‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 22 sur 40 · PRIMES · texte numérisé non relu

PRIMES

Messieurs,

Une question se présente d’abord au sujet des Courses : furent-elles dès l’origine consacrées à l’amélioration des races? où l’amélioration des races n’en fut-elle que la suite, sans que le but s’y rapportât uniquement? S’il fallait en croire plusieurs auteurs modernes, les Courses n’auraient eu d’autres moteurs que le perfectionnement des espèces chevalines; mais nous devons tout d’abord nous élever contre cette prétention : les Courses ont eu dans tous les temps pour but principal le plaisir, le besoin de sensations vives et puissantes, et l’amour du hasard et de l’inconnu.

Comme il s’est trouvé cependant que l’épreuve des Courses était le moyen le plus sûr et le plus facile pour apprécier le mérite d’un cheval, il en est résulté nécessairement que les Courses ont servi chez toutes les nations, et même dans les temps les plus anciens, à l’amélioration des races; c’était un cercle non pas vicieux mais heureux. On faisait une Course pour s’amuser, pour célébrer un événenement triste ou favorable, mais toujours glorieux; puis, comme on remarquait que les meilleurs chevaux étaient ceux qui réunissaient la meilleure origine, la meilleure éducation, l’amélioration se faisait peu à peu, par suite des soins qu’on mettait à se procurer les meilleures , h les créer ou à les modifier.

En Angleterre même, ce pays qui a tellement perfectionné les Courses, qu’il semble (|u’elles y ont pris naissance, el

que tout ce qui en dépend doit être attribué à son peuple intelligent et patient, on ne peut dire précisément que les Courses n’aient d’autre but que l’amélioration équestre. M. de Curnieu s’exprime ainsi à cet égard :

« Ne nous occupons donc pas de rechercher quelle est « l’origine de l’établissement des Courses sous le point de « vue philosophique. Les Anglais ont-ils eu pour but avéré , « pour intention première , d’améliorer leurs espèces par « des luttes qui désignaient les étalons? ont-ils entrevu « immédiatement les conséquences immenses d’une sem- « blable institution? ou ont-ils senti seulement, comme l’a « dit Bourgelat, le besoin de se distraire par une récréation « bruyante et énergique, du spleen qui les menace dans « leur humide et lymphatique patrie? ou bien encore n’ont- « ils cédé qu’à l’entraînement d’une passion irrésistible « pour les chances d’un jeu quelconque? Peu nous im- « porte; examinons les iaits tels qu’ils se présentent, et « jugeons les Courses dans leurs effets et leurs résultats, « sans prévention, comme aussi sans affecter ridiculement « un engouement de tigre pour le sport le plus fashio- « nable. »

Je ne crois pas devoir entrer ici, messieurs, dans de longs détails sur les Courses anciennes, plusieurs ouvrages nous les peindront plus en détail que^nous ne pourrions le faire ici, je me bornerai à vous rappeler que les Courses sont aussi anciennes que les premières traditions du monde. Les Égyptiens, les Babyloniens, les anciens Persans, avaient des Courses de chevaux dont nous retrouvons les preuv,es dans les bas-reliefs et les hiéroglyphes qui nous restent de ces peuples. Les Grecs, vous le savez, avaient porté si haut •ce genre de spectacle, que les rois de toutes les nations disputaient à l’envi les couronnes équestres des jeux olympiques. Homère et Virgile nous donnent les descriptions des Courses de chevaux qui se célébraient principalement alors dans les cérémonies funèbres ou les réjouissances publiques.

Le Bas-Empire est célèbre par ses Courses fameuses où toute la jeunesse se partageait entre les factions du cirque. La vie de la nation se passait à l’iiippodrome, et s’agitait entre la faction verte et la faction bleue.

Le moyen-âge continua les courses antiques; mais elles s’imprégnèrent de la vigueur et de la rusticité des peuples à demi sauvages qui venaient de sortir de leurs forêts et s’essayaient à la civilisation. Ce n’étaient plus les Courses brillantes sur un cirque sablé, sous le ciel bleu de l’Orient, c’étaient les luttes à travers les landes et les guérets. De vieilles chroniques nous rappellent le souvenir de ces jeux sauvages, origine des Courses anglaises, et qui ressemblent assez à nos steeple-chases d’aujourd’hui.

Je ne veux pas, messieurs, vous laisser ignorer que la France peut à bon droit revendiquer à l’Angleterre la priorité de l’institution des Courses, que nous retrouvons encore à l’état de rudiment en Bi’etagne, en Normandie, dans les Pyrénées, à Semur, et dans une foule d’autres localités. Tous les romans de chevalerie nous rappellent les Courses de chevaux de nos pères, et l’histoire du fameux Bayard, de Renaud de Montauban, nous prouve que les Courses de chevaux n’étaient pas inconnues du temps de Charlemagne. Les Courses ont continué en France pendant tout le moj^en-âge jusqu’à la fin du xiv® siècle; elles ont même persisté jusqu’à nos jours dans quelques contrées , malgré l’esprit de légèreté et de caprice qui nous caractérise.

Ce n’est pas du reste par sentiment de vanité nationale que nous faisons cette remarque, mais plutôt pour notre honte et notre enseignement. Nous possédions l’élément, le principe régénérateur des races équestres, nous l’avons conservé pendant quatorze siècles , et nous l’avons abandonné juste au moment où les Anglais en ont fait une des plus belles et des plus grandes institutions, du monde.

L’oubli a été si complet de notre part, et du côté des AnglaisTappropriation et le perfectionnement si prodigieux

cl si spécial, que beaucoup de personnes ne veulent pas relier aux Courses anciennes les Courses actuelles de l’Angleterre. Il semble qu’on fasse injure à ces dernières en y mêlant les souvenirs des Orianeetdes Genièvre, des Charlemagne et des Roland; pour moi, je pense que les Courses actuelles auxquelles nous devons les chevaux que nous admirons dans l’Europe entière, et qui nous rendent tant de services à la selle et à la voiture, n’ont rien à perdre à tenir par quelque lien à celles qui donnèrent <à nos pères les destriers des Croisades, d’Hastings, de Crécy, et les palefrois qui brillèrent d’un si vif éclat dans les tournois de la chevalerie.

Du reste, messieurs, une fois qu’il est établi que les Courses existaient en Europe de tout temps , et que les Courses anglaises n’en sont que la suite, il est inutile de s’arrêter plus longtemps sur leur importance; car malheureusement nous ne pouvons vous donner des preuves assez convaincantes des résultats qu’elles produisirent pour l’amélioration. 11 est à croire cependant que le mérite de quelques-unes de nos anciennes races leur est dû en grande partie, mais, comme je vous le dis, nous n’avons pas sur cela des documents assez certains pour vous en donner la preuve. C’est donc maintenant tomme utilité pratique aux Courses d’Angleterre qu’il faut retourner. Nous vous en donnerons l’histoire abrégée en vous faisant remarquer toutes les variations qu’elles subirent, et quelle fut leur inlluence sur l’amélioration générale. Cet enseignement jettera un grand jour sur l’amélioration de nos races actuelles.

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