CHAPITRE XiV
REPRODUCTION A L'ÉTAT MONOCHROME DES OBJETS ET DES OEUVRES d'art POLYCHROMES A TEINTES CONTINUES.
Sommaire : Différence d'actions produite par les rayons de couleurs diverses, — Moyen de remédier à ces causes d'erreur. — Rapidité de l'impression. — Etude de la reproduction d''une bande spectrale. — Cliché au gélatino-bromure.
Tout ce que nous venons de dire dans le chapitre précédent s'applique également à la catégorie de reproductions qui fait Fobjet de cette troisième partie, la seule différence est que nous nous trouvons ici en présence d'objets polychromes.
Tous les procédés précédemment décrits pour les reproductions avec teintes continues sont applicables à cette catégorie et nous n'avons à signaler que des particularités relatives à la façon dont les procédés de reproduction photographique se comportent suivant la couleur des objets à reproduire.
Quand un sujet est blanc et noir aucune dii'flculté de reproduction n'existe et Ton est certain d'en faire un véritable fac-similé, mais quand il est formé par diverses couleurs il est nécessaire de compter avec le pouvoir refléchissant de ces couleurs.
L'on doit donc savoir que le blanc, le violet, le bleu, le carmin, donnent à peu près la contre-valeur de leui' luminosité, mais il n'en est pas de même du rouge vermillon, du jaune, du rouge orangé, du vert qui reflé-
chissant moins de rayons lumineux dans un même laps de temps, produisent sur la plaque sensible un effet plus sombre qu'il ne devrait Tétre par rapport à la valeur relative de leur éclat apparent.
Du rouge, du jaune très lumineux pour notre œil et qu'un graveur rendrait par des teintes plus ou moins légères seront rendus photographiquement par des valeurs bien plus sombres.
Il est un remède à cela, c'est de monochromiser Tobjet à reproduire en interposant entre lui et l'objectif, ou bien encore entre l'objectif et la plaque sensible une lame colorée en jaune orangé, par exemple, seulement la durée de l'exposition s'en accroît considérablement; on peut aussi surexposer la plaque pour donner aux couleurs les plus réfractaires le temps de s'imprimer pendant que celles qui sont plus réfléchissantes ont déjà imprimé leur action, et même, produit sur la couche un effet de teinte brûlée qui conduit dans ces parties-là à plus de transparence et d'harmonie, mais ce remède n'est que relatif car en surexposant trop on court le risque d'avoir un voile général par l'effet de la lumière diffuse.
On a conseillé bien des matières diverses à introduire dans les couches sensibles, telles que l'Éosine et d'autres de cette famille, mais nous doutons que l'on arrive ainsi au résultat désiré.
A notre avis, tout le remède gît dans la rapidité des poses, plus courte est la pose et moins grande est la différence qui peut exister entre les effets divers produits par les colorations diverses et le résultat se rapproche alors de ce que ferait un dessinateur ayant à rendre un tableau ou un sujet de la nature avec du blanc et du noir.
L'on a alors une sorte de grisaille mais cependant avec plus de vigueur et de contraste que n'en donnerait une simple grisaille.
En surexposant un peu, de façon à tout faire venir sans tenir compte de ce qui peut venir trop, et en renforçant ensuite le cliché surexposé, l'on arrive à reproduire des verdures comme si elles étaient blanches et noires.
C'est donc dans l'emploi convenable des couches au gélatino-bromure ou autres qu'il faut chercher à corriger les inégalités d'action que produisent les rayons diversement colorés ; en s'étudiant à reproduire une bande spectrale, on parviendrait bien vite à préciser exactement dans quel rapport il y a lieu de surexposer pour ne pas tomber dans un excès nuisible aux résultats, il y a même certaines combinaisons des sels haloïdes d'argent qui permettent d'arriver mieux encore que si l'on emploie la première formule venue. Nous conseillons donc de ne pas travailler au hasard et de n'employer, en faisant des essais de ce genre, que des combinaisons bien connues afin de pouvoir juger à laquelle on peut s'arrêter avec une plus grande chance de succès.
Nous renvoyons donc au chapitre du cliché pour qu'on y trouve les notions relatives à la composition d'une émulsion rapide au gélatino-bromure pouvant, mieux qu'aucun coUodion, donner des clichés avec des valeurs de luminosité à peu près semblables à celles qui affectent le sens de notre vision.
Pour tout le reste on doit agir, en ce qui concerne les reproductions spéciales à cette troisième partie, ainsi qu'il a été dit dans la deuxième partie.