‹ Cours de reproductions industriellesChapitre 40 sur 75 · LITHOGRAPHIE AU CRAYON · texte numérisé non relu

LITHOGRAPHIE AU CRAYON

plus OU moins ombrées sont produites avec du blanc sur du noir.

C'est absolument comme si on travaillait à la craie blanche sur un fond noir pour rendre un dessin semblable à celui que l'on aurait exécuté en noir sur un fond blanc.

Ce genre de gravure est peu employé mais il produit des eifets que l'on obtiendrait plus difficilement par d'autres moyens.

Lithographie au crayon. — A l'occasion des moyens de reproduction des sujets au trait ou au pointillé, nous avons indiqué la lithographie à la plume. Ce moyen ne saurait s'appliquer aux impressions sur pierres modelées avec des teintes continues, et il faut remplacer alors la plume par un crayon gras dit crayon lithographique,

La pierre, au lieu d'être poncée, est au contraire grenée, de manière à présenter une surface analogue à celle du papier Wattman à dessin. Le crayon gras, promené sur cette surface, n'en remplit pas les creux, et l'on travaille sur la pierre comme sur le papier avec du fusain ou du crayon Conté.

L'épreuve lithographique, bien que d'un aspect régulièrement grenù, n'en présente pas moins des teintes continues. La valeur de ces reproductions dépend naturellement de l'habileté de l'artiste qui les exécute et aussi des soins apportés à l'impression.

Comme dans les cas de la gravure, il y a ici toujours interprétation et l'œuvre reproduite ne peut jamais être identiquement semblable à l'original.

Papier Angerer. — On peut, au lieu de dessiner sur la pierre, tracer et modeler le dessin avec un crayon gras sur un papier dont la surface est grenue.

Le crayon ne pénètre pas jusqu'au fond des cavités et il ne prend que sur le sommet des granulations. L'on a ainsi un dessin analogue à celui qui se produit sur une pierre lithographique grenée.

Le dessin achevé sur ce papier, connu dans le commerce sous le nom de papier Angerer, on en effectue le report sur pierre lithographique d'où on peut en faire un tirage immédiat.

Mais le plus souvent on le reporte sur zinc et on le traite par le procédé de gravure chimique indiqué plus haut et désigné sous le nom de gillotage. L'on peut ainsi, à l'aide d'un dessin ombré au crayon, réaliser une gravure en relief ou cliché typographique susceptible de donner au tirage des épreuves à demi-teintes.

Il y a des papiers Angerer de plusieurs numéros, c'està-dire granulés plus ou moins fortement : l'on choisit la granulation du degré le plus convenable au sujet à traiter.

Papier Gillot. — M. GîUot a imaginé un papier propre aux dessins que Ton veut modeler au crayon et dont il est ensuite possible d'exécuter un cliché typographique.

Ce papier est d'abord recouvert d'un enduit blanc, il est couché, puis, à l'aide d'une plaque d'acier sur laquelle on a gravé un grisé formé par des lignes parallèles très rapprochées les unes des autres — il y en a trois environ au millimètre — on gaufre le papier par pression de manière à obtenir la contre-épreuve de la plaque gravée, soit une série de sillons parallèles et d'une profondeur d'environ 1/4 de millimètre.

Avant de procéder à ce gaufrage et dans le sens croisant à angle droit les lignes gaufrées, on a imprimé un grisé de lignes noires ayant la môme disposition, c'est-à-

(tKAVURE HÉLlOijRAPHIQUK 240

dire parallèles entre elles et placées à une distance égale les unes des autres.

L'on a donc deux séries de lignes : les unes noires et les autres coupant les noires à angle droit et formées par des sillons creusés dans la matière qui constitue la couche dont est recouvert le papier.

L'on dessine sur ce papier comme sur du papier blanc. Partout où Ton a des blancs purs à ménager on gratte le papier avec un grattoir pour en faire disparaître le réseau des lignes noires et des lignes creuses. Là où des demi-teintes sont nécessaires, on appuie plus ou moins avec le crayon qui n'atteint pas la profondeur des sillons et l'on obtient un réseau blanc et noir plus ou moins serré. Enfin, là où il faut des noirs purs, on remplit les creux avec de l'encre de Chine.

De cette façon l'on obtient un dessin à demi-teintes à peu près continues que l'on reproduit à la chambre noire pour en avoir un cliché négatif. Ce négatif, réduit ou augmenté suivant les cas, sert à imprimer une planche de zinc bitumée que Ton traite ensuite par les procédés précédemment décrits de zincographie et de gillotage. (Voir la première partie.)

Procédé de smiUigravure de M, C. Petit, — M. C. Petit a imaginé un procédé de gravure ayant pour objet la mise au trait de ce qui est en demi-teinte dans une photographie pour pouvoir ensuite mettre en relief typographique la demi-teinte transformée en dessin au trait. Il a appelé son procédé smiUigravure.

Dans le cas actuel, l'on n'a plus à dessiner. Toute l'opération s'exécute à l'aide d'un cUché photographique négatif à demi-teintes continues dont l'on obtient avec de la gélatine bichromatée une reproduction ayant des

creux et des reliefs proportionnellement aux blancs, aux demi-teintes et aux noirs.

Ce bas-relief en gélatine est comprimé sur une matière plastique comme de la cire blanche durcie. Puis Ton place cette empreinte, qui est la contre-épreuve de la gélatine sous une machine à griser, munie d'un outil taillé en forme de V, ce qui lui permet, suivant sa pénétration dans un corps quelconque, de donner des traits plus ou moins larges à mesure qu'il y pénétrera plus ou moins ; si ce corps est blanc et sa surface noire, l'outil en V donnera, suivant sa pénétration, des traits blancs plus ou moins larges sur fond noir.

Si, au lieu de faire pénétrer l'outil mobile à divers profondeurs, on le fixe aune hauteur donnée, et si la surface à graver est ondulée, chaque ondulation en relief sera touchée par l'outil, chaque ondulation en creux sera épargnée à des degrés variables en raison de la profondeur du creux.

L'empreinte de la gélatine ayant donc été prise par de la cire parfaitement blanche, puis noircie à la plombagine après la compression, on n'a plus qu'à la placer sous la machine à raboter ou à griser en réglant l'outil de façon qu'il épargne les grands creux du moulage, réglant aussi la proximité de chaque passe par rapport à la précédente.

Ce principe reconnu vrai, M. Petit a imaginé encore, pour améliorer son procédé au point de vue industriel, de renverser les opérations, de graver la surface de la cire encore blanche, puis de noircir la surface de la gélatine et de la mouler sur cette cire gravée. Remplaçant la cire par du papier gaufré par des lignes parallèles, comme Test celui de M. Gillot, dont nous avons parlé plus haut, il a pu obtenir un même résultat et en ce cas sans avoir à employer la machine à graver.

ORAVURE HÉLIOaRAPHIQUE 251

Le résultat obtenu par cette première opération fournit une image à traits ou points noirs et blancs dont on fait un cliché photographique pour en tirer ensuite un cliché typographique par le procédé de gillotage habituel.

Grâce à ce moyen, Ton transforme ayec asse^ de fidélité une image photographique, modelée par des demiteintes, en un cliché typographique susceptible d'être intercalé dans les caractères et imprimé avec le texte.

On trouvera dans l'atlas de planches^ annexé à cet ouvrage, un dessin exécuté par ce procédé vraiment ingénieux.

Procédé de gravure en taille-douce de M. Qarnier, — M. Garnier a imaginé un procédé de gravure en tailledouce à demi-teintes continues qui est actuellement exploité par la maison Dujardin.

Ce procédé n'ayant pas été décrit, nous devons nous tenir sur la réserve au sujet de la façon dont on^ obtient la planche gravée.

Il nous paraît y être fait application du procédé de Talbot avec de la gélatine bichromatée ou du procédé aux poudres, la morsure étant produite sur le cuivre par du perchlorure de fer. En somme, la réserve serait formée, par exemple, par de la gomme bichromatée. L'image, après insolation (voir à la sixième partie les Émauco)\ serait développée avec une poudre très fine, du bitume de Judée réduit à Fétat de poussière impalpable, et, enfin, la surface, ainsi traitée, soumise à du perchlorure de fer qui, ne pénétrant qu'à travers les endroits peu ou pas attaqués par la lumière, va mordre lé cuivre et le creuser dans ces endroits, les autres parties étant préservées par le bitume; il faut évidemment se servir d'un positif pour impressionner reijduit sensible bichromaté.

Avec de la gélatine bicliromatée, puis insolée, encrée à l'encre grasse et saupoudrée de résine dans les parties encrées, on arriverait à produire un effet analogue, mais moins rapidement.

Ces planches donnent le modelé avec un grain très fin, ce qui produit Taspect d'un modelé à teintes continues. Voir à Fatlas une planche imprimée par le procédé Garnier.

Procédé de M. Rousseloyi, — Un autre procédé, exploité avec un très grand succès par la maison Goupil et C'^, est celui de M. Rousselon.

Le principe de la formation de la planche est essentiellement différent de celui qui précède.

On insole une couche de gélatine bichromatée à travers un négatif, puis on la lave à l'eau. L'image, après ce lavage et lorsque la gélatine est sèche, apparaît comme formée par un grain plus ou moins marqué, suivant que les ombres sont plus ou moins fortes. On dirait une image formée sur du verre par un dépoli plus ou moins prononcé.

Cette gélatine est comprimée fortement contre une feuille métallique qui prend l'empreinte de l'image formée à sa surface. Cette empreinte, convenablement préparée, sert de moule sur lequel on opère un dépôt galvanique de cuivre. Dès que l'épaisseur du cuivre déposé est suffisante on termine la planche par un nettoyage souvent nécessaire et aussi par quelques retouches, s'il y a lieu, et Ton a une planche gravée en taille-douce susceptible, si elle est aciérée, de fournir au tirage un grand nombre d'épreuves du fini le plus parfait. Ce procédé a tait ses preuves d une façon éclatante, il s'applique à de très grandes planches et il donne mieux qu'aucun autre mode de gravure de cette sorte.

(jKAVuKE HELIOOKAPHIQUE 253

On pourra en juger en comparant, dans l'atlas, la plioto-graYure de M. Goupil avec FépreuYe pliotoglyptique du même sujet. Nous avons ménagé ce rapprochement à dessein pour qu'on puisse acquérir la certitude que ce procédé de plioto-gravure ne fait rien perdre à l'image photographique de sa finesse et de son exactitude.

Photo-gravure du major Waterhouse. — Nous nous trouvons ici en présence d'un autre procédé permettant, à l'aide d'un grain artificiel, d'obtenir une planche gravée en taille-douce d'après une reproduction photographique.

Le major Waterhouse a eu la pensée heureuse de tirer une épreuve positive au charbon, à la surface d'un bain de cuivre argenté, puis, quand l'image formée par de la gélatine, est encore moite il la recouvre d'un sable régulier, du sable de mer criblé convient très bien à cet usage.

Seulement tous les grains doivent être enduits de cire pour ne pas être retenus par la gélatine.

Suivant que le relief de l'image est plus ou moins marqué, les granulations produites par le sable sont plus ou moins profondes, on laisse bien sécher, puis avec une brosse on nettoie l'image qui ne doit retenir aucun grain de sable. Elle demeure grenue dans une proportion qui varie avec l'intensité des ombres.

On prend alors une empreinte de sa surface, empreinte que l'on métallisé avec de la plombagine et que l'on soumet à la pile galvanique.

Les planches gravées qui résultent de cette méthode sont surtout convenables aux sujets où il y a des teintes assez soutenues. Il serait difficile d'en user avec succès

pour des sujets où abondent les demi-teintes fines et douces.

Ces photogravures sont toutes en creux ou en tailledouce, on n'est pas arrivé encore à produire des planches aussi finement modelées que celles-la et dont le tirage aurait lieu sur des reliefs. Ce problème est difficile à résoudre, mais il se peut qu'on y parvienne si Ton remplace les creux et les reliefs par des planches planes où les blancs seraient réservés par suite d'une affinité pour l'eau tandis que les noirs seuls recevraient le corps gras.

Des essais dans cette voie ont été tentés par nous, mais ils ne sont pas encore arrivés à ce degré d'application sérieusement industrielle qui seule nous permettrait de recommander ce procédé.

Ce que nous en avons obtenu nous donne le droit de croire, pourtant, qu'il y a dans cette voie une solution possible et nous nous promettons de nous en occuper quand nos divers travaux nous absorberont moins. Il s'agit, on l'a compris, d'une combinaison mixte de tirages typographiques et photo typiques.

Page 1