions multiples, et à des épreuves vitrifiées telles que les émaux, les photographies sur porcelaine, faïence, etc. Nous renverrons donc l'examen de ce procédé au moment même où il sera question de ses applications pratiques.
Pour en finir avec les tirages d'un nombre restreint d'images obtenues par insolations successives, nous citerons les reproductions directes par l'emploi du papier au ferro-prussiate de M. Audouin et de la maison Marion et du cyano-fer de la maison Pellet et C^^ * .
Pour utiliser ces moyens, on peut évidemment employer les clichés négatifs tels que nous les avons indiqués ; mais on peut aussi se servir des dessins originaux
' Voir les chapitres relatifs aux impressions au cjano-fer et au ferro^ prussiate.
oO COURS DE REPRODUCTIONS INDUSTRIELLES
formant clichés eux-mêmes. On a alors une impression renversée, à moins qu'on ait fait le dessin sur un papier très mince, comme du papier végétal, par exemple.
Dans ce cas, il faut surtout donner la préférence au dessin au tire-ligne ou à la plume, et n'user que d'une encre contenant une matière colorante anti-actinique, c'est-à-dire ne laissant pa.^ traverser les rayons lumineux.
Une infusion de curcuma, une décoction de safran, une dissolution concentrée de bichromate de potasse remplissent parfaitement cet objet.
Les traits noirs produits par l'encre de Chine non additionnée d'une matière colorante jaune, ne pourraient suffire à arrêter les rayons lumineux. L'image se reproduirait, mais avec peu de netteté; il y aurait une demiteinte, là où devrait se trouver un blanc pur. 11 est bon aussi de se rappeler que, lorsqu'on destine un dessin industriel à être reproduit de la sorte, il faut éviter de passer les teintes plates conventionnelles qui nuiraient à l'impression nette et complète du dessin lui-même. On en tire d'abord à l'état linéaire, avec lettres et toutes légendes explicatives à l'appui, autant d'épreuves qu'il est nécessaire, et puis, s'il y a lieu, on le termine par des teintes de couleurs diverses destinées, par exemple, à séparer distinctement le bois du fer, le cuivre rouge du cuivre jaune, etc.
Après une insolation suffisante du cliché ou de l'original contre le papier au ferro-prussiate, on met dans une bassine d'eau le papier sensible impressionné. L'image s'y développe bien vite et elle apparaît en traits blancs sur un fond' bleu (voir l'atlas). La matière colorante est du bleu de Prusse incorporé au papier. Ces images possèdent une grande puissance de durée.
Ce moyen de reproduction de certains dessins est bien
rxEPRODUCTinX \V TRAIT ET AV TOIXTILLÉ 31
simple, comme on le voit; il exclut l'emploi de n'importe quel produit chimique ; la manipulation est des plus faciles : un châssis-presse de la dimension convenable, un papier vendu tout prêt dans le commerce, et à des conditions de prix (9 fr. le rouleau de 0^\65 x 10™) très modérées, et de l'eau claire, c'est tout ce qu'il faut.
Mais il est vrai de dire que ce procédé n'est propre qu'aux dessins au trait. Ce sont les seuls, d'ailleurs, qui nous occupent en ce moment.
Pour obtenir des épreuves ayant les traits bleus sur fond blanc, il faudrait opérer avec un positif; mais il existe un procédé spécial à ce genre d'impression bleue sur blanc. C'est le procédé de MM. Pellet et C*% au papier cyano-fer.
Le dessin se produit sur fond blanc et toujours en bleu de Prusse. Ce procédé offre plus de complications que le précédent, parce qu'il nécessite l'emploi de trois bains distincts : le papier cyano-fer, suffisamment impressionné à travers le cliché direct, est plongé dans un bain de prussiate jaune à saturation, puis rincé à l'eau avec soin, et enfin immergé dans de l'eau acidulée d'acide chlorhydrique à 10 p. 100; après quoi il est relevé et mis à sécher.
L'effet obtenu est plus normal, il rend mieux celui de l'œuvre originale au lieu d'en être la contre-épreuve; mais nous le répétons, ce résultat ne s'obtient pas avec autant de facilité que pour le cas précédent, où un simple lavage à l'eau a permis de révéler l'image.
Les applications que l'on fait de l'un et de l'autre de ces deux moyens de reproduction sont considérables.
Avec le papier au. cyano-fer (papier Pellet), l'image reproduite étant semblable à l'image originale, et le papier étant revenu à l'état primitif avec son fond blanc, ce fond peut être teinté, annoté, corrigé, etc. Le prix di'
ce papier, tout préparé et d'une conservation illimitée, est de 1 franc la feuille grand-aigle.
Les épreuves obtenues, étant formées par du bleu de Prusse, sont absolument inaltérables. La rapidité est plus grande que par le papier au ferro-prussiate.
Nous pourrions encore indiquer une infinité d'autres moyens de ce genres Ainsi, du papier immergé dans une dissolution de nitrate d'uranium, exposé à la lumière et mis ensuite dans une faible dissolution de nitrate d'argent ou de chlorure d'or, puis lavé simplement à l'eau, donne des images brunes ou bleues douées aussi d'une certaine stabilité ; rien n'est difficile dans cette manipulation ; mais si nous entrions dans la voie d'indications de ce genre, nous sortirions des limites que nous nous sommes imposées ; il nous parait, d'ailleurs, très suffisant de ne nous occuper que des faits distincts les plus courants et d'une application facile ou tout au moins féconde.
On trouvera plus loin, d'ailleurs, la description d'autres méthodes d'im^pression ; car nous croyons intéressant de parler du Chromographe, du Papyrographe, du procédé de M. Artigue et d'un autre analogue, mais qui permet d'obtenir directement un positif au charbon à l'aide d'un positif original. Nous dirons aussi un mot du crayon voltaïque et de la plume électromagnétique d'Edison.
Mais passons d'abord aux procédés vraiment industriels pour reproduire les dessins au trait.
* Nous parlerons plus loin du procédé appliqué par M. Colas à l'aide duquel s'obtient la reproduction d'un dessin avec une matière colorante qui n'est autre que Tencre à écrire ordinaire.