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CHAPITRE IV

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES MOYENS DE REPRODUCTION DES OEUVRES D'ART AU TRAIT ET AU POINTILLÉ

(deuxième partie)

Sommaire : Les trois procédés de reproduction vraiment industrielle dont nous allons nous occuper sont : la phototypographie ; — la photolithographie qui comprend la photo typie et enfin la photogravure. — Ces procédés divers, bien que distincts, peuvent se combiner entre eux.

— En quoi consiste la phototypographie et quel est, dans cette application, le rôle de la photographie. — Description abrégée des opérations qu^implique la formation d'un cUché phototypographique. — Maisons principales qui pratiquent ce procédé. — Services qu'il rend aux publications illustrées. — On doit éviter l'emploi des papiers teintés pour exécuter les dessins destinés à une reproduction phototypographique.

— Le cuivre peut être substitué au zinc, mais l'exécution du cliché devient alors plus difficile.

Les procédés de reproduction vraiment industrielle dont nous allons nous occuper appartiennent aux trois genres d'impression différents qui sont : 1^ la phototypographie, c'est-à-dire la gravure en relief obtenue avec l'aide de la photographie ; 2^ la photolithographie, ou dessin sur pierre, obtenue par la photographie et la phototypie, et donnant des planches susceptibles d'être, les unes et les autres, imprimées comme le sont les lithographies dessinées sur pierre au crayon ou à l'encre lithographiques ; 3^ la photogravure ou planche gravée en creux (genre de gravure appelé taille-douce), toujours à l'aide de réserves créées par un moyen photographique.

Bien que ces divers procédés puissent se combiner, devenir les auxiliaires les uns des autres, nous allons les décrire d'abord isolément, et nous aurons, ensuite, l'occasion de montrer comment ils arrivent quelquefois à se grouper pour concourir ensemble à l'exécution d'un même résultat.

La photolitliographie , par exemple, sert souvent à l'exécution des travaux phototypographiques ; mais , pour le moment, nous ne parlerons que des phototypographies obtenues sans son secours ; puis, arrivés à la photolithographie, nous indiquerons, et son apport à la typographie, et son application à l'état de photolithographie directe. Ceci est dit pour établir, d'une façon bien nette, l'ordre de notre exposition, et pour que chaque procédé apparaisse bien clairement, dégagé de tout mélange avec des méthodes différentes ou similaires.

La phototypographie est, nous le répétons, Fart de reproduire un dessin au trait et au pointillé de façon à en faire une planche, un cliché typographique, c'est-àdire une planche d'impression dans laquelle les traits imprimant, ceux qui prennent l'encre des rouleaux pour la déposer sur le papier, sont en relief.

Chacun connaît ce genre de clichés désignés encore sous le nom de dois, lors même qu'ils ne sont que la reproduction galvanoplastique d'un bois préalablement gravé à la main, procédé dont nous aurons à nous occuper, ou bien un cliché métallique en relief obtenu à l'aide de la photographie.

Pour expliquer en quoi consistent les divers procédés de phototypographie, nous devons, avant tout, dire que le rôle, le seul rôle qu'y joue la photographie, consiste dans la formation, à la surface d'un métal, qui est le plus souvent du zinc, d'une réserve composée d'une matière

UEPHODUCTIUM AU TRAIT ET AU PULNTILLÉ 35

inattaquable par un acide faible et dont la disposition, à la surface de cette plaque métallique, est identique à celle du cliché obtenu d'après l'œuvre originale.

Les parties du métal recouvertes de cette réserve sont ainsi soustraites à l'action de l'acide, tandis que celui-ci attaque, ronge et creuse les parties découvertes. Une action plus ou moins prolongée de l'acide, étendu d'eau dans des proportions déterminées, permet d'obtenir des creux plus ou moins profonds, ou, pour nous servir d'une expression usitée en pareille matière, de produire une morsure plus ou moins marquée.

La méthode se résume donc en ceci : user d'ùne substance chimique, sensible à la lumière, et susceptible de devenir insoluble clans les endroits atteints par elle, tandis qu'elle demeure soluble dans un -liquide déterminé partout où elle n'a subi aucune action lumineuse.

Cette substance doit en même temps être capable de résister à l'action des acides employés à mordre le métal.

Il est diverses substances de ce genre; mais celle qui, jusqu'ici, a mérité la préférence, parce qu'elle est douée de la plus grande somme de résistance aux atteintes des acides, c'est le bitume de Judée en dissolution dans la benzine anhydre.

Bitume 3

Benzine anhydre 100

Ajouter quelques gouttes d'essence de citron pour accroître la sensibilité.

Ce vernis est étendu sur cette plaque en couche très mince et très uniforme, et* quand cette couverture est sèche, on l'impressionne à travers le négatif.

La lumière, traversant les traits transparents du cli-

ché, ya rendre insolubles les parties immédiatement correspondantes de la couche bitumée. — L'insolation étant suffisante, — ce que Ton voit facilement quand on a Thabitude de ce procédé, — il reste, ainsi que nous Tavons dit, à dissoudre tout le bitume demeuré à Tabri des atteintes de la lumière. Les dissolvants du bitume sont nombreux.

L'essence de lavande et Tessence de térébenthine sont les plus employées, la benzine elle-même pourrait encore servir ; mais son action est trop énergique. Bien que le bitume se trouve modifié par la lumière, il convient, lors du développement, c'est-à-dire, de la mise à nu du zinc partout où devra agir le mordant, de ne le traiter qu'avec modération pour ne pas entamer les fines tailles et pour conserver les traits les plus déliés du cliché négatif.

Quand l'action du dissolvant paraît suffisante, on l'arrête par un lavage copieux à l'eau ordinaire ; on laisse sécher et l'on soumet la plaque, qui porte alors le dessin bien complet, formé par le vernis de bitume se détachant sur un fond métaUique dégagé de tout voile, à une nouvelle insolation qui a la propriété de donner plus de dureté au bitume et d'accroître sa solidité lorsqu'on mettra la plaque au bain d'acide, c'est-à-dire lorsqu'on fera mordre.

Diverses maisons de Paris bien connues, telles que la maison veuve Gillot et fils, — Yves et Barret, — Lemercier, — Lefman, — Michelet, — Fernique et d'autres encore, pratiquent ce procédé qui tend à se généraliser de plus en plus.

Reprenons la marche du travail au moment où nous avons formé sur la plaque de zinc une image au bitume bien adhérente au métal. On augmente encore l'adhérence en chauff'ant légèrement cette plaque le bitume

pénétrant mieux ainsi dans les pores du zinc et s'y soudant plus fortement.

La plaque est alors immergée dans une cuvette en gutta contenant de Teau acidulée avec de Tacide azotique (eau-forte) à 2, 3 ou 5 p. 100 suivant la nature du travail. Il convient d'employer une acidulation très faible quand on traite un sujet d'une extrême délicatesse, et l'on peut agir avec un peu plus d'énergie quand le dessin ne contient pas de grandes finesses qu'une action trop vive détruirait.

La cuvette, ou le bain de morsure, doit sans cesse être animé, pendant l'action de l'acide, d'un mouvement de balancement, pour que le métal mordu se trouve toujours débarrassé des sels qui se forment, pendant le mordançage, par la combinaison de l'acide azotique avec le zinc.

Après une première morsure que l'on ne prolonge que jusqu'au moment où il s'est formé un creux appréciable au toucher, à peine visible, on sort la plaque, on l'essuie et on la pose sur une presse lithographique pour l'encrer avec un vernis gras qui ne prend, naturellement, que sur les parties recouvertes de bitume et déjà mises en relief.

Cela fait, on pose la planche sur une plaque en fonte de fer chauffée, par dessous, à une température assez élevée. La chaleur ramollit le vernis gras épais, posé sur les reliefs et le fait couler sur les deux parois de la taille en relief qui se trouve ainsi revêtue, à son tour, d'une couverture, d'un vernis protecteur contre l'action ultérieure du bain d'acide ; pour que ce vernis soit plus homogène et plus résistant on saupoudre la plaque de poudre de bitume qui adhère partout où est le corps gras.

On laisse refroidir, puis oh soumet à un nouveau

morclançage qui accroît le relief d'une quantité égale à la première. — Même opération encore d'encrage, de chauffage, de saupoudrage et ainsi de suite jusqu'au moment où le relief est suffisant.

Durant ces opérations successives on peut, par des réserves formées avec un vernis gras et placées artistiquement, arrêter l'action de l'acide dans les parties suffisamment attaquées et ménager ainsi, de proche en proche, les effets qui doivent le mieux concourir à la reproduction exacte de l'original. C'est là une question d'habileté et de goût, en dehors de l'action m^écanique elle-même, et qui est pour beaucoup dans la valeur des résultats.

Le même outil produit des œuvres plus ou moins bonnes, si automatique que soit son action, suivant qu'il est dirigé par des mains plus ou moins exercées.

Ces opérations successives peuvent aller de 6 à 9. — La résine et l'encre, en coulant sous l'influence de chaque chauffage, finissent par remplir, peu à peu, toutes les cavités les plus serrées, il ne reste plus à la fin que les grands espaces sans taille qui conservent le métal à nu et il n'y a alors aucun danger à terminer l'opération par un mordançage plus violent qui creusera beaucoup ces espaces larges, ainsi que le fait, pour ménager les blancs, un graveur créant à la main un cliché typographique sur bois.

Si simples en apparence que soient ces opérations diverses, elles exigent néanmoins une certaine habitude pratique de la part des opérateurs qui ont à les appliquer ; mais on reconnaîtra sans peine qu'il y a loin de la difficulté qu'elles peuvent présenter à celle des travaux de gravure directe.

Et l'on peut être convaincu d'avance que la main n'arriverait jamais à une semblable fidélité dans le rendu. La

copie faite par un artiste, môme à Taide du décalque le plus minutieux, n'égalerait jamais la reproduction photographique ; et, de plus, quelle minutie, que de temps précieux à perdre, pour reproduire à l'aide du burin, l'objet même le plus insignifiant, sans parler de ceux que l'on ne tenterait même pas de copier si l'on n'avait la photographie à sa disposition.

La plaque de zinc, une fois mordue à la profondeur voulue, doit être rognée à la dimension convenable, biseautée, clouée sur bois et souvent recreusée à la gouge dans les grands blancs pour éviter que les rouleaux, en fléchissant, n'atteignent le fond de ces parties vides de tailles en relief et ne le salissent au détriment de la propreté du tirage.

Quelques retouches au burin sont parfois nécessaires pour dégorger certains empâtements, pour donner de la netteté à certaines parties de l'image. Il est même rare que l'on puisse les éviter dans les travaux où abondent les hachures serrées , lorsque , surtout , les espaces vides se trouvent rétrécis considérablement, par une réduction au 1/4, au 1/6 et, souvent même, à une échelle bien moindre encore des dimensions de l'original.

Les applications de la zincographie, ou gravure sur zinc en relief, s'étendent à toutes les reproductions industrielles de dessins à la plume ou au crayon obtenues directement avec des traits ou des points, à la condition que ces dessins soient exécutés sur des fonds blancs ou très clairs.

Les papiers jaunâtres, bleutés ou teintés de n'importe quelle autre couleur ne permettent pas toujours au négatif d'avoir des traits d'un blanc très pur se détachant sur un fond bien opaque ; il en résulte une translucidité générale du fond du dessin dans le cliché et, par

suite, un voile léger de bitume sur toute la surface de la plaque.

Le métal n'est pas mis à nu et la morsure ne peut avoir lieu. — Il faut absolument réunir les deux conditions essentielles d'une netteté parfaite dans le dessin formé par le bitume et d'une propreté complète du zinc, dans toutes les parties qui correspondent au blanc du papier dans l'original.

On peut agir sur le cuivre tout comme l'on opère sur des plaques de zinc et obtenir, avec l'emploi du bitume de Judée, imprimé photographiquement, des reliefs sur cuivre.

L'emploi du cuivre est bien préférable au zinc quand l'on doit reproduire des sujets d'une très grande finesse comme des dessins d'objets vus au microscope, etc. Seulement il exige un bain plus chargé en acide et une habitude toute spéciale de l'usage de ce métal.

Le prix moyen de ces clichés typographiques est de 20 à 30 centimes le centimètre carré de la planche terminée, le spécimen de phototypographie qu'on peut voir dans l'Atlas donne une idée très exacte de ce mode d'impression et des résultats qu'il produit.

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