‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 23 sur 40 · DES COURSES ANGLAISES · texte numérisé non relu

DES COURSES ANGLAISES

Nous ne remonterons pas avant l’époque normande dans l’histoire des Courses anglaises, quoiqu’il soit probable que les Saxons connussent déjà ces jeux que nous avons vus établis chez les Celtes du continent; mais c’est principalement sous les descendants de Guillaume qu’elles acquirent

une imporlance notiible. Les Normands, venus des pays maritimes du Nord , n’avaient que très peu l’habitude du cheval ; Rollon allait toujours à pied, et les chroniques le désignent sous le nom do Rollon lhe Walker, Rollon le Marcheur. C’est en débarquant sur les côtes d’Angleterre etdeNeustrie qu’ils se firent écuyers. Et équités facli sunt , dit un vieux chroniqueur.

Robert Wace, après avoir raconté la première bataille entre l’armée de Rollon et les Français, s’exprime ainsi ;

Cheval quistrent è armes à la guise franchoise Qui lor semblent è plus riche et plus courtoise.

Les disciples ne tardèrent pas à égaler et à surpasser leurs maîtres, et la Cour des ducs de Normandie fut le berceau de ces magnifiques institutions de Courses modernes que les Anglais ont si admirablement perfectionnées jusqu’à en faire l’instrument de la régénération du cheval chez tous les peuples de l’univers.

Bien qu’il soit probable que le sang oriental fut connu en Angleterre avant cette époque, c’est au règne de Henri 1", en M2'l , que l’on fait remonter ordinairement l’introduction du premier cheval arabe. On dit aussi qu’à cette époque un cheval arabe fut joint par Alexandre P'', roi d’Ecosse, aux magnifiques présents qu’il fit à l’église de Saint-André. Peu d’années après, l’historien Fitz Stephen nous a laissé la description suivante des courses de chevaux, qui semble datée d’hier après une course de Newmarket ou de Champ-de-Mars.

« Lorsqu’une Course doit être engagée entre les chevaux « (hackneys) ou entre ceux d’une autre espèce qui ont « aussi de la vigueur et de la vitesse, un cri s’élève de « toutes parts, et les chevaux communs sont écartés à « l’instant de la liste où vont paraître les coureurs. Trois «jockeys et quelquefois seulement deux, selon que l’en- « gagement a été pris, se préparent pour la lutte; les che-

« vaux de leur côté ne sont pas sans émulation, ils lien- « nissent, annoncent leur impatience, et sont continuelle- « ment en mouvement. Enfin .le signal est donné, ils «s’élancent, ils dévorent l’espace et franchissent la dis- « tance avec la promptitude du vent. Les jockeys, excités « par la pensée des applaudissements et l’espérance de la « victoire, donnent de l’éperon à leurs bons chevaux, hran- « dissent leurs cravaches et les excitent par leurs cris. »

Il ne faut pas cependant que cette description vous fasse juger trop favorablement des premières Courses anglaises, la plupart du temps ce n’étaient que des défis à travers les landes et les bruyères , il n’y avait ni hippodromes, ni prix considérables comme aujourd’hui, on choisissait même un terrain accidenté et dangereux comme on le fait encore aujourd’hui pour les steeple-chases , qui rappellent beaucoup mieux les premiers essais que nos Courses modernes. Le prix consistait en une clochette ornée de fleurs, et on les appelait pour cette raison : Races for the bell.

Les auteurs anglais ne sont pas d’accord, messieurs, sur cette expression Bell Courses. Voici l’explication qu’en donne John Lawrence, qui me semble parfaitement justifiée.

«Les clievaux, dit- il, étaient ornés dans différentes « occasions de riches colliers et de devises variées; souvent « on y ajoutait des clochettes, d’où est venu probablement « l’usage d’appeler jsortewrs de clochettes les chevaux vain- « queurs dans les Courses. » Les clochettes ont été dans les temps anciens, etmême dans les temps modernes, le symbole de la supériorité et de la victoire. Nous trouvons cet usage chez les Romains, et maintenant encore dans certaines contrées de l’Europe et de la France, les habitants, des campagnes ne croiraient pas pouvoir présenter leurs chevaux dans les circonstances solennelles, telles que les assemblées de village, les distributions de primes et même les foires, s’ils n’étaient ornés de clochettes pendues à leurs brides, nouées à leur crinière, ou suspendues au sommet

de leur lêtc. Tout le monde sait que les chevaux de roulage, de diligence, et principalement ceux de poste, portent encore chez nous des colliers garnis de clochettes.

Une remarque qui ne vous aura point échappé, messieurs, c’est la concordance qui existe entre les premières notions que nous possédons sur l’introduction du sang oriental en Angleterre et l’institution des Courses telles que les décrit Fitz Stephen. Vous aurez aussi remarqué la différence indiquée par cet auteur entre les chevaux qu’il appelle hacimeys, et ceux d’autre espèce qu’il admet encore à courir, et enfin ceux qu’il appelle cormmms et qui se retirent de la lice pour laisser passer les coursiers. Ne serait-il point permis d’en inférer que déjà à cette époque une espèce spéciale semblait destinée à la Course, et que cette espèce possédait du sang oriental à un degré plus ou moins marqué.

Les Croisades, comme nous l’avons vu, messieurs, amenèrent un grand nombre de chevaux d’Orient en Angleterre; je vous ai cité ailleurs les principaux haras où ils étaient entretenus; vous savez que ceux de Richard Cœur-de-Lion ont été chantés parles poètes, qui célébrèrent leur mérite et leur vitesse.

Le roi Jean s’occupa de l’amélioration de la race chevaline de la Grande-Bretagne; il avait un vaste haras, où s’élevaient de superbes chevaux, mais on ne dit pas spécialement ce qu’il fit pour les Courses, il en fut de même d’Edouard II, qui fit venir de Lombardie trente étalons de guerre et douze de tirage.

Edouard III consacra 1 ,000 marcs sterling à l’achat de trente étalons espagnols, race très estimée au moyen-âge, comme vous le savez.

Il est inutile ici, messieurs , de passer en revue toutes les tentatives faites parles souverains anglais pour l’amélioration de la race hippique, nous trouvons peu de chose en effet pendant près de 500 ans pour ce qui regarde le turf proprement dit. Il faut descendre jusqu’en 1606 pour trou-

ver la véritable origine des Courses modernes et la formation de la race pure. Jacques P" commença à donner à l’institution des Courses la régularité et Instabilité qui lui manquaient. D’après l’auteur de The Hovsc, les Courses régulières n’existaient point en Angleterre avant le règne de ce roi. Cette opinion est partagée par l’auteur de l’histoire du turf, qui s’exprime ainsi ;

« Les premières réunions pour les Courses eurent lieu à « Chester etkStamfort, mais elles n’avaient pas de règles « fixes et n’étaient fondées sur aucun système raisonné. « Aucune espèce de chevaux n’était exclue de ces luttes, et « on voyait figurer pêle-mêle des chevaux de tout genre. »

Il n’existait pas non plus d’hippodromes spéciaux, les Courses se faisaient à travers champs. C’étaient, comme nous l’avons dit, les steeple-chases d’à présent, avec tous leurs périls, mais exécutés avec plus de barbarie pour les chevaux, car on apo^tait de distance en distance des gens armés de fouets , chargés de frapper à grands coups sur ces malheureux animaux , quand ils donnaient des signes d’épuisement ou résistaient à la volonté de leurs cavaliers. Toutefois il faut dire que ces luttes à cette époque n’étaient pas entachées de cette fureur de jeu et de fraude dont elles offrent maintenant le spectacle, et l’on rivalisait plutôt pour la gloire que pour un vil intérêt. Vous voyez, messieurs, d’après cette description , un peu chargée peut-être, que les Courses n’avaient fait aucun progrès depuis 1e xi® siècle.

-Jacques fit acheter un cheval arabe qui fut très fort blâmé par le duc de Newcastle, de sorte que l’influence de cet habile écuyer nuisit pendant près d’un siècle à l’introduction du sang arabe en Angleterre. Cependant deux autres chevaux célèbres parurent bientôt : White-Turk et Helmsley-Turk ; c’est à eux, comme vous l’avez vu dans l’étude du stud-book, que l’on fait remonter principalement l’origine de la race pure-

Charles I®'' fit établir des Courses à Hyde-Park et à Newmarket, et Charles II favorisa dans ses Etats l’introduc-

tion d’un grand nombre de chevaux orientaux, et particulièrement les Royales Mares, ou juments royales, que l’on retrouve au sommet de la plupart des généalogies équestres d’Angleterre, -le vous. renvoie, messieurs, pour les autres chevaux orientaux qui ont formé la race pur sang à ce que nous avons dit en parlant du stud-hook.

Je vous ai dit, messieurs, que les Courses de Newmarket furent créées par Charles II; il y fonda des prix royaux, mais la plupart de ceux qui existent encore aujourd’hui ont été donnés par la reine Anne. Les Plates d’York , l’un des plus anciens lieux de Courses de l’Angleterre, datent seulement de 1 71 1 .

\ous avez vu, messieurs, que les Courses anglaises n’eurent pendant longtemps d’autre mobile que le plaisir et la gloire. Jusqu’alors les Courses étaient le partage exclusif non-seulement des plus riches seigneurs d’Angleterre, mais encore de quelques personnages excentriques , dont les goûts étaient loin d’être partagés par la nation entière. Les militaires surtout, les écuyers de profession et de goût se gendarmaient contre les Courses et le genre d’équitation qui en était le résultat; beaucoup de familles puissantes continuaient à envoyer leurs enfants dans les écoles. françaises, qu’on appelait alors Académies. Cet usage fut observé jusqu’à la chute de ces établissements , en 1790. Les hommes les plus illustres d’Angleterre étaient élèves des Académies de France, il n’était pas d’Anglais de distinction qui ne fût venu y étudier les belles manières et la véritable équitation, que l’on n’apprend jamais sur le turf. Pitt, Fox et lord Wellington furent les derniers élèvesdes Académies de France. A l’époque du duc de Newcastle, la nation anglaise était encore militaire et cavalière, il se passait alors quelque chose de ce qu’on remarque maintenant en France, la lutte existait entre le turf et le manège, entre les chasseurs et les écuyers. Il résultait de cet état de choses que, tout en profitant de l’amélioration due au cheval de sang et aux Courses par l’infusion du sang dans les fortes races du pays, ces

races se maintenaient à leur degré d’utilité pratique pour la guerre et les services usuels. Mais peu à peu la marine l’emporta sur l’armée de terre, l’Angleterre dans ses luttes avec la France, avec la Hollande, n’employa plus que des vaisseaux. Le besoin d’une forte cavalerie ne se fit plus sentir, les chasses de vitesse et les Courses se développèrent plus à l’aise et devinrent bientôt non plus un plaisir réservé aux hautes classes, non plus un besoin d’amélioration, mais un véritable jeu où le cheval ne fut plus considéré que comme une roue de fortune. Cet état de choses, messieurs, est un point essentiel à considérer ; ce n’est pas dans un but purement historique que nous développons devant vous cette suite de faits que nous ont légués les chroniqueurs de la science chevaline, c’est pour y puiser des enseignements pour l’avenir, c’est pour dérober à l’expérience des autres peuples et des autres temps ce qui nous est utile pour satisfaire aux besoins de la civilisation à laquelle nous sommes parvenus. Or, il est d’observation quG toutes les institutions de ce monde subissent généralement trois phases : l’essai ou tâtonnement, la pratique ou utilité, l’abus ou dégradation. Les Courses auront le sort de toutes les institutions humaines. Heureux les peuples, heureux les temps où l’on sera assez sage pour savoir apprécier ce qu’il y a de bon à prendre et à s’arrêter sur la pente où chaque chose se dégrade !

Ce fut vers la moitié du règne de lareine Anne que l’usage des paris s’introduisit peu à peu et commença à donner un cachet de cupidité à la noble institution des Courses; la passion du jeu prit bientôt la place de celle qui avait animé jusque là les amateurs du turf. Parmi les hommes qui se lancèrent les premiers dans des paris considérables, on doit citer les ducs de Devonshire, de Sommerset, de Rutland, lord Godolphin et sir Frampton.

Ce fut dans le nord de l’Angleterre que les réunions les plus brillantes et les plus considérables eurent lieu d’abord, mais les prix en paraîtraient bien faibles aujourd’hui : de

10 à 20 livres sterling au plus à disputer par un grand nombre de chevaux pour une distance de 4- milles en partie liée.

On disputait aussi des coupes d’une valeur de 50 livres; les conditions étaient ordinairement ainsi fixées : chevaux de 5 à 6 ans portant \ 2 stones (76 kilogrammes), distance 4 milles (6 kilomètres 326 mètres). Dans les Courses à deux épreuves, la seconde épreuve n’avait pas lieu le même jour.

En 1 71 0, les coupes d’or furent plus nombreuses, et leur valeur s’élevait jusqu’à 60 livres. En MW, la reine Anne donna aux Courses d’York une coupe de '1 30 guinées. Ces encouragements développèrent bientôt l’amour du gain chez les amateurs de Courses. Vous connaissez cette horrible histoire du pauvre cheval Dragon appartenant à 31. Frampton, lequel eut la barbarie de faire castrer son cheval pour gagner un pari de 200 livres contre une jument qui l’avait battu la veille. Cette histoire est heureusement révoquée en doute, et je ne vous la rappelle que pour vous faire bien comprendre que les plus viles passions des hommes viennent souvent ternir les pjus fécondes institutions. C’est le revers de la médaille de toutes les choses humaines, et quoique les esprits superficiels s’y arrêtent trop souvent, il ne faut pas y attacher plus d’importance que cela ne mérite. Quand une institution est bonne, utile, féconde, il ne faut remarquer les imperfections qui s’y rattachent que poür les détruire s’il se peut, mais n’en rien conclure pour cela contre l’institution elle-même, et ne pas imiter cet homme qui abattait ses cerisiers parce que les moineaux venaient manger ses cerises.

Je ne vous cite donc cet exemple, messieurs, que pour vous montrer les écueils qui, dès le début, signalèrent la carrière des Courses, écueils qui, dans un autre pays que la sérieuse Angleterre, eussent pu faire naufrager l’institution; mais comme elle contenait un principe fécond d’utilité, de gloire et de richesse nationale, on chercha à y remédier

sans la détruire; on améliora, on modifia, et si on ne put en faire disparaître tous les vices, il est juste de dire que tous les moyens furent mis en usage pour les prévenir. La haute aristocratie d’Angleterre chercha à conserver aux Courses un cachet de délicatesse et d’honorabilité sans lesquels on les verrait bientôt s’anéantir. Ce fut dans ce but que, vers le règne de Georges III, se forma le Jockey’s Club de Newmarket; les gentlemen O f fortune, honor and mtegrity, reconnurent lanécessité de se séparer du monde des sharlcs, grecks et blaks legs, qui, étrangers à toute idée glorieuse ou patriotique, n’avaient d’autre but que d’assouvir une odieuse cupidité, mobile des plus basses passions.

Telle fut la pensée qui inspira la création du Jockey’s Club anglais. Aussi, dès sa formation, ce corps illustre inspira-t-il la confiance la plus juste et la plus légitime, et reçut-il du public l’accueil le plus favorable. Né d’un besoin impérieux, dégagé de toute pensée personnelle ou cupide, il possède un caractère officiel que lui accordent à la fois la voix publique et la sanction du gouvernement. Le Jockey’s Club d’Angleterre est l’Administration des Haras de ce pays et l’Administration des Haras représente en France l’institution du Jockey’s Club d’Angleterre.

Je vais vous faire connaître, messieurs, quelles sont les principales règles des Courses anglaises adoptées par le Jockey’s Club, ainsi que les notions principales sur les Courses et les expressions qui leur sont consacrées.

Toute personne faisant engager un cheval ou une jument pour un prix quelconque, doit prouver [bona fide) qu’il est sa propriété. Nul ne peut engager et faire partir dans la même Course plus d’un cheval à lui appartenant, sous peine de la confiscation du cheval et des valeurs engagées.

Toutes les entrées de plates, prix ou argent, sont remises au propriétaire du 2° cheval arrivant.

L’âge des chevaux se compte à partir du 1®'' mai. Chaque épreuve s’appelle beat, chaleur; on appelle dead beat, épreuve nulle ou morte, lorsque deux chevaux arrivent

tellement ensemble que le juge ne peut discerner le vainqueur.

Tout cheval engagé doit produire un certificat de son âge, excepté dans les Courses de chevaux âgés; alors un plus jeune entre sans certificat, en portant le même poids.

On distingue en Angleterre le meilleur de la plaie ou du prix et le meilleur des épreuves. Ainsi, lorsqu’il y a trois épreuves, le premier de la plate est celui qui en gagne deux, et le second est celui qui en gagne une.

Pour le meilleur des épreuves, le second est celui qui bat les autres deux fois sur trois, bien qu’il n’ait pas gagné d’épreuves.

Ainsi, soient cinq chevaux A, B, C, 1), E; soient les • trois épreuves donnant le résultat suivant :

Pour le meilleur de la plate, A est le premier et C est le second, parce qu’il gagne une épreuve; mais, pour le meilleur des épreuves, B est le second, parce qu’il a battu les autres deux fois; quoiqu’il n’ait pas été une seule fois vainqueur.

Les king’s plates sont des prix de 1 00 guinées données par la couronne; il y a deux king’s plates à Newmarket, l’un au printemps et l’autre en automne. On compte 36 king’s plates en Angleterre et en Ecosse, et 16 en Irlande; en tout 52, montant ensemble à 5,200 guinées ou 1 30,000 livres.

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