‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 20 sur 40 · CE SUJET · texte numérisé non relu

CE SUJET

La castration est, comme vous le savez , messieurs , l’opération par laquelle on enlève aux animaux la faculté de se reproduire. Cette opération imprime de profondes modifications sur l’organisation de l’individu. Nous examinerons si ces modifications sont utiles à l’emploi auquel est destiné le cheval, et quels en sont les avantages et les inconvénients.

La castration est connue de toute antiquité, mais son usage fréquent dans l’espèce chevaline est relativement moderne. Varron nous apprend que chez les Romains on castrait les chevaux dont l’usage demandait un service paisible, particulièrement pour la route et les affaires. Ces chevaux étaient appelés cantherii. Du temps deVégèce, la castration était usitée, souvent même recommandée; cet auteur nous dit « que le cheval hongre vit plus longtemps que le cheval entier. »

En France, pendant le moyen-âge, les hommes d’armes et les hauts dignitaires tenaient à honneur de monter des chevaux entiers. Ce n’est que de nos jours que la castration a été employée généralement pour les chevaux de service et de guerre, alors que les manœuvres de la cavalerie ont exigé chez le cheval un caractère doux et patient que n’a point le cheval entier. Du reste, cette opération fut plus généralement adoptée dans le Nord et dans les latitudes tempérées que chez les peuples méridionaux. Ceux-ci conservèrent

habituellement l’usage du cheval entier, même pour les services qui exigeaient une grande réunion de chevaux. On a prétendu aussi que le cheval méridional perd sa force et .sa vigueur parTelTet de la castration cette opinion n’est point fondée; toutefois les habitudes et les mœurs de ces contrées se prêtent plus facilement que les nôtres à l’emploi du cheval entier : l’élevage du cheval et les services qu’on exige de lui ne sont pas les mêmes que dans nos latitudes, et si les modifications imprimées par la castration à l’animal ne lui ôtent pas de ses qualités essentielles, elles lui enlèvent cette fougue, ce brillant, cette grâce, qui sont, pour les peuples des pays chauds, un des plus grands mérites du cheval. Dans tous les cas, de quelque intérêt que soit pour la science la solution de ces questions, nous n’avons pas à nous en préoccuper ici : notre devoir est d’étudier ce qui peut être utile à notre pays, ce qui est spécial à sa position géographique, à ses races chevalines et au service qui leur est demandé.

La France est, comme nous l’avons dit, relativement aux races équestres, un pays tempéré et où peuvent et doivent s’élever les chevaux réunissant la force à l’énergie, utiles pour tous les genres de tirage, pour la cavalerie et le luxe. La conformation nécessaire au cheval pour ces divers services est d’avoir l’avant-main léger et l’arrière-main fort et musclé, à' être bâti en brouette, suivant l’expression pittoresque des maquignons. Or l’effet de la castration est de développer considérablement cette conformation chez le cheval. La castration décharné la tête, amincit l'encolure, aplatit les épaules, fait sortir le garrot, et, par contre, donne à tout le train postérieur plus d’ampleur et de gros. Les muscles des fesses prennent de l’épaisseur, et les hanches se développent à proportion, en un mot le cheval prend l’aspect de la jument. C’est même le reproche que lui font les ennemis de la castration ; ils prétendent que le cheval perd cette belle encolure, cet air fier, ce poil lustré, qui caractérisent l’étalon ; la cho.se est vraie; mais a-t-on be.soin d’un

cheval pour faire tableau ou pour s’en servir? Pour s’en servir évidemment! Donc il faut que tout tende à la bonté, à la sûreté et à l’agrément du service, et soyez-en sûrs, alors, messieurs, la beauté arrivera toujours assez : — tout bon cheval est beau, beau de sa beauté à lui, — non de cette beauté de convention, qui résulte d’une certaine harmonie dans l’ensemble, d’un certain luxe de tenue et de brillant, mais de cette beauté qui vient de la force, de l’énergie, de la puissance, ûn croit généralement que le cheval hongre est moins fort que Je cheval entier ; c’est une erreur, le cheval hongre est tout aussi fort, tout aussi robuste et plus propre à supporter les grandes fatigues et les longs travaux que le cheval entier; il est moins sujet aux maladies de toute nature, surtout aux affections aiguës; sa vie est plus longue, comme l’a justement remarqué Végèce : on cite des chevaux hongres qui faisaient encore un service très bon à l’âge de trente-cinq ans. Aussi, en Angleterre, en Allemagne, en Suède, en Belgique, dans tout le nord de l’Europe, on castre tous les chevaux de service. La France est le seul pays où l’habitude du cheval entier, pour les services agricoles, pour ceux des postes et des diligences, soit encore dans toute sa force; c’est un reste de barbarie qui nuit singulièrement aux progrès de l’amélioration et au commerce des chevaux. Voyez, en effet, quelle différence entre le service que peut rendre un animal empdrté, violent, souvent furieux, et celui que l’on obtient du même animal rendu doux, patient, propre à tout, et qui, loin de perdre aucune de ses qualités, en aura, au contraire, acquis de nouvelles.

J’ai dit que le cheval hongre se rapproche de la jument, et c’est là, au point de vue du service, son premier mérite : il en prend la douceur, la légèreté , la grâce , et surtout il s’élève facilement comme elle, ce qui diminue considérablement les frais d’éducation! En effet, le cheval entier doit s’élever seul, ordinairement à l’écurie; ou bien il lui faut des herbages qui lui soient spécialement consacrés;

tandis que le cheval hongre s’élève partout et sans aucun soin spécial. Tous les auteurs, messieurs, sont d’accord sur le principe de l’utilité de la castration pour les chevaux de service. Vous pouvez consulter, sur ce sujet, les nombreux écrits des hippiâtres, la collection du Journal des Haras, celle des Recueils vétérinaires, les ouvrages d’agriculture : tous sont d’accord pour préconiser la castration.

.En ce moment, cette importante que.stion vient d’être mise au concours par la Société vétérinaire de Paris; plusieurs Mémoires ont été présentés, tous s’accordent à reconnaître l’indispensable nécessité de la castration, tant pour la commodité du service que pour l’amélioration de la race et la facilité de l’élevage. M. Lacoste, vétérinaire principal au dépôt des remontes de Caen, auteur du Mémoire couronné, a fait preuve de connaissances pratiques et étendues; il a montré combien les préjugés et la routine avaient obscurci cette question, et a prouvé l’avantage qui résulterait de la castration de tous les mâles de service, surtout quand elle s’opère de jeune âge. Je vous engage, messieurs, à lire attentivement ce Mémoire, dans lequel vous trouverez de bons enseignements et des faits curieux et bien étudiés.

Comme je vous l’ai dit, messieurs, la castration de tous les chevaux de service serait non-seulement un bienfait pour l’élevage du cheval en général, mais encore un puissant élément d’amélioration. Rien ne nuit à l’industrie chevîiline comme le nombre infini de chevaux couverts de tares, ou dénués de qualités, qui empoisonnent la production du cheval français. Depuis longtemps cette pensée préoccupe l’administration ; on a cherché à y remédier, des lois ont été proposées dans ce but; mais on n’a rien décidé, parce qu’elles avaient toutes pour base la prohibition ; et ce régime, qui était ou pouvait être employé avant ■1789, ne convient plus maintenant à la constitution française. Toutefois ne serait-il pas possible de tourner la dilliculté et d’arriver au même but par un autre moyen, celui d’un impôt, par exemple? Permettcz-moi , messieurs, de

vous citer quelques pages d’un Mémoire présenté par moi au Gouvernement en 1845, et où vous trouverez le résumé du sujet que nous traitons aujourd’hui.

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