‹ Cours de splanchnologieChapitre 10 sur 21 · VÉSICULES SÉMINALES · texte numérisé non relu

VÉSICULES SÉMINALES

Les vésicules séminales sont deux réservoirs membraneux placés sur le trajet du canal déférent , comme la vésicule biliaire sur le trajet du canal hépatique.

Elles sont situées sur le plancher pelvien, en arrière de .la vessie et de la prostate, et de chaque côté du canal déférent.

La forme oblongue et la surface lobulée de cet organe l’ont fait comparer à une grappe de raisin ; la grosse extrémité, base ou fond, est dirigée en arrière ; la petite se termine par un col, qui s’unit à angle aigu avec le conduit déférentiel. Leur direction est doublement oblique : oblique par rapport à la ligne médiane, car elles ne sont point parallèles, mais divergentes; oblique par rapport au plan vertical du corps sur lequel elles sont très inclinées. Presque horizontales chez le nouveau-né, elles se relèvent chez l’adulte à 45° et se renversent de nouveau chez le vieillard par l’accroissement du bas-fond vésical. Leurs dimensions ordinaires sont de 50 millimètres pour la longueur, 18 pour la largeur et 10 pour l’épaisseur. Il y a de grandes variations; on voit des vésicules longues de 8 centimètres, d’autres de 4 seulement : presque toujours la droite est plus longue de 4 à 5 millimètres. La capacité varie entre 1 c. c. 5 et 2 c.c. 5.

Rapports. — La face antérieure plane est appliquée contre la vessie, mais sans lui adhérer, grâce à l’interposition d’une mince couche celluleuse; elle répond au bas-fond et à une partie du trigone. Si la vessie est vide et contractée, la vésicule peut notablement s’en éloigner en arrière.

La face postérieure convexe est en rapport avec le rectum, qui est mobile sur elle. Elle en est séparée en haut par le péritoine elle cul-de-sac postérieur, en bas par une couche de glissement, dans laquelle Guélliot a trouvé feur un homme de cinquante ans une bourse séreuse incomplètement cloisonnée et contenant 3 à

4 grammes de liquide citrin. On peut donc toucher les vésicules par le rectum au-dessus de la prostate, mais à la condition que la vessie soit pleine pour former un plan résistant. Si les vésicules sont saines le doigt ne les distingue pas, et, s’il les reconnaît, elles sont presque sûrement malades.

Le bord externe est croisé par l’uretère, et au contact de plexus veineux, souvent variqueux chez le vieillard. Le bord interne est longé par le canal déférent, qui contourne aussi la base du réservoir. Le col est entre la face supérieure de la prostate et le trigone vésical.

En regardant par la face postérieure les deux vésicules séminales et les deux canaux déférents, on voit que par leur diver-

Fig. G8. — Vésicules séminales vues par derrière. — Vessie distendue. — La surface péritonéale ombrée.

gence ils limitent un triangle médian ayant son sommet en bas, à la prostate, et sa base au cul-de-sac du péritoine. Entre les deux côtés, représentés par la terminaison des canaux déférents,

est un espace vide, angulaire, où l’on peut directement aborder la vessie ; il n’y a là ni conduit ni péritoine, et seulement l’aponévrose prostato-péritonéale. Le péritoine vésical recouvre en haut la base et la face postérieure de la vésicule , fait qui nous explique les péritonites consécutives aux spermatocystites, puis se réfléchit sur le rectum à un niveau qui n’est pas le même sur tous les sujets, mais qui est en moyenne à 15 millimètres seulement ou même moins de la prostate si la vessie est vide , à 40 et plus si la vessie est pleine. Le triangle inter clé férentiel n’est donc utilisable que si la vessie est pleine ; et si l’on songe qu’en bas les deux canaux sont très rapprochés, et que sur le côté les vésicules séminales peuvent dans certains cas arriver presque au contact en arrière des déférents, on verra que l’espace utilisable pour une ponction ou une incision de la vessie ne dépasse guère 3 centimètres (Guélliot).

Fig. 69, — Vésicule séminale et canal déférent gauches, ouverts mais non déroulés.

Structure. — La vésicule séminale est bosselée à sa surface extérieure et creusée intérieurement de cellules ou alvéoles

correspondant aux lobulations extérieures ; aussi les anciens disaient-ils que le sperme y séjournait comme le miel dans son gâteau. Si après l’avoir remplie d’une matière coagulable on a la patience de sectionner toutes les brides cellulo-musculaires qui comblent les sillons, on est surpris de voir que ce réservoir n’est pas une vessie pyriforme, mais un tube ramifié et enroulé sur lui-même, qui a 10 à 15 centimètres de long, mais peut atteindre 30 centimètres. Quelquefois ce tube se divise dès son origine, c’est-à-dire dès le col, en branches parallèles; plus souvent il se replie sur lui-même comme un couteau de poche fermé, et le fond de la vésicule n’est autre chose que le coude de flexion des branches ascendante et descendante. La branche descendante peut être très longue et réfléchie en S. Sur ces deux branches se greffent une dizaine d’appendices cœcaux volumineux, hérissés eux-mêmes de diverticulums plus petits, sessiles ou pédiculés. — On peut voir des vésicules séminales bifides. Hyrtl a donné le moule de deux vésicules accessoires insérées sur le canal déférent.

Les tuniques sont : 1° une tunique fibreuse extérieure; 2° une tunique musculeuse à fibres lisses, comprenant un plan externe mince, longitudinal, et un plan interne circulaire; 3° une tunique muqueuse.

La muqueuse montre les crêtes saillantes des sillons extérieurs, crêtes qui disparaissent par le déroulement du tube. La surface est réticulée, comme celle du canal déférent ou de la vésicule biliaire ; le réseau saillant ou plat n’est pas dû à des plis, mais à des reliefs de la muqueuse. Sa teinte est brun foncé à cause des granulations de pigment jaune de ses cellules épithéliales. Elle est revêtue d’un épithélium cylindrique chez l’enfant, aplati et cubique chez l’adulte. Les dépressions nombreuses qu’on voit au microscope sur sa coupe sont considérées par les uns comme de vraies glandes , par les autres comme de simples invaginations muqueuses.

Les vésicules séminales et les canaux déférents à leur terminaison sont plongés dans un tissu membraneux rougeâtre , disposé en feuillets, qui leur sert tout à la fois d’organe de fixation et de muscle expresseur : c’est la gaine musculaire des

vésicules, gaine très riche en fibres lisses. Elle enveloppe comme dans un mésentère la vésicule et le canal déférent, et forme entre les deux canaux une toile triangulaire à base supérieure.

Fig. 70. — La gaine musculaire de la vésicule séminale. — Coupe antéro-postérieure.

En avant, elle se raccorde à une lamelle conjonctive mince, le fascia rétro-vésical qui couvre la base de la vessie, en l’absence du péritoine ; en arrière, elle s’unit également sur le côté à une forte aponévrose, l’aponévrose prostato-péritonéale , mais en est distincte et facilement séparable. Au-dessus et au-dessous de ces feuillets, dans le tissu cellulaire interposé, se voient des nerfs nombreux et des ganglions lymphatiques.

La gaine musculaire est déjà reconnaissable autour du canal déférent sur des fœtus de trois mois et demi, au moment où les vésicules apparaissent. Je la considère, non comme une dépendance des aponévroses prostatiques, mais comme une partie de cette longue gaine qui entoure le canal déférent et les vaisseaux sur presque tout leur parcours, que nous retrouverons dans le cordon et dont Henle a décrit la partie funiculaire sous le nom de crémdster interne. On remarquera que cette couche enveloppante prend tout son développement aux deux extrémités du

canal, à sa portion initiale et sinueuse vers le testicule, à sa partie terminale et plus sinueuse encore vers la vessie. On ne

Fig. 71. — Coupe transversale des vésicules au-dessous du péritoine.

— La gaine musculaire en rouge.

peut y voir qu’un muscle auxiliaire pour la progression du sperme et peut-être aussi pour la circulation du plexus veineux.

Fonctions. — La vésicule séminale est très petite chez le nouveau-né (10 millimètres), Comme le testicule , elle se développe rapidement à la puberté ; elle s’atrophie par l’atrophie ou l’absence du testicule correspondant ; cependant , on l’a vue grosse et gonflée chez un anorchide. Elle est parfois réduite de volume et sclérosée chez le vieillard ; mais le plus souvent elle est large, flasque, étalée.

Le liquide qu’elle sécrète est inodore ou fade, en tous cas sans odeur spermatique; il est translucide, gris teinté de jaune, plus dense que l’eau, en gelée, mais non visqueux (Ch. Robin). Il devient trouble et de plus en plus jaune, par desquamation de l’épithélium pigmenté , à mesure qu’on est plus éloigné de l’heure de la mort.

Le rôle de la vésicule séminale est celui de l’ampoule du canal déférent dont elle n’est qu’un diverticulum agrandi et perfectionné. C’est tout à la fois un réservoir qui emmagasine

le sperme et un organe de sécrétion qui ajoute son produit au sperme testiculaire. Le rôle do* réservoir séminal, de tout temps contesté, est pourtant mis hors de doute par ces faits : qu’on trouve constamment des spermatozoïdes dans son intérieur, on en a vu de vivants quatre-vingts heures après la mort ; que des chevaux récemment castrés peuvent encore féconder des juments (Curling) ; qu’on la trouve gonflée de sperme à la fin de l’hiver chez les animaux hibernants (Flourens). D’autre part, si on pousse une injection par le canal déférent, la vésicule correspondante s’injecte toujours avant que le liquide ne passe par le canal éjaculateur, et ce liquide ne jaillit dans l’urètre qu’une fois la vésicule remplie.

Les Rongeurs et les Insectivores ont d’énormes vésicules séminales; les Carnassiers n’en ont pas. Leur présence influe vraisemblablement sur l’abondance et sur la rapidité de l’éjaculation qui paraît sans elles se faire goutte à goutte; elles fournissent à peu près, en supposant qu’elles se vident complètement, la moitié des 8 grammes d’une éjaculation normale, mais peut-être aussi ne se vident-elles qu’à la seconde éjaculation.

Cordon spermatique. — On appelle cordon spermatique le pédicule vasculaire du testicule. Il s’étend sur un trajet de 10 centimètres environ du canal inguinal au hile de la glande, dans le sac dartoïque, prolongé lui-même ei haut par l’appareil suspenseur des bourses et du pénis.

Le cordon commence donc sur le bord supérieur de l’épididyme et du testicule à mesure que tous les vaisseaux, nerfs et canal déférent, se ramassent en faisceau arrondi pour arriver à l’anneau inguinal externe. Dans le canal inguinal il n’a plus ses enveloppes extérieures que remplace le canal lui-même, et à la sortie de l’anneau interne le canal déférent et les vaisseaux prenant des directions différentes, le cordon cesse d’exister.

La coupe du cordon montre qu’il est constitué : 1° par une enveloppe fibro-musculaire, qui n’est autre que la tunique fibreuse du testicule, contenant sur sa face extérieure les fibres

étalées ou ramassées du crémaster ; 2° par un contenu qu’on peut lui-même séparer en deux masses. La masse antérieure renferme le vaste plexus des veines antérieures entourées par les lymphatiques, entourant elles-mêmes l’artère spermatique qu’on trouve souvent tout à fait en arrière; des nerfs et le filament à peu près introuvable du canal vagino-péritonéal oblitéré. Tous ces organes sont plongés dans une atmosphère graisseuse,

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