‹ Cours de science hippique professé à lécole des harasChapitre 34 sur 40 · FOIRES A CHEVAUX · texte numérisé non relu

FOIRES A CHEVAUX

Les foires sont comme vous le savez, messieurs, des réunions considérables d’objets mis en vente à certains jours périodiques pour l’avantage réciproque des acheteurs et des vendeurs. Les foires à chevaux étaient indispensables à l’époque où les routes étaient moins belles qu’elles ne le sont et l’usage des voyages moins fréquent; aussi étaientelles très suivies. On cite dans chaque province les foires principales de chevaux qui étaient des rendez-vous pour toute la jeunesse riche de chaque pays. La foire de Guibray

était regardée coinnic une des plus importantes de France, on y venait non-seulement de toutes les provinces, mais encore de l’étranger.

Il existe un beau dessin planü'orme de celte foire, par lequel nous voyons qu’elle contenait un quartier pour les chevaux bretons, et un pour les chevaux allemands, outre de vastes emplacements pour les chevaux du pays. Ce dessin est excessivement curieux , en ce qu’il rappelle les usages de l’époque; on voit que les foires à chevaux étaient une occcasion de réunion pour la jeunesse brillante et l’aristocratie de la contrée. Les uns arrivent dans leurs lourdes voitures à l’italienne, traînées par sixchevaux, les autres font piaffer leurs coursiers qu’ils mènent à tous airs, au milieu d’un immense concours de belles daines qui se pressent aux boutiques des marchands et aux parades des bateleurs. Les foires étaient alors ce que sont les champs de courses de notre époque, un rendez-vous de plaisir et de mode.

Maintenant, ces reunions ont bien déchu partout, on achète les chevaux chez les marchands eux-mêmes, soit dans les herbages, soit dans les écuries; il ne se vend plus généralement en foire que les animaux communs, destinés aux labours, aux postes , aux diligences , aux voitures publiques, et ce serait fort mal juger un pays que de le juger sur la qualité des chevaux que l’on trouve sur les marchés.

Les remontes delà guerre elles-mêmes se fout la plupart du temps chez les éleveurs, ou au quartier. — Les officiers achètent très peu en foire.

Certaines contrées ont encore des foires importantes: le nord de la France, la Bretagne, le Perche, la Basse-Normandie, mais elles sont spécialement destinées aux poulains et aux jeunes chevaux, encore n’y trouve-t-on généralement que du second choix. Ces réunions n’en sont pas moins du plus haut intérêt pour la question chevaline. Je ne puis trop vous engager, messieurs, à visiter avec soin

les Ibires Je chevaux; c’est là que l’en peut comparer 'en Ire elles les races et les espèces, c’est là que vous pouvez étudier les modifications que les divers élevages apportent a la conformation du cheval, c’est là que vous pouvez vous pénétrer des usages, des modes de transaction , des prix et de tout ce qui concerne la question chevaline , dans ses détails les plus compliqués.

Ne craignez pas de prendre le bâton de frêne et de vous initier autant que possible à toutes les relations qui peuvent exister, entre le marchand et le producteur, entre l’acheteur et le vendeur; c’est toujours la question de production et de consommation qui est en présence, question immense et qui est la base de l’amélioration du cheval français.

Rappelez-vous toujours, messieurs, que les hommes distingués qui vous ont précédés dans la carrière , les Garsault, les Laguérinière, les d’Absac, les Bonneval, les Strubert et autres suivaient les foires à chevaux avec la plus scrupuleuse attention et en faisaient l’objet des plus sérieuses études.

On peut dire qu’une grande foire à chevaux offre le résumé de la science du cheval et forme le complément de toute l’instruction qui s’y applique.

VENTES DANS l’hERBAGE.

Depuis que la beauté des routes vicinales et la facilité des communications ont ouvert aux voyages les campagnes les plus reculées, les marchands ont pris l’habitude d’aller chez les éleveurs eux-mêmes choisir les chevaux faits et même les poulains. Les uns et les autres y trouvent leur avantage. Le marchand choisit mieux, et plus a loisir, 1 éleveur n’a pas le désagrément de conduire son cheval au loin et d’être forcé souvent de le ramener ou de le donner a vil prix. Quant à la vente du cheval fait, 1 acheteur le voit et l’emmène ou se le fait livrer au bout de quelques jours.

mais la veiilc'des poulains est d’une autre nature, le poulain doit être livré au sevrage à quelque époque de sanais-

• sance qu’ait eu lieu le. marché. «

En général, pour un poulain d’un prix ordinaire, l’usage consiste seulement à le livrer droit, en bon état de santé et la vue nette, mais lorsqu’il s’agit d’un animal d’un prix élevé, destiné aux courses ou à faire un étalon, les conditions doivent être différentes; il ne doit pas siiflîre que le poulain ait suivi sa mère dans l’herbage au qu il ait reçu à l’écurie les soins usuels, il faut encorequ’il ait mangé de l’avoine et qu’il remplisse toutes les exigences qui doivent faire de lui un bon et énergique cheval. Cette considération est trop souvent mise en oubli par les éleveurs et cependant elle est de toute justice et de toute équité. Tout cheval destiné à faire un étalon et tout cheval de pur sang qui n’ont pas mangé d’avoine dès l’époque de leur naissance, sont impropres à leur destination. C’est là le cas d’appliquer parfaitement l’article du 'code contre les vices cachés de la chose vendue.

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