‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 28 sur 40 · DES MIGRATIONS DE POULAINS, ET DES NOURRISSEURS · texte numérisé non relu

DES MIGRATIONS DE POULAINS, ET DES NOURRISSEURS

Les poulains arrivés à six mois, époque ordinaire du sevrage, sont ordinairement envoyés dans les pays de culture, où ils sont nourris de fourrage sec pendant l’hiver, et du pi’oduit des prairies artificielles pendant l’été. Souvent aussi dans quelques contrées on les met au piquet : cette méthode peu ancienne pour le cheval n’est pas sans avantages, bien que sous plusieurs rapports on puisse trouver bizarre qu’un cheval soit élevé sans mouvement, ce qui est si fort en opposition avec les doctrines des anciens, qui ne concevaient l’élevage du cheval que dans les vastes parcours et avec l’entière latitude de ses ébats. La méthode du piquet a cela d’avantageux qu’elle accoutume le cheval à la domination de l’homme, à l’obéissance de tous les instants, même en présence des champs ouverts et de la liberté de lanature. Généralement les chevaux de travail sontemployés au service vers le quinzième ou dix-huitième mois. Cette méthode est excellente, pourvu que l’animal soit nourri à proportion du travail qu’on lui demande, et que ce travail soit en proportion de ses forces; malheureusement il n’en est pas toujours ainsi pour les chevaux de service, et surtout de luxe ; on n’est dans l’habitude de les faire travailler que dans un âge avancé , et même la plupart du temps on ne les livre à aucun travail. Il est vrai que d’un autre côté les éleveurs sont en général si négligents, si peu soucieux de leurs véritables intérêts, qu’ils en viendraient à imposer au cheval le double du service qu’on peut raisonnablement en exiger.

Souvent, messieurs, le cheval passe dans plusieurs mains pendant son élevage; il y a des éleveurs surtout pour les chevaux de tirage et principalement dans le Perche et le Boulonnais, qui nourrissent le cheval depuis six mois jus-

qu’à un an ou dix-huit mois, d’autres qui le prennent à cet âge et le nourrissent jusqu’à deux ans et demi ou trois, d’autres enfin qui achèvent son éducation , ou plutôt qui le remettent des fatigues qu’il a éprouvées, et qui le rendent après l’avoir engraissé vers trois ans et demi ou quatre ans, pour les services des postes, des diligences et tous les genres de tirage. Chaque éleveur trouve ainsi à faire consommer les produits de son agriculture, à retirer un bénéfice prompt et assuré de ses capitaux, et si le profit est médiocre, il se retire sur la quantité et la facilité avec laquelle se font l’achat et la vente des animaux.

L’élevage des poulains après le sevrage se fait.dans toutes les espèces. Parmi les personnes qui font courir, il y en a qui préfèrent acheter un poulain, même à un prix élevé, que de risquer les chances d’avoir une ou plusieurs poulinières et d’en tirer des produits; ils aiment mieux travailler à coup suret courir moins de chances, ils achètent les poulains qu’ils trouvent, en s’assurant, autant que possible, de leur sang, c’est là que l’erreur ou la fraude sont toujours préjudiciables. L’éducation du cheval de pur sang exige des soins assidus et constants dont nous avons parlé à l’article entraînement, et que nous ne reproduirons pas

Le cheval de demi-sang s’élève principalement en grand dans la plaine de Caen, dans la plaine d’Alençon et dans une partie du Poitou. Le premier choix de ces chevaux fait des étalons qu’achètent l’administration des Haras et les particuliers de toute la France qui veulent se livrer au métier d’étalonnier ; le deuxième choix va au luxe; le troisième va à la guerre ou au petit commerce, pour les services des postes, des diligences, des voitures publiques. C’est surtout sur l’élevage de ces deux derniers genres de chevaux, messieurs, que nous aurions à nous arrêter, si je n’avais pas déjà appelé plusieurs fois votre attention sur cette importante question. Comme vous le savez, c’est le cheval deluxe qui fait le bénéfice de l’éleveur, il ne peut gagner que par

lui, il doit donc chercher tous les inovens de le porlectionuer. Malheureusement dans 1 étal actuel des choses, presque tous les chevaux de luxe ou du moins ceux qui sont payés comme tels, car voilà la (juestion., viennent de l’étranger. L éleveur n a donc d autre bénéfice que celui que lui olfre la vente de ses étalons, mais il faut le dire, ce débouché est très borné, il ne monte pas au-delà de cent ou cent cinquanteanimaux par an pour 1 administration des Haras, et cent cinquante ou deux cents pour les propriétaires d’étalons, dont les prix sont bien réduits; le reste n’a plus de valeur, et ce qui n est pas étalon passe à la remonte ou au commerce pour un prix moyen de f ,000 l'r. Nous avons déjà parlé de la triste position du commerce des chevaux; à cet égard, je vous ai représenté le cercle vicieux dans lequel il était renfermé. Les éleveurs élèvent mal parce que le luxe n’achète pas, le luxe n’achète pas parce que les éleveurs élèvent mal. Espérons que les Courses au trot et les sociétés de dressage qui tendent à s’établir résoudront cette difficulté.

Quant au cheval de trait, son élevage a lieu par phases différentes, comme je vous l’ai déjà fait remarquer. Il est bien peu de fermes où cette espèce soit admise à un élevage complet. 11 passe presque toujours en plusieurs mains, et un nombre considérable d’éleveurs, surtout dans les pays de labourage, s’occupent du soin de son éducation, éducation qui a toujours lieu d’une lacon rationnelle, parce qu’elle a pour base le travail — aussi nos races de trait sont-elles recherchées du monde entier, tandis que nos espèces distinguées ne sont pas même appréciées pour nos propres besoins.

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