‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 10 sur 40 · CHEVAL DE CARROSSE · texte numérisé non relu

CHEVAL DE CARROSSE

^ Le cheval de carrosse était inconnu il y a trois cents ans, il s est créé peu à peu du cheval abandonné par la grosse cava-

I rie, et (le celui destiné aux travaux de la campagne, à la somme et aux litières ; il y a cinquante ans, un cheval de carrosse était spécialement consacré au tirage et tenait le milieu entre le cheval de selle et le cheval de trait ; voici le portrait qiden donne la Guérinière :

« La taille ordinaire d’un beau cheval de carrosse est depuis cinq pieds jusqu’à cinq pieds trois ou quatre pouces. Il doit cire bien moulé et fort relevé du devant; quand même il aurait le rein un peu bas (ce qui serait un défaut pour un cheval de selle), il ii’en paraîtrait que plus relevé du devant au car- •rosse. Il doit être traversé et assez plein de corps pour n’être point efllanqué par le travail. 11 ne faut pourtant pas qu’il soit trop chargé d’épaules, ni qu’il ait la poitrine trop large. C'est, pour le cheval de charrette, une qualité qui le fait mieux donner dans le collier, mais c’est un grand défaut dans les chevaux de carrosse, qui doivent avoir l’épaule plate et mouvante, pour pouvoir trotter librement et avec grâce. Il ne doit être ni trop long ni trop court. Ceux qui sont trop courts ont ordinairement la mauvaise habitude de forger, et ceux qui sont trop longs se bercent pour la plupart et vont sur les mors, n’ayaut pas assez de rein pour se soutenir. Un cheval de carrosse doit avoir la jambe belle, plate et large, et l’os du canon un peu gros; surtout les pieds excellents : le moindre accident aux pieds est un grand défaut, qui le fait bientôt boiter, parce qu’il ne peut p.as soutenir longtemps la dureté du pavé. Il faut encore bien prendre garde aux jarrets ; les chevaux de carrosse sont plus sujets à les avoir défectueux que les chevaux de légère taille, parce que la plupart sont élevés dans des pâturages gras, qui engendrent beaucoup d’humeurs, lesquelles tombent sur les jarrets et sur les jambes ; le boulet trop (lexible est encore un grand défaut, qui empêche un cheval de carrosse de reculer et de retenir dans les descentes. »

Tel était, messieurs, le cheval de carrosse du temps de Bourgelot, et c’était, il faut le dire, la belle époque, car, (pioique le nombre s’en soit considérablement augmenté depuis par suite de l’abandon du cheval de selle, c’était alors qu'on en faisait, à proprement parler, une race spéciale. Les chevaux français les plus renommés pour le carros.se étaient tirés de la Normandie; on en distinguait plusieurs variétés, les chevaux

de la race noire du Cotentin, les chevaux du sacre, ainsi appelés parce qu’ils étaient consacrés aux sacres des rois et aux cérémonies publiques. Ces chevaux étaient gris, d’une belle taille et d’une magnifique encolure. Enfin, il y avait les chevaux carrossiers bais, qui tenaient du cheval danois, que l’on faisait venir en abondance du Danemark pour croiser les races françaises.

Ce cheval était celui de l’époque; mais, depuis, les choses ont bien changé, les voitures sont devenues de plus en plus légères, et l’on attelle maintenant des chevaux qui eussent autrefois été consacrés uniquement à la selle, même des chevaux de pur sang et des petits poneys ; en effet, le tirage d’une voiture légère sur une belle route n’exige point cette pesanteur d’avant-raain que l’on recherche pour le cheval de tirage; un rein court, une tête légère, des épaules bien couchées, toutes qualités indispensables au cheval de selle, sont nécessaires maintenant chez le cheval de voiture; aussi ces deux espèces doivent-elles se confondre dans les habitudes de l’avenir, ainsi que cela a lieu en Angleterre, en Allemagne, en Russie et en Italie. Il viendra une époque, et cette époque est même déjà venue, où l’on ne. donnera plus l’appellation de cheval de carrosse à un cheval d’une conformation particulière, mais seulement aux chevaux les plus forts dans la catégorie des chevaux employés au service de luxe. Du reste, c’est un préjugé de croire que le cheval de selle ne peut être attelé qu’aux dépens de son organisation et du brillant de ses allures. Toute la question est de ne pas en abuser et de ne pas lui faire tirer un poids trop lourd. Un cheval, même très-fin et très-bien rais, peut être attelé sans qu’il en résulte aucun inconvénient, en prenant les précautions convenables. J’ai vu le vieux Franconi faire atteler à ses fourgons les chevaux de haute école les plus précieux ; il prétendait que cela les empêchait de se tourmenter en route, et qu’un léger travail de ce genre ne pouvait qu’être avantageux pour la fermeté de leurs allures.

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