‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 17 sur 40 · CRÉATION DES RACES ET DBS ESPÈCES. — DE LA CONSANGDINITÉ OU DE · texte numérisé non relu

CRÉATION DES RACES ET DBS ESPÈCES. — DE LA CONSANGDINITÉ OU DE

l’accouplement in-and-in. — des appareillesients. — des croisements.

— des ABATARDISSEMENTS. DES CHEVAUX DE REPRODUCTION.

Nous avons vu, messieurs, dans la première division, ce que l’on entendait par race et espèce en langage hippique; mais, avant de vous parler de leur création, il est à propos de vous rappeler cette définition. La race, c’est le résultat des influences naturelles; l’espèce, c’est le résultat des influences artificielles. Voilà ce que nous avons dit. Cependant il ne faudrait pas en conclure qu’il suffirait pour former une race de placer un cheval et une jument dans une localité quelconque, et que les produits seront immédiatement transformés en races du pays. On conçoit d’abord qu’il faille un temps matériel plus ou moins long pour opérer cette transformation, selon que la conformation, la taille, le sang des auteurs transplantés différera plus sensiblement du type local; ensuite, comme dans l’état de civilisation où nous sommes le cheval n’est jamais entièrement et uniquement livré aux influences naturelles, il en résulte que la transformation ne peut jamais être complète. Enfin, il y a des conformations si opposées à celles que la nature

assigne au cheval de tel ou tel climat, qu'il est facile de concevoir qu’une race ne puisse jamais les dépouiller entièrement, surtout lorsqu’il s’agit d’une conformation défectueuse. Je vous ai déjà cité cet exemple d’un cheval de trait commun reporté en Arabie, et qui jamais ne redonnerait un cheval type arabe dans sa descendance.

Une race est d’autant plus longtemps à se former, que les types qui y sont employés différeront davantage du milieu auquel ils sont soumis. Ainsi, une race de chevaux légers, transportée dans un pays bas et humide, sera plusieurs générations avant d’arriver à l’amplitude de formes des races du pays, et une race de chevaux flamands, transportée dans un pays montagneux et dans un climat chaud, sera longtemps avant de prendre la conformation légère et la taille svelte qui sont l’apanage des chevaux de ces localités. Toutefois, dans le premier cas, on pourra espérer d’arriver à une bonne amélioration ; tandis que dans le second on n’arrivera jamais à une conformation régulière et à une bonne organisation, à moins que les soins hygiéniques et les croisements ne viennent s’en mêler; mais nous ne raisonnerons ici que dans l’hypothèse de l’accouplement m-and-in, ou des races par elles-mêmes.

Il résulte de ceci, messieurs, que dans la formation d’une race il faut toujours s’attacher à choisir les types les plus semblables à ceux de la race du pays, ou, a leur défaut, plutôt des types orientaux et parfaits dans leur conformation que des types occidentaux, surtout s’ils sont entachés, à quelque degré que ce soit, de dégénération ou de défectuosité.

Du reste, messieurs, la création des races, en se reportant à la définition que nous avons donnée du mot race , est une hypothèse ; car nulle part, comme je viens de vous le dire, le cheval n’est abandonné aux soins uniques de la nature; partout la nourriture, l’hygiène, le travail, lui imposent des modifications différentes : il est donc impossible de traiter à fond de la création des races sans y joindre la création des espèces. Rendons ceci sensible par un exemple.

Si le pays seul donnait au cheval un cachet indélébile, tous les chevaux d’un pays se ressembleraient ; ainsi, on trouverait dans chaque localité le même cheval partout, pourvu qu’il y fût né et qu’il y eût été nourri ; mais il est loin d’en être ainsi :

non-seiilement on trouve dans les chevaux d’un même pays de grandes différences de types et de conformation, à cause des croisements fréquents et des introductions de races et d’espèces nouvelles, mais encore en voit quelquefois dans la même localité se propager, l’une à côté de l’autre, deux ou plusieurs variétés de chevaux toutes différentes et qui semblent contredire en tout point l’opinion que nous avons suivie du retour au type local par la suite des générations. Ainsi, dans le Cotentin, pays gras et herbu, on élevait naguère deux races de chevaux bien distinctes, se reproduisant à peu près toujours par elles-mêmes, et cependant différant essentiellement de conformation et d’aptitude: l’une était cette belle et gracieuse race carrossière aux formes majestueuses, aux contours arrondis, à la tête busquée et au rein un peu long, qui fit longtemps la réputation de ce pays ; l’autre était cette race de chevaux de pas relevé, dits bidets d’allure, à la tête carrée, aux formes anguleuses, à la haute poitrine et aux membres forts et énergiques, ayant, pour tout dire, beaucoup de points de ressemblance avec le fort cheval de chasse anglais. Cependant ces deux espèces si contraires se continuaient parallèlement dans les mêmes pâturages et chez les mêmes éleveurs, c’est-à-dire sous les mêmes influences naturelles; mais voyons un peu si leur hygiène et leur service étaient les mêmes. Le carrossier d’abord, destiné aux voitures de luxe, n’était assujetti à aucun travail; les mères, abandonnées avec les bœufs, ne rentraient jamais à l’écurie hiver comme été et ne mangeaient que l’herbe grasse et succulente des prairies ; elles n’étaient soumises à aucun exercice; de là cette ampleur lymphatique et cette absence de muscles et d’énergie dans leur constitution. De leur côté, les étalons pris dans la même espèce ou dans des espèces analogues, élevées sans travail, ne pouvaient que continuer les prédispositions et la conformation de la mère: c’était bien là le cheval du pays, sans aucune tentative de l’homme pour le modifier ou l’altérer, si ce n’est par quelques croisements étrangers, mais dont les types, ayant toujours la plus grande affinité avec ceux du pays, n’y apportaient que peu de modifications. Aussi cette race, quoique douée d’un bon tempérament qu’elle devait au climat de la contrée, passait-elle pour peu énergique, et n’était-elle propre à un bon et

utile service qu’après plusieurs années de soins, de travail et de nourriture tonique.

Le bidet d’allure, de son côté, était soumis à un tout autre régime ; ces chevaux, voués au service de la selle, loin d’être abandonnés oisifs dans un gras pâturage, avaient été soumis dès leur jeune âge aux plus rudes travaux. Les étalons et les cavales n’étaient livrés à la reproduction que lorsqu’ils en avaient acquis le droit par de longs et pénibles voyages, constamment en entraînement (mot inconnu alors dans la langue, mais fort connu de tous les temps dans la pratique), nourris de substances toniques, vivant plus souvent à l’écurie, surtout dans les temps humides; leur organisation était musculeuse et sèche, leur tempérament énergique, leur conformation apte à supporter toutes les fatigues; on voyait souvent ces excellents chevaux effectuer des voyages de cent vingt à cent cinquante kilomètres tout d’une traite et plusieurs jours de suite; ils accomplissaient ainsi des tâches qui sembleraient dignes des contes orientaux.

Le travail, la nourriture, l’écurie, modifiaient l’influence de la nature au point d’en faire deux espèces toutes différentes, mais toutefois se ressemblant par l’ampleur des formes, la taille et la bonne constitution qu’elles devaient toutes deux à une contrée privilégiée sous ce rapport.

C’est le même phénomène que nous voyons se reproduire en Angleterre, lorsqu’à côté de la forte cavale du Yorkshire ou du Cleveland nous voyons naître et se propager l’espèce de pur sang, qui, beaucoup plus encore que celle dont nous parlons, doit à des soins spéciaux et à un travail particulier le maintien de sa conformation et de ses aptitudes, sans parler de la fixité plus ou moins contestée du sang qui la fait naître. Enfin, nous voyons se reproduire le même antagonisme, sous un autre point de vue, dans ces contrées peu favorisées pour l’élève du cheval, où le pauvre cultivateur, obligé d’abandonner les siens à la seule influence du climat et à la seule nourriture des champs, ne possédera qu’une race petite et mal conformée; tandis que le riche éleveur, avec des soins convenables et une abondante nourriture, entretient une race de taille élevée et d’une conformation régulière et vigoureuse.

Voyons maintenant la création des espèces. — Les espèces

sont le résultat des besoins et des soins artificiels de l’homme, les habitudes du service qui est demandé au cheval et la volonté de l’éleveur tendant à le perfectionner de plus en plus dans le but du profit qu’il en retire; et remarquez bien, messieurs, que ce perfectionnement, ainsi subordonné, peut devenir une véritable dégénération, principalement quand il s’agit du cheval de peu de valeur, mais dont cependant le débouché se trouve facilement. C’est ce qui a lieu trop souvent dans l’élevage de ces chevaux destinés au service, des postes, des diligences et même de la guerre. Comme ces animaux, qui ne seront payés en moyenne que quatre ou cinq cents francs, ne pourraient pas défrayer l’éleveur sans payer leur nourriture par leur travail, on choisit des types communs, aux formes épaisses et massives, qui peuvent facilement travailler de jeune âge sans surcroît de nourriture ; on entretient ainsi à peu de frais, dans des pays souvent très-aptes à fournir de bons et beaux chevaux, une espèce médiocre, pour cela seul qu’elle est plus profitable et offre moins de chances de pertes qu’une espèce plus distinguée.

On voit, par la formation de l’espèce de pur sang que l’on élève maintenant, à divers degrés, presque par toute la terre, jusqu’où va la puissance de l’homme à combattre et à modifier les influences naturelles ; mais, ainsi que nous l’avons dit plusieurs fois, ces influences ne se combattent jamais absolument en vain, et il est utile de leur faire de nombreuses concessions; sans cela les éleveurs, après d’énormes sacrifices, verraient encore qu’ils n’ont rien fait.

Les races et les espèces se créent donc par la combinaison des soins de la nature et de ceux de l’homme ; c’est à l’éleveur à se conformer, dans le choix des types qu’il veut adopter, aux aptitudes du pays et aux besoins de son époque.

De la consanguinité.

La consanguinité, ou accouplement in-and-in, est l’alliance de deux individus de même famille à un degré très-rapproché. Toutefois l’expression d’accouplement in-and-in, ou en dedans, semble avoir un sens plus étendu, plus général, et s’applique il l’appareillement d’une grande famille ou d’une race entre elle, dont les sujets peuvent être d’une parenté très-éloignée, quoique tenant à une souche commune aussi; par exemple, l’accouplement entre des individus de pur sang sera toujours m-and-m; mais on peut éviter la consanguinité: voilà la nuance. L’expression de consanguinité s’entend, en effet, de l’alliance entre individus d’une parentée rapprochée, comme le père et la fille, le frère et la sœur,' un fils de sœur ou de frère, etc. Dans ces termes, la consanguinité est généralement repoussée par les hippiatres. Les auteurs anciens avaient même prétendu que les chevaux avaient horreur de l’inceste ; c’est l’opinion de Varron, de Virgile et de la plupart des auteurs anciens. A leur exemple, Buffon et Bourgelat, qui se sont souvent inspirés des doctrines de l’antiquité, ont proscrit les unions incestueuses. Cette théorie est maintenant généralement admise ; cependant il faut convenir que quelques faits particuliers ont paru donner raison à l’opinion contraire, et que les Anglais et les Arabes ont souvent mis en pratique la consanguinité. Quant aux premiers, cependant, j’ignore si des faits positifs viennent confirmer ce que l’on avance à cet égard; mais je m’étonnerais peu, pour les seconds, que dans la patrie par excellence du cheval, où la race est aussi ancienne que le monde et, par conséquent, aussi fermement fixée qu’elle peut l’être, le croisement consanguin ait moins d’inconvénients qu’ailleurs, surtout quand il n’est qu’accidentel et passager.

En Angleterre, des essais ont été faits sur la race pure, qui, procédant directement de la race orientale, devait aussi peutêtre en ressentir de moins mauvais effets. C’est ainsi qu’en remontant un peu haut dans les généalogies des chevaux de

pur sang, nous y trouvons de nombreux exemples de consanguinité; on ne peut même douter que cette alliance, souvent, n’ait pas été faite dans un but déterminé, pour accroître certaines propensions auxquelles la famille semble être assujettie.

Le duc de Newcastle, qui, comme vous le savez, messieurs, est un des premiers auteurs qui aient consacré dans leurs écrits la doctrine du pur sang et des croisements, adopte la consanguinité dans certains cas. Voici ce qu’il dit à cet égard :

« L’étalon pourra couvrir les cavales qu’il aura engendrées sans que votre haras en soit pire; car il ne se fait point d’inceste parmi les chevaux, et, par cette manière, elles sont plus proches du degré de pureté, vu qu’elles sortent d’un beau cheval et que ce même cheval les couvre encore. »

Le célèbre Bakewels a fondé en partie son système d’amélioration des espèces bovine, ovine et porcine, sur la consanguinité; mais là, en effet, comme dans ces espèces il n’avait à développer que des qualités lymphatiques, il a pu arriver à un haut degré d’amélioration; car les éleveurs qui ont fait de longues expériences sur cette méthode s’accordent tous pour déclarer que si l’animal produit par l’accouplement in-and-in naît, en général, plus petit, il est facile, au moyen de la nourriture, de lui faire prendre un grand développement de grosseur en disproportion avec le volume de ses os. En continuant ainsi, on arrive à* avoir des curiosités animales très-propres à l’engraissement; mais les qualités de taille, d’énergie, de vigueur, de santé, de vitalité, toutes nécessaires à la race hippique, seront évidemment sacrifiées. Les habiles éleveurs Rinsep, John Sebright, Houdeville, ont démontré, par des faits résultants de leur longue expérience, que la consanguinité était un mal et une cause de dépérissement quand elle se prolongeait dans les espèces où même la constitution lymphatique est nécessaire. Des expériences faites sur la race canine ont amené les mêmes résultats, et il est constant que la consanguinité ne peut, dans cette espèce, passer deux ou trois générations sans amener la chétivité, l’étiolement et l’infécondité.

Quoi qu’il en soit des autres espèces domestiques, il faut éviter avec soin la consanguinité dans l’espèce chevaline; elle amènerait infailliblement, quand elle serait directe, les inconvénients signalés par les auteurs que je viens de citer. Ne fût-

elle même qu’indirecte, elle exigerait encore de grandes précautions. Ainsi tout cheval, quelque parfait qu’il soit, est toujours entaché de quelques défauts; or la consanguinité fera doubler ce défaut et y donnera un cachet indélébile que plusieurs croisements habiles ne pourront détruire qu’avec peine. C’est ainsi que les défauts caractéristiques se perpétuent et s’implantent avec tant de fixité dans chaque race; car la consanguinité ne tarde pas à s’établir, même à l’insu de l’éleveur, dans une contrée, quand on ne renouvelle pas le sang souvent. Tous les chevaux d’un même parage sont bientôt parents au quatrième ou cinquième degré; aussi voyez comme les races prennent vite un défaut qui les fait toutes se ressembler à la longue et qui semble persister malgré tous les soins et tous les croisements ; ainsi les genoux creux des juments du Cotentin, les têtes mal attachées du cheval breton, la croupe avalée et la côte plate du cheval picard, les jarrets clos du cheval limousin, la tête busquée du cheval espagnol, les mauvaises extrémités du cheval allemand, etc., etc., se reconnaissent partout; soit que ces défauts viennent de la localité, des travaux auxquels les chevaux sont soumis, des types premiers de la race ou d’autres causes, ils n’en sont pas moins doublés et propagés par la consanguinité. Vous voyez par là, messieurs, combien est erronée l’opinion des personnes qui prétendent qu’on peut régénérer les races par elles-mêmes. Je vous ai déjà fait remarquer, à cette occasion, que ce seraient les défauts beaucoup plus que les qualités qui se doubleraient et se perpétueraient.

En effet, la consanguinité s’exerce non-seulement d’individus à individus, mais encore elle rappelle de race souvent de trois ou quatre générations. Exemple : l’étalon à tête busquée A est donné à deux juments à têtes carrées G et B, les produits qui en résultent sont encore appareillés avec des individus à têtes carrées, si bien qu’à la quatrième génération cette conformation a entièrement disparu. Maintenant, supposez qu’un mâle de la provenance de l’étalon A et de la jument G soit accouplé à une jument de la provenance du même étalon et de la jument B, le produit aura probablement la tête busquée, qu’il tiendra de son arrière-grand-père, bien que ses père et mère aient la tête carrée. Il en est de même de tous les défauts de conformation, de toutes les tares, de tous les

vices de tempérament. Vous voyez donc, messieurs, avec quel soin il faut éviter la consanguinité, et combien il est important, surtout dans les pays où on se livre à la production des étalons et des poulinières, de connaître à fond les généalogies des ascendants.

La nécessité de changer le sang, reconnue par les meilleurs auteurs, n’a pas été suffisamment expliquée par tous; mais, soit par un motif, soit par un autre, il en est peu qui se soient écartés de la vérité fondamentale que nous proclamons. Vous voyez, messieurs, combien cette doctrine est opposée à celles des personnes qui maintiennent cet axiome, que, lorsque l’on est parvenu au point de ne plus trouver de mâles meilleurs que les siens propres, on ne doit pas en employer d’autres pour la reproduction. Cette opinion esC inadmissible pour l’élève du cheval, et a été réfutée victorieusement même pour les autres animaux domestiques. On ,a fait observer « qu’il n’a jamais existé un animal dans lequel on ne puisse remarquer quelques défauts, dans sa constitution, dans ses formes ou dans quelque autre qualité essentielle, et que ce défaut, quelque petit qu’il paraisse d’abord, s’accroîtra dans les générations suivantes. Il est donc préférable de poursuivre l’amélioration en employant des individus de la même race, mais de familles différentes, lorsqu’elles ont été entretenues pendant quelque temps dans des situations diverses, que quelques légères différences se sont établies entre elles par l’effet de rinfluence des climats, des sols et du traitement : on a reconnu qu’il était avantageux d’échanger les mâles afin de fortifier les bonnes qualités et de remédier aux défauts de chaque famille. »

L’opinion de Grognier vient corroborer celle que je développe ici devant vous et dont j’ai vu se reproduire maint exemple. Après avoir exposé les divers systèmes que nous avons mentionnés au commencement de cette leçon, il ajoute : « On peut accorder ces contradictions en considérant que la consanguinité peut être admise lorsque, dans une même famille qui se propage ainsi, il n’existe aucun défaut, ce qu’il est difficile d’admettre; mais si elle est affectée de quelque imperfection, même légère, cette modification se perpétuera et augmentera par voie de génération, au point de devenir un grand défant.

lin vice indélébile; tandis que des alliances étrangères l’eussent atténuée ou même effacée entièrement.

APPARElLLlîMENT.

L’appareillement, comme nous l’avons dit, est le système gréco-romain employé généralement dans tous les pays méridionaux et même souvent dans le Nord , et qui convient à ce titre à une grande partie de la France. Il consiste à donner à la jument du pays le cheval du pays, à la jument de même espèce et de même race, le cheval de même espèce et de même race, mais en corrigeant avec soin les défauts dans l’un des auteurs par les qualités de l’autre. Ce système, fort bon et indispensable pour la plupart des animaux domestiques, ne peut pas s’appliquer absolument cà la propagation de l’espèce chevaline, mais il y a des cas où il est Seul praticable ; par exemple dans la reproduction des races pures : on ne peut alors procéder que par appareillement; le talent consistera, dans’ ce cas, à allier entre elles certaines familles qui se conviennent, certaines conformations qui se corrigent ou se fortifient. Voici l’opinion de M. Bouley sur les appareillements :

« Quelque perfectionnée que soit une race, on peut admettre que tous les individus qui la composent pèchent , sans exception, par quelques défectuosités variables et plus ou moins sensibles, qui peuvent devenir extrêmes et caractéristiques de cette race par l’accouplement d’individus qui, au plus haut degré, possèdent les mêmes défauts; tandis qu’ils diminuent ou disparaissent si on a le soin d’appareiller l’étalon et la jument de manière à balancer les défauts de l’un par les qualités opposées de l’autre. Quelques exemples vont nous faire comprendre ; La race que l’on veut conserver et améliorer pèche-t-elle par une tête bus- , quée, des naseaux étroits, des yeux petits? on choisit des étalons dont la. tête soit carrée, le chanfrein large, les naseaux bien ouverts , et dont les yeux et les paupières soient

parfaitement conformés. Les juments pèchent-elles par un garot peu .sorti, un corps long, une encolure grêle? on leur donne un étalon dont le garot soit très élevé, le corps un peu court et l’encolure musculeuse. 11 en est de même pour tous les défauts rpie l’on veut faire disparaître. Ce n’est pas en entreprenant de faire disparaître à la fois tous les défauts d’une race que l’on parviendra à l’améliorer. On conçoit tout de suite qu’il est impossible de toujours trouver à allier des individus présentant un contraste exact dans leurs beautés et leurs défectuosités, et, voulant trop faire, on n’arrive à aucun résultat. Tl faut donc s’occuper exclusivement du défaut dominant, et ne s’occuper avec persévérance d’un autre défaut que lorsque celui-là aura disparu. C’est en procédant ainsi que les Anglais sont parvenus à avoir les meilleures races dans toutes les espèces d’animaux domestiques.

« Enfin il faut se rappeler que, dans l’espèce du cheval, il existe deux sortes de beautés : des beautés de convention d’abord, qui dépendent de la mode et du caprice des amateurs, et qu’il en est d’autres qui sont plus essentielles, parce qu’elles sont un indice de la bonté des animaux; et nous pensons que, bien qu’il ne faille pas négliger les premières, le plus important est de s’attacher à réunir celles qui annoncent à peu près immanquablement la vigueur et une constitution solide. »

Voici maintenant, messieurs, ce que dit Lafont-Pouloti : « Plus on apportera d’attention à la différence ou à la réciprocité des formes , à l’effet de réparer par la beauté et l’élégance des unes les défectuosités des autres; plus on proportionnera les tailles, les âges, les tempéraments, pinson donnera lieu à des productions bien ordonnées, et, pour que le composé qui en résulte soit d’autant plus parfait, il faut opposer les excès aux défauts d’habitude de la mère, saisir le vice commun affecté au pays, au canton, au climat, au sol: dans telle province, le vice dominant delà race est la tête grosse et la croupe avalée; dans telle autre.

les jarrets clos et l’encolure grêle; dans ce ^canton, la croupe trop étroite pour l’épaisseur du devant; dans celuici, les jambes hautes, les pieds plats, et ainsi du reste. Donnez à une jument un peu trop épaisse un étalon qui, ayant un peu plus de finesse, compensera cet excès; à une petite jument, un cheval d’une taille plus avantageuse , sans qu’il y ait excès de proportion. Si une jument pèche par l’avant-main , on choisira un étalon qui ait de la noblesse . et de la beauté dans cette partie, et ainsi réciproquement des autres défauts, en s’attachant, pour s’approcher de la belle nature, à suivre et à observer les gradations et les nuances qui font la beauté de ses ouvrages,

« Si l’étalon est moins vieux ou d’un tempérament plus chaud, plus robuste que la jument, le poulain participera plus du père que de la mère. Au contraire, si la cavale est de plus forte constitution et d’un âge moins avancé que l’étalon, cessera d’elle que le poulain tiendra davantage. C’est pourquoi il faut étudier le tempérament des mâles et des femelles qu’on doit conjoindre, être assuré de leur âge pour donner à une jument jeune un cheval qui soit plus âgé sans être vieux; à une jument déjà chargée d’années, un mâle plus jeune; à une femelle fougueuse, un cheval plus froid, et réciproquement, en suivant le plus de proportions qu’il est possible. »

Du reste, messieurs, tous les auteurs sont unanimes sur la question d’appareillement, et il vous sera utile de lire et de méditer ce qu’ils ont écrit à ce sujet. Bourgelat; Huzard père , dans son ouvrage Instruction sur l’amélioration des chevaux en France Huzard fils, dans son Traité des haras domestiques; Grognier , dans le Cours de multiplication et de perfectionnement des animaux, ont tous traité les appareillements au même point de vue, mais avec plus ou moins de développement.

DES CItOlSEMENÏS.

Nous avons dil, messieurs, que le croisement était une méthode du Nord inconnue aux peuples antiques. En effet, le croisement est , comme le dit M. Huzard, un véritable métissage qui consiste à former, avec deux auteurs de races ou d’espèces différentes , une troisième combinaison , un résultat participant à celles de leurs qualités que l’on veut obtenir.

En général , le croisement consiste à allier à une forte jument indigène, un cheval de pur sang, un cheval oriental ou un cheval de demi-sang; quelquefois, mais plus rarement, il consiste à allier la jument de pur sang ou de demi-sang au fort cheval de demi-sang ou même d’un moindre degré de sang. C’est ce qu’on appelle le croisement à l’envers, méthode avantageuse dans certains cas, comme nous le verrons plus tard. Enfin , un troisième croisement consiste à allier, sans but déterminé, des animaux de races inconnues et d’espèces différentes. Ce croisement qui peut réussir accidentellement, est en dehors de la saine pratique, et doit être banni de tout système rationnel d’amélioration.

Le croisement, ainsi que nous l’avons vu, messieurs, a été pratiqué de toute antiquité dans le Nord. Je vous ai cité les croisements anciens qui se faisaient dans les Gaules et dans la France ancienne au moyen des étalons orientaux et espagnols et des juments de Frise et de Normandie : cette méthode a continué jusqu’à ce que le besoin des forts et massifs chevaux ait détourné les idées vers un autre but, et les auteurs modernes , les vétérinaires et l’administration des haras elle-même se laissèrent quelque temps entraîner non-seulement à l’abandon du système de croisement, mais encore à sa proscription. On trouve avec étonnement , chez plusieurs auteurs, cet axiome : Qu’il faut bien se donner de garde d'allier un cheval do selle avec une jument de car-

rosse ou une jument de trait; que les produits en seront décousus ; qu’ils auront une partie du corps de l un des auteurs, et l’autre partie de celui qui lui est accouplé, etc., — toutes phrases vides de sens dans la pratique et qui malheureusement se rencontrent çà et là répandues dans des écrits obscurs, il est vrai, mais qui n’en nuisent pas moins à l’amélioration par leur persistance et leur concordance avec les préjugés des éleveurs non éclairés. Cependant ce n’est pas faute d’enseignement que la doctrine du croisement était négligée; Buffon et Bourgelat l’avaient proclamée hautement, le premier même d’une façon trop exclusive. Huzard père en a vanté les avantages dans un article que nous avons cité, quoique, du reste, cet auteur n’aborde pas franchement la question pour laquelle il sollicitait des expériences consciencieuses; toutefois son bon sens et ses connaissances instinctives lui avaient fait soulever le voile qui la couvrait. Ainsi nous trouvons, page 77, ce remai’quable passage : «Il paraît donc, en général, dans l’espèce du cheval, qu’il est plus avantageux de croiser les races étrangères q«e de chercher à les conserver pures; puisque, jusqu’à présent, il a été certain qu’un cheval et une jument d’Espagne, par exemple, n’ont pas produit en France d’aussi beaux chevaux que ceux qui étaient le résultat de l’accouplement de ce même cheval d’Espagne avec les juments françaises. »

Pichard, tout en nous recommandant l’introduction des chevaux anglais pour les croiser avec les nôtres, tombe parfois dans d’étranges erreurs à cet égard, jusqu’à nous dire, page 8'1 , « que jamais un étalon qui aura pris naissance sur les montagnes ne sera convenablement utilisé dans la plaine. » On voit que Pichard n’en était encore qu’à l’appareillement, et qu’il n’avait entrevu la question qu’à moitié.

Cependant l’exemple des Anglais ne devait pas être perdu pour nous. Vers ISSO, plusieurs directeurs de haras, parmi lesquels il faut citer MM. Wanhoorick et de Bonneval, entreprirent le croisement delà forte jument avec le cheval

de pur sang ou le cheval arabe : les résultats confirmèrent leurs prévisions; mais cet exemple fut longtemps à être suivi. Les éleveurs de France en étaient, à cette époque, à la hauteur des Allemands d’il y a deux cents ans, pour lesquels écrivait Simon Wintcr, qui, lui aussi, voulait les engager au croisement par le cheval de pur sang. Ces quelques lignes sont assez curieuses à méditer:

« Un jour vint un paysan chez moi avec sa cavale, par commandement du maître , pour la soumettre à un de mes étalons, me priant de le pourvoyer d’un qui soit fort et corpulent, et de jambes grosses et charnues. Je pensais en moi: Il faut que je te mette à l’épreuve, s’il est ainsi, comme on dit, que les paysans n’aiment pas les chevaux élégants etbien faits, notamment quand ils ont la tête petite et légère. Je lui fis mener hors de l’écurie un beau barbe blanc , auquel rien n’était digne de vitupère. Le paysan, le voyant, commença à s’écrier: « Otez, ôtez ce bidet-hà! « cette faiblesse, celle petite tête, ce maigre col, cette « squelette d’haquenée : donnez-moi un roussin grand , « avec de grosses jambes et une forte tête, sinon je m’en « irai plutôt avec ma jument que de la soumettre à si un lé- « ger cheval. » Cependant, je lui fais amener un cheval plus fort, un frison de couleur noire, avec une grande tête; il s’en réjouit, à la réserve que la tête lui sembla encore trop petite; car, dit-il, les chevaux qui ont la tête grosse', de gros poitrails et le col gras, étant plantés sur de grosses jambes, sont bien plus propres à tirer. Il me renvoya à regarder un robuste bœuf de Irait, et juger s’il ne fait pas mieux son travail qu’un autre plus mince. »

Nous avons vu et nous voyons encore souvent de nos jours le même fait se reproduire.

Ce fut vers 1828 que parut le traité de M. de Guiche, dont je vous ai parlé, qui proclamait en principe le croisement par le cheval de sang. Cet ouvrage, quoique trop exclusif et pas assez pratique, est cependant judicieux et basé sur de vrais principes, et je ne puis que vous engager

à le lire Cl à le méditer; toutefois, messieurs, cet écrit oui fil grand bruit à l’époque de son apparition , contcnai une erreur capitale , ou plutôt fut la cause d’une erreur capitale. Les imitateurs, le semm peciis à Eorace, qui ne manquent jamais aux hommes démérité, prétendaient que M de Guiche avait trouvé le vrai secret de faire des chevaux; que désormais c’était la chose la plus simple et la plus facile; que d’après ce système, on n’avait plus besoin que de deux espèces de chevaux au monde: le fort cheval e trait , type boulonnais , et le cheval de pur sang ! En donnant un cheval de pur sang à une grosse jument de trait, vous avez le cheval de demi-sang; en continuant le croisement, •vous arrivez au cheval de trois quarts de sang et sept huitièmes de sang. Or, ces diverses variétés pouvant servir a tous les besoins , la science du cheval se trouve resumee en quelques mots, et désormais tout se résume en ceci: un cheval de pur sang et une grosse jument. Malheureusement les choses n’allèrent pas si vite que le pensaient les novateurs; il ne suffit pas qu’une jument soit forte et massive pour faire un bon poulain , et on se convainquit bientôt que le cheval de pur sang ne pouvait être donné qu à un très petit nombre de juments; que ces juments devaient être préparées à cette alliance par une suite de générations, une acclimatation et des conditions particulières qui rendaient au contraire, ce système très compliqué et très savant. Aussi M. de Guiche, voyant l’abus que l’on faisait de ses doctrines, et se sentant débordé par son entourage, crut-il devoir publier l’article suivant, qui n’a pas été remarqué et qui modifie ce que son système avait de trop exclusif:

• « Il me paraît essentiel de distinguer deux espèces de chevaux de trait : la première, dite cheval d’attelage ou de voiture , comprend cette espèce plus légère dont on se sert exclusivement en France pour les voitures de luxe, elle est très recherchée par les étrangers, et forme une branche assez importante de commerce.

« Le cheval de trait, proprement dit, apiiarlient à la se-

comle espèce; c’est celle qui alimente, chez nous, les postes, les diligences, le roulage, etc.

«L’expérience m’a prouvé que l’on était toujours assuré n France comme en Angleterre, d’obtenir de bons résulats au moyen de l’accouplement d’un cheval de pur sans avec la jument d’attelage; mais des faits positifs m’ont é«aement démontré qu’il existe entre le cheval de pur sang et lajument de trait des dispropolions de force, de constitution et de race beaucoup trop grandes pour qu’un accouplement entre eux puisse produire le résultat désiré. Ce n’est qu’avec un étalon provenant du croisement des deux premières races que, l’on peut véritablement améliorer celle de trait, il est donc très essentiel de bien distinguer ces deux espè-' ces par une désignation quelconque, afin que ceux qui désirent profiter des expériences faites dans l’intérêt général puissent les renouveler sans s’exposer à voir leurs espérances en partie déçues. »

En effet, messieurs, lajument de trait commune, comme je vous l’ait dit, est trop dégénérée pour pouvoir se croiser immédiatement avec le pur sang. La poulinière de trait améliorée, ou celle de carrosse ou de demi-sang, sont celles qui lui conviennent le mieux sous tous les rapports, parce qu’elles ont dans leur conformation et leurs aptitudes des points de contact avec l’étalon, qui n’existent pas dans la race de trait dégénérée.

Les conditions nécessaires à une poulinière de croisement sont. 1° 1 acclimatation ; 2“ la conformation; 3° le sang. En effet, 1 acclimatation est une des nécessités reconnues par tous les auteurs, non plus précisément une acclimatation systématique qui tiendrait h ne pas déplacer une jument de son lieu natal, mais cette acclimatation qui conforme chaque nature de tempérament aux localités qui lui sont propres. Ainsi vous ne placerez pas une forte jument dans un pays sec et monlueux , ni dans un pays différent du sien sous le rapport de la température et des aliments.

Pichard veut que les juments soient toujours fécondées

sur le lieu qui les a vues naître, et il est de lait que la santé d’une jument influe tellement sur son produit, que l’on ne peut trop recommander de ne rien faire qui puisse lui porter atteinte.

La conformation d’une poulinière doit avoir toutes les conditions de force et d’énergie possibles, des membres très forts et d’un aplomb parfait, une poitrine profonde, des hanches fortes et longues, etc.; en un mot, rien de trop bon chez la poulinière, qui, plus encore que l’étalon, concourt à la formation du produit.

Le sang est nécessaire à une poulinière; il faut que depuis longues générations des croisements ou des appareil- ' lements successifs y aient introduit assez de sang pour créer entre les deux sujets un certain degré d’affinité, mais pas assez cependant pour que le sang ait envahi toute la machine; car alors il n’y aurait plus croisement, mais appareillement.

Quand vous trouverez une jument dans ces conditions , vous pourrez lui 'donner un cheval de pur sang, et le produit deviendra, à son tour, soit un bon reproducteur, soit un bon cheval de service.

Je vous ait dit, messieurs, qu’on appelait croisement à l’envers celui où le sang vient par la jument, et où le père, au contraire, est plus fort et plus commun. Ce croisement, quoique moins général que l’autre, est cependant employé souvent en Angleterre et en France, et il donne de bons chevaux de service et de reproduction ; on remarque même que les chevaux qui en proviennent ont souvent plus d’énergie que les autres. Ce croisement est utile quand les juments que l’on veut livrer à la reproduction sont arrivées , par suite de croisements successifs , à un degré de sang trop marqué pour le service auquel elles sont destinées. En effet, il ne faut pas perdre de vue que tout croisement doit avoir un but déterminé. Si donc je veux produire un cheval réunissant la force et la corpulence à l’énergie, et que la jument que je possède n’ait que l’énergie, il me

faudra avoir recours à un étalon qui possédera la force et la corpulence, et cela sans déroger au principe général que la taille et le gros viennent de la mère , et l’énergie et le sang du père. En effet, pour réussir, ce croisement ne doit se faire qu’avec une jument qui possède déjà une taille en rapport avec le produit que l’on veut obtenir, et qui seulement a trop de sang, et un père qui possède un degré de sang convenable, mais pas aussi prononcé que celui de la jument. C’est donc plutôt un véritable appareillement qu’un croisement proprement dit. Quelquefois cependant, et le plus souvent, il constitue un véritable croisement. Ainsi j’ai vu donner à de petites juments de montagne, ayant beaucoup de sang et d’énergie, de forts étalons de trait. Cette opération produisit des poneys bien établis, ayant un peu plus de taille queles mères, mais plus de force et de gros , et pouvant être utilisés à une foule de services; mais notez bien, messieurs, que ces juments étaient placées dans des conditions favorables au développement de l’organisation du cbeval, abondante nourriture et influence locale humide et douce; le croisement à l’envers ne peut réussir que dans ces conditions, autrement le produit participerait du tempérament de la mère et du volume du père , ce qui en ferait un animal manqué et impropre au service. Règle générale, le croisement à l’envers peut être employé avec succès dans de bonnes conditions et en l’entourant de soins judicieux, autrement il ne produit rien de bon.

Parmi les exemples que je peux vous citer on distingue les deux suivants; l’étalon Talma, venu au haras du Pin en 1 827 , était le produit d’un croisement à l’envers. C’était un cheval d’une vigueur étonnante, d’une grande force de corps, mais un peu léger de membres; il avait été cheval de chasse renommé en Angleterre. C’est un des bons reproducteurs de demi-sang qu’ait eus la France; il a laissé, dans la circonscription du Pin , ainsi que dans celle de Saint- Lô , où il est allé sur scs vieux jours , des produits qui sont

devenus à leur tour de bons étalons et de belles poulinières. Les chevaux de service qu’il a donnés étaient remarquables par leur énergie, et j’ai entendu dire à M. d Aurequ il n avait jamais monté un mauvais cheval de Talma.

L’étalon Oscar, que vous avez encore sous les yeux en ce moment, et qui est âgé de vingt-sept ans , peut être encore regardé comme le produit d’un croisement à l’envers. Sa mère était une jument légère, de la taille l” 50, fille de l’étalon Bacha et d’une jument fort distinguée. Soubrette, que l’on croit être venue d’Angleterre. Cette jument saillie en 1820 par l’étalon Rattler, demi-sang, cheval relativement plus fort et possédant moins de sang que la mère, produisit, en '1821 , le cheval dont nous parlons. Vous savez messieurs , que cet étalon est un des plus précieux reproducteurs du haras; il donne tout à la fois de la taille, du gros, de l’énergie, du tempérament et une belle conformation à tous ses produits.

Vous voyez par ces exemples, messieurs, le but du croisement à l’envers, et de quelle manière il doit être fait pour en obtenir un bon résultat.

Le but des croisements est d’obtenir soit un bon cheval de servfce, soit un bon cheval de reproduction. Dans le premier cas, le croisement n’a pas besoin de types aussi parfaits que dans le second; aussi un cheval de pur sang, de trois quarts de sang ou de demi-sang , ou même d’un moindre degré, peut être donné aune jument de trait ou de forte race carrossière , qui n’aura ni sang ni aucun caractère tranché. Vous pouvez obtenir par là un très bon produit, très brillant à l’œil et même très bon de service; mais ce ne sera pas suffisant pour faire un bon reproducteur. Pour celui-ci , il faut que le père et la mère aient chacun un degré de sang et de qualités reconnu , quand même la conformation laisserait à désirer; on doit s’attacher principalement au sang et aux qualités, tant des auteurs que du sujet lui-même. Un producteur ne doit pas être un résultat, mais une cause. C’est l’erreur où tombent souvent

les demi-connaisseurs, en voyant un cheval de formes régulières et propre à un service donné , ils s’imaginent qu’ils en feront immédiatement un bon reproducteur pour le même type. Cette erreur est fatale à l’amélioration. Combien ne voyons-nous pas d’étalons, beaux et réguliers en apparence, se reproduire très médiocrement I Eh bien , recherchez dans leur généalogie, et vous y trouverez bientôt des types avariés, sans race ni énergie. Au contraire, cet étalon sera d’une conformation peu régulière, défectueuse même sous beaucoup de rapports, et se reproduira parfaitement, parce qu’il est de bonne race. L’importance d’une bonne généalogie est si réelle , qu’elle influe même sur les qualités des descendants, nonobstant celles du producteur lui-même. Ainsi l’on voit souvent des pères réguliers de conformation, d’une constitution énergique et dénotant des qualités réelles , et qui pourtant se reproduisent médiocrement. Le bon reproducteur ou la bonne poulinière doivent donc, avant toutes choses, posséder le sang et la race. Nous reviendrons sur cette question quand nous traiterons du choix des reproducteurs.

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