‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 19 sur 40 · DU SEVRAGE. DES SOINS A DONNER AUX POULAI.NS · texte numérisé non relu

DU SEVRAGE. DES SOINS A DONNER AUX POULAI.NS

Messieurs, je passerai rapidement sur les questions qui font la base de celte leçon, non pas que je les regarde comme peu importantes, mais parce que tous les auteurs hippiques s’en sont occupés, et qu’il n’est point de science aussi connue maintenant que celle de l’élève matérielle du cheval, puis parce que cette science s’apprend mieux par l’exemple et par la pratique que par les plus savantes leçons : c’est donc en étudiant ce qui se passe sous vos yeux journellemènt à l’époque de la monte et aux jumenteries; c’est en vous rendant compte avec soin de tout ce qui se fait pour le soin des mères et des poulains; c’est en prenant des notes sur tout ce qui vous semblera utile à être remarqué, que vous arriverez à la connai.ssance de cette partie essentielle de la science hippique. Quoi qu’il en soit, nous allons passer en revue les axiomes les plus généralement reconnus et pratiqués ; nous les ferons suivre des observations dont ils nous paraîtront susceptibles.

Le mot accouplement exprime la conjonction du mâle et de la femelle pour la génération. Dans l’espèce du cheval, on se sert habituellement des expressions monte ou saillie.

La monte a lieu au printemps, époque de la chaleur des juments. Dans les pays d’herbages , où les juments sont presque toujours dehors, la monte a lieu depuis le mois de mars jusqu’au mois de juillet. Plus tôt, le poulain naîtrait dans une saison trop rigoureuse , et où les herbes ne sont pas encore poussées; plus tard, il naîtrait dans la saison des chaleurs, et les mères, tourmentées par les mouches, ne pourraient lui donner qu’un lait échauffé et malsain. Mais dans les contrées où les juments sont soumises au régime de la stabulation, et où, par conséquent, le poulain

naît à l’abri des intempéries des saisons, on fait saillir les juments dès le mois de février, les poulains naissent de meilleure heure, et par conséquent ont beaucoup davantage sur ceux de la meme année nés plus tard ; c est ce qui fait que cet usage est préféré par les propriétaires de chevaux de pur sang et par ceux de chevaux de trait. Les premiers y trouvent l’avantage d’avoir des poulains plus âgés de deux et trois mois pour les courses, les seconds qui , en général, n’élèvent pas et vendent tous leurs poulains vers l’automne, ont à cet âge des produits bien plus forts, et doués de plus d’apparence. On conçoit, en effet, dans l’un et dans l’autre cas, combien 'deux ou trois mois déplus font sur un jeune animal. Mais il faut prendre garde que le poulain ne naisse trop tôt, car l’époque de la naissance étant comptée du 'I®'' janvier, il. en résulte que si un poulain naissait avant cette époque, il aurait par le fait un an de plus, quoiqu’il n’eût devancé que de quelques jours l’époque voulue de la naissance. Règle générale : il ne faut, dans aucun cas, faire saillir une jument avant le 1 0 février, si l’on veut être fixé sur l’âge du poulain.

La chaleur des juments dure environ quinze jours à trois semaines. Elles entrent en chaleur plusieurs fois par saison ; la chaleur, ordinairement, cesse par la fécondation. Toutefois on voit souvent des juments qui se laissent saillir par l’étalon, quoique fécondées. Il faut faire attention à cette circonstance, qui peut provoquer un avortement. Je n’entrerai pas dans le détail des signes auxquels on reconnaît la chaleur des juments; vos études physiologiques et l’expérience de ce qui se passe sous vos yeux vous ont donné à cet égard toutes les notions nécessaires.

Beaucoup d’auteurs sont entrés dans de minutieux développements, sur les soins à donner aux étalons et aux cavales, avant et après la monte, ainsi que sur les précautions à prendre à cet égard. Il y a beaucoup à rejeter dans toutes ces méthodes préconisées parle charlalanisme ou l’empirisme. Il faut, en toutes choses, se rapprocher le plus pos-

siblc do la nature , et ne faire qiïe la guider dans ses écarts. Un bon état de santé dans l’étalon et dans la poulinière, telle est la préparation la plus utile à un bon accouplement. Toutefois, l’étalon devant être soumis à un travail fatigant devra être nourri de substances toniques et substantielles, tandis qu’une nourriture débilitante est plus utile et souvent même indispensable à la cavale. « Un mois avant, dit Var- « ron, on augmente la ration des reproducteurs pour leur « donner des forces; on diminue au contraire celle des ju- « ments, car on prétend que les femelles conçoivent mieux « quand elles sont maigres. »

Ces préceptes , conformes aux lois de la nature, ont toujours été observés dans tous les haras habilement dirigés.

La monte a lieu de deux manières, en liberté ou à la main; je ne vous parle de ce premier mode que pour mémoire, car il est totalement impraticable en France, et, outre les nombreux inconvénients et accidents qu’il peut entraîner, il ne peut convenir qu’aux pays qui ont de vastes haras sauvages ou à demi sauvages. Quant à la monte à la main, seule pratiquée en Angleterre et en France, elle n’a point d’inconvénients. C’est en vain que plusieurs auteurs, plus théoriques que pratiques, ont prétendu que les juments étaient fécondées moins souvent, surtout lorsqu’elles étaient astreintes au collier et aux entraves qui sont nécessaires pour éviter les accidents qui pourraient résulter de leur état de liberté. C’est une erreur ; l’infécondité des juments, comme nousle verrons plus loin, ne tient pas du tout au mode do la saillie ; je peux vous en citer pour preuve le fai t qui SC passe sous vos yeux en ce moment, à savoir que sur quatorze juments saillies en 1847, àlajumenterie du haras, treize ontété fécondées et ont amené à bien leurs poulains. Résultat d’autant plus remarquable qu’elles ont toutes été saillies par l’étalon Royal-Oak, âgé de vingt-cinq ans et réputé peu fécond. La monte à la main avec des juments entravées est cequ’il y a demieux sous tous les rapports, pour éviter les accidents aux juments, et pour empêcher les che-

vaux de se fatiguer iiiutileinent, et u’a aucun des inconvénients qu’on veut lui attribuer.

L’usage du bout-en-train est indispensable pour essayer lajument; il faut choisir un cheval doux, et avec du soin et des précautions, on peut le dresser à cet emploi, jusqu à en obtenir les plus prodigieux effets, devons citerai à cette occasion l’étalon Doyen, dressé par le palefrenier Chappe, et qui vient essayer la jument à la voix et sans se fatiguer en aucune façon. Je profiterai de celte occasion pour vous faire sentir toute l’importance d’avoir des hommes sûrs, adroits, intelligents et doux pour conduire les étalons à la monte ; c’est une opération délicate , et à laquelle on ne saurait apporter trop d’attention.

Les étalons ne doivent pas saillir avant l’âge de quatre ans; il serait même à désirer qu’on ne les livrât qu’à cinq ans à la reproduction , d’autant plus qu’il faut que tout étalon ait été éprouvé par des travaux appropriés à sa spécialité, et que ce n’est qu’à cinq ans que l’on peut avoir acquis la certitude de son mérite et de ses qualités. L’abâtardissement de quelques races françaises , et le développement du système lymphatique chez quelques autres, tiennent en partie au trop jeune âge des étalons et des cavales. Un animal ne peut donner que ce qu’il a, et un cheval produit par des auteurs qui n’auront pas obtenu tout leur accroissement n’aura jamais la vigueur et l’énergie qu’il aurait eues dans d’autres conditions. Toutefois, il y a des éleveurs, et le nombre en est grand malheureusement, qui préfèrent les jeunes chevaux, à cause précisément de cette organisation lymphatique dont ils sont entachés, laquelle donne au jeune sujet une certaine rondeur de formes, une certaine aptitude à l’engraissement qui flatte l’œil , mais qui ne vaut rien pour le service. Le produit d’un vieux cheval, au contraire, sera plus long dans ses lignes, plus accentué, plus énergiquement bâti; il plaira moins au faux connaisseur, mais en revanche ce sera un cheval énergique , capable des plus rudes travaux. Voilà pourquoi, dans l’espèce boivnc, où l’on re-

cherche seulement les qualités lymphatiques comme étant celles qui constituentl’aptitude au lait ou à l’engraissement, on doit rechercher des taureaux et des vaches jeunes , tandis que dans l’espèce chevaline, où on doit rechercher la force, l’énergie, la vigueur; plus un cheval est vieux, pourvu qu’il ne soit pas arrivé à la décrépitude, plus il produit de bons et énergiques chevaux. Rainhow a produit Franck à vingt-sept ans et vous voyez maintenant au harasles étalons Royal-Oak , vingt-cinq ans. Impérieux , vingt-six ans, Oscar, vingt-sept ans, au rang des meilleurs productem-s.

Les juments que l’on destine à la reproduction doivent avoir au moins quatre ans; elles peuvent continuer ainsi jusqu’à l’âge de vingt à vingt-cinq ans.

Les anciens n’admettaient pas qu’un étalon dût saillir plus d’un nombre très restreint de juments. Varron rapporte que le célèbre éleveur Atticus ne voulait pas qu’il dépassât dix juments. Licinius pense qu’il peut aller un peu au-delà; Columelle va jusqu’à quinze ou vingt; Palladius ne veut pas qu’on dépasse dix à douze, mais il dit très judicieusement qu’il faut régler le nombre d’après l’âge et la force de l’étalon. Il est certain toutefois que les anciens attacbaient une grande importance au petit nombre des saillies de^l’étalon; ils pensaient qu’outre sa propre conservation les poulains en étaient plus forts et mieux constitués. On sait que les Arabes ne donnent que quatre ou cinq juments par saison à chaque étalon. Dans l’Europe moderne, on ne s’est pas astreint à un cercle si borné. Dans les anciens haras français, de même qu’en Angleterre et en Allemagne, pour les chevaux précieux le nombre des juments données à l’étalon monte à trente ou quarante. De leur côté les étalonniers donnent parfois cent cinquante à deux cents juments à un cheval, coutume déplorable et absurde, qui ruine le générateur et débilite la production. Pour nous, nous pensons que le nombre des juments que chaque étalon peut saillir est subordonné à son âge et à son tempérament, et à son aptitude plus ou moins prononcée pour l’acte régé-

néralcur. Un cheval de quatre ans ne doit pas saillir plus de trente juments environ, mais ce nombre peut être porté jusqu’à quatre-vingts ou cent pour un cheval de six ans bien constitué et en bonne santé. Lorsquele cheval a atteint sa quinzième année, il faut diminuer progressivement le nombre de juments qu’il peut être appelé à saillir. Du reste, je le répète, il faut avant tout consulter le tempérament du cheval, car il y a tel cheval qui se fatigue plus à saillir quarante juments que tel autre quatre-vingts, surtout si celui-là est un peu fécond , car dans ce cas il est forcé de donner un plus grand nombre de recoupes , ce qui double ou triple le nombre de ses sauts.

Les étalons trop jeunes ou trop vieux ne doivent saillir qu’une fois par jour; lorsqu’ils sont dans la force de l’âge, on peut, sans inconvénient, leur faire donner deux sauts dans le même jour, à une dizaine d’heures de distance. Mais dans aucun cas et sous aucun prétexte, on ne doit permettre trois saillies par jour; outre l’épuisement qui en résulterait, il serait difficile que l’une des saillies ne se trouvât pas trop rapprochée d’un des repas, ce qui troublerait le travail de la digestion et pourrait amener les plus graves inconvénients. J’ai vu des ruptures de l’estomac et du diaphragme suivre une saillie trop rapprochée d’un repas.

Les juments sont saillies jusqu’àce qu’elles soient pleines, mais à des intervalles qui ne peuvent pas être moindres que huit jours. En général on choisit le neuvième, le mieux serait de neles faire voir que tous les quinze jours. Il faut observer les plus grandes précautions et posséder l’habitude de voir un grand nombre de juments dans cet état pour juger si le nouveau saut est nécessaire ou non ; car d’un côté on risque à faire perdre l’année de la jument, de l’autre, on risque à faire avorter le fruit déjà conçu, ce qui aurait le même inconvénient, et en outre un plus grand, celui de la rendre souvent moins apte à la conception.

Il y a des contrées où les éleveurs ont la funeste habitude

de présenter, tous les trois ou quatre jours, leurs juments. Il n’y a pas de coutume plus vicieuse ; outre la fatigue inutile que cela cause à l’étalon, on entretient par là la jument dans une chaleur continuelle, qui la rend inféconde dans le présent et souvent dans l’avenir. J’ai vu de jeunes juments bien constituées, saillies vingt, trente fois et même quarante fois, et ne pas retenir; j’en attribue uniquement la cause à la fréquence des saillies. En général , moins une jument est saillie fréquemment, mieux elle retient. Voici ta proportion des nombres de sauts nécessaires pour la fécondation des juments poulinières de bon âge et dans les meilleures conditions pour la fécondation. Cette proportion a été établie d’après plusieurs relevés pris dans des stations bien tenues, et où la monte se faisait avec soin et intelligence.

Sur centjuments saillies, quarante au moins doivent être fécondées au premier saut, vingt-cinq au second, quinze au troisième, dix au quatrième, cinq au cinquième, et cinq seulement peuvent passer ce nombre d’un plus ou moins grand nombre de fois.

Il esta remarquer que, pour obtenir ce résultat, il faut avoir affaire à des juments, livrées habituellement à la reproduction, ce qui ne peut avoir lieu que dans les contrées d’élevage et dans les campagnes ; dans les pays, au contraire, où l’élevage n’est pas la principale industrie, et dans les villes surtout, on ne réussit pas aussi bien; la jument soumise au régime du sec, livrée à des travaux plus ou moins violents , étant souvent d’un âge avancé, ou affectée de la pousse ou autres maladies organiques, retient difficilement; dans ces localités, les éUilons se fatiguent beaucoup plus et produissent très peu de poulains; aussi entend-on souvent des plaintes sur l’infécondité des étalons de 1 administration dos haras ; ces plaintes viennent toujours, remarquez-le bien, soit des habitants des villes, soit des contrées où les juments ne sont pas habituellement consacrées à

l’élevage.; l’infécondité des mères est bien plus ordinaire que celle de l’étalon, et sur quatre cas de viduité, on peut dire hardiment que trois proviennent de la cavale.

La principale cause d’infécondité des juments vient de ce qu’elles ont été livrées à la reproduction dans un âge trop avancé. Il no faut pas, avons-nous dit, qu’une jument soit saillie avant sa quatrième année, mais il ne faut pas nonplus attendre la septième ou huitième, surtout si la jument est nourrie de substances toniques et livrée au travail; il est très rare, dans ce cas, qu’elle retienne passé un certain âge, tandis qu’une jument saillie depuis l’âge de quatre à cinq ans peut devenir mère jusqu’à l’âge de vingt à vingtcinq ans. J’ai dit aussi qu’une des causes d’infécondité des mères était la fréquence des saillies; on peut y joindre le travail, puis les mauvais soins, le trop d’embonpoint, ou au contraire un état de marasme trop prononcé.

En général, la plupart des cas d’infécondité viennent de la mère; cependant diverses causes peuvent aussi amener cette circonstance chez l’étalon. La principale est l’abus trop fréquent des saillies; les étalons de l’industrie particulière en offrent la preuve; ces chevaux, qui pour la plupart sont livrés au travail de la production dès l’âge de deux ans et qui saillissent plusieurs fois par jour, jusqu’à septet huit fois, comme je l’ai vu pratiquer, finissent par devenir inféconds de très bonne heure; aussi les étalonniers revendent-ils ces chevaux vers l’âge de quatre à cinq ans pour le service. Il leur importe fort peu de les avoir épuisés de jeune âge; ils se contentent d’avoir un ou deux bons chevaux âgés pour enseigne, qu’ils ménagent davantage, ou dont l’infécondité est ignorée, puisqu’ils font donner les recoupes par leurs jeunes chevaux. Voilà pourquoi il importe que l’administration n’achète que des chevaux qui n’aient point ou peu sailli; car s’il en est autrement ils deviennent inféconds au bout de quelques années, et rien n’est plus désastreux que de livrer au public des chevaux improductifs ; c’est tromper l’éleveur et l’exposer à des pertes notables; aussi ,

dès qu’un cheval de l’administralion esl reconnu pour ne pas féconder la moitié des juments saillies, il ne faut pas craindre de demander sa réforme, pourvu toutefois que les juments soient placées dans les positions les plus convenables, car si ce sont juments de mile dont je vous ai parlé, on ne peut en tirer d’induction certaine.

Il y a encore un cas où des chevaux peu féconds peuvent être conservés; c’est celui où il s’agit de chevaux tellement précieux, que l’éleveur peut, dans son intérêt même, courir les chances de la viduité de sa bête; mais il faut alors l’avertir pour qu’il ne soit pas trompé. Lafont, Poulotti et Bourgelat nous donnent à ce sujet des détails curieux, dont l’exemple, d’ailleurs, s’est renouvelé plusieurs fois depuis. Nous citons :

« Le pouvoir prolifique des étalons, l’infécondité des cavales, sont souvent relatifs et dépendants de l’influence du climat et de la quantité des aliments. Feu M. Bourgelat rapporte dans sa lettre à milord Pembrock, insérée dans le Journal d’ Agriculture, d’octobre 1778, une observation bien propre à confirmer ce fait. « Un étalon placé en plaine, « et un autre à mi -coteau, distant seulement de trois « lieues, se trouvèrent tous deux inféconds pendant deux « années de suite, au bout desquelles M. Bourgelat changea « leur placement, mettant celui de la plaine à mi-coteau et « conduisant celui de mi-coteau dans la plaine. L’année « suivante, l’un produisit dix poulains et sept pouliches, « et l’autre donna onze pouliches et huit poulains. » Ainsi, de tout étalon qui d’abord ne produira rien, mais qui d’ailleurs sera bien sain, bien constitué, parfaitement organisé, il faut bien se garder d’en conclure quela faculté de se reproduire est éteinte en lui. Il en est de même pour les juments; avant de prononcer sur leur stéi’ilité et de les proscrire, on doit être certain qu’elle provient d’elles-mêmes et non de l’étalon ou des étalons qui les ont servies, puisque j’ai vu maintes fois une cavale être inféconde avec un, deux, trois étalons, et devenir pleine d’un quatrième, cela dépendant

des rapports physiques qui sont entre les individus. Dans tous les cas, il est à propos de ne point perdre de vue l’observation de M. Bourgelat et la mienne. »

La fécondité des cavales a donné lieu aux recherches suivantes

D’après le Stud-Book anglais, cent juments prises au hasard produisent environ huit cent cinquante poulains, ce qui donne pour chaque jument le nombre de huit et demi. Parmi les plus fécondes, on cite en Angleterre, Squirre, qui fut saillie chaque année, pendant vingt-trois ans, et mit au monde dix-sept poulains, parmi lesquels il y eut des chevaux célèbres.

On dit qu’une vieille jument tartare eut encore un poulain à l’âge de trente-six ans.

Aglaé, jument’du haras de Rosières, de race de Deux- Ponts, fut saillie jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans. Pendant dix-huit ans elle a donné dix-huit produits, quoique vide en 1 822.

Miss Ann a donné jusqu’à présent dix-sept poulains; Delphine et Danaé quinze. — Les deux Pamela, quatorze l’une, et quinze l’autre.

L’infécondité chez l’étalon et chez la cavale peut être spéciale ou absolue; il y a infécondité spéciale toutes les fois qu’une jument n’a pas retenu, toutes les fois qu’un étalon n’a pas engendré. Il y a infécondité absolue, si l’étalon est totalement privé du pouvoir de se régénérer, et si la jument est incapable de concevoir; dans ces deux cas, cela s’appelle stérilité.

La stérilité est rare dans l’espèce chevaline, cependant elle se rencontre quelquefois et principalement chez les juments, comme l’infécondité; la plupart des juments stériles sont celles qui, comme je vous l’ai dit, n’ont été saillies que tard , celles qui ont été livrées à de grands et énergiques travaux, celles qui ont avorté plusieurs fois, celles qui sont saillies trop fréquemment; il y a des juments qui, sans être stériles, retiennent difficilement, et qui n’ont même qu’un

poulain en leur vie; tout cela tient à des bizarreries de la nature sur lesquelles il est fort peu utile de s’appesantir; car, dans la pratique, tout cheval infécond, pendant deux montes et toute jument qui a passé deux ans de suite sans produire doivent être retranchés du haras et livrés" au service.

L’impuissance est relative à l’étalon. Cette affection est rare d’une manière absolue; quelques chevaux peuvent, pendant un ou deux ans, se montrer rebelles à l’acte régénérateur; mais ils finissent presque toujours par s’y assujettir. Vous avez sous les yeux l’exemple du jeune étalon Béranger, qui a été plusieurs mois sans vouloir approcher d’une jument; maintenant, quoique encore peu entreprenant, il fait assez bien son service, toutefois il est possible qu’il y mette toujours beaucoup de lenteur, comme du reste, beaucoup de fils de Y. Emilius, qui lui-même est fort lent.

La gestation est le temps pendant lequel la jument porte le fruit qu’elle a conçu. Ce temps est ordinairement de onze mois et quelques jours. Il varie entre onze et douze mois. On a remarqué que souvent les juments poulinières, et, surtout celles qui étaient pleines pour la première fois, portaient plus longtemps que les autres. Cette règle toutefois n’est pas sans exception. Lafont-Poulotti cite plusieurs exemples de juments qui ont porté au-delà de douze mois et même du treizième , et aussi de quelques-unes qui n’ont porté que dix mois et quelques jours; mais ce ne sont que de rares exceptions.

Le signe le plus certain de l’état de gestation de la jument est la cessation de la chaleur et son absence aux périodes ordinaires; car, bien qu’ainsi queje vous l’ai dit, on puisse voir des juments souffrir l’étalon lorsqu’elles sontpleines, ce cas est tellement rare qu’on n’a pas à s’en préoccuper. Les signes secondaires sont l’accroissement du volume du ventre et un -embonpoint rapide; toutefois ces signes ne sont pas infaillibles encore, car les juments jeunes, et surtout celles d’un degré desang plus ou moins marqué, ont souvent

peu de développement dans l’abdomen. On a vu souvent des juments employées au service mettre bas sans qu’on eût soupçonné leur état de plénitude ; dans les races communes, et principalement dans celles qui sont nourries au vert, l’ampleur du ventre est plus appréciable. Ordinairement les mamelles- commencent à gonfler vers le neuvième ou dixième mois; mais souvent cela n’a lieu que quelques jours avant la mise-bas. Vers le sixième mois, le poulain se fait apercevoir par des mouvements marqués à l’extérieur au flanc droit principalement; presque toujours à cette époque le ventre delà jument descend, s’avale, la partie supérieure des flancs se creuse, les muscles de la croupe s’affaissent, la jument devient lourde elplus lente dans ses mouvements ; ainsi que le dit M. Huzard, elle supporte beaucoup plus patiemment le joug de la domesticité, et l’instinct lui apprend à éviter tous les efforts ou toutes les causes qui pourraient nuire au produit qu’elle porte. Je puis dire, à l’appui de ce fait, que j’ai vu souvent des juments faibles sur leur devant et Wmbant fréquemment, qui, une fois pleines, ne bronchaient seulement pas : il semble que la nature leur ait donné une nouvelle puissance conséquente avec leur position nouvelle.

Dans les cas les plus ordinaires, il ne reste plus de doutes sur la plénitude vers le septième ou huitième mois; car alors les mouvements du poulain s’aperçoivent distinctement au dehors, au flanc et au ventre droit : 1° quand la jument est couchée sur le côté gauche; 2° quand elle mange ou peu après qu’elle a mangé; 3° en buvant ou peu après qu’elle a bu.

On se sert du toucher pour arriver à la connaissance de la gestation : on se place du côté droit de la jument, le dos tourné vers sa tête, on place la main droite sur son dos , et avec la main gauche on presse la partie inférieure du flanc près du ventre; ordinairement le poulain, gêné par la pression, exécute quelques mouvements qui se font sentir à 1a main.

L’élat de gestation des juments ne doit point empêcher de les mettre à un travail convenable. Dans tous les pays de petite culture, les juments employées au travail des fermes sont livrées tous les ans à la reproduction , elles travaillent jusqu’au moment de la mise-bas, et leurs poulains n’en arrivent pas moins à terme et en bon état; on en voit même souvent qui sont soumises aux travaux les'plus fatigants et les plus rudes, et qui n’en éprouvent aucun mauvais effet ; mais nous sommes loin d’en conclure toutefois qu’une jument pleine doit travailler autant qu’une jument vide, surtout lorsqu’il s’agit de courses rapides et d’efforts violents. Un travail continu et modéré permet de leur donner une nourriture plus substantielle, entretient leur douceur et leur aptitude au service, il les rend aussi plus calmes et moins disposées aux sauts et aux élans rapides qui pourraient nuire à leur état. Il y a de plus un grand inconvénient à ne pas faire travailler la jument pleine, c’est qu’elle revient à beaucoup plus cher pour l’éleveur; il faut toujours faire en sorte qu’une jument paye au moins sa nourriture par son travail , et que sa vente ou celle de ses produits fasse le profit, sans quoi il y a nécessairement mécompte dans l’élève du cheval.

Je ne parle pas ici des juments de pur sang, dont l’élevage sort des habitudes de l’éleveur ordinaire; comme ici tout doit se faire en vue du poulain, il ne peut être question d’économiser sur le travail de chevaux qui d’ailleurs ne peuvent faire aucun service agricole.

Autrefois, dans beaucoup de baras, on ne faisait saillir les juments que tous les deux ans; quelques auteurs ont préconisé cette méthode; ils prétendent que les juments se fatiguent moins et que les poulains viennent mieux : l’expérience n’a pas confirmé cette théorie, qui d’ailleurs est très coûteuse; et maintenant dans tous les haras de l’Europe, on fait saillir les juments tous les ans.

Ce qui importe surtout à l’éleveur, c’est de maintenir la jument dans le meilleur état possible de santé durant

sa gestation, car cet état rejaillira sur le poulain dont les qualités d’organisation dépendent la plupart du temps de sa vie de fœtus. On évitera surtout de la maintenir dans un état d’obésité trop prononcé; car alors, comme disent les éleveurs, la mère prend le dessus et le poulain n’a plus rien. Il est à remarquer en effet que des juments trop grasses produisent presque toujours des poulains maigres et souvent chétifs. Je le répète, un bon état de santé, favorisé par une nourriture substantielle et un travail convenable, telle doit être la condition d’une poulinière pendant sa gestation.

La fréquence des avortements est une des plaies de l’élevage; -car non-seulement l’éleveur perd l’année de sa jument, mais encore il arrive que, s’il se répète une ou deux fois, la jument peut devenir inféconde pour le reste de sa vie.

L avortement est très fréquent dans les premiers jours de la conception, et c’est une des époques où il faut y veiller avec le plus de soin; un grand nombre de juments qui passent pour n’avoir pas retenu ont avorté tout simplement ; j’ai vu des exemples de trois ou quatre avortements chez la même jument dans la même année. Les principales causes de l’avortement sont les suivantes : les saillies trop répétées, l’approche ou le voisinage des chevaux entiers, les efforts violents , les chutes , les heurts dans les brancards, contre les timons ou contre les poteaux des barrières et des portes, les travaux violents, les sauts, les courses rapides , une nourriture trop excitante, des boissons froides après un travail échauffant, des coliques, des médicaments administrés avec imprudence. Quelques juments sont disposées naturellement à l’avortemeiîl; ce sont celles d’un tempérament lymphatique et mou , les juments trop vieilles et d’une constitution maladive.

Il y a des années où les avortements sont plus fréquents que dans d autres ; c est une espèce d’épidémie qui se répand sur une contrée et y cause souvent de grands ravages. Les

suites de l’avortement sont d’autant plus à craindre que l’état de gestation est plus avancé; les traitements et les précautions à prendre à cet égard rentrent dans le domaine (le l’art vétérinaire : nous ne nous y arrêterons pas ici.

La mise-bas nécessite des soins attentifs et une grande intelligence; tous les jours les éleveurs sont victimes d’une foule d’accidents, en cette occasion, dont nous sommes exempts dans les haras de l’Etat, à cause des soins qui sont donnés aux juments. La plupart du temps, l’accouchement se fait seul; mais quelquefois il réclame la présence du vétérinaire, soit par la mauvaise position du poulain, soit par d’autres causes.

Dans le midi de la France et dans les pays d’herbages de la Normandie, les juments poulinent ordinairement dehors, et quoique ce mode semble tavoir plus de danger, on ne remarque pas qu’il en résulte plus d accidents (jue de la mise-bas à l’écurie, tant la nature a en elle-même de puissance conservatrice.

Vous savez, messieurs, que l’avenir du poulain dépend en grande partie de son entrée dans la vie et des soins qui lui sont donnés pendant la première année de sa naissance. Il est important de lui laisser téter le premier lait de la mère, appelé colostrum, dont les propriétés sont de le purger doucement et de faciliter l’évacuation du méconium amassé dans les intestins; mais il faut prendre garde que cette purgation n’aille trop loin et ne dégénère en diarrhée. Aussi , contrairement à l’opinion de quelques auteurs qui veulent qu’une jument soit très fortement nourrie dès qu’elle a mis bas, je pense qu’il vaut mieux la soumettre à une diète intelligente pendant les huit premiers jours, surtout si elle est à l’herbe dans un fonds trop gras ou trop substantiel. En effet, les affections les plus à craindre poulies poulains sont dos inflammations, connues sous le nom à' entérites et péritonites , qui ont pour effet dos diar-

rhées abondantes et qui reconnaissent, en général, pour

cause un lait produit par une nourriture trop forte, liop excitante.

Le lait, et surtout le lait de la mère, est une nourriture essentielle pour un jeune poulain) aussi faut-il faire bien attention aux juments cjui sont bonnes laitières. C est une qualité indispensable pour une poulinière, et qu’il faut tâcher de favoriser à tout prix ; ce serait même une faute dans l’élevage de conserver dans une jumenterie une jument ordinairement mauvaise laitière. Il faut pour lui passer ce défaut que ce soit une bête précieuse par son sang, sa conformation ou ses qualités. Dans ce cas, on vient au secours de la ration du poulain en lui donnant en outre du lait de vache; c’est, du reste, ce que font les Arabes, qui, comme vous le savez, augmentent la ration de lait de leurs poulains par du lait de chamelle. C’est une fort bonne méthode et dont je recommande particulièrement l’emploi. J’ai vu plusieurs poulains nourris ainsi au lait de vache, et qui sont devenus de bons et vigoureux chevaux. On peut même, au besoin, nourrir entièrement des poulains de lait de vache, soit dans le cas de double part, soit dans le cas de la mort de la mère. On cite en Angleterre le cheval Milk-Sop qui s’est trouvé dans ce cas , et qui en a si peu souffert qu’il est devenu par la suite un des plus fameux chevaux de course de son temps {Milk-Sop veut dire abreuvé de lait). La fameuse appartenant àM. de Lescouët,

qui fut une des meilleures juments de son époque, pour tous les genres d’épreuves, avait perdu sa mère à l’âge de huit jours et fut nourrie de lait de vache. Il faut quelques précautions pour faire boire du lait étranger à un jeune poulain; on envient facilement à bout en lui mettant, comme au jeune veau , soit lè doigt, soit un chiffon trempé de lait dans la bouche; il commence par sucer et boit ensuite. Le mode d’alimentation de la mère influe d’une manière très sensible sur la qualité de son lait, et de celui-ci dépendent la santé, la vigueur et peut-être l’avenir du poulain. C’est une des grandes causes qui font que certains

pays conviennent mieux que d’autres à la production du cheval, parce que la mère trouve dans les produits du sol dont elle fait sa nourriture une alimentation convenable à la production d’un lait savoureux et fortifiant, elles soins de l’homme, quelque attentifs qu’ils soient, ne peuvent remplacer à cet égard les précautions de la nature.

Une bonne coutume, et qui se pratique en Angleterre avec succès, est de donner pendant quelques jours des œufs au jeune poulain. Cette nourriture le fortifie et lui évite souvent des maladies qui peuvent devenir mortelles ou tout au moins nuire à sa constitution. Enfin il faut avoir tous les soins possibles de la nourriture du poulain et bien vous pénétrer de cette vérité proclamée par M. Huzard fils, et qui devrait être écrite en grosses lettres sur la porte de toutes les écuries d’élevage : Tout poulain qui souffre pendant l’allaitement est rarement un bon cheval.

Six ou huit jours après le part, la jument peut être remise à son travail ordinaire. Les juments arabes font facilement sept à huit myriamètres par jour dès le lendemain de la mise-bas, elles juments de labour, dans les campagnes, travaillent souvent dès le second jour; le poulain peut suivre sa mère au travail; c’est même un grand avantage pour lui; il s’accoutume ainsi à la présence de l’bomme, à la vue des objets extérieurs et aux bruits les plus soudains ; d’un autre côté, il acquiert de la force et de l’adresse en marchant à travers des routes semées de difficultés de tout 'genre. Bien entendu que nous ne voulons pas dire par là qu’on puisse impunément fatiguer à outrance une jument nourrice et un poulain nouvellement né; mais un travail réglé et modéré ne peut que faire le plus grand bien à l’un et à l’autre. M. Huzard père cite l’exemple d’un poulain qui , à l’âge de neuf jours, a suivi sa mère par un temps de pluie cl de neige, et dans de mauvais chemins, pendant une route de cent cinquante myriamètres , à trois myriamètres par jour. Ce poulain est devenu un cheval bon et vigoureux. En général , je vous l’ai déjà dit plusieurs fois, le repos est

la pire des conditions pour l’élève du cheval : l’exercice cl la bonne nourriture, voilà le moyen de faire de bons chevaux.

Dès l’instant de leur naissance il faut faire manger de l’avoine aux poulains, principalement aux chevaux de pur sang et à ceux qui sonttlestinés au service du luxe et même de l’armée. L’avoine est la meilleure et la plus saine de toutes les nourritures du cheval dans la zone chevaline que nous occupons et dans tout le nord de l’Europe. Vous savez que pour le midi on la remplace par l’orge, qui produit les mêmes effets relativement au pays. Quelques auteurs et plusieurs personnes imbues de préjugés arriérés ont proscrit l’avoine, et principalement l’avoine en grain, pour les jeunes poulains; mais il est parfaitement reconnu maintenant que cette alimentation a tous les avantages et ne cause aucun inconvénient: on donne d’abord au poulain quelques grains de la ration de la mère , puis quelques poignées, enfin on lui en laisse manger autant qu’il en veut jusqu’à l’époque du sevrage. Ordinairement le poulain commence à manger quelques grains d’avoine vers le neuvième ou dixième jour; à un mois il peut en manger la valeur d’un litre, à trois mois deux litres; enfin, vers le cinquième ou sixième mois, il en mange facilement de quatre à six litres. Il y a quelquefois des poulains qui ont une répugnance pour l’avoine; il faut les forcer à en manger et avoir grand soin de leur en présenter chaque jour dans la main pour les y habituer.

On a dit, et de bons auteurs ont répété, que le lait d’une jument pleine ne convenait pas à un poulain. C’est une erreur, le lait de la jument ne commence à se détériorer que vers le sixième ou septième mois de la gestation. Or, comme le poulain doit avoir à cette époque sept ou huit mois, il doit être sevré.

Le sevrage doit avoir lieu du cinquième au sixième mois, plus tôt, si le poulain n’est pas suffisamment habitué à se nourrir lui-même, il se ressentira toute sa vie de la privation

qu’il a éprouvée. — Plus tard , le lait, comme nous l’avons dit, est de moins bonne qualité. Il y a encore des contrées en France où les poulains restent sous la mère pendant près d’un an ; ce sont, en général, des pays sauvages où l’on supplée à la nourriture que devrait recevoir le poulain par un allaitement plus long: il y en a d’autres où on ne les laisse téter que pendant deux ou trois mois ; ce sont, au contraire, des pays herbus et plantureux où les poulains prennent de bonne heure un grand développement, et où, comme on les vend de jeune âge, on n’a pas à s’inquiéter de leur avenir. Mais, le vrai terme est de cinq ou six mois, et il est également nuisible de le dépasser ou de l’abréger. Je n'entre pas dans le détail de tous les soins hygiéniques relatifs à la mère et au poulain cà l’époque du sevrage; tous les ouvrages contiennent à cet égard des prescriptions plus ou moins détaillées, parmi lesquelles vous ferez bien toutefois de choisir les plus simples et les plus naturelles.

Lorsque les poulains sont sevrés, il faut, autant que possible, les mettre au moins deux ensemble, les poulains se tourmentent moins et s’accoutument à la compagnie de leurs camarades. J’ai remarqué plusieurs chevaux méchants qui ne devaient, je crois, ce vice qu’à l’isolement dans lequel ils avaient vécu. Les poulains doivent avoir des paddocks ou hangars ouverts sur un pâturage, ou y être menés tous les jours ; on ne peut trop leur donner d’air et de liberté. Souvent l’espace réservé à un poulain ne dépasse pas celui d’un paddock ordinaire : dans ce cas, le poulain ne pouvant y trouver une nourriture suffisante, est alimenté de provenances de prairies artificielles. Quoiqu’on puisse citer un très grand nombre de chevaux élevés de cette façon, cela ne vaut jamais la liberté des pâturages, 'foutefois, dans un grand nombre de localités, les prairies artificielles et le vert au râtelier sont les moyens les plus simples et les plus économiques; ils doivent, en conséquence, être préférés, d’autant plus qu’on peut remédier aux inconvénients de cette situation par l’avoine et des promenades fréquentes.

qui ont l’avantage de fainiliaviser les poulains avec les objets extérieurs.

Une des plus importantes recommandations à faire aux éleveurs de poulains, c’est de les manier fréquemment, de les traiter avec douceur, de les accoutumer à se laisser bouchonner, lever les pieds et toucher en tous sens, de cette façon on évite les accidents qui auraient lieu plus tard avec des chevaux indociles. Un poulain bien, élevé est à moitié dressé, et les vieux auteurs ont consacré ce proverbe :

Ce que apprend poulain en jeunesse.

Tout ce veut-il maintenir en vieillesse.

Tous les auteurs, et le cours d’hygiène qui vous est spécialement professé, vous enseignent, messieurs, les soins et la nourriture à donner aux poulains dans leur jeune âge ; mais rappelez-vous bien une chose, c’est que, quels que soient le genre et l’espèce de chevaux que l’on élève, on ne gagne jamais rien à économiser sur la nourriture; c’est de là que dépendent en grande partie les qualités, l’énergie, la taille, la corpulence, la valeur, en un mot, du jeune cheval. Une nourriture forte et abondante, appropriée toutefois au genre de cheval que l’on veut obtenir, développe chez le jeune animal tous les avantages dont la nature l’a doué; elle lui fait acquérir promptement la taille à laquelle il doit arriver, et donne à sa charpente osseuse et à son système musculaire la densité et le développement convenables. Une nourriture insuffisante appauvrit son organisation, rend son caractère difficile et hargneux, le fait grandir sur jambes, rétrécit la poitrine et l’abdomen , arrête le développement des muscles et favorise l’émission des tares. Quand vous voyez un cheval enlevé, à hanches coulées , à poitrine étroite et peu profonde , à côtes courtes , soyez sûrs qu’il aura^été médiocrement nourri dans son jeune âge.

Je dois aussi , quoique cette observation soit reproduite

ailleurs, vous rappeler que l’exercice est aussi nécessaire au jeune poulain que la nourriture, et que l’on ne peut même lui donner toute celle qui lui convient, qu’à 1a condition de l’exercice qui lui serait imposé. Autrefois, les jeunes poulains étaient abandonnés avec leurs mères dans de vastes herbages, comme cela a lieu encore dans certains pays peu cultivés; là, confiés aux soins de la nature, ils prenaient tout l’exercice dont ils avaient besoin pour se faire un tempérament robuste, courant en troupes nombreuses, soit à la recherche des ombrages, soit à celle des abreuvoirs. Eviter, à force de jambes, la poursuite des animaux sauvages, se jouer à travers l’espace, comme pour des défis mystérieux: voilà, messieurs, ce qui donnait au cheval élevé dans la liberté des solitudes cette énergie que nous devons maintenant lui faire acquérir d’une manière artificielle, mais plus régulière, plus appropriée à la destination future du cheval de notre âge. Plus nous allons, plus l’agriculture diminue la grandeur, l’étendue des herbages, moins le cheval peut se livrer à ses instincts naturels, qui sont cependant une des conditions de la vigueur; souvent même les besoins de notre civilisation nous forcent à circonscrire tellement le local où nous enfermons sa jeunesse, qu’il ne peut y prendre aucun exercice salutaire. C’est donc à nous qu’il incombe de réparer le mal que nous lui faisons, de remplacer pour lui la prévoyance de la nature. Dans ces limites, nos soins, s’ils sont complets, seront plus parfaits; car si ces courses rapides dans les vastes espaces entraînent la vigueur et l’énergie chez le jeune animal, elles sont aussi la cause d’accidents sans nombre, de chutes, de tares, etc. Nos espaces limités, remédient à cet inconvénient, mais il ne faut pas que le mal se joigne au bien; il faut qu’un exercice rationnel, intelligent, judicieux, soit donné au jeune cheval, en retour de celui plus naturel, mais aussi plus dangereux que nous lui refusons. C’est un préjugé de croire qu’il ne faut pas faire travailler un cheval trop jeune;

jamais un cheval ne travaille trop jeune, quand le travail auquel il est soumis est proportionné à ses forces, et quand une nourriture convenable vient réparer àiuesuie la déperdition qu’il éprouve.

Nous reviendrons prochainement, messieurs, sur la nécessité du travail chez les jeunes chevaux.

DE LA CASTRATION DES JEUNES CHEVAUX. DE l’eXERGICE

COMME MOYEN d’AMÉLIORATION. CONSIDERATIONS A

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