DES CHEVAUX DE KEPRODUCÏION
En traitant ici la question des reproducteurs, je n’entends parler que de l’étalon employé plus communément à changer , modifier ou perfectionner les races. La poulinière, qui ne doit être en principe que de race pure ou de race indigène, sera décrite sous le point de vue qui lui est propre dans une autre leçon.
Les reproducteurs doivent être envisagés sous des rapports différents.
D’abord sous le rapport particulier de la race et de l’espèce, ensuite sous celui plus général de la conformation et des aptitudes.
Sous le rapport particulier de la race et de l’espèce , nous diviserons les étalons en trois classes : le cheval de pur sang, le cheval de demi-sang et le cheval du Nord ou che-
val de tirage. Ces chevaux sont les seuls qui, relativement à l’état de l’élève du cheval en France et aux besoins de la civilisation actuelle , doivent être employés comme étalons.
Le cheval de pur sang se divise lui-même en deux catégories : le cheval oriental et le cheval de pur sang anglais.
Je vous ai fait connaître, messieurs, dans mes leçons précédentes, ces deux types, dont l’un procède de l’autre, et qui sont la base de toute amélioration chevaline ; je ne reviendrai pas sur ces définitions; je n’entrerai pas non plus dans les interminables questions qui se sont élevées sur leur prééminence réciproque, je n’envisagerai ici le cheval oriental et le cheval de pur sang anglais que sous le rapport de la production , soit dans les croisements, soit dans les appareillements. L’étalon oriental, de vraie et antique race arabe, persane ou barbe , est, comme je vous l’ai dit, messieurs, la base de l’amélioration du cheval, et a toujours été considéré ainsi par tous les auteurs qui se sont occupés sérieusement de la science hippique. Mais, dira-t-on, il s’agit de les trouver bons et de vraie race? Cela est certain, et nous sommes les premiers à rejeter tous ces animaux bâtards qui , sous le nom d’orientaux, sont venus , depuis quelques années surtout, jeter la perturbation dans l’élevage et discréditer dans nos haras et auprès des éleveurs le sang de l’Orient. Toutefois, la race orientale vit encore ; de temps en temps de brillants étalons viennent protester en sa faveur, et j’ai la conviction qu’une mission bien remplie en Orient, dans le genre de celle de M. de Portes en 1820, nous enrichirait de précieux producteurs, surtout si l’on en profitait pour établir un haras en Algérie, où, au moyen de soins convenables et d’une bonne hygiène, on pourrait rétablir l’ancienne race barbe dans toute sa magique perfection (1). Quoi qu’il en soit, le cheval arabe convient à toute la France pour la régénération et
(1) Ce vœu a été exaucé. L’expédition de MM. Dupont et Dutaya et celle que vient d effectuer M. Petiniaiit, ont doté la France d’excellents types
l’amélioration de ses races ; il convient à la jument du Midi, qui est de même espèce que lui, ce dont on peut juger par les magnifiques résultats obtenus dans la plaine de Tarbes; il convient à la jument du centre de la France, et particulièrement aux races limousines et auvergnates; il convient aux races poitevines et bretonnes; au nord de la France, où la race de Deux-Ponts , descendant du sang oriental, avait produit de si beaux modèles , et vous pouvez juger en Normandie des bons effets qu’on peut obtenir du sang arabe par les produits A' Aslan, de Bacha, àe Massoud, ((ue vous avez sous les yeux. Il n’est pas jusqu’au cheval de trait qui ne puisse s’améliorer par des croisements judicieux avec le sang oriental. Le beau cheval breton ou percheron, comme il existait il y a cinquante ans, n’était qu’un arabe grandi ; c’étaitlamêmetête, les mêmes aplombs, le même aspect et jusqu’au même poil.
Le cheval arabe, quoique généralement de petite taille, a le privilège de faire plus grand que lui, et de donner un cachet fortement prononcé à tous ses produits; il leur donne en outre une douceur de caractère, un liant, une vigoureuse santé, qui ne se trouvent pas toujours dans les autres races pures. Toutefois, le cheval oriental demande à etre parfaitement accouplé; il est rare de trouver des poulinières qui lui conviennent sous tous les rapports: puis les poulains, quoique plus grands que leurs pères, n’atteignent pas toujours une taille suffisante pour les rendre propres à tous les services. Enfin le cheval oriental, réunissant toutes les qualités voulues, est rare et précieux, et ne peut donc, par conséquent, être employé qu’exceptionnellement à la reproduction. Passons donc maintenant an cheval de pur sang anglais.
arabes. Il est à désirer que les éleveurs ne laissent pas se dissiper tant de richesses sans profit pour l’amélioration , ainsi que cela s’est vu souvent , et qu’on ne puisse pas une seconde fois nous jeter à la face I histoire de 1 ignohle charrette où fut attelé Godolphin-Arabkin.
Le cheval de pur sang anglais, procédant du cheval oriental , est plus grand que lui ; il est facile de nous le procuier par notre proximité avec l’Angleterre, sa mère patrie; puis nous l’avons acclimaté chez nous, et un grand nombre d’étalons , provenant particulièrement des haras, sont venus prouver que le climat de certaines parties de la France ne le faisait dégénérer en rien. D’un antre côté, le cheval de pur sang, par sa taille, sa conformation, ses aptitudes, répond mieux que le cheval arabe aux besoins du service, et les produits qui en résultent nous prouvent tout l’avantage de son croisement avec les races françaises, surtout avec les races du nord et du centre de la France. On s’est demandé si le cheval de pur sang convenait également aux races limousines et navarines, et maintenant encore plusieurs personnes sont pour la négative; toutefois, messieurs, si nous considérons les croisements qui ont été faits aux haras de Pompadour et dans diverses contrées du Midi, nous devons convenir qu’un étalon de pur sang bien choisi et bien appareillé convient aux races du Midi et principalement à la race limousine presque autant qu’aux races du nord de la France. ’
Il y a peu de temps, messieurs, ainsi que vous l’avez vu par les différentes leçons de ce cours, que la race de pur sang anglais est employée à la régénération du cheval français et à la production du cheval de service. C’est, comme je vous l’ai dit, vers 1820 que les premiers essais furent tentés; depuis ce temps, l’opinion s’est formée, et il est généralement admis que, à l’exemple de l’Angleterre, toutes les races, depuis les plus légères jusqu’aux plus massives , ne font que gagner par leur croisement arec le cheval de pur sang. Je n’ai pas besoin de vous citer des exemples, vous les avez sous les yeux. Vous voyez les chevaux qui vous entourent, vous connaissez ceux que les marchands et les amateurs ramènent d’Angleterre , et qui sont si recherchés pour le service et le luxe; vous avez pu remarquer, par les étalons des haras, les poulinières qui
y sont amenées, les produits qui en proviennent, combien le pur sang est indispensable à la production du bon cheval.
Vous savez, messieurs, que quelques personnes luttent encore contre l’évidence , et vous voyez de temps en temps surgir quelque adversaire du pur sang, qui prétend que les étalons de cette race ont perdu les races françaises. Je ne me permettrai pas , messieurs , de réfuter devant vous cette pitoyable doctrine; la justesse de votre esprit, votre expérience de tous les jours, en ont fait justice. Vous savez, messieurs, cette célèbre réponse d’un philosophe de l’antiquité devant lequel on niait le mouvement ! Que fit le philosophe? il marcha! Eh bien, messieurs, pour démontrer l’utilité, l’avantage, la nécessité du pur sang, faites monter par ses adversaires des chevaux de cette espèce , et demandez-leur ce qu’ils en pensent? Il est vrai qu’ils vous répondront qu’ils ne savent pas monter à cheval 1 car il n’y a pas un écuyer qui n’en reconnaisse les avantagés. Et c’est encore là, messieurs, une preuve de plus que toutes les connaissances hippiques se donnent la main les unes aux autres, et que la science de l’équitation est aussi utile à l’homme de cheval complet que toutes les autres sciences chevalines.
Je vous renvoie, messieurs, aux ouvrages qui ont traité de la question du pur sang et de ses avantages, aux auteurs anglais Lawrence et Craven, et à l’ouvrage intitulé the Jlorse, aux articles du Journal des Haras, aux institutions hippiques de M. de Montendre, et à tous les ouvrages de quelque valeur publiés dans ces derniers temps sur ce sujet.
Passons maintenant au cheval de demi-sang. Jusqu’ici , messieurs , on n’a pas défini ce qu’on doit entendre par cheval de demi-sang. "En principe, ce mot signifie un cheval dont le père est de pur sang et la mère d’une race commune, ou d’un degré de sang moins ou peu avancé. Dans le cas où la mère serait elle-même de demi-sang, le produit
serait de trois quaids de sang; dans celui où la mère serait de trois quarts de sang, de sept huitièmes, et ainsi de suite. Mais, pour éviter ces chiffres indéfinis, on comprend généralement sous la dénomination de demi-sang , les divers degrés de sang qui procèdent du mélange du pur sang et des races indigènes. On donne aussi le nom de demisang à des chevaux qui ne procèdent directement ni du côté paternel ni du coté maternel de la race pure , mais dont cependant les auteurs possèdent à un certain degré assez de sang pour leur mériter cette appellation. C’est même là, aux yeux de quelques personnes, le véritable cheval de demi-sang; ils supposent une race procédant originairement du pur sang et du sang indigène et se reproduisant par elle-même. C’e.st dans ce sens que nous leur entendons dire; Nous aimons bien le demi-sang, mais nous ne voulons pas de pur sang. C’est une doctrine fausse, messieui^; le demi-sang est produit, comme je vous l’ai dit, par le croisement du pur sang et du demi-sang indigène. Cependant, comme je vous l’ai dit encore, on peut donner ce nom à un cheval qui provient par appareillement de deux chevaux qui sont eux-mêmes de demi-sang; ainsi Impérieux, Oscar, Voltaire sont des chevaux de demi-sang, quoique leurs pères ne fussent pas de pur sang, tout aussi bien que Marmot, Doyen, etc., dont les pères sont de pur sang. Ces détails, messieurs, importants pour les chevaux de service, le sont bien plus encore pour les étalons; car il ne suffit pas à un étalon d’être fils d’un cheval de pur sang pour faire un bon reproducteur, si la mère est trop commune ou de mauvaise espèce. C’est une erreur où l’on tombe trop souvent; parce qu’un cheval est issu d’un bon père, on croit qu’il est susceptible de bien se reproduire; mais malheureusement il n’en est pas ainsi'; il faut dans la mère une longue suite do générations, de qualités et de sang, pour que le produit puisse, à son tour, devenir un bon père. Je ne vous en dirai pas plus long à cette occasion, puisque nous traiterons cette question à l’article des poulinières;
mais c’est un point si important qu’on ne peut trop y revenir. Ainsi , dans le choix d’un reproducteur de demisang, vous considérerez d’abord le sang du père, scs allures, ses qualités de performances et de conformation, puis le sang de la mère, scs allures et ses qualités personnelles. Il y a des chevaux qui, fds d’un père ou d’une mère de pur sang, ont moins de sang que d’autres qui n’ont pas de sang pur dans leurs auteurs immédiats. Ainsi, par exemple, un produit d’un cheval de trois quarts de sang avec une jument du même degré, aura plus de sang qu’un produit de pur sang avec une jument très commune et sans origine.
Le cheval de demi-sang convient à toutes les races françaises , depuis les plus massives jusqu’aux plus légères , et c’est à lui, en majeure partie, que se doit le nombre considérable de chevaux de service et (fe chevaux de guerre qui font encore maintenant une des richesses de la France. Mais il faut, comme nous l’avons dit, qu’il y ait assez de sang du côté de sa mère pour que son alliance avec la race commune n’y apporte pas de nouveaux germes de dégénération ou des mélanges incohérents de types trop variés.
Le cheval de tirage, messieurs, peut avoir moins de sang que celui dont nous venons de parler, et n’en faire pas moins un bon reproducteur dans sa spécialité, car il est destiné à des juments plus communes, et chez lesquelles les besoins de taille et d’ampleur deviennent des qualités , à l’exclusion de celles de vitesse et d’énergie. Ce cheval , qui doit croiser ou appareiller les races de gros tirage ou de trait, est quelquefois d’un quart de sang seulement et d’un moindre degré même. Souvent il provient de l’accouplement d’auteurs qui n’ont que très peu de sang; mais rappelez-vous, messieurs, et l’expérience de tous les jours vous le démontrera, que pour faire un bon cheval de trait, même le plus lourd, le plus grand et le plus fort, vous ne pouvez jamais obtenir de bons résultats sans employer le sang, à quelque degré que ce soit. Les qualités que doit
posséder un cheval de trait sont l’énergie musculaire, la force des poumons, la force des reins, la vigueur des membres, tous avantages que possède au plus haut point le cheval de pur sang. C’est donc au moyen de ce type que l’on peut venir au secours de la race de trait, abâtardie par des croisements de chevaux lourds, lymphatiques, sans origine et sans bonne organisation.
Toutefois, messieurs, il faut prendre garde aussi de tomber d’un excès dans l’autre; le cheval de trait, surtout celui destiné à un tirage pesant, a besoin d’autres mérites que ceux qui résultent de l’énergie et de la vigueur. Il lui faut une charpente osseuse, une largeur de hanches et de poitrine qui finiraient par se dénaturer avec l’emploi absolu du pur sang; c’est donc, comme je vous le disais en commençant, par un judicieux mélange du sang que l’on parvient à faire les beaux modèles de chevaux de trait, qui tiennent tout à la fois de l’énergie du cheval oriental et de la masse solide et puissante du cheval de trait.
Mais, quels que soient le genre, l’espèce, la race, le degré de sang, l’origine de l’étalon que vous choisirez, n’oubliez pas, messieurs, qu’il est un principe qui domine tout, c’est le mérite du cheval, ce sont ses qualités et surtout les épreuves qu’il a subies. 11 ne suffit pas de dire : ce cheval doit être bon, il est de telle famille, il est bien conformé, il a de belles allures. Si un travail sérieux, commencé de jeune âge, n’a pas non-seulement prouvé son énergie, mais encore assoupli ses muscles et façonné son organisation au service de l’homme, ne le prenez jamais pour reproducteur; on ne donne que ce qu’on possède, et un étalon qui n’aura pas travaillé ne donnera jamais à ses produits l’aptitude au service, qui fait les bons chevaux.
DE l’accouplement. DE LA FECONDITE. — DE l’impuIS-